Test 4K UHD / Clash, réalisé par Raphaël Delpard

CLASH réalisé par Raphaël Delpard, disponible encombo Blu-ray + 4K UHD chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Catherine Alric, Pierre Clémenti, Bernard Fresson, Vjenceslav Kapural, Christian Forges, Jean-Claude Benhamou, Igor Galo, Iva Potocnik…

Scénario : Raphaël Delpard

Photographie : Sacha Vierny

Musique : Angélique & Jean-Claude Nachon

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Martine accepte de passer la frontière avec l’argent d’un hold-up dont l’un de ses amis est l’organisateur. Alors qu’elle doit l’attendre dans une sinistre usine désaffectée, la jeune femme se laisse progressivement gagner par une angoisse de plus en plus vive, autant à cause de l’atmosphère de l’endroit que de confuses réminiscences de ses frayeurs enfantines. Surgit par ailleurs, après un ou deux jours, un mystérieux et inquiétant jeune homme, au mutisme infaillible et aux motivations incertaines. Se peut-il qu’il en veuille à la vie de Martine ou n’est-il que le fruit de son imagination torturée ?

Lors de notre chronique de La Nuit de la mort (1980)de Raphaël Delpard (né en 1942), nous n’avions pas été tendres, le taxant de film d’exploitation « franchouillard » qui retenait difficilement l’attention du spectateur et dans lequel rien ou presque ne fonctionnait. Après ce premier coup d’essai dans le genre, qui avait connu un petit succès à sa sortie doublé d’un triomphe en VHS après avoir été rebaptisé Les Griffes de la mort, le réalisateur signait deux comédies aux titres explicites, Les Bidasses aux grandes manœuvres, dans lequel il « dirigeait » Michel Galabru, Paul Préboist, Jacques Legras, Michel Modo et même Jean Reno dans une de ses premières apparitions au cinéma, puis Vive le fric dans lequel il se réservait un des rôles principaux aux côtés de Daniel Prévost et Evelyne Dress. Puis, grisé par l’engouement remporté par La Nuit de la mort, Raphaël Delpard décidait de revenir à l’épouvante avec Clash. Conspué par tous lors de sa présentation au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en janvier 1984, ce sera son dernier long-métrage. Cet accueil glacial (euphémisme) atteindra personnellement le metteur en scène, qui consacrera le reste de sa carrière au documentaire, à la télévision et à la littérature. Pourtant, rétrospectivement, Clash apparaît comme une étape fondamentale dans l’horreur hexagonale. Oeuvre réflective, difficile d’accès, insondable, sombre, violente, baroque, désespérée, on en ressort lessivés, convaincus d’avoir visionné un film à part dans le cinéma français, qui ne cesse de trotter dans la tête longtemps après et vers lequel nous reviendrons souvent pour tenter d’y résoudre tous les mystères.

Pour Martine (Catherine Alric), Bé Schmuller (Bernard Fresson) est un ami. Elle accepte de passer la frontière avec cinq millions, produit d’un hold-up dont Schmuller est l’organisateur. Martine arrive dans l’usine désaffectée où elle doit attendre que Schmuller ait conforté son alibi. L’usine est déserte, impressionnante et sordide. Martine va se sentir gagnée par l’angoisse et par les fantasmes qui l’habitent. Mélangeant le réel et l’imaginaire, elle se souvient du meurtre qu’une petite fille a provoqué par réflexe. Elle saura alors comment lutter. Martine et la petite fille qu’elle a été se fondront l’une en l’autre et les sortilèges seront vaincus. Quand Schmuller arrivera, un autre cauchemar commencera, bien réel celui-là…

On se souvient de Catherine Alric chez Philippe de Broca, dans L’Incorrigible (1975), Julie pot de colle (1977), mais aussi et surtout dans Tendre Poulet (1978) et sa suite On a volé la cuisse de Jupiter (1980), dans lesquels – étrangement – elle n’interprétait pas le même rôle. Sa ressemblance avec Catherine Deneuve, en plus caliente, sa voix haut perchée, son regard azur et son naturel ont indubitablement marqué la comédie française d’alors. Dans sa filmographie, se distingue Clash, dans lequel elle apparaît souvent seule en scène, le film reposant à la fois sur une atmosphère pesante et inquiétante, ainsi que sur sa prestation dramatique. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la comédienne s’investit corps (mis à nu dans une scène gratuite, mais qui réjouit les mirettes) et âme dans ce trip schizophrène, au cours duquel sa raison sera mise à rude épreuve. Raphaël Delpard fait perdre ses repères, autant à son personnage principal qu’à ses spectateurs, au risque d’en laisser pas mal sur le bas-côté. Mais ceux qui prendront place à bord de ce ride – dont le thème musical principal de Jean-Claude et Angélique Nachon rappelle une ritournelle de carrousel – et s’investiront dans cette proposition aussi originale qu’intellectuelle du genre horrifique ne le regretteront pas.

