Test Blu-ray / Le Corbeau, réalisé par Henri-Georges Clouzot

LE CORBEAU réalisé par Henri-Georges Clouzot, disponible Blu-ray le 17 octobre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Pierre Fresnay, Pierre Larquey, Micheline Francey, Ginette Leclerc, Noël Roquevert, Héléna Manson…

Scénario : Henri-Georges Clouzot, Louis Chavance

Photographie : Nicolas Hayer

Musique : Tony Aubin

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1943

LE FILM

Médecin d’un petit village du cœur de la France , le docteur Rémy Germain est la victime d’un corbeau, qui l’accuse d’adultère et de pratique illégale de l’avortement. Rapidement, les lettres infamantes se multiplient et personne dans le village n’est épargné par les ragots qui engendreront alors cabales, drames et règlements de comptes. Seul contre tous, le docteur Germain va mener son enquête et découvrir, en même temps que le coupable, les bassesses et la mesquinerie dont peuvent être capables ses concitoyens.

« Vous êtes formidable, vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais, vous croyez que le bien c’est la lumière et que l’ombre c’est le mal. Mais où est l’ombre ? Où est la lumière ? Où est la frontière du mal ? Savez-vous si vous êtes du bon ou du mauvais côté ? »

Henri-Georges Clouzot rencontre le succès dès son premier long métrage, L’Assassin habite au 21, d’après le roman de Stanislas-André Steeman. Il enchaîne directement avec Le Corbeau, sur un scénario de Louis Chavance, d’après un fait divers authentique qui s’est déroulé à Tulle de 1917 à 1922, période durant laquelle 110 lettres anonymes avaient été envoyées à l’ensemble de la population. Tourné pour la société de production Continental-Films, active durant l’Occupation, et financée par des capitaux allemands, créée en 1940 par Joseph Goebbels dans un but de propagande et cependant dirigée par le francophile Alfred Greven qui tiendra peu compte des ordres politiques reçus de Berlin, Le Corbeau s’accompagne d’un parfum sulfureux et demeure la plus grande radiographie de la société française de l’époque.

Les notables de Saint-Robin, petite ville de province, commencent à recevoir des lettres anonymes signées « Le Corbeau », dont le contenu est calomnieux. Ces calomnies se portent régulièrement sur le docteur Rémi Germain, ainsi que sur d’autres personnes de la ville. Les choses se gâtent lorsque l’un des patients du docteur Germain se suicide, une lettre lui ayant révélé qu’il ne survivrait pas à sa maladie. Le docteur Germain enquête pour découvrir l’identité du mystérieux « Corbeau ». Tour à tour, plusieurs personnes sont soupçonnées et les lettres infamantes se multiplient.

Comme ce sera le cas dans l’ensemble de ses films, Henri-Georges Clouzot n’épargne personne dans Le Corbeau, et surtout pas les bourgeois. Ici, tout le village est touché. En 1943 (l’Occupation n’est pas mentionnée et d’ailleurs rien n’indique la date à laquelle se déroule le récit), il en faut peu pour que le fragile équilibre se délite. La suspicion règne et l’on passe facilement de victime à coupable suite aux commérages qui prolifèrent.

Le Corbeau rend compte de l’atmosphère irrespirable où tout le monde en venait à s’espionner, se craindre, au rythme des courriers qui se multiplient comme un virus contagieux qui se répand d’une maison à l’autre. Clouzot s’amuse avec un humour noir à regarder ses concitoyens avec l’oeil d’un entomologiste. Plongez des êtres humains dans une situation inexpliquée avec quelques informations diffamatoires, secouez un peu le tout, laissez agir puis analysez le précipité qui en découle. L’hystérie collective n’est pas loin. Ne reste plus qu’à Clouzot qu’à brosser le portrait de personnages, tout autant d’électrons qui s’agitent autour du noyau central interprété par l’immense Pierre Fresnay, tous remarquablement incarnés par une ribambelle de comédiens épatants tels Ginette Leclerc et son regard langoureux, Pierre Larquey, Micheline Francey, Noël Roquevert, Jeanne Fusier-Gir, qui pour la plupart reviendront d’un film à l’autre de Clouzot.

Résolument sombre et violent (même une petite fille tente de se suicider), Le Corbeau est le premier vrai tour de force d’Henri-Georges Clouzot, qui peint un portrait corrosif de la France, l’acide sulfurique remplaçant alors la gouache. À cela s’ajoute une photo très contrastée de Nicolas Hayer, Clouzot ayant été très souvent inspiré par l’expressionnisme allemand. Si le film est un triomphe à sa sortie, Henri-Georges Clouzot connaît la période la plus troublée de sa vie. A la Libération, le film est perçu par la résistance et par la presse communiste de l’époque comme antifrançais, comme si les patriotes pouvaient s’adonner à la délation, ce qui est inconcevable enfin ! Du pain béni pour les détracteurs de Clouzot qui n’hésitaient pas à déclarer que le réalisateur servait ainsi la propagande nazie. Accusé de dénigrer le peuple français, le cinéaste est littéralement banni à vie du métier de metteur en scène en France et le film est interdit. Ces deux interdictions seront heureusement levées dès 1947, après que Clouzot ait été soutenu par quelques grands noms du cinéma (Jacques Becker, Henri Jeanson). Son film peut enfin être redécouvert.

Le Corbeau est le premier chef d’oeuvre incontesté d’Henri-Georges Clouzot, référence du Whodunit et entraînera même un remake aux Etats-Unis, La Treizième LettreThe Thirteenth Letter, réalisé par Otto Preminger en 1951, avec Charles Boyer.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Corbeau, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé sur quelques séquences du film.

L’éditeur joint un seul documentaire sur ce Blu-ray. Le Chef d’oeuvre maudit d’Henri-Georges Clouzot (26’), donne la parole à Pierre-Henri Gibert (réalisateur du Scandale Clouzot) et Claude Gauteur (historien, auteur de Henri-Georges Clouzot, l’oeuvre fantôme, chez LettMotif). Dans ces entretiens croisés, les intervenants dissèquent à la fois le fond (« un témoignage passionnant de la situation de la France durant l’ Occupation », le scénario inspiré d’un fait divers) et la forme, replacent Le Corbeau dans l’oeuvre du cinéaste (première fois qu’il détient les pleins pouvoirs sur un film), mais évoquent aussi et surtout les conditions de production (la Continental), sans oublier l’interdiction du film à la Libération et la sanction envers Clouzot qui à la base devait ne plus avoir le droit d’exercer son métier à vie ! Si ce module remplit bien son contrat, il est dommage que Studiocanal n’ait pas pu reprendre la présentation du Corbeau par Bertrand Tavernier et Jacques Siclier, disponible sur l’édition DVD sortie en 2003.

L’Image et le son

Le premier chef d’oeuvre d’Henri-Georges Clouzot nous apparaît en édition HD restaurée en 4K par le laboratoire Eclair, à partir du négatif original. Et voilà un Blu-ray qui en met souvent plein les yeux avec une définition qui laisse pantois. Le nouveau master HD au format 1080p/AVC ne cherche jamais à atténuer les partis pris esthétiques originaux. La copie se révèle souvent étincelante et pointilleuse en terme de piqué (les scènes en extérieur), de gestion de contrastes (noirs denses, blancs lumineux, richesse des gris), de détails ciselés et de relief. La propreté de la copie est sidérante, la stabilité est de mise, la photo retrouve une nouvelle jeunesse doublée d’un superbe écrin, et le grain d’origine a heureusement été conservé. Les fondus enchaînés sont vraiment les seuls moments où la définition décroche quelque peu, mais cela ne dure que quelques secondes. L’ensemble reste fluide et réellement plaisant. Il serait difficile de faire mieux sans que cela dénature les volontés artistiques.

L’éditeur est aux petits soins avec le film d’Henri-Georges Clouzot puisque la piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. Si quelques saturations et chuintements demeurent inévitables, ainsi qu’un très léger souffle, l’écoute se révèle équilibrée. Aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs, les ambiances sont précises. Si certains échanges manquent de punch et se révèlent moins précis, les dialogues sont dans l’ensemble clairs, dynamiques. Les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Les Roseaux sauvages, réalisé par André Téchiné

LES ROSEAUX SAUVAGES réalisé par André Téchiné, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Élodie Bouchez, Gaël Morel, Stéphane Rideau, Frédéric Gorny, Michèle Moretti, Jacques Nolot…

ScénarioAndré Téchiné, Gilles Taurand, Olivier Massart

Photographie : Jeanne Lapoirie

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1994

LE FILM

En 1962, en pleine guerre d’Algérie, alors que les attentats OAS se multiplient, l’intrusion d’un garçon pied-noir exilé va bouleverser la vie paisible de l’internat du lycée où il est accueilli.

Les Roseaux sauvages est probablement l’oeuvre centrale de toute la filmographie d’André Téchiné. Pourtant, à l’origine, cette chronique douce-amère et mélancolique sur la jeunesse française au début des années 1960 était uniquement destinée à la télévision dans un format d’une heure, dans le cadre d’un projet pour la télévision. Aujourd’hui, Les Roseaux sauvages demeure pour beaucoup de cinéphiles leur film préféré d’André Téchiné, celui qui regroupe tous ses thèmes de prédilection.