Difficile donc d’aborder le fond de Clash, tant celui-ci peut être interprété différemment selon le vécu de chacun, son bagage littéraire, ses références cinématographiques, ses états d’âme. Toujours est-il que Martine, arrivée au repaire de Bé, se retrouve dans un environnement délabré, qui va la confronter à elle-même, à sa propre psyché qu’on imagine bouleversée, pour ne pas dire gangrenée par un événement qui l’a profondément marqué, commotionné, heurté, perturbé. On adhère totalement à cette approche personnelle, mûre et virtuose, qui accroche l’audience cernée du début à la fin, où l’on passe par toute une palette de sentiments contradictoires, jusqu’à l’étrange apparition de l’incroyable Pierre Clémenti (Belle de jour, de Luis Buñuel, Benjamin ou les Mémoires d’un puceau, de Michel Deville, Les Cannibales de Liliani Cavani). Ange et démon, empathique et repoussant, sensible et effrayant, cet individu quasi-mutique apparaît à Martine, la maltraite, prend soin d’elle, l’écoute, l’observe. Peut-être est-il présent depuis toujours dans sa vie, enfoui quelque part dans son subconscient, avant de se matérialiser devant ses yeux. Pour quelle raison ? Il lui faudra le découvrir.

Passer de l’amateurisme de La Nuit de la mort au magistral Clash (même si cette fois encore, des maladresses subsistent, mais sont excusables) s’apparente à une ahurissante chrysalide. Avec Clash, Raphaël Delpard repousse les limites, s’adresse à des spectateurs intelligents et émotionnables, plutôt qu’à un public conditionné et habitué aux effusions de gore gratuites, au même titre que Peter Strickland pour citer un artiste récent aux desseins similaires. Des partis-pris et des intentions qui ont été hués à la sortie du film, ce qui a profondément désabusé le cinéaste. Heureusement, les années et l’investissement ambitieux de l’éditeur Le Chat qui fume ont su redonner à Clash ses véritables lettres de noblesse.

LE BLU-RAY

Il n’y en aura pas pour tout le monde ! Le Chat qui fume a en effet concocté une édition combo Blu-ray + 4K UHD du plus bel effet, limitée à 1000 exemplaires. Les deux disques sont disposés dans un Digipack à trois volets, très élégamment illustré (coucou Fred Domont !), glissé dans un fourreau cartonné qui arbore un magnifique visuel, repris de la célèbre affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Raphaël Delpard était tout naturellement apparu dans les suppléments de La Nuit de la mort. Le réalisateur est de retour pour nous parler de Clash, dont il avait déjà évoqué l’accueil catastrophique à Avoriaz début 1984 (26’). Le bonhomme est très attachant, chaleureux, généreux, franc du collier et sans langue de bois. Ainsi, il revient sur la genèse de Clash, mentionne rapidement « un film alimentaire » qu’il ne nomme pas, le financement « plus facile » du film par rapport à celui de La Nuit de la mort, la difficulté de trouver la comédienne principale (Miou-Miou avait refusé, puis la rencontre avec Catherine Alric) et son partenaire (il ne voulait pas de Pierre Clémenti au départ) et les conditions « délicieuses » de tournage en ex-Yougoslavie. Puis, Raphaël Delpard aborde les délires de Pierre Clémenti sur le plateau (il s’y promenait nu ou avec son maquillage dans les rues de Zagreb) et encense Catherine Alric.

Le réalisateur est ensuite rejoint par Frédéric-Albert Lévy, critique de cinéma du magazine original de STARFIX (30’). Pourquoi ce dernier est-il invité ici ? Raphaël Delpard explique que le journaliste a été le premier à avoir écrit une critique « magnifique » sur La Nuit de la mort dans L’Écran fantastique, un article intitulé « La Jeune première et les vieux derniers ». Ils évoquent leur rencontre, leur amitié, le cinéaste indiquant que la sagesse de Frédéric-Albert Lévy l’a souvent aidé dans la vie. Puis, tous les deux tentent de comprendre pourquoi Clash, auquel « FAL » a contribué, a été à ce point rejeté lors de sa présentation à Avoriaz. Les défauts du film ne sont pas évincés, à l’instar de la « bagarre » entre Bernard Fresson et Pierre Clémenti. Les partis-pris et les intentions de Raphaël Delpard sont aussi abordés, le regretté Benoît Lestang est rapidement mentionné (le metteur en scène ignorait encore récemment son suicide survenu en 2008), ainsi que bien d’autres éléments qui reflètent la grande complicité entre les deux hommes. Attention aux nombreux spoilers, la fin y étant par exemple dévoilée.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Test du disque UHD. Et hop, une nouvelle réussite dans le domaine du 4K à ajouter au palmarès du Chat qui fume ! Clash a subi un lifting de premier ordre, au point de bénéficier de cet écrin, qui lui va d’ailleurs à ravir. La propreté de la copie – restaurée à partir du négatif original – est étincelante, tout comme la tenue des contrastes, les couleurs sont riches (voir le flashback rosé-mauve), le piqué affûté, les détails sont omniprésents. Les gros plans sont dingues de précision, le grain fin et excellemment géré, les noirs denses. A l’instar de La Traque et des Trois Visages de la peur, Le Chat qui fume prend soin du film de Raphaël Delpard, qui n’aurait jamais imaginé voir son œuvre ainsi choyé. Rappelons au passage que la photo du film est signée Sacha Vierny, légendaire chef opérateur des Granges brûlées, BOF..(anatomie d’un livreur) de Claude Faraldo et L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais. Pas de HDR sur ce titre.

Le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Jean-Claude et Angélique Nachon est enivrante, son nouvel écrin phonique très agréable. L’éditeur joint également les sous-titres anglais.

Crédits images : © Le Chat qui fume / OB Films / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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