La guerre d’Algérie touche à sa fin. Dans le Sud-Ouest de la France, le frère de Serge, soldat, fils de paysans italiens, épouse la première venue pour obtenir une semaine de permission. Le jeune marié songe à déserter et compte sur madame Alvarez, la mère de Maïté, professeur et militante communiste, pour l’aider. Mais il repart en Algérie et se fait tuer dans le djebel. Des lycéens du village sont témoins de ces événements tragiques. Henri, un jeune pied-noir, vient passer son bac en métropole. L’oreille collée à un transistor, il suit minute par minute le dénouement du conflit. Un soir, à l’internat, François, le petit ami de Maïté, découvre son homosexualité dans les bras de Serge. Derrière la valse et les flonflons de cette année 1962, certains jeunes terminent laborieusement leurs études au lycée, dans l’espoir d’obtenir leur baccalauréat, même s’ils ont d’autres idées en tête en étant bouleversés par leurs sentiments et leurs désirs.

André Téchiné demeure l’un des rares cinéastes français à avoir su dépeindre les émois propres à l’adolescence, mais également la révélation du libre-arbitre, de la conscience politique, l’éveil sexuel, la sensualité, en d’autres termes, l’adieu à l’enfance et l’entrée dans le monde responsable des adultes. Plus de vingt ans après sa sortie, François, Maïté, Madame Alvarez et Serge sont des personnages qui restent dans la conscience des cinéphiles. Même si Maïté et François ressentent beaucoup de choses l’un pour l’autre, le jeune homme ressent encore plus d’attirances pour Serge, ce qui le déconcerte beaucoup dans un premier temps, tandis que Maïté doit accepter cette situation. Il y a aussi le pied-noir Henri, compagnon de chambre de Serge, qui a quitté l’Algérie où son père est décédé. Le jour où Serge apprend que son frère est mort en Algérie, le lycéen est alors animé par une rage ardente envers Henri, tandis que la mère de Maïté, professeur de français et communiste, rongée de culpabilité pour ne pas avoir pu le frère de Serge, part en cure de sommeil. Son remplaçant, Monsieur Morelli, cherche à aider Henri à avoir le bac. Mais ce dernier, révolté par les décisions de de Gaulle et le retrait de la France en Algérie, décide de quitter la ville.

Les Roseaux sauvages dresse le portrait d’une jeunesse qui se voulait insouciante, mais qui se trouve très vite rattrapée par l’Histoire. André Téchiné confie les rôles principaux à une poignée de jeunes comédiens inexpérimentés, mais néanmoins charismatiques et très attachants. C’est le cas d’Elodie Bouchez, qui avait fait ses débuts au cinéma dans Stan the Flasher de Serge Gainsbourg (1989), qui après une apparition dans Tango de Patrice Levonte (1993) et Le Péril jeune de Cédric Klapisch (1994), explose à l’écran dans Les Roseaux sauvages, pour lequel elle obtient le César dans la catégorie meilleur espoir féminin. Au générique, se démarque également Gaël Morel, dans le rôle de François, adolescent introverti et tourmenté, sans doute le personnage le plus proche d’André Téchiné. Apparu ensuite dans Le Plus bel âge et Zonzon, Gaël Morel deviendra ensuite un précieux réalisateur, à qui l’on doit entre autres Le Clan (2004) et Après lui (2007).

A l’origine des Roseaux sauvages, il y a la collection commandée par Arte intitulée Tous les garçons et les filles de leur âge. Après Ma saison préférée en 1993, André Téchiné accepte de rejoindre ce projet collectif avec un téléfilm intitulé Le Chêne et le roseau, d’après la fable éponyme de Jean de La Fontaine, dont Les Roseaux sauvages deviendra finalement la version longue. Cette collection regroupe neuf téléfilms français, totalement indépendants entre eux, seulement reliés par le thème de l’adolescence et diffusés sur Arte au dernier trimestre 1994. André Téchiné, mais aussi Chantal Akerman, Claire Denis, Olivier Assayas, Laurence Ferreira Barbosa, Patricia Mazuy, Emilie Deleuze, Cédrick Kahn et Olivier Dahan relèvent le défi. Comme ses confrères, André Téchiné dispose alors d’un budget modeste et doit répondre à une liste de contraintes (la durée d’une heure, le thème principal, intégrer une scène de fête, une durée de tournage de 20 jours en moyenne, des prises de vue en Super 16), malgré une grande liberté créatrice laissée aux cinéastes, comme le choix de situer le récit entre les années 1960 et 1990. Chaque réalisateur doit utiliser la musique rock, filmer de jeunes comédiens peu ou alors pas connus. André Téchiné reconnaîtra lui-même la grande liberté qui leur avait été accordée, sans contrainte ni l’obstacle lié au box-office.

Trois de ces téléfilms connaîtront les honneurs d’une version allongée, qui sera exploitée dans les salles. Les Roseaux sauvages donc, mais aussi Trop de bonheur de Cédric Kahn et L’Eau froide d’Olivier Assayas, présentés par ailleurs au Festival de Cannes. Le Chêne et le roseau, qui durait à l’origine 56 minutes, devient alors Les Roseaux sauvages, vrai film de cinéma d’1h55, placé sous le sceau de l’authenticité, qui n’épargne pas ses jeunes protagonistes, rattrapés par la dure réalité de la vie qui s’ouvre devant eux. André Téchiné réalise ici l’un de ses chefs d’oeuvre, en état d’apesanteur, trouvant l’équilibre délicat et parfait entre récits initiatiques – pour la première fois, il y parle ouvertement de l’homosexualité – et rendez-vous avec la grande Histoire, avec pudeur, une immense sensibilité et une justesse confondante, sous un soleil ardent et des couleurs estivales.

Largement inspirée par les propres souvenirs liés à l’adolescence du cinéaste, Les Roseaux sauvages est une œuvre qui marque définitivement la mémoire des cinéphiles. Le film a été récompensé par le prix Louis-Delluc en 1994 et par quatre César en 1995, Meilleurs film, réalisateur, scénario original et espoir féminin.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray des Roseaux sauvages, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, fixe et muet, reprend une partie du visuel de l’affiche originale.

A l’instar de l’édition HD de J’embrasse pas, l’éditeur reprend l’interview d’André Téchiné (20’), réalisée à l’occasion de la sortie des Roseaux sauvages en DVD en 2004. Cependant, contrairement à l’autre entretien mentionné, le réalisateur semble presque gêné de parler du film qui nous intéresse. De manière succincte, le cinéaste revient sur la genèse du projet alors qu’il s’agissait encore d’un téléfilm intitulé Le Chêne et le roseau. André Téchiné indique que c’est surtout l’envie d’évoquer la guerre d’Algérie, plus que de réaliser un film sur les adolescents, qui l’a surtout convaincu de mettre en scène ce qui allait devenir Les Roseaux sauvages. Brièvement et de manière saccadée, le module est par ailleurs trop souvent entrecoupé par des extraits du film, le cinéaste aborde les thèmes, les personnages, le casting, les conditions de tournage, ainsi que les éléments autobiographiques qui ont inspiré le scénario.

L’Image et le son

Tourné en 16 mm, Les Roseaux sauvages a ensuite été gonflé pour une exploitation dans les salles. Evidemment, nous sommes loin du clinquant CinemaScope, format habituellement utilisé par André Téchiné, mais cette édition Haute-Définition s’en sort avec les honneurs. Certes, les couleurs restent sensiblement délavées, notamment les teintes vertes très présentes, mais la clarté est de mise, le piqué agréable, la copie très propre, en dehors d’un fil en bord de cadre lors de la scène de l’enterrement. Les séquences sombres s’avèrent moins définies, avec un grain plus hasardeux et une perte des détails. Toutefois, ce Blu-ray des Roseaux sauvages, permet au film d’André Téchiné de bénéficier d’une petite cure de jouvence bienvenue.

Le mixage DTS-HD Master Audio Stéréo instaure un très bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. Dommage que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant soient indisponibles.

Crédits images : © Studiocanal /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / J’embrasse pas, réalisé par André Téchiné

J’EMBRASSE PAS réalisé par André Téchiné, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Manuel Blanc, Philippe Noiret, Emmanuelle Béart, Hélène Vincent, Ivan Desny, Michèle Moretti…

ScénarioJacques Nolot, André Téchiné, Michel Grisolia

Photographie : Thierry Arbogast

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

L’histoire de Pierre qui vient de quitter son Sud-Ouest natal pour tenter fortune à Paris avec pour tout bagage un diplôme de brancardier, et un vague désir de devenir acteur. Il va sombrer dans la prostitution.

Même s’il n’a pas forcément brillé au box-office à sa sortie en novembre 1991 avec 472.000 entrées, ce qui le classe à la neuvième place dans le top 10 du réalisateur, J’embrasse pas d’André Téchiné est considéré à juste titre comme l’un de ses meilleurs et plus grands films. Inspiré de la vie du comédien et cinéaste Jacques Nolot, par ailleurs coscénariste, qui durant son adolescence avait rencontré et fréquenté Roland Barthes, dont est inspiré le personnage de Romain, magnifiquement incarné par Philippe Noiret, J’embrasse pas est empreint de lyrisme propre à la littérature française du XIXè siècle et foudroie le spectateur du début à la fin.

A peine majeur, Pierre Lacaze quitte ses Pyrénées natales pour monter à Paris avec l’idée de devenir comédien. Son seul contact est Evelyne, infirmière d’âge mûr et vieille fille, qu’il a connue alors qu’il était brancardier à Lourdes, et qui ne peut lui trouver d’autre emploi que plongeur à l’hôpital. C’est là qu’il rencontre Saïd, qui l’emmène dîner un soir chez son oncle Dimitri, vieil homosexuel lié à Romain Dumas, producteur d’émissions culturelles à la télévision fréquentant assidûment le monde des jeunes prostitués. Pierre se défie de cet homme et devient l’amant d’Evelyne, qui le cache de sa vieille mère infirme en le logeant dans une chambre sous les toits. Le soir, après le travail, il suit des cours d’art dramatique et s’y révèle peu talentueux, ne comprenant rien au monologue d’Hamlet. Evelyne, fort perturbée et ne se sentant pas aimée comme elle l’attendait, met un terme à sa relation avec le jeune homme, qui se retrouve à la rue. Dormant dans une gare, il s’y fait voler son sac. Démuni de tout, il cherche à se prostituer, mais ne peut finalement s’y résigner. C’est là, au Bois de Boulogne, que Romain l’aperçoit et lui propose de le suivre à Séville le temps d’un reportage. Mais, à peine arrivé, Pierre s’éclipse et rentre à Paris, où il reçoit la visite de son frère Serge, militaire en permission, et où cette fois il se prostitue réellement, sous le nom de… Romain. Un soir de rafle policière, il se laisse volontairement arrêter, car dans le fourgon cellulaire se trouve Ingrid, jeune prostituée précédemment aperçue, qui l’attire au plus haut point. Relâchés au matin, ils ébauchent une idylle que la jeune femme écourte sous la menace de son souteneur.

Avec sa mise en scène frontale, pourtant douce et caressante, André Téchiné dresse le portrait de son jeune personnage, sans porter de jugement, sans désir de réaliser un documentaire sur la prostitution, mais en se focalisant plutôt sur les étapes et rencontres – superbes Hélène Vincent et Roschy Zem – successives qui mènent Pierre vers cette alternative pour pouvoir survivre. Non seulement Pierre fait de son corps un instrument de survie, mais également de plaisir et de jouissance. André Téchiné accompagne Pierre dans sa découverte du vaste monde, un explorateur qui s’engage alors sur un territoire qu’il ne connaît pas et qui se trompe sur ses premiers désirs. Les désillusions font rapidement place au besoin primaire de manger, de dormir et de s’en sortir.

Le choix de confier le premier rôle à Manuel Blanc, qui n’avait alors aucune expérience est donc aussi intelligent qu’ambitieux, puisque le jeune comédien de 23 ans représente l’espoir et la virginité, dont les rêves et les fantasmes vont vite être ruinés. J’embrasse pas est un film certes sombre, mais néanmoins ponctué par des moments d’éclaircies, comme cette confrontation de Pierre avec Ingrid, interprétée par Emmanuelle Béart, au sommet de son art, de son aura érotique et de sa beauté avec son regard azur et sa perruque Louise Brooks. Mais même ce regard lumineux est au bord des larmes et témoigne des coups reçus.

Le récit initiatique de Pierre est difficile, à la fois pour le personnage, mais aussi pour le spectateur, notamment durant l’acte final où le destin se cristallise dans une séquence aussi inéluctable qu’insoutenable, qui tord alors l’estomac et marque encore profondément les esprits longtemps après, tout comme la composition du prolifique Philippe Sarde. Et malgré l’enfer vécu par Pierre, l’espoir demeure malgré tout puisque le film se clôt dans un baptême innocent et vertueux, où tous les horizons semblent possibles. Manuel Blanc a très justement été récompensé par le César du meilleur espoir masculin en 1992.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de J’embrasse pas, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, fixe et muet, reprend une partie du visuel de l’affiche originale.

Cette édition ne contient qu’un seul supplément, mais à ne pas manquer. Il s’agit de l’interview d’André Téchiné (28’), réalisée en 2004, pour la sortie en DVD de J’embrasse pas. Le cinéaste revient sur la genèse du film, né du projet avorté de réaliser un film français au Brésil, qui est finalement devenu un film aux thèmes « brésiliens » transposés en France. André Téchiné aborde ensuite ses intentions, l’écriture du scénario avec Jacques Nolot (basé sur son histoire personnelle, mais aussi sur certains témoignages), les conditions de tournage (l’histoire a été tournée dans sa continuité), le casting, l’évolution du personnage de Pierre et les partis pris.

L’Image et le son

J’embrasse pas nous parvient en Haute-Définition. La copie est propre, immaculée même, les contrastes très élégants font honneur à la très belle photo du chef opérateur Thierry Arbogast, marquée par des couleurs hivernales. Le grain original est heureusement respecté, le cadre large offre son lot conséquent de détails ciselés, la stabilité est de mise. En dehors de quelques sensibles pertes de la définition, ce Blu-ray s’avère solide et permet de redécouvrir J’embrasse pas dans des conditions très satisfaisantes.

Le mixage DTS-HD Master Audio Stéréo instaure un confort acoustique total. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Philippe Sarde jouit également d’un écrin phonique soigné. Dommage que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant soient indisponibles.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Problemos, réalisé par Eric Judor

PROBLEMOS réalisé par Eric Judor, disponible en DVD le 19 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Eric Judor, Blanche Gardin, Youssef Hajdi, Célia Rosich, Marie Helmer, Michel Nabokov, Dorothée Pousséo, Claire Chust…

ScénarioNoé Debré, Blanche Gardin

Photographie : Vincent Muller

Musique : Ludovic Bource

Durée : 1h22

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Les vacances terminées, Victor et sa petite amie Jeanne rentrent à Paris. Sur le chemin, ils s’arrêtent pour rendre visite à leur ami Jean-Paul, qui habite dans une communauté de babos dans une prairie et qui proteste contre la construction d’un parc aquatique. Séduits par leur façon de vivre, de résister contre la technologie et la société moderne, ils décident de rester quelques jours avec eux. Un matin, ils découvrent que les CRS, qui encadraient la communauté, ont disparu comme la population extérieure, décimée par une pandémie, faisant d’eux les derniers survivants sur Terre.

Après le douloureux et injuste échec commercial de La Tour 2 contrôle infernale (358.000 entrées), Eric Judor revient déjà devant et derrière la caméra pour notre plus grand plaisir avec Problemos. Burlesque, nonsensique, décalée, cartoonesque, absurde, politiquement incorrecte, cette comédie délirante est aussi et surtout excellemment mise en scène et rythmée. Evidemment, le film sera loin, très loin de faire l’unanimité. Certains gags «  mous  » sont complètement assumés, mais beaucoup y verront des ratés. Toujours est-il que Problemos est très généreux et offre aux spectateurs un moment de détente ultra-décomplexée, doublé d’un beau moment de cinéma. Les répliques ne cessent de rebondir d’un mur à l’autre comme une partie de ping-pong verbal. C’est drôle, c’est même hilarant, élégant et beau à regarder, les seconds rôles sont immenses. Mais au fait, ça parle de quoi Problemos ?

Alors que leurs vacances viennent de se terminer, Jeanne, Victor et leur petite fille retournent à Paris. En chemin, le couple fait une halte pour saluer Jean-Paul, l’ancien prof de yoga de Jeanne, qui vit dans une communauté d’altermondialistes. Depuis longtemps, Jean-Paul et ses amis font tout pour empêcher la construction d’un parc aquatique. Séduits par une communauté qui prône le « vivre autrement », où l’individualisme, la technologie et les distinctions de genre sont abolis, Jeanne et Victor acceptent l’invitation qui leur est faite de rester quelques jours. Lorsqu’un beau matin la barrière de CRS qui leur fait face a disparu, la Communauté pense l’avoir emporté sur le monde moderne. Mais le plaisir est de courte durée : à l’exception de leur campement, la population terrestre a été décimée par une terrible pandémie. Ce qui fait du groupe les derniers survivants du monde. Va t-il falloir se trouver de nouveaux ennemis pour survivre ?

Depuis sa participation aux comédies expérimentales de l’excellent Quentin Dupieux (Steak, Wrong, Wrong Cops), Eric Judor a suivi ce genre quasi-inclassable en créant notamment la série Platane. La Tour 2 contrôle infernale découlait de cette approche humoristique ambitieuse. Sur un scénario coécrit par l’humoriste Blanche Gardin et Noé Debré (Dheepan, La Crème de la crème), Problemos s’inscrit dans la lignée des précédentes comédies d’Eric Judor en situant son récit dans une ZAD, autrement dit une Zone à défendre, librement inspirée du mouvement militant « Nuit debout » qui se tenait Place de la République à Paris. Film survolté qui a des choses à dire et qui les dit sans prendre la tête aux spectateurs, mais en le faisant rire du début à la fin rien qu’avec un type qui porte des chaussettes avec des sandales, Problemos peut se voir comme une vraie relecture de La Ferme des animaux de George Orwell, traitée sous forme de fantaisie.

Les communautés, féministes, hippies écolos, vegans, en prennent pour leur grade puisque Judor montre une société qui se réorganise sur des principes égalitaires, mais dont le naturel revient très vite au galop (ça râle de tous les côtés, l’intérêt personnel passe au premier plan), où les avis et intérêts divergent, où les castes sont vite rétablies, jusqu’au chaos. En raison de l’échec de La Tour 2 contrôle infernale, Eric Judor n’a pu bénéficier d’un budget mirobolant et a même eu beaucoup de mal à financer son film. Pourtant, Problemos bénéficie d’un casting génial et déjanté (Marc Fraize, Bun Hay Mean, Youssef Hadji, Michel Nabokov, Arnaud Henriet, Dorothée Pousséo, Blanche Gardin, Claire Chust, Célia Rosich), les situations sont cocasses et jamais méchantes, sans oublier des dialogues prêts à entrer dans le langage courant de celles et ceux qui sauront accorder 1h20 de leur temps à l’une des comédies de 2017 ! Ni plus ni moins.

LE DVD

En raison de son échec dans les salles, Problemos ne bénéficie pas de sortie en Blu-ray. Une honte. Le test du DVD, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Sortie technique, l’éditeur ne propose aucun supplément, même pas la bande-annonce. Zéro pointé pour Studiocanal qui commence à se désintéresser du support…

L’Image et le son

Point d’édition Blu-ray, mais un beau DVD pour Problemos. Le master est soigné avec des contrastes élégants, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté demeure frappante, le piqué est vif, les gros plans détaillés et la colorimétrie reste chatoyante, riche et bigarrée.

Outre une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, la version Dolby Digital 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets naturels, la musique et les ambiances, avec même un accompagnement des basses. La piste Stéréo assure également de son côté avec des frontales particulièrement riches.

Crédits images : © Serge Blondeau / Séverine Brigeot / Studiocanal / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Héritier, réalisé par Philippe Labro

L’HÉRITIER réalisé par Philippe Labro, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Jean-Paul Belmondo, Carla Gravina, Jean Rochefort, Charles Denner, Maureen Kerwin, Jean Desailly, Jean Martin, François Chaumette, Maurice Garrel…

ScénarioJacques Lanzmann, Philippe Labro

Photographie : Jean Penzer

Musique : Michel Colombier

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Fils à papa et playboy renommé, Bart Cordell se retrouve à la tête d’un véritable empire à la mort de son père. Pas vraiment préparé pour être un homme d’affaires, Cordell va devoir faire ses preuves, tout en prouvant que l’accident d’avion de son père a été provoqué…

« Montrez-moi un héros et je vous écrirai une tragédie. » Francis Scott Fitzgerald

A la fin des années 1960 – début 1970, Jean-Paul Belmondo est l’un des comédiens qui règnent sur le cinéma français. Le comédien oscille alors entre comédies populaires et films d’auteurs. Bebel passe allègrement d’un genre à l’autre, de Gérard Oury à François Truffaut, en passant par Louis Malle, Robert Enrico, Claude Lelouch, Jacques Deray, Jean-Paul Rappeneau, Claude Chabrol, Henri Verneuil et José Giovanni. Tout cela en l’espace de cinq ans. En allant rendre visite à sa compagne, la magnifique Laura Antonelli, sur le tournage de Sans mobile apparent, Jean-Paul Belmondo observe la méthode Labro. Conforté par son complice de toujours Jean-Pierre Marielle, qui joue également dans le film, sur le professionnalisme du metteur en scène, Bebel fait part à Philippe Labro qu’il souhaiterait collaborer avec lui. Il n’en fallait pas plus à ce dernier et à son coscénariste Jacques Lanzmann pour lui écrire un thriller dramatique sur mesure. Ce sera donc L’Héritier.

Hugo Cordell, grand patron de la presse et de l’industrie, trouve la mort dans l’explosion de son avion, entre Genève et Paris. L’examen des débris de l’appareil ne permet pas d’établir avec certitude les causes de l’accident. À Paris, les dirigeants de Globe, l’hebdomadaire français du groupe Cordell, attendent avec anxiété l’arrivée de Barthelemy, dit Bart, l’héritier de l’empire Cordell (vous avez dit Largo Winch ?), qui a émis le désir de prendre connaissance du dernier numéro avant son impression. Dans l’avion qui le ramène des États-Unis, Bart flirte avec la séduisante Lauren, qui glisse dans sa poche un ticket de bagage. À l’aéroport, Bart est accueilli par le staff directorial du Globe et des reporters de la télévision. Le ticket de bagage trouvé par un douanier correspond à une mallette remplie de drogue et on accuse Bart de se livrer à un trafic de stupéfiants. Il comprend alors que son arrivée à la tête de l’empire Cordell qui pèse 150 millions de dollars, n’est pas du goût de tout le monde. Aidé de son fidèle ami, David, il décide de mener son enquête.

« Je ne cherche pas à me faire aimer, je cherche à me faire comprendre. »

La carrière cinématographique de Philippe Labro a toujours été influencée par le polar américain, son genre de prédilection. L’Héritier ne fait pas entorse à la règle puisqu’on y retrouve l’atmosphère, le cadre et les décors propres au thriller US. A la limite de l’expérimental, le cinéaste joue avec le montage et notamment les ruptures. Ces intentions et partis pris n’ont pas eu que du bon pour la postérité de L’Héritier, qui a pris pas mal de rides, contrairement à la partition toujours inspirée de Michel Colombier. Dépourvu d’humour, froid, le troisième long métrage de Philippe Labro offre néanmoins à Jean-Paul Belmondo un rôle atypique, peu attachant et qui ne fait d’ailleurs rien pour créer une once d’empathie en faisant la tronche et en plissant le front pendant près de deux heures, mais qui demeure au final curieux du début à la fin.

Grand succès public en mars 1973 avec plus de 2 millions d’entrées, L’Héritier se voit aujourd’hui comme une curiosité dans la filmographie de Bebel, ainsi que pour son casting quatre étoiles puisque la divine Carla Gravina (L’Antéchrist d’Alberto De Martino), Jean Rochefort, Charles Denner, Jean Desailly, Michel Beaune, François Chaumette, Maurice Garrel, Jean Martin gravitent autour du comédien principal, droit comme un i et corseté dans des costumes trois-pièces. Philippe Labro parle du monde impitoyable et cynique de la presse, le sien, par ailleurs le personnage de Liza Rocquencourt, interprété par Carla Gravina, n’est pas sans rappeler Françoise Giroud, mais également de celui de l’entreprise, où les concurrents sont prêts à tout pour devenir le leader européen. Récit initiatique, polar, drame, L’Héritier touche à tout, c’est sans doute ce qui fait sa faiblesse puisque le récit part dans tous les sens et sans gestion du rythme, mais c’est aussi ce qui fait aussi sa force puisque Labro ne donne pas toutes les clés de ses personnages et son film paraît même parfois quasi-inclassable. Son épilogue inoubliable pour les fans de Bebel a largement contribué à conférer à L’Héritier un statut culte.

LE BLU-RAY

L’édition HD de L’Héritier est disponible chez Studiocanal. Le DVD du film était déjà disponible chez le même éditeur depuis 2007. Le menu principal est fixe et muet, triste…

Comme pour l’édition HD de L’Alpagueur, Philippe Labro présente L’Héritier (29’) à travers un entretien souvent passionnant. Le réalisateur s’attarde sur la genèse de son troisième long métrage et troisième collaboration avec Jacques Lanzmann, sur l’écriture du scénario, les thèmes abordés, ses intentions et ses inspirations (l’ascension et l’assassinat de JFK, le cinéma de Jean-Pierre Melville, Bas les masques de Richard Brooks), sa collaboration avec Jean-Paul Belmondo (qui se demandait si les spectateurs allaient l’accepter dans la peau de ce personnage), l’épilogue (tourné à 5 caméras et inspiré de l’assassinat de Lee Harvey Oswald par Jack Ruby), l’accueil et la postérité de son film. S’il s’égare parfois en parlant longuement de son amitié avec Jean-Pierre Melville, qui l’a beaucoup conseillé pour le tournage de Sans mobile apparent (qui au passage n’est jamais sorti en DVD et qu’on attend toujours !), Philippe Labro replace brillamment L’Héritier dans sa filmographie et dans son contexte politico-financier, le tout agrémenté d’anecdotes de tournage.

L’Image et le son

L’apport HD pour L’Héritier est ici moins flagrant que pour L’Alpagueur. Le générique est marqué par un grain très imposant et le reste du film restera du même acabit avec un piqué émoussé et un manque de définition récurrent. La gestion des contrastes est correcte, la copie affiche une solide stabilité et la propreté de la copie est indéniable. Quelques plans sombres et flous semblent inhérents aux conditions de tournage, tandis que les partis pris esthétiques froids du chef opérateur Jean Penzer (Le Diable par la queue de Philippe de Broca, Préparez vos mouchoirs de Bertrand Blier) sont ici respectés dans la mesure du possible.

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un honnête confort acoustique, même si certains échanges paraissent parfois étouffés et sourds. La propreté est de mise, les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Michel Colombier est quant à elle la mieux lotie. Mauvais point en revanche pour l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, tout comme celle d’une piste Audiodescription qui manque à l’appel.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Podium, réalisé par Yann Moix

PODIUM réalisé par Yann Moix, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Benoît Poelvoorde, Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Marie Guillard, Anne Marivin, Odile Vuillemin, Mia Frye…

ScénarioYann Moix, Olivier Dazat, Arthur-Emmanuel Pierre d’après le roman Podium de Yann Moix

Photographie : Benoît Delhomme

Musique : Jean-Claude Petit

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 2004

LE FILM

Nom : Bernard Frédéric. Profession : Claude François, chanteur à succès des années 70. Oui son métier, c’est d’être Claude François à la place de lui ; le meilleur de sa génération ; Il est son sosie chantant et dansant avec quatre choristes.
Son ambition, au grand dam de sa femme Véro, est de gagner le concours de la Nuit des sosies, diffusée en prime time sur une grande chaîne. Pris entre son désir de gloire et l’amour réel pour sa femme, tenaillé entre son chanteur idole et Véro, il lui faudra choisir.

Film événement avec près de 3,6 millions d’entrées en 2004 et troisième plus grand succès hexagonal cette année-là derrière Les Choristes et Un long dimanche de fiançailles, Podium est rapidement devenu un film culte. Révélé en 1992 dans C’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux et André Bonzel, Benoît Poelvoorde passe ensuite par la télévision pour les deux shows Jamais, au grand jamais et Les Carnets de Monsieur Manatane, avant de retourner au cinéma. Après le succès des Randonneurs de Philippe Harel en 1997, il devient très vite convoité par les réalisateurs. Le comédien enchaîne alors Les Convoyeurs attendent de Benoît Mariage, Les Portes de la gloire de Christian Merret-Palmair, Le Vélo de Ghislain Lambert – à nouveau – de Philippe Harel. La donne change avec Le Boulet d’Alain Berberian, blockbuster à la française qui attire plus de 3 millions de spectateurs. Arrive enfin Podium, qui consacre définitivement Benoît Poelvoorde avec sa première nomination pour le César du meilleur acteur et l’obtention du Prix Jean Gabin en 2005.

En misant sur Benoît Poelvoorde pour interpréter le rôle principal de son premier long métrage en tant que réalisateur, Yann Moix, qui adapte ici son roman éponyme (2002, Editions Grasset) sélectionné pour le prix Goncourt, ne s’est pas trompé. D’ailleurs, le roman et le scénario ont été écrits spécialement pour lui. Benoît Poelvoorde est Bernard Frédéric et a pour métier Claude François… et accessoirement, banquier. Devenir le sosie de Claude François est son rêve. Après avoir raccroché pendant plusieurs années, fondé une famille et trouvé un emploi stable, il est contacté par Couscous, alias Michel PolnarG, l’étonnant sosie de Michel Polnareff afin de gagner le concours de la « Nuit des sosies » présentée par Évelyne Thomas au grand dam de sa femme Véro. Pour ce faire, il engage quatre Bernadettes, comme Claude François avait ses Claudettes.

Même si le ton a été quelque peu adouci par rapport au roman, Yann Moix a réussi à préserver l’ironie et le mordant de son livre pour sa transposition à l’écran. Alors que la téléréalité avec sa course à la célébrité battait son plein depuis l’émergence de Loft Story en France, Podium se penche sur les artistes locaux qui tentent d’exister en calquant leur existence sur celle de leurs idoles. Pour Bernard Frédéric, Claude François est bien plus qu’un modèle, c’est un mode de vie à part entière. Il respire, il vit et même il est Claude François. Déjà très investi, Benoît Poelvoorde crève l’écran dans la peau du pourtant enfoiré Bernard Frédéric, au point de chanter lui-même tous les tubes entendus dans le film. En plus de ses références avouées (Claude Zidi, Max Pecas, Bertrand Blier, François Truffaut, les films avec Louis de Funès), Yann Moix joue avec l’esthétique bariolée des années 1970 (y compris dans les décors et les costumes très réussis), s’en amuse plus qu’il s’en moque, à travers un personnage qui trouve finalement refuge dans le corps et la personnalité d’un autre. Odieux, vulgaire, égocentrique, tyrannique, misogyne, Bernard Frédéric a tout pour être repoussant, pourtant Benoît Poelvoorde en fait un monstre avant tout humain, mal dans sa peau et qui dissimule ses failles, ses fêlures et son mal-être. Jusqu’à la séquence finale où le comédien donne des frissons en interprétant Ma préférence de Julien Clerc face caméra dans l’espoir de reconquérir sa femme.

Podium est également un véritable hommage à Claude François. On peut d’ailleurs le préférer au biopic Cloclo de Florent Emilio-Siri qui montrait également un artiste colérique et perfectionniste, mais dont la mise en scène pesante et prétentieuse pouvait facilement ennuyer. Véritable comédie populaire, Podium enchaîne les scènes et les répliques cultes (« Toi, là-bas avec le calamar sur la tête… ») comme des perles sur un collier avec des comédiens déchaînés (Jean-Paul Rouve en sosie de Polnareff, Julie Depardieu pétillante) et un rythme enlevé qui reste toujours aussi efficace. Yann Moix reviendra derrière la caméra pour Cinéman, immense nanar absolu, mais c’est une autre histoire.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Podium, disponible chez Studiocanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Sortie technique, le menu principal de cette édition HD est fixe et muet.

Nous nous trouvons en présence de l’arnaque de l’année. Non pas que le master Haute-Définition soit infect, c’est même tout le contraire, mais tout simplement parce que l’éditeur a purement et simplement viré TOUS les suppléments que l’on trouvait sur les différentes éditions DVD du film !

Exit le très beau menu animé et musical, le chapitrage, la version longue (+ 26 minutes), le très bon commentaire audio de Yann Moix présent sur les deux montages, le pré-film annonce, la bande-annonce, le bêtisier, la galerie d’affiches et de photos, le making of de 70 minutes, le duo original Claude François/Petula Clark, bref tout a ici disparu. Zéro pointé !

Heureusement, Studiocanal se rattrape avec ce superbe master HD (1080p) qui restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur Benoît Delhomme (Des hommes sans loi, Mortel transfert). La patine argentique est élégante, les couleurs chaudes et clinquantes, les contrastes léchés et le relief constamment palpable. Ces partis pris esthétiques bigarrés sont savamment pris en charge par une compression sans failles, la définition demeure exemplaire sur tous les plans et tout du long, sur les scènes sombres comme sur les lumineuses séquences diurnes. Les détails sont légion sur le cadre large, le piqué aiguisé et la copie éclatante.

Podium vous donne l’occasion de transformer votre installation sonore en véritable jukebox-Claude François grâce à un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 explosif. La balance frontale est riche et exemplaire, les dialogues solidement plantés sur la centrale et les latérales ne cessent d’exsuder leurs effets et ambiances dévastateurs, notamment sur toutes les séquences de représentations. Point de DTS-HD Master Audio 2.0, ni même de piste Audiodescription et encore moins de sous-titres destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Mars Distribution / Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Joyeuses Pâques, réalisé par Georges Lautner

JOYEUSES PÂQUES réalisé par Georges Lautner, disponible en Blu-ray le 5 septembre 2017 chez Studiocanal

Acteurs :  Jean-Paul Belmondo, Marie Laforêt, Michel Beaune, Rosy Varte, Sophie Marceau…

Scénario :  Georges Lautner, Jean Poiret d’après sa pièce de théâtre

Photographie : Edmond Séchan

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

La cinquantaine florissante, Stéphane Margelle héberge, en l’absence de sa femme, une jolie jeune femme. Mais l’épouse rentre à l’improviste. Pour sauver la face, Margelle est obligé de faire passer son hôte pour sa fille.

Jean-Paul Belmondo démarre les années 1980 comme il vient de terminer la décennieprécédente, avec le réalisateur Georges Lautner (1926-2013). Si Flic ou voyou (1979) et Le Guignolo (1980) ont été de très grands succès populaires avec 3,9 et 2,9 millions d’entrées, Bebel va alors connaître trois des plus grands triomphes de sa carrière avec Le Professionnel (5,2 millions), L’As des as (5,5 millions) et Le Marginal (4,9 millions), qui se placent respectivement à la troisième, seconde et quatrième place dans son top 5, derrière Le Cerveau (5,6 millions). Des chiffres qui font rêver. Jean-Paul Belmondo tourne ensuite Les Morfalous (3,6 millions), pour la dernière fois sous la direction d’Henri Verneuil. Conforté une fois de plus par l’adhésion du public et même s’il se lasse de la comédie, Bebel retrouve Georges Lautner avec « l’envie de s’éclater » (selon les mots du cinéaste) après la noirceur du Professionnel. Ils jettent alors leur dévolu sur la pièce à succès Joyeuses Pâques de Jean Poiret, alors que le théâtre commence sérieusement à manquer à Belmondo. Comme l’enchaînement des tournages l’empêche de remonter sur les planches, c’est donc le théâtre qui s’invite au cinéma !

Georges Lautner et Jean Poiret lui-même adaptent le vaudeville original qu’ils reformatent pour permettre à Bebel d’en faire ce qu’il veut. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y a tellement tout et n’importe quoi dans Joyeuses Pâques, que le film ne ressemble à rien et demeure aujourd’hui l’un des pires films du comédien et du réalisateur. Belmondo est Stéphane Margelle, un riche industriel et surtout un séducteur âgé d’une cinquantaine d’années qui collectionne les conquêtes dès que son épouse Sophie a le dos tourné. Persuadé que cette dernière a pris l’avion dans la journée, il ramène chez lui Julie, 16 ans, qui ne sait pas où dormir. Mais une grève surprise empêche Sophie de partir et elle rentre à l’improviste en pleine nuit et les surprend. Pour s’en sortir, Stéphane fait passer Julie pour sa fille, issue d’un premier mariage dont il aurait oublié de lui parler. De ce mensonge vont en découler bien d’autres et Stéphane va s’empêtrer toujours davantage. De son côté, Sophie, peu dupe et qui ferme habituellement les yeux sur les frasques de son mari, s’amuse à le voir s’embourber et se prend d’affection pour la jeune fille qui se demande dans quel pétrin elle s’est fourrée.

Dès le pré-générique, tout part en sucette. Les cascades improbables s’enchaînent avec Bebel accompagné de Rémy Julienne (pour une fois à l’écran) qui défoncent un cabanon avec leur bateau, puis Bebel qui passe de femme en femme, Bebel qui nous refait la cascade du Guignolo avec l’hélicoptère, le titre apparaît et la musique de Philippe Sarde démarre. Si l’acteur n’a jamais tari d’éloges sur Georges Lautner (« Lautner avait le don pour la comédie. Il avait le sens du rythme. C’était un grand technicien. Il savait anticiper les mouvements des acteurs. C’était un grand, grand monsieur du cinéma. Il faisait l’idiot avec moi, mais il avait son film dans la tête. Il n’improvisait pas. », L’Express, février 2014), force est de constater que Joyeuses Pâques marque un tournant dans leurs carrières respectives puisqu’il s’agit de l’avant-dernier grand succès du comédien et le dernier pour le réalisateur.

Joyeuses Pâques, c’est comme qui dirait le film de trop. Rien ne fonctionne, tout y est surligné, hystérique, fatiguant, exténuant même, comme la séquence du restaurant indien. Non seulement le film est très mal écrit, on se demande même s’il y a vraiment eu un scénario, mais Jean-Paul Belmondo y est extrêmement mauvais et grotesque. Pas une seule de ses répliques ne tombe juste et sa prestation outrancière (volontaire il est vrai) et franchement gênante, se résume à s’agiter dans tous les sens, totalement en roues libres, en brassant de l’air, en moulinant des bras, en courant de droite à gauche. Si la fraîcheur de Sophie Marceau fait parfois mouche, Marie Laforêt parvient à s’en sortir avec élégance et son ironie passe bien devant l’abattage de son partenaire qui continue de s’époumoner et de se perdre dans le plus mauvais boulevard. Quant au dernier tiers, comme la pièce originale de Jean Poiret a été réduite au minimum et qu’il faut bien livrer un long métrage, Georges Lautner et son acteur ont purement et simplement décidé d’enchaîner à nouveau les cascades burlesques et cartoonesques en Fiat Uno dans les rues de Nice. Si elles sont évidemment réussies, elles n’ont absolument aucune légitimité, si ce n’est remplir du vide.

Il fallait vraiment s’appeler Belmondo pour réunir pas loin de 3,5 millions de spectateurs avec si peu. Lautner et Bebel collaboreront une dernière fois en 1992 pour L’Inconnu dans la maison, échec critique et commercial et dernier film du réalisateur.

LE BLU-RAY

L’édition HD de Joyeuses Pâques est disponible chez Studiocanal. Le DVD du film remasterisé était d’ailleurs déjà disponible chez le même éditeur depuis 2000 et avait été réédité avec une jaquette différente en 2007. Le menu principal est fixe et muet, triste, ne proposant que le lancement du film.

Aucun supplément. Pourtant, l’édition DVD comprenait un entretien avec Georges Lautner de 12 minutes, une galerie d’affiches/photos, des filmographies et des bandes-annonces.

L’Image et le son

L’élévation HD pour Joyeuses Pâques est frappante. Fort d’un master au format respecté et d’une compression AVC qui consolide l’ensemble avec brio, ce Blu-ray en met plein les yeux dès les premiers plans. La restauration est étincelante, les contrastes d’une indéniable densité, la copie est propre et lumineuse. Les détails étonnent souvent par leur précision, les gros plans sont détaillés à souhait, les couleurs retrouvent un éclat inespéré, le relief des séquences diurnes est inédit et le piqué demeure acéré du début à la fin, même si la définition flanche très légèrement sur les séquences se déroulant dans l’appartement, mais cela reste anecdotique. Un superbe lifting.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont clairs, la propreté est de mise, les effets suffisamment riches, sans aucun souffle. La composition de Philippe Sarde bénéficie en plus d’un très bel écrin. Pas de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ni de piste Audiodescription.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Alpagueur, réalisé par Philippe Labro

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L’ALPAGUEUR réalisé par Philippe Labro, disponible en Blu-ray le 5 septembre chez Studiocanal

Acteurs :  Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Jean Négroni, Patrick Fierry, Jean-Pierre Jorris…

Scénario :  Philippe Labro, Jacques Lanzmann

Photographie : Jean Penzer

Musique : Michel Colombier

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

L’Alpagueur, ex-traqueur de fauves, est devenu un chasseur de primes et oeuvre dans l’ombre au-dessus des lois, pour le compte de la police, qui l’emploie sur des missions dangereuses et délicates. Un jour, après s’être occupé d’un commissaire corrompu, il décide de s’attaquer à l’ennemi public numéro 1…

Café, pousse-café, cigare !

Dans les années 1970, Jean-Paul Belmondo tournera une quinzaine de longs métrages et alternera les polars et les comédies avec le même talent. De Borsalino aux Mariés de l’an II, du Casse à Docteur Popaul, de La Scoumoune au Magnifique, de Peur sur la ville à L’Incorrigible. Un film se démarque quelque peu du lot, L’Héritier de Philippe Labro. Avec 2 millions d’entrées, ce drame policier démontre que Bebel n’a pas besoin de faire le clown ou d’avoir la pétoire à la main pour plaire aux spectateurs. Conforté une fois de plus par son aura auprès du public avec les 2,5 millions d’entrées de L’Incorrigible, Jean-Paul Belmondo retrouve une fois de plus Philippe Labro pour L’Alpagueur, d’après un scénario original de ce dernier, adapté avec Jacques Lanzmann, qui signe également les dialogues. Malgré ses indéniables qualités, L’Alpagueur est encore aujourd’hui plutôt méconnu et même sous-estimé dans l’immense filmographie de Bebel. C’est du moins l’un de ses films auxquels on pense le moins quand on évoque la carrière du comédien. Sans doute parce que sa prestation tout en retenue, sobre, parfois sombre ne repose pas sur un numéro bien rodé (rien de péjoratif à dire cela), d’autant plus que le film ne comporte aucune cascade (à part une impressionnante poursuite à pied de Bebel) et repose autant sur les silences (hérités du cinéma de Jean-Pierre Melville) que sur certaines séquences à la violence sèche et brutale.

Chasseur de primes des temps modernes, Roger Pilar dit l’Alpagueur remplit avec succès et en secret les délicates missions que le gouvernement français lui confie. A peine a-t-il démantelé un vaste réseau de drogue implanté à Rotterdam qu’il fait tomber quelques proxénètes. Il est ensuite chargé de démasquer l’Epervier. Ce tueur impitoyable, sadique et sans états d’âme se fait volontiers aider par de jeunes voyous, quitte à les abattre une fois l’opération terminée. Costa Valdes, l’un de ces malheureux complices, a toutefois survécu. Mais, placé derrière les barreaux, il reste muet lors des multiples interrogatoires qu’on lui fait subir. L’Alpagueur, sous une fausse identité, rejoint le délinquant dans sa cellule, gagne sa confiance et lui tire petit à petit les vers du nez.

Bon voyage Coco…

L’un des grands points forts de ce film aussi efficace qu’un roman de la collection Série noire est la présence au générique de Bruno Cremer. L’Alpagueur est l’un des rares cas où Jean-Paul Belmondo (également producteur) se fait littéralement voler la vedette, même si son partenaire apparaît finalement peu à l’écran. Glacial et glaçant, sensationnel, le comédien campe un assassin qui tue ses jeunes victimes (et ceux qui se mettent en travers de son chemin) à bout portant après s’être servi d’elles le temps d’un hold-up. Ses tirades, souvent ponctuées d’un « Coco » sont aussi tranchantes qu’une guillotine et signent d’ailleurs les dernières secondes de ceux qui l’entendent. De son côté, Jean-Paul Belmondo, visage fermé, incarne un fauve à la recherche d’autres animaux sauvages (Labro voulait d’ailleurs intituler son film « Des animaux dans la jungle »), ce qui lui permet de vivre et d’économiser pour pouvoir plus tard se retirer sur une île déserte qu’il a déjà achetée, jusqu’au jour où il rencontre Costa Valdes au cours de sa mission pour mettre la main sur L’Epervier. L’Alpagueur, habituellement solitaire, va prendre le jeune délinquant sous son aile et se prendre d’affection pour lui, tandis que ce dernier le verra comme un père de substitution et se mettra même à rêver de l’accompagner sur son île. Mais L’Alpagueur est une œuvre sombre et dérangeante où le destin n’a de cesse de s’acharner et de contrecarrer les rêves et les espoirs de chacun.

Très inspiré par Guet-Apens de Sam Peckinpah (1972) au point qu’il en reprendra la scène centrale du règlement de comptes au fusil à pompe, Philippe Labro livre un polar noir et pessimiste à la mise en scène carrée avec une excellente utilisation des décors naturels et urbains. Si le récit met un peu de temps à démarrer et peine à éveiller l’intérêt avec l’enquête sur les proxénètes durant le premier acte, L’Alpagueur s’avère ensuite attachant dans la relation Bebel-Patrick Fierry et chacune des apparitions de Bruno Cremer est marquante. La dernière partie est sans aucun doute la plus réussie avec un suspense bien maintenu et surtout le duel final anthologique visiblement très influencé par le cinéma de Sergio Leone, sur une composition magistrale de Michel Colombier aux accents par ailleurs morriconniens.

Avec 1,5 million d’entrées au cinéma en mars 1976, L’Alpagueur est considéré comme un demi-échec commercial, le public étant quelque peu dérouté par la noirceur du film. Même s’il ne bénéficie pas du même statut que les deux Verneuil tournés au même moment, Peur sur la ville et Le Corps de mon ennemi, qui profitaient entre autres de quelques soupapes d’humour grâce aux répliques de Francis Veber d’un côté et Michel Audiard de l’autre, L’Alpagueur demeure néanmoins un film prisé par de nombreux fans de l’éternel Bebel.

LE BLU-RAY

L’édition HD de L’Alpagueur est disponible chez Studiocanal. Le DVD du film restauré en Haute-Définition était d’ailleurs déjà disponible chez le même éditeur depuis 2001 et avait été réédité avec une jaquette différente en 2007. Le menu principal est fixe et muet, triste…

A l’occasion de cette sortie en Blu-ray, l’éditeur propose une interview de Philippe Labro (22’30) réalisée récemment alors que la première édition DVD comprenait également un entretien avec le réalisateur filmé en décembre 2000, d’une durée à peu près identique et qui comprenait pour ainsi dire les mêmes informations. Le journaliste, écrivain, scénariste et metteur en scène revient sur la genèse de L’Alpagueur et de sa mise en route, notamment la façon dont Jean-Paul Belmondo s’est accaparé le projet en tant qu’unique producteur via sa compagnie Cerito Films, alors que le film devait être produit par Jacques-Éric Strauss à qui Bebel avait racheté les droits. Philippe Labro évoque ce qui a « changé la donne » une fois que son comédien est finalement devenu son « patron ». Une collaboration qui s’est bien passée, si ce n’est une « colère d’acteur » de Belmondo qui a débarqué un jour sur le plateau en passant sa rage (inexpliquée selon Labro) sur les éléments du décor. Le réalisateur donne d’autres informations sur le tournage de son cinquième long métrage, à l’instar de ses références (Sam Peckinpah et de Guet-Apens en particulier), le titre envisagé (Des animaux dans la jungle), les partis pris, le casting (surtout Bruno Cremer en fait), la partition de Michel Colombier (qui lui avait été recommandé par Jean-Pierre Melville), l’accueil réservé à la sortie du film, qui a su depuis traverser les années et devenir un petit film culte.

L’Image et le son

L’élévation HD pour L’Alpagueur est aussi frappante que pour les très beaux Blu-ray de Peur sur la ville et du Corps de mon ennemi sortis chez le même éditeur. Fort d’un master au format respecté et d’une compression AVC qui consolide l’ensemble, ce Blu-ray n’est peut-être pas aussi net et précis que les deux autres titres mentionnés plus haut, mais la restauration est de haut niveau avec des contrastes appréciables, une copie propre, le grain argentique préservé, un piqué élégant et des détails qui étonnent souvent par leur précision, en particulier les gros plans. La photo hivernale, grisâtre, sombre du chef opérateur Jean Penzer (Le Diable par la queue, Sans mobile apparent, L’Incorrigible) donne parfois du fil à retordre à l’encodage avec son brouillard environnant et ses teintes fanées, mais le résultat est là, l’image affiche une indéniable stabilité et certaines séquences tirent leur épingle du jeu.

Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Michel Colombier dispose d’un très bel écrin. Mauvais point en revanche pour l’absence de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, tout comme celle d’une piste Audiodescription qui manque à l’appel.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Lost City of Z, réalisé par James Gray

THE LOST CITY OF Z réalisé par James Gray, disponible en DVD et Blu-ray le 18 juillet 2017 chez ESC Editions

Acteurs : Charlie Hunnam, Sienna Miller, Tom Holland, Robert Pattinson, Angus Macfadyen, Edward Ashley…

Scénario : James Gray, d’après le livre de David Grann « La Cité perdue de Z : une expédition légendaire au cœur de l’Amazonie » (« The Lost City of Z: A Tale of Deadly Obsession in the Amazon« )

Photographie : Darius Khondji

Musique : Christopher Spelman

Durée : 2h15

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle. Percy Fawcett est un colonel britannique reconnu et un mari aimant. En 1906, alors qu’il s’apprête à devenir père, la Société géographique royale d’Angleterre lui propose de partir en Amazonie afin de cartographier les frontières entre le Brésil et la Bolivie. Sur place, l’homme se prend de passion pour l’exploration et découvre des traces de ce qu’il pense être une cité perdue très ancienne. De retour en Angleterre, Fawcett n’a de cesse de penser à cette mystérieuse civilisation, tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire…

En cinq longs métrages seulement, James Gray est devenu l’un des cinéastes les plus prisés de la critique française, tout en bénéficiant également de la faveur des spectateurs. De Little Odessa son premier film (1994), puis The Yards (2000), La Nuit nous appartient (2007) son plus grand succès en France, suivi de près par Two Lovers (2008) puis The Immigrant avec notre Marion Cotillard nationale, le metteur en scène américain, très influencé par le cinéma européen, a su très vite se faire une place dans le coeur des cinéphiles. Son sixième long métrage, The Lost City of Z, est l’adaptation du roman La Cité perdue de Z, écrit par David Grann et publié en 2009. Depuis sa découverte du livre, James Gray cherchait à le transposer à l’écran, sans obtenir les financements nécessaires (30 millions de dollars, son plus gros budget à ce jour) afin de pouvoir tourner dans la forêt tropicale colombienne. Ceci pour mieux coller aux véritables aventures du célèbre explorateur britannique Percy Fawcett, né en 1867 et probablement décédé en 1925, qui a mystérieusement disparu sans laisser de trace dans la jungle brésilienne en cherchant une cité perdue datant de l’Atlantide, ainsi que son ancienne civilisation amazonienne.

A l’instar de Werner Herzog et de ses chefs d’oeuvre absolu Fitzcarraldo et Aguirre, la colère de Dieu, James Gray souhaite ici retranscrire la soif de découverte de son personnage principal, prêt à tout pour aller au bout son rêve (y compris pour s’élever socialement), quitte à délaisser sa famille et à plonger toujours plus profondément, jusqu’à se perdre dans un mirage. Percival Harrison Fawcett sait que la résolution est proche, même si le but ultime semble chaque fois inaccessible. Prêt à affronter le scepticisme de la communauté scientifique et l’armée britannique, il ne renoncera jamais, quitte à endurer les trahisons de ceux qu’il croyait être ses proches, sans oublier les épreuves les plus inimaginables comme renoncer à voir grandir ses enfants. Malgré les défections de Brad Pitt (qui reste néanmoins producteur délégué) et de Benedict Cumberbact qui auraient pu le décourager, James Gray, comme son personnage principal, n’a jamais renoncé à The Lost City of Z. C’est finalement Charlie Hunnam (Sons of Anarchy, Pacific Rim et Crimson Peak de Guillermo del Toro) qui hérite du rôle principal, tâche dont il s’acquitte admirablement. Des tranchées de la Somme (Fawcett était militaire de carrière) au fin fond de la jungle amazonienne, le comédien campe un Percy Fawcett magnifiquement ambigu et charismatique, attachant et parfois agaçant, en contradiction avec lui-même, toujours animé par son rêve qui a conduit sa vie, ainsi que celle de sa famille.

Comme d’habitude, James Gray a constitué un casting exceptionnel. Aux côtés de Charlie Hunnam, Robert Pattinson est tout aussi investi. Après ses incursions chez David Cronenberg et The Rover de David Michôd, il démontre une fois de plus que la période Twilight est déjà loin. The Lost City of Z confirme également que Sienna Miller est bel et bien devenue l’une des meilleures et précieuses comédiennes aujourd’hui. A l’instar de ses dernières compositions dans Foxcatcher de Bennett Miller, American Sniper de Clint Eastwood et Live by Night de Ben Affleck, elle démontre son art de la transformation, tout comme son immense talent pour passer d’un univers à l’autre et camper des personnages diamétralement opposés. Elle y est sensationnelle. Tom Holland, révélation en 2012 de The Impossible de Juan Antonio Bayona et désormais nouveau Peter Parker / Spider-Man, prouve tout le bien que l’on pense de lui dans le rôle de Jack, le fils de Percy, qui a grandi sans voir son père et qui décide pourtant se joindre à lui pour son ultime expédition.

Même si pour la première fois l’un de ses films ne se déroule pas à New York, la mélancolie propre au cinéaste imprègne The Lost City of Z du début à la fin, tout comme il y aborde une fois de plus ses thèmes de prédilection, la lutte des classes sociales, la place de l’individu dans la société et la cellule familiale. Ou comment allier le grandiose avec cette obsession d’une cité perdue, pour finalement se diriger vers l’intime et l’apaisement avec cet amour enfin trouvé entre un père et son jeune fils dans un épilogue bouleversant et foudroyant de beauté, à la lisière du fantastique.

Véritable séance d’hypnose, impression renforcée par la photo ambrée, émeraude et éthérée réalisée en 35mm par l’immense chef opérateur Darius Khondji, The Lost City of Z est ni plus ni moins la plus grande expérience cinématographique de l’année 2017, un chef d’oeuvre instantané dont on aimerait découvrir un jour la première version d’une durée dingue de 4h15. Une fresque foisonnante, épique, immersive, vertigineuse et époustouflante, dont l’anachronisme dans le monde cinématographique contemporain décuple la rareté.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de The Lost City of Z, disponible chez StudioCanal, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé et musical.

Le premier module de trois minutes (!) donne la parole à l’auteur David Grann, aux comédiens Charlie Hunnam et Sienna Miller, ainsi qu’au réalisateur James Gray, qui reviennent sur l’histoire, les personnages et le financement chaotique du film (« des difficultés qui ont décuplé mon envie de faire The Lost City of Z » dixit James Gray), lors de sa promotion. Quelques rapides images dévoilent l’envers du décor et les conditions de tournage. Dommage que ce document soit si court !

L’éditeur joint encore deux interviews promotionnelles, celle de James Gray (6’) et de Sienna Miller (4’). Les questions apparaissent sous forme de carton. Si Sienna Miller apparaît plus à l’aise dans l’exercice, on sent James Gray se forcer à répondre à quelques questions « classiques », du style « Pourquoi avez-vous eu envie de faire ce film ? », tout en évoquant le livre de David Grann et en indiquant que « c’était un tournage amusant ». De son côté, la ravissante Sienna Miller revient sur son personnage, sa préparation, le tournage en Irlande du Nord et indique qu’elle s’était engagée sur ce film sept ans auparavant.

Un segment de cinq minutes revient sur la figure de Percival Harrison Fawcett, à travers des propos de l’écrivain David Grann, du journaliste et écrivain Dan Snow et du sociologue Mark Greaves.

Mais le plus gros de cette interactivité s’avère la masterclass de James Gray (39’) réalisée à la Cinémathèque française le 6 mars 2017 après la projection de The Lost City of Z. Animée par le journaliste Frédéric Bonnaud, également directeur de la Cinémathèque française, cette discussion est évidemment indispensable pour tous les passionnés du cinéma de James Gray, même si celui-ci aime parfois brouiller les pistes et ne pas dévoiler toutes les clés de ses œuvres. Le réalisateur évoque la longue gestation de son sixième long métrage (presque dix ans pour trouver les financements), les thèmes, les personnages, mais parle également de l’industrie hollywoodienne, de la production indépendante, de ses influences (le cinéma européen), son rapport avec les spectateurs (« satisfaire, mais pas exploiter l’audience »), les conditions de tournage et la photographie 35mm de Darius Khondji.

L’Image et le son

Studiocanal se devait d’offrir un service après-vente remarquable pour la sortie dans les bacs du plus beau film de l’année 2017. L’éditeur prend donc soin du chef d’oeuvre de James Gray et livre un master HD irréprochable au transfert immaculé. Respectueuse des volontés artistiques originales concoctées par Darius Khondji, qui avait précédemment signé la photographie de The Immigrant, la copie de The Lost City of Z se révèle un petit bijou technique avec des teintes chaudes, ambrées et dorées (des filtres jaunes pour résumer), un grain argentique palpable (tournage réalisé en 35mm), le tout soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont magnifiquement détaillés, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Le Blu-ray était l’écrin tout désigné pour revoir cette œuvre majestueuse.

Vous pouvez compter sur les mixages DTS-HD Master Audio anglais et français pour vous plonger dans l’atmosphère du film, bien que l’action demeure souvent réduite. Toutes les enceintes sont exploitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent quelques ambiances naturelles. Le caisson de basses se mêle également à la partie avec quelques montées bienvenues. Notons que la version originale l’emporte sur la piste française, se révèle plus naturelle et homogène, y compris du point de vue de la spatialisation musicale. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © Aidan Monaghan / StudioCanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / De plus belle, réalisé par Anne-Gaëlle Daval

DE PLUS BELLE réalisé par Anne-Gaëlle Daval, disponible en DVD le 18 juillet 2017 chez Studiocanal

Acteurs : Florence Foresti, Mathieu Kassovitz, Nicole Garcia, Jonathan Cohen, Olivia Bonamy, Josée Drevon

Scénario : Anne-Gaëlle Daval

Photographie : Philippe Guilbert

Musique : Alexis Rault

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Lucie est guérie, sa maladie est presque un lointain souvenir. Sa famille la pousse à aller de l’avant, vivre, voir du monde…
C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Clovis, charmant… charmeur… et terriblement arrogant. Intrigué par sa franchise et sa répartie, Clovis va tout faire pour séduire Lucie, qui n’a pourtant aucune envie de se laisser faire.
Au contact de Dalila, prof de danse haute en couleur, Lucie va réapprendre à aimer, à s’aimer, pour devenir enfin la femme qu’elle n’a jamais su être. Pour sa mère, pour sa fille, pour Clovis…

Combien de fois a-t-on pu lire dans la presse que tel acteur ou telle actrice faisait son « Tchao Pantin » ? Cela a encore été le cas pour Florence Foresti avec De plus belle, premier long métrage d’Anne-Gaëlle Daval, costumière sur la série Kaamelott d’Alexandre Astier (son compagnon), qui offre à la comédienne un contre-emploi plutôt inattendu. Depuis son premier film, l’excellent Dikkenek (2006) dans lequel elle interprétait le commissaire Laurence, Florence Foresti a ensuite enchaîné les apparitions au cinéma (Détompez-vous, Si c’était lui…, Mes amis, mes amours) avant de tenir le haut de l’affiche en 2009 avec King Guillaume de Pierre-François Martin-Laval, échec au box-office, puis Hollywoo, qu’elle coécrit et où elle donne la réplique à Jamel Debbouze, gros succès de l’année 2011 avec près de 2,5 millions de spectateurs. Depuis, malgré son triomphe sur scène qui ne s’est jamais démenti, l’humoriste préférée des français n’a fait qu’apparaître de manière sporadique dans d’autres comédies comme Paris à tout prix, Barbecue, A fond et La Folle histoire de Max et Léon. Avec De plus belle, non seulement Florence Foresti tient le rôle principal (écrit spécialement pour elle), mais surtout, elle interprète pour la première fois un personnage dramatique.

Guérie d’un cancer du sein, Lucie réapprend à vivre. Le coeur n’y est pas vraiment même si son frère Frédéric et sa sœur Manon l’encouragent à reprendre sa vie en main et ce malgré le caractère difficile de leur mère. Dans une discothèque, elle rencontre Clovis, séduisant et séducteur. Il aime l’esprit caustique de la jeune femme. Lucie, qui a une piètre opinion de son physique, se dérobe. Elle tente de s’évader via la danse. Dalila, sa professeure qui n’a pas froid aux yeux et croque la vie à pleines dents, devient son premier soutien. Elle fait des efforts, pour sa mère, sa fille et Clovis, se fait belle et commence à voir le bout du tunnel. Si ce premier long métrage n’est évidemment pas parfait, Anne-Gaëlle Daval évite tout pathos lié à la maladie et insuffle beaucoup d’humour à son récit. On pouvait craindre que la tornade Foresti emporte tout sur son passage et en fasse trop dans ce nouveau registre, mais même si l’on sent parfois sa véritable nature prête à reprendre le dessus, la réalisatrice parvient à bien canaliser son jeu et obtenir une très bonne performance de la part de son actrice. Cette dernière est par ailleurs très bien entourée, entre l’excellent Jonathan Cohen, la trop rare et lumineuse Olivia Bonamy, l’impériale Nicole Garcia, sans oublier la classe et le naturel d’un Mathieu Kassovitz qui a l’air de prendre beaucoup de plaisir à composer un couple insolite avec sa partenaire.

Certes, Anne-Gaëlle Daval reprend le personnage créé sur scène par Florence Foresti, finalement guère éloigné de l’humoriste elle-même, mais elle réussit à jouer avec l’aspect clown triste qui sommeille en chaque comédien. Sans en faire trop, à part peut-être dans le maquillage qui prononce les cernes et qui reflète le chemin de croix par lequel est passée Lucie, la cinéaste rend son personnage immédiatement attachant, sans en faire trop, avec une indéniable délicatesse. S’il pèche par son aspect comédie-romantique qui importe finalement moins que la redécouverte du corps de Lucie (par l’intermédiaire d’un striptease dans un numéro de cabaret burlesque !), de sa féminité et de sa prise de conscience d’avoir une seconde chance, De plus belle demeure un joli film, très sensible, touchant et chaleureux, bien écrit et mis en scène, qui rend un bel hommage à la gent féminine, à leur courage, à leur beauté et à leur talent.

LE DVD

En raison de son échec dans les salles avec seulement 100.000 entrées au compteur, De plus belle est uniquement disponible en DVD. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, qui reprend le visuel de l’affiche (rose) est fixe et muet.

Peu de bonus à se mettre sous la dent avec d’un côté, un petit module centré sur les comédiens (5’) et de l’autre centré sur la réalisatrice. Images de tournage, propos de l’équipe, présentation des personnages, c’est peu et c’est bien dommage.

L’Image et le son

Après son passage éclair dans les salles, il semble que Studiocanal n’ait pas jugé bon de sortir De plus belle en Blu-ray. Il faudra donc se contenter de cette édition standard, mais heureusement la qualité est là. Les couleurs sont bien loties, très chaudes, ambrées et estivales, le piqué suffisamment affûté, la clarté de mise et les contrastes élégants. Les détails ne manquent pas sur le cadre, les noirs sont denses. Que demander de plus ?

Le mixage Dolby Digital 5.1 instaure un bon confort acoustique en mettant la musique en avant, tout en délivrant les dialogues avec ardeur, sans jamais oublier les effets et ambiances annexes. Quelques basses soulignent également quelques séquences à l’instar de la soirée en discothèque. La piste Stéréo s’en donne également à coeur joie, se révèle dynamique et même percutante dans son genre. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © StudioCanal / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr