LA KERMESSE DES AIGLES (The Great Waldo Pepper) réalisépar George Roy Hill,disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD le 5 septembre 2017 chez Elephant Films
Acteurs : Robert Redford, Bo Svenson, Bo Brundin, Susan Sarandon, Geoffrey Lewis…
Scénario : George Roy Hill, William Goldman
Photographie : Robert Surtees
Musique : Henry Mancini
Durée : 1h44
Date de sortie initiale : 1975
LE FILM
Après la Première Guerre mondiale, l’aviateur Waldo Pepper gagne sa vie en donnant des spectacles aériens et des baptêmes de l’air aux citoyens de petites villes américaines. Frustré de n’être jamais devenu un as de l’aviation, il s’invente un passé prestigieux, prétendant avoir survécu à un affrontement contre l’as allemand Ernst Kessler. Mais alors que son talent le mène à Hollywood, où il devient cascadeur, son passé le rattrape sous la forme de Ernst Kessler, venu participer à un tournage…
Après Butch Cassidy et le Kid (1969) et L’Arnaque (1973, Oscar du meilleur réalisateur), le cinéaste George Roy Hill (1921-2002) et le comédien Robert Redford s’associent pour un troisième et dernier tour de piste avec La Kermesse des aigles – The Great Waldo Pepper réalisé en 1974. Le neuvième long métrage de George Roy Hill demeure un formidable spectacle dont les véritables, authentiques et vertigineuses prouesses aériennes, certaines réalisées par Robert Redford lui-même et sans avoir recours aux sempiternelles transparences, ne cessent d’impressionner encore aujourd’hui.
Dans les années 20, le pilote Waldo Pepper se produit dans des cirques volants du Nebraska. Ancien pilote de combat, racontant à qui veut bien l’entendre – et le croire – qu’il avait volé avec la force aérienne américaine lors de la Première Guerre Mondiale, il aime raconter une de ses aventures durant laquelle il aurait affronté le pilote allemand Ernst Kessler, qu’il considère alors comme le plus grand du monde. Son talent pour les acrobaties périlleuses et son ambition conduisent Waldo à Hollywood où il doit tourner un film qui reconstitue justement les exploits d’Ernst Kessler, auxquels il a voulu assister et participer. C’est alors que Waldo se retrouve face à l’homme qu’il a toujours idolâtré, venu comme conseiller technique sur le plateau. Waldo voit alors son rêve se réaliser. Comme dans la plupart de ses films, George Roy Hill distille une furieuse mélancolie et une nostalgie à fleur de peau dans La Kermesse des aigles en dressant le portrait d’un homme qui n’a jamais cessé de vivre dans le fantasme, jusqu’à être rattrapé par le destin. A l’instar de La Castagne qu’il réalisera en 1977, le cinéaste oscille entre le drame et la comédie.
La Kermesse des aigles est souvent léger et reflète l’innocence d’une Amérique post-Première Guerre mondiale et avant le rouleau compresseur de la crise économique. Le personnage incarné par Robert Redford est charmeur et bondissant, vante ses talents d’acrobate et de pilote émérite, devant une population en quête de sensations. Mais George Roy Hill – grand amateur d’aviation et lui-même pilote sur le tournage – nous montre également que tout ceci n’est que vernis puisque Waldo Pepper est avant tout un homme qui vit dans le déni, qui se ment à lui-même avant de mentir aux autres et qui se contente de poudre aux yeux. Il ne sait faire qu’une seule chose, voler et seule compte l’adrénaline. Alors quand son autorisation de piloter lui est retirée puisqu’il n’a pas de licence et que le gouvernement américain souhaite réguler le trafic aérien en le démocratisant, Waldo ne sait plus quoi faire. S’il s’était déjà contenté de faire le clown et des cascades devant les yeux ébahis, Waldo doit se rendre à l’évidence. On lui interdit tout simplement de vivre s’il ne peut plus voler à sa guise. Une deuxième chance s’offre à lui, la dernière, quand son chemin va enfin croiser celui qu’il imaginait combattre. L’occasion de se mesurer à lui, quitte à en mourir. Mais cet homme, Ernst Kessler, bien que possédant toutes les décorations militaires et un prestige international, est lui aussi devenu l’ombre de lui-même depuis qu’il ne vole plus.
La Kermesse des aigles met en relief la difficile voire l’impossible reconversion professionnelle des anciens pilotes de la Grande guerre. Après Gatsby le Magnifique de Jack Clayton et avant Les Trois Jours du condor de Sydney Pollack, Robert Redford est évidemment parfait dans ce rôle complexe, pour lequel il s’est une fois de plus très investi au point d’exécuter quelques cascades et pirouettes à plus de mille mètres d’altitude. Le baroudeur est également soutenu devant la caméra par un casting quatre étoiles, dont les sublimes Susan Sarandon et Margot Kidder, mais aussi les talentueux Bo Svenson et Geoffrey Lewis, sans oublier la beauté de la photo du chef opérateur Robert Surtees (Ben-Hur, Le Lauréat, L’Arnaque) et le grand Henry Mancini à la baguette. En d’autres termes, La Kermesse des aigles, c’est la classe absolue du cinéma.
LE BLU-RAY
La Kermesse des aiglesest disponible en combo Blu-ray-DVD chez Elephant Films. Le test de l’édition HD a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical.
En dehors d’un lot de bandes-annonces et une galerie de photos, la présentation du film par Julien Comelli (12’), journaliste en culture pop, donne des informations sur les films réalisés par George Roy Hill, ceux écrits par William Goldman et ceux dans lesquels ont joué les principaux comédiens de La Kermesse des aigles.
L’Image et le son
La Kermesse des aigles renaît littéralement de ses cendres avec ce nouveau master Haute-Définition (1080p, AVC) grâce à Elephant Films ! C’est superbe. Alors qu’il ne bénéficiait que d’une simple édition DVD depuis une quinzaine d’années chez Universal Pictures, le film de George Roy Hill est de retour dans les bacs dans une édition digne de ce nom. La propreté de la copie est bluffante, le grain original respecté flatte les mirettes, la luminosité des scènes diurnes est élégante, tout comme la gestion des contrastes et la stabilité est de mise. Certes, le générique en ouverture est un peu plus défraîchi et grumeleux, tandis que certaines séquences sombres s’avèrent moins définies, mais cela reste anecdotique. Le cadre large offre une profondeur de champ inédite et regorge de détails, le piqué est à l’avenant et la colorimétrie étincelante.
La Kermesse des aigles est disponible en version originale et française DTS HD Master Audio 2.0. La première instaure un confort acoustique plaisant avec une délivrance suffisante des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique. La piste française se focalise souvent sur les voix au détriment des ambiances environnantes et de la composition d’Henry Mancini. Les deux options acoustiques sont propres et dynamiques.
LA MORT VOUS VA SI BIEN (Death Becomes Her) réalisépar Martin Provost,disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2017 chez ESC Editions
Acteurs : Meryl Streep, Bruce Willis, Goldie Hawn, Isabella Rossellini, Ian Ogilvy, Adam Storke, Nancy Fish…
Scénario : Martin Donovan, David Koepp
Photographie : Dean Cundey
Musique : Alan Silvestri
Durée : 1h43
Date de sortie initiale : 1992
LE FILM
Depuis des années, Madeline, une actrice médiocre, vole les amants de son amie Helen, écrivain. Un soir, cette dernière se rend au spectacle de son amie, accompagnée de son fiancé Ernest, séduisant chirurgien esthétique. Une fois de plus, l’actrice joue de ses charmes et finit par épouser Ernest. Helen sombre dans la dépression et devient obèse, vouant une haine secrète envers son ancienne amie. Quatorze années plus tard, Madeline essaye désespérément de lutter contre l’inévitable vieillissement de son corps. Elle a totalement anéanti Ernest, devenu alcoolique et qui en est réduit à voir sa femme parader avec ses jeunes amants. C’est alors que Helen entre alors en scène, plus sublime que jamais et venue pour reprendre son dû.
« Où avez-vous mis ma femme ?
Elle est morte monsieur, on l’a emmené à la morgue !
La morgue ?! Elle va être furieuse ! »
Souvent sous-estimé, La Mort vous va si bien – Death Becomes Her est pourtant une œuvre centrale dans l’immense filmographie de Robert Zemeckis. Sorti sur les écrans en 1992, cette comédie-fantastique et fantastique comédie par ailleurs, est un film somme qui résume tout ce que le cinéaste avait abordé jusqu’alors et qui prépare ses prochains opus. Drôle, mais également sombre et parfois proche des films d’épouvante des studios Universal qui fleurissaient dans les années 1930-40 (plus particulièrement Frankenstein), le huitième long métrage de Robert Zemeckis mérite amplement d’être reconsidéré et n’a souvent rien à envier aux autres films plus prestigieux de son auteur.
Madeline Ashton, chanteuse sur le déclin, se désespère de vieillir. Son succès ne se résume plus qu’au nombre de ses conquêtes masculines, qu’elle a le don de ravir à sa meilleure amie, Helen. C’est ainsi que Madeline épouse Ernest Menville, un chirurgien esthétique qu’Helen venait juste de lui présenter. La malheureuse ne s’en remet pas, cède à la boulimie et prend un terrible embonpoint. Pourtant, quelques années plus tard, Madeline retrouve Helen plus éblouissante que jamais. Folle de rage, la chanteuse accepte l’offre de Lisle, une étrange créature, mi-esthéticienne, mi-sorcière, qui lui vend un remède miracle supposé lui procurer une jeunesse éternelle. Les ennuis ne font que commencer. Réalisé entre Retour vers le futur 3 (1990) et Forrest Gump (1994), La Mort vous va si bien réunit la quête d’un trésor comme celle d’A la poursuite du diamant vert (ici la fontaine de jouvence), la course contre le temps de la trilogie Retour vers le futur (ici le vieillissement), et l’opposition de l’homme et de la créature (Qui veut la peau de Roger Rabbit ?). Toujours au top de la technologie, Robert Zemeckis use de l’émergence des images de synthèse, qui ont participé au triomphe international de Terminator 2 – Le Jugement dernier l’année précédente, tout en ayant recours aux effets spéciaux traditionnels et plus particulièrement aux animatroniques.
Film de transition, La Mort vous va si bien se situe à une période charnière du cinéma, y compris pour le réalisateur qui fait comme qui dirait ses adieux au divertissement made in Amblin avec Steven Spielberg à la barre (ses quatre derniers films), avant d’entamer une nouvelle partie de sa carrière avec des films plus adultes qui regroupent Forrest Gump, Contact, Apparences et Seul au monde. La Mort vous va si bien est incontestablement un film à redécouvrir. On s’amuse avant tout devant le jeu survolté de son trio star. Déjantées, Meryl Streep et Goldie Hawn s’en donnent à coeur joie devant la caméra toujours inspirée et virtuose de Robert Zemeckis puisque le cinéaste traite leurs personnages comme des cartoons live (ou dead c’est selon) – grâce aux fabuleux effets visuels mis à sa disposition – sans cesse en représentation, qui vivent dans un monde de chimères et régit par ce que leur renvoie leur reflet dans le miroir. S’ils ne bénéficient sans doute pas de la même fluidité que les images de synthèse d’aujourd’hui, les effets (Oscar et BAFTA des meilleurs effets visuels en 1993) du cou tordu de Meryl Streep et du trou dans l’abdomen de Goldie Hawn demeurent fort corrects et le film ne fait pas son quart de siècle.
Entre Le Dernier Samaritain de Tony Scott et Piège en eaux troubles de Rowdy Herrington, Bruce Willis trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Emouvant, pathétique et même tragique, le personnage d’Ernest est le plus beau de La Mort vous va si bien, celui par qui la rédemption arrive, qui donne encore confiance en l’être humain en refusant le pacte faustien que lui propose la pourtant affriolante Lisle Von Rhoman (Isabella Rossellini). Death Becomes Her est certes une comédie jubilatoire (avec un formidable caméo de Sydney Pollack en toubib dépassé par les événements), marquée par des dialogues vachards et hilarants brillamment écrits par Martin Donovan et David Koepp, mais également une critique noire, cruelle et acide sur le culte du glamour, de la jeunesse éternelle et de la recherche de la postérité. L’industrie hollywoodienne passe à la casserole et on y croise au passage James Dean et Jim Morrison, jeunes pour l’éternité.
Du point de vue technique, Robert Zemeckis ne cesse d’innover et enchaîne les morceaux de bravoure. Ses plans-séquences sophistiqués sont d’une beauté ahurissante et soutenus par la photographie élégante du chef opérateur Dean Cundey, habituellement complice de John Carpenter, tandis que la musique d’Alan Silvestri est comme d’habitude en parfaite osmose avec le travail du cinéaste.
Cette relecture du Portrait de Dorian Gray croisée avec Boulevard du crépuscule – Sunset Boulevard de Billy Wilder, où Norma Desmond aurait trouvé le secret pour contrer les affres du temps est donc bien plus qu’un film anecdotique comme la critique l’avait qualifié à sa sortie et ce malgré un succès honnête dans les salles. 25 ans après, La Mort vous va si bien peut enfin être reconnu à sa juste valeur.
LE BLU-RAY
Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. La jaquette reprend le célèbre visuel de l’affiche française. Le menu principal est quant à lui animé sur la musique d’Alan Silvestri.
Plus d’une heure de suppléments, voilà qui fait plaisir pour remettre en avant La Mort vous va si bien. ESC Editions a donc vu les choses en grand et nous propose de passionnants entretiens.
On commence par la présentation croisée des journalistes Jacky Goldberg et Vincent Ostria (21’) dans le segment intitulé Robert Zemeckis, ce film vous va si bien. Si l’intervention du second s’avère anecdotique et manque d’entrain, celle du premier mérite vraiment l’attention du spectateur. Jacky Goldberg présente tout d’abord les débuts de Robert Zemeckis, pris sous l’aile de Steven Spielberg, à l’instar de ses confrères Joe Dante, Chris Columbus et Barry Levinson. Considéré comme « le bon élève », contrairement à Joe Dante qui serait plutôt le « fils rebelle », Robert Zemeckis arrive à un tournant de sa carrière avec La Mort vous va si bien. Jacky Goldberg évoque l’intelligence du casting (avec Bruce Willis et Meryl Streep qui « n’ont pas d’âge »), croise habilement le fond et la forme du film qui nous intéresse, dissèque la dualité humanité/monstruosité (thème récurrent chez le cinéaste) et démontre que La Mort vous va si bien n’a rien du film mineur dans la carrière de Robert Zemeckis. Dans la dernière partie de ce module, Jacky Goldberg évoque la réception du film et met judicieusement en parallèle certains films du cinéaste avec ceux de James Cameron. En effet, leurs œuvres se sont souvent répondues dans le sens où les deux réalisateurs ont toujours été à la pointe de la technologie et ont su utiliser les nouveaux outils mis à leur disposition en matière d’effets spéciaux pour raconter leurs histoires, à l’instar de la motion-capture.
Nous retrouvons Jacky Goldberg dans un second supplément où il est cette fois seul en piste, Bruce Willis, itinéraire d’un héros ordinaire (22’). A travers une brillante analyse, le journaliste croise divers films et donc différents personnages interprétés par Bruce Willis au cours de sa carrière, et démontre que son merveilleux contre-emploi dans La Mort vous va si bien n’est finalement pas si singulier. Après une rapide présentation des débuts de la carrière du comédien, Jacky Goldberg en vient à la nouvelle figure du héros créée par Bruce Willis dans Piège de cristal. Moins indestructible en apparence que Sylvester Stallone et qu’Arnold Schwarzenegger, Bruce Willis compose des héros qui n’ont pas choisi de l’être, ce qui renforce l’empathie des spectateurs et ainsi une meilleure identification. Habitué des comédies, chez Blake Edwards et dans la série Clair de lune, l’acteur devient une star du film d’action à l’âge de 33 ans. Dans la seconde partie, Jacky Goldberg se penche sur la nature quasi-incassable et immortelle du corps de Bruce Willis à l’écran, dont le point d’orgue demeure le film de M. Night Shyamalan, Incassable. Un corps qui prend en charge l’humour dans le registre de la comédie, mais qui est blessé, égratigné, mais qui résiste, qui encaisse les coups et qui finalement ne peut mourir (ou presque) dans les films d’action. Enfin, Jacky Goldberg évoque les dernières étapes dans la carrière de Bruce Willis, en disant que « lé héros ironique est devenu cynique », presque anachronique dans le monde du cinéma contemporain. Le journaliste sauve Clones et Looper, avant de parler brièvement des catastrophiques années 2010 où l’acteur enchaîne les productions bas de gamme sortant directement en DVD, en espérant un prochain sursaut dans la suite d’Incassable.
A l’occasion de cette sortie en Haute-Définition, les responsables des effets spéciaux mécaniques Alec Gillis et Tom Woodruff Jr., qui comptent à leur actif des films comme Cocoon, Aliens – le retour, Alien 3, Terminator, Wolf et bien d’autres classiques, reviennent sur leur collaboration avec Robert Zemeckis sur La Mort vous va si bien (21’). Les deux amis et confrères évoquent leur arrivée sur le projet, avec pour mission de créer des versions robotiques de Meryl Streep et de Goldie Hawn. La Mort vous va si bien se situe à une période charnière dans le domaine des effets visuels, entre Terminator 2 – Le Jugement dernier et Abyss, mais avant Jurassic Park. Si La Mort vous va si bien bénéficie d’images de synthèse, le film repose encore sur de nombreux animatroniques. Alec Gillis et Tom Woodruff Jr. reviennent en détails sur la création du cou tordu, du trou dans l’abdomen, de la réalisation de la séquence de l’escalier et donnent même le secret de la poitrine redressée de Meryl Streep…réalisée en un tour de main.
L’interactivité se clôt sur un module précieux (3’) constitué d’une rapide présentation d’Alec Gillis et Tom Woodruff Jr et d’images d’archives montrant la création des effets mécaniques dans les ateliers des effets spéciaux.
Seul très léger bémol : il est dommage de ne pas retrouver le making of d’époque de 9 minutes présent sur le DVD Universal.
L’Image et le son
Jusqu’à présent, La Mort vous va si bien n’avait pas été gâté avec seulement une petite édition en DVD disponible depuis 2000 et quasiment dépourvue de suppléments. Le nouveau master Haute Définition proposé ici par ESC Editions remplit son contrat et offre à La Mort vous va si bien…une cure de jouvence. Ce lifting (!) sied notamment aux couleurs de la photo élégante du grand chef opérateur Dean Cundey à qui l’on doit les images mythiques d’Halloween – la nuit des masques, Fog, New York 1997, The Thing, la trilogie Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, bref un remarquable C.V. La restauration est de haut niveau, aucune scorie n’a survécu, les contrastes ont été revus à la hausse. En dehors de deux ou trois séquences sombres et du générique d’ouverture au bruit vidéo certain, la gestion du grain est solide. Si le teint des comédiens tire parfois sur le rosé, cela a toujours été le cas. Les séquences aux effets spéciaux numériques détonnent quelque peu, mais dans l’ensemble la copie est équilibrée et l’apport HD plus que probant.
Point de remixage à l’horizon comme cela avait tout d’abord été annoncé, les pistes anglaise et française sont présentées en DTS-HD Master Audio 2.0. et instaurent toutes deux un très large et semblable confort acoustique. La musique d’Alan Silvestri, à redécouvrir absolument, bénéficie d’une large ouverture des canaux, le doublage français est brillant, les effets annexes riches et le report des voix dynamique. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.
Au détour d’un dîner, les révélations faites à travers le baby-phone d’une chambre d’enfant vont créer un véritable cataclysme au sein d’une famille et d’un groupe d’amis…
A l’origine de Baby Phone il y a un court-métrage du même nom réalisé par Olivier Casas en 2014, qui reprend exactement le même point de départ. Si l’idée était séduisante et convenait parfaitement à un format court, on ne peut vraiment pas en dire autant pour la version long métrage qui ne fonctionne pas du tout et ce dès les premières minutes. Autant le dire d’emblée, Baby Phone est une catastrophe sur le fond comme sur la forme. Ben est marié Charlotte, avec qui il vient d’avoir une petite fille. Jeune compositeur en mal de reconnaissance, il décide de demander à leur ami d’enfance, manager d’une chanteuse très connue, de devenir le parrain de leur fille, dans l’espoir de dynamiser sa carrière. Pour le convaincre de venir chez eux, lors d’un dîner de famille, et réunir le quatuor d’amis qu’ils formaient à l’époque, il fait croire que son père est sur le point de mourir. De quiproquos en malentendus, la soirée se transforme vite en cauchemar pour Ben. Jusqu’au point de non-retour, quand le futur parrain et l’autre vieux pote se rendent dans la chambre du bébé et entament une série de mauvaises blagues. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le baby phone est branché dans le salon et que tout le monde profite de leur conversation.
Si les comédiens font le boulot, en particulier Medi Sadoun (très sobre), Pascal Demolon (agité, comme d’habitude) et Michel Jonasz (qui détient les meilleures scènes), ils sont tous au service d’une mécanique qui tourne à vide et sont malheureusement peu aidés par des dialogues d’une platitude confondante avec un pauvre « Elle a fait caca ? » récurrent. Ils valent tellement mieux que ça ! Les décors, le rythme, le montage, la mise en scène sont franchement atroces et on a très vite de la peine de voir ces acteurs, que l’on aime habituellement, se débattre comme ils le peuvent pour faire exister ces personnages sans aucune consistance. Par ailleurs, le pitch n’a rien de bien nouveau et la mixture finale s’apparente à une salade composée d’Un air de famille de Cédric Klapisch, de Cuisine et dépendances de Philippe Muyl, du Prénom d’Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte, mais aussi sur le méconnu et sympathique Les Meilleurs amis du monde de Julien Rambaldi. En effet, dans ce dernier, à la suite d’une mauvaise manipulation téléphonique, un couple entendait aussi ce que leurs amis pensaient réellement d’eux. Rien de nouveau dans Baby phone donc, qui se contente d’enchaîner les scènes sans enjeux et de façon répétitive. De plus, Baby Phone n’est pas vraiment une comédie, on esquisse à peine deux sourires, mais instaure un véritable malaise, d’une part en raison de son ratage technique, mais également par ses situations qui n’ont rien de drôles.
Olivier Casas, réalisateur, producteur et scénariste, racle les fonds de tiroir pour étendre son film sur 81 minutes (génériques compris) avec ses sept personnages enfermés dans un appartement. L’émotion est poussive (la chanson finale), artificielle, tandis que l’histoire se clôt de façon gratuite et bien trop facile après une succession de saynètes empilées à la va comme je te pousse. Mauvaise pièce de boulevard filmée, Baby phone compile donc toutes les tares du cinéma français dans ce qu’il peut faire de pire et l’on se demande parfois comment des projets aussi paresseux sur le papier et aussi pauvres techniquement réussissent encore à voir le jour. Très embarrassant.
LE DVD
Le test du DVD de Baby Phone, disponible chez M6 Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est sobre, animé sur une musique guillerette et ne reflète pas du tout le film.
Chose étonnante pour un petit film de cet acabit, nous trouvons un commentaire audio du réalisateur Olivier Casas accompagné pour l’occasion de l’excellent Pascal Demolon. Si la complicité entre les deux hommes, visiblement amis, est évidente, on ne peut pas dire que ce commentaire vole bien haut et l’intérêt demeure très limité. Ce n’est pas que le commentaire soit désagréable, mais les deux intervenants paraissent eux-mêmes conscients de ne pas avoir grand-chose à dire sur le tournage de Baby Phone. On y évoque parfois le casting et les conditions des prises de vues, la musique, le court-métrage à l’origine de Baby Phone (déjà avec Pascal Demolon et Marie-Christine Adam) et on apprend que le comédien a fumé beaucoup de cigares et mangé beaucoup de quiches pour les besoins du tournage. Rien de passionnant donc.
Le making of (18’) est plutôt sympathique. Olivier Casas et sa compagne Audrey Lanj (tous les deux scénaristes) reviennent sur la genèse de Baby Phone, les comédiens présentent les personnages et l’histoire, tandis que des images dévoilent l’envers du décor. Dommage que le film ne soit pas à la hauteur des propos intelligents, des compliments tenus ici par les acteurs et de la rigueur apparente du réalisateur.
S’ensuivent trois scènes coupées (5’) qui n’apportent évidemment rien à l’ensemble, si ce n’est une fin alternative plutôt pas mal et qui aurait pu être gardée tant elle se révèle bien plus réussie et mise en scène par rapport à celle finalement gardée au montage final.
L’Image et le son
Ce master offre des conditions de visionnage banales et sans esbroufe. La colorimétrie est plutôt bien agencée, mais la définition demeure passable, même sur les quelques plans rapprochés. La clarté est de mise, les contrastes corrects, cependant le piqué manque de précision et certaines séquences apparaissent plus ternes que d’autres et s’accompagnent de moirages ainsi que de saccades.
Baby Phone n’est pas un film à effets et le mixage Dolby Digital 5.1 assure le service minimum. L’essentiel de l’action est canalisé sur les enceintes avant, même si chacune des très rares séquences en extérieur s’accompagne inévitablement d’ambiances naturelles. Il en est de même pour la musique systématiquement mise en valeur par l’ensemble des enceintes. Les voix sont solidement délivrées par la centrale. La piste Stéréo saura contenter ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Pas de sous-titres pour les spectateurs sourds et malentendants.
CHACUN SA VIE réalisépar Claude Lelouch,disponible en DVD et Blu-ray le 18 juillet 2017 chez Metropolitan Vidéo
Acteurs : Eric Dupond-Moretti, Johnny Hallyday, Nadia Farès, Jean Dujardin, Christophe Lambert, Antoine Duléry, Marianne Denicourt, Rufus, Gérard Darmon, Julie Ferrier, Stéphane De Groodt, Béatrice Dalle, Jean-Marie Bigard…
Scénario : Claude Lelouch, Grégoire Lacroix, Valérie Perrin, Pierre Uytterhoeven
Photographie : Robert Alazraki
Musique : Laurent Couson, Francis Lai, Dimitri Naiditch
Durée : 1h53
Date de sortie initiale : 2017
LE FILM
Ils ne se connaissent pas, mais tous ont rendez-vous pour décider du sort d’un de leurs semblables. Avant d’être juges, avocats ou jurés, ils sont d’abord des femmes et des hommes au tournant de leurs existences, avec leurs rêves et leurs secrets, leurs espoirs et leurs limites, tous sous un même soleil, chacun avec sa part d’ombre. Dans une jolie ville de province, le temps d’un festival de jazz, la vie va jongler avec les destins…
C’est souvent dans l’ordre des choses. Après avoir fait un film relativement bon, Claude Lelouch s’évertue toujours à enchaîner avec un nouvel opus en repoussant les limites dans ce qu’il peut faire de pire. Un plus une ayant été une belle réussite, Chacun sa vie est à marquer d’une croix dans la carrière du cinéaste puisque sa comédie de mœurs s’avère complètement ratée, mais pas désagréable dans le sens où le film devient hilarant là où le cinéaste lui-même ne l’avait évidemment pas prévu. Avec près de 60 courts, longs métrages (son 46e ici) et documentaires à son actif en 60 ans de carrière, on pouvait penser que Claude Lelouch prendrait un peu de repos à presque 80 ans. C’était mal le connaître. Le metteur en scène d’Un Homme et une femme, Roman de gare, Tout ça…Pour ça ! aurait pu (dû ?) s’arrêter sur Un plus une, il serait ainsi parti sur une bonne note. Mais non. Une fois de plus il a décidé de reprendre sa caméra à l’épaule pour filmer le destin, des acteurs et des actrices plongés dans le hasard et les coïncidences, dans leurs histoires d’amour, des tranches de vie aussi grasse que des tranches de lard.
Claude Lelouch signe ses Dix Commandements et tel un Cecil B. DeMille parigot s’entoure d’un casting à faire frémir Les Cahiers du cinéma avec par ordre alphabétique : Ramzy Bedia, Samuel Benchetrit, Jean-Marie Bigard, Béatrice Dalle (Swann d’or de la meilleure actrice, si si), Gérard Darmon, Stéphane De Groodt, Vanessa Demouy, Marianne Denicourt, Jean Dujardin, Antoine Duléry, Éric Dupond-Moretti, Nadia Farès, Julie Ferrier, Liane Foly, Déborah François, Kendji Girac, Johnny Hallyday, Francis Huster, Chantal Ladesou, Christophe Lambert, Michel Leeb, Pauline Lefèvre, Philippe Lellouche, William Leymergie, David Marouani (oui de David et Jonathan), Raphaël Mezrahi, Vincent Perez, Rufus, Mathilde Seigner, Zinedine Soualem et Elsa Zylberstein. Ils sont tous là pour ce qu’ils croyaient être le meilleur, mais ce qui s’avère le pire.
Chacun sa vie prend la forme d’un film choral (comme La Belle Histoire ou Les Uns et les Autres), d’un film à sketches qui s’imbriquent continuellement à travers des séquences incroyables car constamment foirées. L’histoire ? Stéphane (De Groodt) veut divorcer de Nadia (Farès), donc ils se mettent à chanter à table comme dans un film de Jacques Demy. Samuel (Benchetrit) cherche à se réconcilier avec Jessica (Déborah François) lassée de son manque de tendresse. Malgré ses 45 ans bien tapés il enfile son jean slim et vient l’embêter à l’hôpital où elle travaille. Une prostituée (Dalle) se confie à son client (Dupond-Moretti), et lui annonce qu’elle souhaite raccrocher. Lui, veut être son dernier client. Un commissaire (Dujardin) reçoit la visite de Johnny Hallyday (Jean-Philippe Smet aka) qui porte plainte contre à un sosie qui lui cause du tort. Ou comment perdre Johnny dans un nouveau film méta. La comtesse (Zylberstein) tombe dans les bras de l’idole des jeunes et déclare aux yeux du monde que toutes les femmes rêvent de coucher avec Johnny, les yeux en pleurs, en hurlant, la morve au nez. François (Michel Leeb, toujours pas remis de son pitch sur l’art de la pizza dans Les Parisiens du même Lelouch) reçoit la visite désagréable de sa contrôleuse fiscale (Ladesou) et tente de l’acheter avec un collier d’une fortune inestimable. Nathalie (Ferrier) et Eugénie (Foly), une chanteuse, veulent se séparer, mais avec le sourire. Bon et n’oublions pas pêle-mêle Jean-Marie Bigard dans un remake de Docteur Patch qui perché sur son hoverboard raconte des histoires de cul bien graveleuses à ses patients car le rire guérit de tout, Christophe Lambert qui lampe du grand cru à plat ventre, Antoine Duléry dans un double rôle donc deux fois plus mauvais, Marianne Denicourt qui a la tête penchée quand elle est triste, Rufus et son béret de chauffeur de taxi, Gérard Darmon à poil full frontal qui frictionne un autre mec sous la douche, Julie Ferrier elle aussi dans un double rôle dont celui d’une cagole, Liane Foly (encore elle) qui chante du Johnny dans une parodie des Blues Brothers, Francis Huster qui parodie Francis Huster au premier degré, Vanessa Demouy qui taille une pipe à son compagnon Philippe Lellouche et à Raphaël Mezrahi (sans avoir de dialogues car on ne peut pas parler la bouche pleine), William Leymergie qui n’a plus de boulot et qui se reconvertit dans le cinéma après plusieurs apparitions chez…Lelouch. Tout ce petit monde va se croiser, dans une sarabande des sentiments. N’en jetez plus, c’est trop de bonheur.
Chacun sa vie est une véritable expérience cinématographique en soi. Il faut tout d’abord se farcir un discours de Dupond-Moretti sur le destin avant d’enchaîner avec le générique de huit minutes, filmé lors d’un concert de Johnny Hallyday. Huit minutes de Toute la musique que j’aime avec le chanteur sur scène donc, mais également un sosie de Johnny (incarné par l’idole des jeunes lui-même), qui entonne les paroles sans les savoir. Et ce n’est que le début, chaque séquence du film, chaque histoire – nous n’avons pas compté, mais il doit y en avoir treize connaissant le cinéaste – instaure un vrai malaise. Malaise devant le jeu souvent éhonté des comédiens, la palme revenant sans conteste à Elsa Zylberstein dans une séquence où son personnage doit témoigner devant la barre pour avoir succombé au charme de Johnny. Malaise aussi devant les dialogues venus d’un autre temps, d’un autre univers peut-être. Un amoncellement de phrases toutes faites, de slogans publicitaires pour la Foir’Fouille ou d’un club de rencontres pour le troisième âge, déclamées avec une fausse spontanéité. Même les jeunes sont montrés comme des vieux cons dans Chacun sa vie.
Malaise encore durant cette séquence où Philippe Lellouche se fait faire une petite gâterie par sa (véritable) compagne Vanessa Demouy, alors qu’il est au volant de sa belle voiture de sport sur une route de campagne. Quand soudain deux motards l’arrêtent, Raphaël Mezrahi et David de David et Jonathan. Afin de ne pas être verbalisé, Lellouche propose aux deux gendarmes de passer un peu de temps avec sa copine. Mezrahi accepte et s’installe au volant, les deux autres s’éloignent. Tandis que Lellouche dit à l’autre gendarme « attendez un peu, ça va être votre tour, vous m’en direz des nouvelles ! » l’autre lui rétorque qu’il préfère en fait les mecs. Regard bas de Lellouche. Ouin ouin ouinouinouin…
Voilà, des scènes comme ça à la Kamoulox il y en a des tas dans Chacun sa vie, filmé comme un spot promo pour Norwich Union sur une musique d’André Rieu ou plutôt de Jean-François Copé au synthétiseur. Mais c’est finalement touchant, car c’est ça la vie pour Lelouch. C’est à la fois profondément naïf et prétentieux, pathétique et attachant, puant et désopilant, il faut le voir pour le croire. Enfin, nous terminerons cette chronique par l’une des blagues raffinées racontées par Jean-Marie Bigard, médecin-chef de service devant un parterre d’internes outrés : « Tu sais pourquoi les hippopotames ils font l’amour dans l’eau ? Bah t’essaieras de faire mouiller une chatte de 200 kilos ! ». Quand on sait que Claude Lelouch a eu l’idée de son film en écoutant une plaidoirie de l’avocat Eric Dupont-Moretti, on n’ose imaginer ce qui lui viendra à l’esprit après avoir mangé un bon cassoulet.
Une des plus grandes comédies (involontaires) de tous les temps, une ode au mauvais goût qui rejoint instantanément le T’aime de Patrick Sébastien. Magistral.
LE BLU-RAY
Le test du Blu-ray de Chacun sa vie, disponible chez Metropolitan Vidéo, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé sur la musique du film.
Pour celles et ceux qui auraient aimé le film, du moins au même degré que l’auteur de ces mots, il est fortement conseillé de se pencher sur les 75 minutes de suppléments proposés par l’éditeur tant ceux-ci prolongent le délire du film.
C’est le cas pour les scènes coupées (4’30) durant lesquelles Stéphane De Groodt se parle à lui-même façon Gollum/Smeagol, plus d’autres bouts de scène sans intérêt, qui auraient donc pu être gardés au montage final puisque cela n’aurait rien changé.
S’ensuit un long documentaire (22’30) qui commence par un délire (encore un) de Claude Lelouch. On le voit entouré de ses treize étudiants des Ateliers du Cinéma de Beaune, qu’il a lui-même créés. Deux sont habillés en mariés, tandis que les autres les entourent, une caméra à la main. Lelouch leur demande de filmer « l’événement » de leur point de vue, afin de se familiariser avec leur appareil qui capte « l’instant de vie », tout en leur bourrant le crâne sur sa technique. Heureusement, cela ne dure pas la totalité du module, mais six minutes environ, ce qui est déjà pas mal. On retrouve ensuite Lelouch nous parler de ses élèves (qui prennent également la parole) et de leur travail sur Chacun sa vie, à travers quelques images du tournage. Les comédiens interviennent également et évoquent face caméra « l’immense talent », « la virtuosité » et « le génie » de Claude Lelouch. Un documentaire écrit et réalisé par Claude Lelouch. Ou pas.
Le bonus suivant installe une fois de plus le réalisateur dans un fauteuil, cette fois en compagnie d’Éric Dupond-Moretti (9’). Les deux compères reviennent sur leur rencontre, sur leur collaboration et le tournage du film. On tousse quand Claude Lelouch déclare qu’il y a du Lino Ventura chez Dupond-Moretti, on s’étrangle quand le premier récidive en disant qu’il le ferait bien tourner le second dans un prochain film.
En guise de making of, Metropolitan nous confie une petite vidéo de 3’30 constitué de propos de…ah bah de Claude Lelouch tiens, repris d’une interview disponible un peu plus loin dans l’interactivité. Le tout illustré par des images provenant du plateau où tout le monde il est beau et où tout le monde il est gentil. Quand Lelouch déclare qu’il avait de quoi faire au moins treize films avec les histoires présentes dans Chacun sa vie, on rigole. Moins, quand on s’aperçoit qu’il est sérieux.
Une grande partie du casting était réunie à Beaune pour l’avant-première de Chacun sa vie le 2 mars 2017 (10’30). La troupe débarque, petit foulard autour du cou, fardée de fond de teint et coiffée par Franck Provost pour présenter le film, avant de participer à une conférence de presse où chacun fait son petit show, tout en caressant l’ami Claude dans le sens du poil en lui disant qu’il est génial. Une conférence de presse écrite par Claude Lelouch. Ou pas encore une fois.
Last but not least, ne manquez pas l’interview de…ah bah de Claude Lelouch une dernière fois, mais on s’y attendait hein. Un peu plus de vingt minutes durant lesquelles le réalisateur se lance dans des délires à la Van Damme période cocaïne. Il a un avis sur tout. Il nous parle de sa vision du cinéma, de ses intentions, de son travail avec les comédiens, de la vie, de la septième saison de Game of Thrones, de l’arrivée de Neymar au PSG, de l’augmentation du Navigo et de tout un tas d’autres choses. Rayez les mentions inutiles. C’est très drôle, jamais informatif, on en redemande surtout quand il lance des phrases du genre « l’échec, c’est le terreau du succès ! ». Ses plantes doivent être très belles alors.
L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces et des liens internet.
L’Image et le son
Comme d’habitude, l’éditeur soigne son master HD qui se révèle exemplaire. Le label « Qualité Metropolitan » » est donc encore une fois au rendez-vous pour le Blu-ray de Chacun sa vie. L’image bénéficie d’un codec AVC de haut niveau, des contrastes d’une densité jamais démentie, ainsi que des détails impressionnants aux quatre coins du cadre large. Certains plans étendus sont magnifiques et tirent entièrement parti de cette élévation en Haute définition. Les visages, filmés en gros plans, des comédiens peuvent être analysés sous toutes leurs coutures (nous ne ferons aucune métaphore avec le visage de Johnny non non non), la photo est ambrée et chaude, la clarté demeure frappante, tout comme la profondeur de champ, le piqué est affûté et les partis pris esthétiques merveilleusement restitués. Ce Blu-ray est évidemment une franche réussite technique et offre de fabuleuses conditions pour revoir le film de Claude Lelouch lors d’une soirée nanar.
D’emblée, l’ensemble des enceintes est mis à contribution aux quatre coins cardinaux sur l’unique piste DTS-HD Master Audio 5.1. Les ambiances fusent de tous les côtés dès le logo Metropolitan, puis lors du concert de Johnny qui ouvre le film. L’omniprésente musique du fidèle Francis Lai bénéficie d’un traitement de faveur avec une large ouverture. Les dialogues ne sont jamais pris en défaut et demeurent solidement plantés sur la centrale, avec des effets latéraux constants. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.
T2 TRAINSPOTTING réalisépar Danny Boyle,disponible en DVD, Blu-ray et 4K Ultra HD le 12 juillet 2017 chez Sony Pictures
Acteurs : Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller, Robert Carlyle, Kelly MacDonald, Anjela Nedyalkova, Irvine Welsh, Shirley Henderson…
Scénario : John Hodge d’après les romans Trainspotting et Porno d’Irvine Welsh
Photographie : Anthony Dod Mantle
Musique : Rick Smith
Durée : 1h57
Date de sortie initiale : 2017
LE FILM
D’abord, une bonne occasion s’est présentée. Puis vint la trahison. Vingt ans après, certaines choses ont changé, d’autres non. Mark Renton revient au seul endroit qu’il ait jamais considéré comme son foyer : Edimbourg. Spud, Sick Boy et Begbie l’attendent. Mais d’autres vieilles connaissances le guettent elles aussi : la tristesse, le deuil, la joie, la vengeance, la haine, l’amitié, le désir, la peur, les regrets, l’héroïne, l’autodestruction, le danger et la mort. La vie ? Toutes sont là pour l’accueillir, prêtes à entrer dans la danse…
Cela faisait plus de vingt ans que certains cinéphiles espéraient et attendaient le retour de Renton, Spud, Sick Boy et Begbie. Longtemps annoncée, puis reportée, enfin concrétisée, la suite de Trainspotting a enfin pu voir le jour. Lancés avec Petits meurtres entre amis, le réalisateur Danny Boyle et le comédien Ewan McGregor ont ensuite explosé dans le monde entier avec Trainspotting, petite production tournée avec 3,5 millions de dollars, qui en avait rapporté 72 millions et attiré plus d’un million de spectateurs en France à sa sortie en juin 1996. Après Une vie moins ordinaire (1997), Ewan McGregor et Danny Boyle ne se sont pas adressé la parole pendant une dizaine d’années, l’acteur n’ayant pas apprécié d’être remplacé par Leonardo DiCaprio dans La Plage en 2000. En raison de ces rapports tendus et de la difficulté à synchroniser leurs emplois du temps respectifs, la suite de Trainspotting a été maintes et maintes fois repoussée. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et donc T2 Trainspotting, puisque le film est intitulé ainsi, est arrivé sur les écrans en 2017.
Que sont-ils devenus ? Mark Renton semble en avoir fini avec la drogue. Il a un travail sûr à Amsterdam qui lui assure un train de vie confortable. Il revient à Edimbourg, sa ville natale qu’il ne reconnaît plus. Il avait besoin de ce retour aux sources afin de se confronter à ses démons et à ses amis, Sick Boy, Spud et Begbie, qu’il avait trahis lors d’un deal de drogue vingt ans plus tôt en emportant avec lui un butin de 16 000 £. Il retrouve Sick Boy, qui a remplacé l’héroïne par la cocaïne et qui dirige une très lucrative agence d’escort girls, tout en tenant désespérément le pub déserté de sa tante. Spud, lui, a du mal à avoir une vie normale tant il a abusé des drogues et se laisse aller à des pulsions suicidaires. Après vingt ans de prison et voyant toutes ses demandes de liberté conditionnelle rejetées, Begbie parvient à s’évader. Il est bien décidé à se venger et à prendre sa revanche sur Renton. Notre quatuor est donc bel et bien présent, pour notre plus grand plaisir.
Trainspotting est rapidement devenu un film culte et a su traverser les années sans trop de dommages. Danny Boyle a su démontrer son savoir-faire dans des genres différents (28 jours plus tard, Sunshine, 127 heures) jusqu’à la consécration ultime avec Slumdog Millionnaire. Bien que ses films aient été souvent marqués par des budgets modestes, Danny Boyle a toujours su imposer un style visuel reconnaissable et une énergie revigorante. T2 Trainspotting ne déroge pas à la règle et outre la joie non dissimulée de retrouver les personnages, le cinéaste signe également une œuvre mélancolique sur le passage du temps. C’est ainsi que Mark « Rent Boy » Renton parti d’un point A revient finalement au point A, là où tout avait commencé, là où rien n’avait commencé. La fureur de vivre s’est dissoute, sauf en ce qui concerne Francis « Franco » Begbie qui enfermé depuis vingt ans derrière les barreaux n’a eu de cesse de voir son désir de vengeance s’exacerber. La vie n’a pas changé pour lui puisqu’il n’a rien connu d’autre depuis son arrestation. Il reste très violent et inquiétant (si ce n’est plus), même les cheveux blancs et la bedaine. Si le feu s’est consumé, les personnages doivent apprendre à vivre à partir de ce qui reste des cendres de leur jeunesse. Daniel « Spud » Murphy parvient tant bien que mal à survivre, seul dans son appartement miteux. Ses retrouvailles avec Renton vont l’aider à lâcher définitivement l’héroïne. Quant à Simon « Sick Boy » Williamson, il parvient à se faire quelques rentrées d’argent en faisant du chantage auprès de bourgeois, filmés dans quelques positions compromettantes avec la délicieuse Veronika (Anjela Nedyalkova, révélée dans le rôle-titre du film Avé de Konstantin Bojanov), complice de Sick Boy, qui les attirent dans une chambre tamisée où une caméra a été dissimulée.
Si l’on craignait tout d’abord que T2 Trainspotting se contente de nous refaire le même film, le scénario original de James Hodge (complice de Danny Boyle depuis toujours), qui ne s’inspire que très sporadiquement de Porno (2002), la suite du livre écrite par Irvine Welsh, parvient à jouer avec la nostalgie du spectateur, tout en lui offrant quelque chose de frais. Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller et Robert Carlyle assurent le show avec classe et leur plaisir à retrouver ces personnages qui ont contribué à lancer leurs carrières respectives est contagieux. Si elle ne fait qu’une brève apparition, Kelly MacDonald est également de la partie, ce qui nous permet de comprendre que Diane est devenue une avocate qui a réussi. Le film est truffé de scènes destinées à devenir cultes (la soirée 1690, la course-poursuite dans le parking), marqué par une b.o explosive (Young Fathers, Wolf Alice, The Rubberbandits, Blondie) et une mise en scène au cordeau avec quelques réminiscences intelligemment amenées.
T2 Trainspotting ne cesse d’étonner par ses partis pris, par son approche des revers de la vie et des espoirs déçus. Bien qu’ils aient passé beaucoup de temps à fuir et à courir, personne, pas même Renton, ne peut finalement retenir et encore moins devancer le temps qui finit par nous rattraper. Finalement, après être finalement revenu au bercail, que faire maintenant ? Pourquoi ne pas écouter un album digne de ce nom ? Alors que Bowie s’en est allé et qu’Iggy Pop résiste encore, autant mettre Lust For Life à fond comme au bon vieux temps et on verra bien ce que nous réservent ces quarante prochaines années.
LE BLU-RAY
Le Blu-ray de T2 Trainspotting repose un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans un surétui cartonné. Le visuel de la jaquette reprend l’un des visuels promotionnels avec nos quatre loustics occupant des toilettes. Etat-il nécessaire de la gâcher par les étoiles provenant des critiques françaises dithyrambiques ? Le menu principal est fixe et musical.
Les amateurs de suppléments seront ravis d’apprendre que l’éditeur nous propose ici près de trois heures de bonus !
On commence par le commentaire audio de Danny Boyle et du scénariste John Hodge, disponible en version originale sous-titrée en français. Les deux complices reviennent essentiellement sur le succès et le phénomène du premier film, la longue gestation de T2 Trainspotting et l’évolution des personnages. S’ils se marrent beaucoup pendant l’exercice, les deux intervenants ne livrent pas le commentaire du siècle. Mais comme ils ne s’arrêtent pour ainsi dire jamais de parler, qu’ils passent du coq à l’âne, qu’ils ne manquent pas d’anecdotes sur le tournage et qu’ils sont très sympathiques, il serait dommage de ne pas en profiter. Un commentaire distrayant.
Comme il l’indique dans le supplément précédent, Danny Boyle a beaucoup coupé au montage, surtout dans la première partie qui se penchait plus longuement sur chacun des personnages. Afin de les réunir le plus vite possible à l’écran, ces séquences n’ont donc pas été montées et se trouvent essentiellement réunies dans la section des scènes coupées (30’). Il y a donc plus de scènes en prison avec Begbie (et une où il se réveille pendant son opération), de Sick Boy dans son pub avec Veronika, de réunions d’entraide avec Spud, mais aussi des petits plans coupés ici et là pour accélérer le rythme. Une intrigue secondaire concernant Begbie et ses problèmes sexuels, ainsi que Begbie qui séquestre son avocat chez lui ont également été écarté du montage final. Ceux qui auraient été déçus de voir la participation de la belle Kelly McDonald réduite à une simple apparition seront heureux de la voir dans deux ou trois séquences où Diane héberge Renton chez elle après que ce dernier se soit fait agresser par Begbie dans le parking. On le voit allongé dans le canapé, se relever en pleine nuit avec l’envie d’aller rejoindre Diane dans sa chambre, avant d’y renoncer. Le lendemain, Renton lui demande si elle a déjà pensé à ce qu’aurait pu être leur vie s’ils avaient vécu ensemble. Une autre séquence très amusante montre Spud voler un iPad malgré la réticence de Renton. S’ensuit une course-poursuite dans la rue qui n’est évidemment pas sans rappeler la séquence d’ouverture du premier Trainspotting. Un vrai plaisir.
Après ces séquences, nous passons à une discussion sous forme de table ronde entre Danny Boyle et trois de ses comédiens principaux (25’), Ewan McGregor, Robert Carlyle et Jonny Lee Miller. Si Ewen Bremner n’est pas présent pour cause de tournage (Wonder Woman de Patty Jenkins), il introduit néanmoins ce supplément et apparaît parmi ses camarades sous forme de silhouette en carton. Le réalisateur et Ewan McGregor monopolisent la parole, avant d’être rapidement rejoint par Robert Carlyle. Seul Jonny Lee Miller semble trouver le temps long et n’ouvre la bouche qu’au bout d’un quart d’heure et encore de façon très sporadique. Les souvenirs des autres affluent (surtout sur le phénomène du premier film), chacun évoque son propre personnage ainsi que son évolution d’un film à l’autre, l’alchimie est toujours aussi évidente et cette réunion entre potes s’avère un très bon moment.
L’interactivité se clôt sur un spot promotionnel – intitulé « documentaire athlétique de Calton » – pour une association sportive destinée à aider d’anciens junkies et alcooliques durant leur cure de désintoxication. Constitué de témoignages et de gros plans sur quelques rescapés, ce clip ne laisse évidemment pas indifférent (4’).
L’Image et le son
Sony Pictures prend soin de T2 Trainspotting et livre un master HD au format 1080p, irréprochable et au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques du chef opérateur Anthony Dod Mantle (Trance, Dredd, Antichrist), la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes multicolores et saturées (vert, rouge, rose, bleu, tout y passe), à la fois chaudes et froides (avec un usage de filtres à l’étalonnage), le tout soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué est tranchant, les arrière-plans sont magnifiquement détaillés, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre 1.85. Les partis pris esthétiques sont donc respectés avec un léger grain cinéma conservé qui confère à l’image une agréable texture, une fabuleuse gestion des contrastes et des séquences sombres aussi soignées. Un service après-vente remarquable.
Voici le genre de mixage qui ne fait pas dans la demi-mesure ! Les pistes anglaise et française DTS-HD Master Audio 5.1 se révèlent fracassantes et redoutablement immersives. La bande-originale très « gros son » met à mal le caisson de basses à plusieurs reprises. Nous vous conseillons d’ailleurs de visionner T2 Trainspotting au moment où vos voisins seront absents. Les dialogues sont ardents sur la centrale, tandis que les frontales et les latérales n’ont de cesse de s’affronter lors des séquences plus agitées. Le doublage français est correct et reprend les mêmes comédiens que pour le premier film, mais le mixage peine parfois à mettre les dialogues en avant. Montez le volume, car c’est du très grand spectacle ! L’éditeur joint également une piste française Audiodescription.
L’EMBARRAS DU CHOIX réalisépar Eric Lavaine,disponible en DVD et Blu-ray le 19 juillet 2017 chez Pathé
Acteurs : Alexandra Lamy, Arnaud Ducret, Jamie Bamber, Anne Marivin, Sabrina Ouazani, Jérôme Commandeur, Xavier Dumont…
Scénario : Laurent Turner, Laure Hennequart, Eric Lavaine
Photographie : François Hernandez
Musique : Fabien Cahen
Durée : 1h34
Date de sortie initiale : 2017
LE FILM
Frites ou salade ? Amis ou amants ? Gauche ou droite ? La vie est jalonnée de petites et de grandes décisions à prendre. Le problème de Juliette, c’est qu’elle est totalement incapable de se décider sur quoi que ce soit. Alors, même à 40 ans, elle demande encore à son père et à ses deux meilleures amies de tout choisir pour elle. Lorsque sa vie amoureuse croise la route de Paul, puis d’Etienne, aussi charmants et différents l’un que l’autre, forcément, le cœur de Juliette balance. Pour la première fois, personne ne pourra décider à sa place.
Mine de rien, le réalisateur Eric Lavaine a déjà attiré près de 7,5 millions de spectateurs en six longs métrages, dont près de 2,2 millions rien que pour Retour chez ma mère en 2016 ! Le metteur en scène – ou responsable c’est selon – de Poltergay, Incognito (de loin son meilleur film), Protéger et servir (son plus gros flop, malgré un score pas si déshonorant) et Barbecue remet le couvert un an après son plus grand succès avec L’Embarras du choix. Pour cette nouvelle comédie, il embarque à nouveau Alexandra Lamy et Jérôme Commandeur dans l’aventure, tout en leur joignant Arnaud Ducret, Jamie Bamber, Anne Marivin, Sabrina Ouazani et Lionnel Astier comme camarades de jeu. Habitué au succès dans les salles, Eric Lavaine a cependant connu un sacré revers avec seulement 440.000 entrées au compteur. Pourtant, L’Embarras du choix vaut bien mieux que Retour chez ma mère (difficile de faire pire c’est vrai), même si le scénario ne peut s’empêcher de tomber dans le nawak à mi-parcours, après une première partie pourtant encourageante.
Juliette, 40 ans, vient d’être quittée par Cédric, son fiancé, las de son indécision constante. Car faire un choix est au-dessus des forces de Juliette. Ses amies lui conseillent de se remettre en selle très vite. Juliette rencontre alors Etienne, un cuisinier talentueux, célibataire et charmant. Mais entretemps, elle a aussi croisé la route du beau Paul, un Ecossais. Juliette ne parvient pas à se décider entre ces deux hommes avec lesquels elle file le parfait amour. Les choses se compliquent quand chacun la demande en mariage. Juliette, incapable de trancher, s’enferme dans son mensonge. Voilà donc le pitch de L’Embarras du choix, qui part sur un postulat amusant et qui suffit parfois à emballer la majeure partie des productions du même acabit. Alexandra Lamy n’est pas une débutante et son jeu s’est affiné avec les années. Habituée des rom-com à la française (Au suivant !, On va s’aimer, Modern Love, Jamais le premier soir), la comédienne s’avère ici très pétillante et fait preuve d’une sobriété qui fait plaisir, elle qui est habituée à en faire un peu trop dans la comédie et qui a pourtant prouvé qu’elle pouvait être très bien quand elle est dirigée solidement dans le registre dramatique, à l’instar de ses prestations dans Ricky de François Ozon, Possessions d’Éric Guirado et J’enrage de son absence de Sandrine Bonnaire. Elle campe un ici un personnage atta-chiant dont le souci « hénaurme », pour ne pas dire le handicap, est de ne pas pouvoir faire de choix. A tel point que lorsque deux hommes lui déclarent leur amour et souhaite l’épouser, elle ne peut refuser les deux propositions.
Comme d’habitude, L’Embarras du choix se résume à deux ou trois lignes et repose uniquement sur un casting populaire et une écriture classique. Toutefois, même s’il manque sérieusement de rigueur et cumule les blagues faciles, L’Embarras du choix n’est justement pas si embarrassant que Retour chez ma mère dont l’auteur de ces mots ne s’est toujours pas remis de la scène du repas picard. Il n’y a aucune surprise ici, mais les acteurs font le job, en dépit de dialogues très pauvres. Comme souvent, Sabrina Ouazani emporte tous les suffrages dans le rôle de Sonia, dont le mode de vie est « d’essayer » tous les mecs qui se trouvent à sa portée, « un ouvrier », « un mec qui s’appelle Gilles », histoire de toucher à tout. Certes, ce n’est pas fin (euphémisme), mais ça fait sourire. Tout cela part bien et en mode automatique, mais c’était sans compter la mécanique qui commence à grincer sérieusement quand Juliette se retrouve entre ses deux mecs. A ce moment-là, les passages obligés s’accumulent en lorgnant sur Bridget Jones, certains personnages sont sacrifiés (Jérôme Commandeur passe le film à apprendre à son chat à taper dans la main, Arnaud Ducret devient subitement un gros beauf), la bande originale qui compile Keren Ann, REM, Coldplay et The Do s’emballe, l’émotion en préfabriqué reste coincé dans la gorge, tandis que le tournage se délocalise en Ecosse puisque le film précédent a permis de bénéficier d’un budget plus conséquent.
Au final, L’Embarras du choix est ce genre de film qui se laisse suivre sans prise de tête pendant qu’on établit son planning pour les vacances ou qu’on réalise sa liste de courses, puis qui s’oublie immédiatement comme après une rencontre avec les Men in Black.
LE BLU-RAY
Le Blu-ray de L’Embarras du choix, disponible chez Pathé, repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette reprend le même visuel coloré que l’affiche du film. Le menu principal est dynamique et lumineux, animé et musical.
Contrairement à l’édition HD de Retour chez ma mère qui ne comprenait aucun supplément, Pathé ne vient pas les mains vides ici et fournit quelques bonus promotionnels. C’est le cas des interviews réalisées pour la sortie du film au cinéma : Alexandra Lamy et Eric Lavaine (7’), Sabrina Ouazani et Anne Marivin (6’), Arnaud Ducret (4’) et Jamie Bamber (5’). Les questions apparaissent sous la forme de cartons et s’avèrent les mêmes pour chaque intervenant, à savoir quel est le pitch du film, comment était l’ambiance sur le plateau, quel est votre personnage, etc. C’est basique, c’est efficace, c’est bourratif.
Un petit module de deux minutes compile quelques images glanées ici et là sur le tournage.
L’Image et le son
Si le rendu n’est pas optimal en raison d’une définition moins ciselée sur les scènes en intérieur, le master HD au format 1080p de L’Embarras du choix ne manque pas d’attraits… La clarté est de tous les instants, la colorimétrie chatoyante et estivale, et le piqué affûté sur toutes les séquences en extérieur. Le chef opérateur François Hernandez voit ses partis pris esthétiques savamment respectés via un Blu-ray qui frôle la perfection. Le cadre large fourmille de détails, les contrastes riches et léchés affichent une constante solidité et l’encodage AVC emballe l’ensemble avec brio.
L’Embarras du choix repose essentiellement sur les dialogues. La piste DTS-HD Master Audio 5.1 distille les voix des comédiens avec un beau ramdam, tandis que les latérales ont fort à faire avec la bande-originale juke-box pop. Une spatialisation suffisamment immersive avec un caisson de basses qui délivre ses effets avec efficacité et des ambiances solides sur les frontales. La piste Stéréo est tout aussi pointilleuse en ce qui concerne la restitution des dialogues mais nous y perdons du point de vue spatialisation musicale. Une version Audiovision ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.
Scénario : Leonardo Benvenuti, Luigi Comencini, Piero De Bernardi, Massimo Patrizi
Photographie : Armando Nannuzzi
Musique : Fiorenzo Carpi
Durée : 1h42
Date de sortie initiale : 1968
LE FILM
Grâce à sa réputation très usurpée d’ex-héros de la résistance antinazie se voit offrir 100 000 dollars pour éliminer Edward Stevens, un espion néo-nazi sur le point de dévoiler la formule du Coca-Cola aux Russes. Mais il est rapidement doublé par d’autres mercenaires cherchant à obtenir la prime.
L’immense Luigi Comencini (1916-2007) fait partie des maestri du cinéma italien. Comme la plupart de ses confrères ès comédies – mais pas seulement – le réalisateur aura alterné films personnels et œuvres de commande avec la même verve et la même inspiration. Le metteur en scène du Commissaire (1962) et de La Ragazza (1963), signe après l’un de ses chefs d’oeuvres L’Incompris (1967) drame intense bouleversant et avant son formidable Casanova, un adolescent à Venise (1969), une comédie loufoque, décalée et méconnue, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola !, Italian Secret Service en version originale. Surfant sur le succès de la saga James Bond créée six ans auparavant, ce film mêle à la fois l’espionnage avec l’humour burlesque qui n’est pas sans rappeler Le Pigeon (1958) de Mario Monicelli avec son équipe de bras cassés plongés malgré-eux dans une histoire extraordinaire.
Natalino est à la recherche d’un travail quand l’ex-capitaine Harrison, qu’il avait sauvé du peloton d’exécution pendant la guerre, lui propose, contre une importante somme d’argent, d’éliminer un jeune et dangereux néo-nazi, Edward Stevens. Natalino accepte «le contrat», fermement décidé par ailleurs à faire exécuter la besogne par un autre. Il cède le travail à un certain Othon lequel sous-traite l’affaire à un avocat un peu louche. Ce dernier en fait autant avec le frère d’un de ses clients. Le scénario de Luigi Comencini coécrit avec ses comparses Leonardo Benvenuti (Mes chers amis, La Fille à la valise), Piero de Bernardi (Il était une fois en Amérique) et Massimo Patrizi (La Traite des blanches) démarre comme un vrai film de guerre et d’espionnage, avant d’enchaîner les quiproquos et rebondissements en tous genres.
Le grand Nino Manfredi (1921-2004) retrouve Luigi Comencini après le succulent A cheval sur le tigre (1961) et signe une formidable prestation entre flegme britannique, slapstick américain et farce italienne. Le comédien est entouré d’une sacrée bande d’acteurs, Giampiero Albertini, Alvaro Piccardi, Enzo Andronico, Loris Bazzocchi et Gastone Moschin, un festival de tronches et de talent, sans oublier le charme de Françoise Prévost. Tout ce beau monde y va à fond dans le seul but de divertir les spectateurs. Cinquante ans après, Les Russes ne boiront pas de Coca Cola ! s’avère toujours aussi mordant et drôle, ironique et déphasé. Le film se tient grâce à la rigueur de Luigi Comencini, cinéaste moraliste, qui même dans ses oeuvres mineures et malgré quelques concessions au cinéma commercial, a toujours tenu à dépeindre des univers réalistes et à inscrire ses histoires dans un contexte socio-politique sérieux, tout en dirigeant ses acteurs d’une main de maître et en soignant la forme.
Nino Manfredi trône sur cette bande de joyeux drilles et s’acquitte avec virtuosité des multiples facettes que lui offre le rôle de Natale Tartufato aka Capellone, italien faible, trouillard, en un mot un type banal. Les oubliés du boom économique tentent de profiter comme ils le peuvent du système, quitte à user de méthodes peu scrupuleuses. Le scénario des Russes ne boiront pas de Coca Cola ! prend ainsi la forme de poupées gigognes, ou un événement entraîne un autre qui lui-même entraîne une nouvelle situation, etc. C’est là tout le génie de Luigi Comencini et de ses scénaristes, ainsi que de ses comédiens dont le jeu branché sur cent mille volts du début à la fin (hilarante) agit comme une véritable bouffée d’air frais et fait toujours le même bonheur des spectateurs aujourd’hui.
LE DVD
Le DVD des Russes ne boiront pas de Coca Cola ! est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette se focalise uniquement sur Nino Manfredi. Le verso montre tous les titres déjà ou bientôt disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. L’éditeur indique que le film est inédit en France, ce qui est faux, puisque LesRusses ne boiront pas de Coca Cola ! est sorti dix ans après dans nos salles, le 19 novembre 1978 !
Cette collection sortira dans les bacs en trois vagues. La première, celle déjà chroniquée dans nos colonnes, est sortie le 28 mars 2017 : Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague, celle que nous explorons ici, est sortie au mois de juin et nous trouvons les titres suivants : Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), LeCanard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). Il faudra attendre le mois de septembre pour compléter sa collection avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).
L’intervention de Stéphane Roux sur ce titre demeure complètement anecdotique (6’30). L’historien du cinéma se contente principalement de parler de la carrière Luigi Comencini, de manière brève, alors qu’il y aurait tant à dire. Stéphane Roux indique que LesRusses ne boiront pas de Coca Cola ! n’est pas un très grand film, bien qu’agréable à suivre et qu’un film moyen de Luigi Comencini reste toujours bien au-dessus des autres productions de l’époque. Il en vient ensuite au casting en évoquant le jeu de Nino Manfredi et sa partenaire Françoise Prévost.
L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.
L’Image et le son
Si la copie s’avère propre et plutôt stable, ce master s’avère complètement usé du point de vue des contrastes et des couleurs. La copie demeure terne du début à la fin, la définition ne trouve jamais d’équilibre, les flous ne sont pas rares, la gestion du grain est aléatoire et le piqué est sans cesse émoussé. Le master semble avoir été dégoté dans un tréfonds de catalogue. Seules les poussières ont été éradiquées et rien ne nous permet d’apprécier les partis pris du grand chef opérateur Armando Nannuzzi, illustre directeur de la photographie à qui l’on doit les images inoubliables des Damnés, Mon nom est Personne et Le Bel Antonio. Quant au reste, le cinéphile devra faire preuve de beaucoup d’indulgence.
En italien comme en français, les pistes mono 2.0 s’avèrent plutôt bien nettoyées et offrent des conditions acoustiques suffisantes. Notons l’absence de souffle intempestif, mais la musique apparaît vacillante, les voix demeurent un peu sourdes et les saturations inévitables sur les dialogues plus poussés. Signalons également un problème récurrent chez l’éditeur concernant les sous-titres. Tous les mots comprenant les lettres « œ » ne semblent pas être pris en compte. Ainsi « soeur » apparaît « sur », « coeur » devient « cur », etc…Enfin, la traduction laisse à désirer puisque les sous-titres suivent la version française, qui prend souvent de grandes libertés avec le récit, et non pas les dialogues originaux !
Lucie est guérie, sa maladie est presque un lointain souvenir. Sa famille la pousse à aller de l’avant, vivre, voir du monde… C’est ainsi qu’elle fait la connaissance de Clovis, charmant… charmeur… et terriblement arrogant. Intrigué par sa franchise et sa répartie, Clovis va tout faire pour séduire Lucie, qui n’a pourtant aucune envie de se laisser faire. Au contact de Dalila, prof de danse haute en couleur, Lucie va réapprendre à aimer, à s’aimer, pour devenir enfin la femme qu’elle n’a jamais su être. Pour sa mère, pour sa fille, pour Clovis…
Combien de fois a-t-on pu lire dans la presse que tel acteur ou telle actrice faisait son « Tchao Pantin » ? Cela a encore été le cas pour Florence Foresti avec De plus belle, premier long métrage d’Anne-Gaëlle Daval, costumière sur la série Kaamelott d’Alexandre Astier (son compagnon), qui offre à la comédienne un contre-emploi plutôt inattendu. Depuis son premier film, l’excellent Dikkenek (2006) dans lequel elle interprétait le commissaire Laurence, Florence Foresti a ensuite enchaîné les apparitions au cinéma (Détompez-vous, Si c’était lui…, Mes amis, mes amours) avant de tenir le haut de l’affiche en 2009 avec King Guillaume de Pierre-François Martin-Laval, échec au box-office, puis Hollywoo, qu’elle coécrit et où elle donne la réplique à Jamel Debbouze, gros succès de l’année 2011 avec près de 2,5 millions de spectateurs. Depuis, malgré son triomphe sur scène qui ne s’est jamais démenti, l’humoriste préférée des français n’a fait qu’apparaître de manière sporadique dans d’autres comédies comme Paris à tout prix, Barbecue, A fond et La Folle histoire de Max et Léon. Avec De plus belle, non seulement Florence Foresti tient le rôle principal (écrit spécialement pour elle), mais surtout, elle interprète pour la première fois un personnage dramatique.
Guérie d’un cancer du sein, Lucie réapprend à vivre. Le coeur n’y est pas vraiment même si son frère Frédéric et sa sœur Manon l’encouragent à reprendre sa vie en main et ce malgré le caractère difficile de leur mère. Dans une discothèque, elle rencontre Clovis, séduisant et séducteur. Il aime l’esprit caustique de la jeune femme. Lucie, qui a une piètre opinion de son physique, se dérobe. Elle tente de s’évader via la danse. Dalila, sa professeure qui n’a pas froid aux yeux et croque la vie à pleines dents, devient son premier soutien. Elle fait des efforts, pour sa mère, sa fille et Clovis, se fait belle et commence à voir le bout du tunnel. Si ce premier long métrage n’est évidemment pas parfait, Anne-Gaëlle Daval évite tout pathos lié à la maladie et insuffle beaucoup d’humour à son récit. On pouvait craindre que la tornade Foresti emporte tout sur son passage et en fasse trop dans ce nouveau registre, mais même si l’on sent parfois sa véritable nature prête à reprendre le dessus, la réalisatrice parvient à bien canaliser son jeu et obtenir une très bonne performance de la part de son actrice. Cette dernière est par ailleurs très bien entourée, entre l’excellent Jonathan Cohen, la trop rare et lumineuse Olivia Bonamy, l’impériale Nicole Garcia, sans oublier la classe et le naturel d’un Mathieu Kassovitz qui a l’air de prendre beaucoup de plaisir à composer un couple insolite avec sa partenaire.
Certes, Anne-Gaëlle Daval reprend le personnage créé sur scène par Florence Foresti, finalement guère éloigné de l’humoriste elle-même, mais elle réussit à jouer avec l’aspect clown triste qui sommeille en chaque comédien. Sans en faire trop, à part peut-être dans le maquillage qui prononce les cernes et qui reflète le chemin de croix par lequel est passée Lucie, la cinéaste rend son personnage immédiatement attachant, sans en faire trop, avec une indéniable délicatesse. S’il pèche par son aspect comédie-romantique qui importe finalement moins que la redécouverte du corps de Lucie (par l’intermédiaire d’un striptease dans un numéro de cabaret burlesque !), de sa féminité et de sa prise de conscience d’avoir une seconde chance, De plus belle demeure un joli film, très sensible, touchant et chaleureux, bien écrit et mis en scène, qui rend un bel hommage à la gent féminine, à leur courage, à leur beauté et à leur talent.
LE DVD
En raison de son échec dans les salles avec seulement 100.000 entrées au compteur, De plus belle est uniquement disponible en DVD. Le test a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal, qui reprend le visuel de l’affiche (rose) est fixe et muet.
Peu de bonus à se mettre sous la dent avec d’un côté, un petit module centré sur les comédiens (5’) et de l’autre centré sur la réalisatrice. Images de tournage, propos de l’équipe, présentation des personnages, c’est peu et c’est bien dommage.
L’Image et le son
Après son passage éclair dans les salles, il semble que Studiocanal n’ait pas jugé bon de sortir De plus belle en Blu-ray. Il faudra donc se contenter de cette édition standard, mais heureusement la qualité est là. Les couleurs sont bien loties, très chaudes, ambrées et estivales, le piqué suffisamment affûté, la clarté de mise et les contrastes élégants. Les détails ne manquent pas sur le cadre, les noirs sont denses. Que demander de plus ?
Le mixage Dolby Digital 5.1 instaure un bon confort acoustique en mettant la musique en avant, tout en délivrant les dialogues avec ardeur, sans jamais oublier les effets et ambiances annexes. Quelques basses soulignent également quelques séquences à l’instar de la soirée en discothèque. La piste Stéréo s’en donne également à coeur joie, se révèle dynamique et même percutante dans son genre. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.
LES NUITS FACÉTIEUSES (Le Piacevoli notti) réalisépar Armando Crispino et Luciano Lucignani,disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin2017chez ESC Editions
Acteurs : Vittorio Gassman, Gina Lollobrigida, Ugo Tognazzi, Adolfo Celi, Maria Grazia Buccella, Eros Pagni, Gigi Proietti, Carmen Scarpitta, Hélène Chanel, Luigi Vannucchi, Omero Antonutti, Paolo Bonacelli…
Scénario : Sandro Continenza, Steno
Photographie : Leonida Barboni, Erico Menczer, Gábor Pogány
Musique : Gino Marinuzzi Jr.
Durée : 1h52
Date de sortie initiale : 1966
LE FILM
Trois épisodes érotiques inspirés des « Nouvelles des Nuits facétieuses » écrites par Giovanni Francesco Straparola au cours des années 1550. Dans le premier épisode un noble devient l’amant d’une femme emprisonnée ; dans le second, un faux pape encourage les rêves érotiques d’une jeune fille et dans le dernier, lors d’une blague entre amis, une fausse Lucrèce Borgia est découverte dans une position amoureuse ambiguë avec un peintre au service d’un faux duc d’Este.
Dans les années 1960, l’époque du Moyen Âge a souvent inspiré la comédie italienne. En 1966 et 1970, Mario Monicelli signe L’Armée Brancaleone et sa suite Brancaleone s’en va-t-aux croisades, Ettore Scola de son côté met en scène Belfagor le Magnifique en 1966. Le film qui nous intéresse, Les Nuits facétieuses – Le Piacevoli notti a lui aussi été réalisé en 1966. Le point commun de tous ces longs métrages est d’avoir l’immense Vittorio Gassman pour tête d’affiche. Trois de ces titres sont donc sortis la même année avec la star italienne qui surfait alors sur le même registre en attirant des millions de spectateurs dans les salles.
Les Nuits facétieuses ressemble à un film à sketches, même s’il s’agit plutôt d’un passage de relais entre les comédiens d’une partie à l’autre. La première se focalise sur Ugo Tognazzi, la seconde sur Vittorio Gassman qui sert d’introduction au segment centré sur Gina Lollobrigida, avant de revenir à Vittorio Gassman à nouveau. Oeuvre inégale, Les Nuits facétieuses vaut comme bien souvent pour le jeu survolté et inspiré de ces trois monstres, même si la partie avec la voluptueuse Gina demeure la plus faible du lot. Le point de départ est pourtant très drôle : Domicilla est une jeune femme délaissée toutes les nuits par son mari scientifique qui préfère observer les étoiles plutôt que les formes de sa douce moitié. Alors qu’il rejoint le bercail au petit matin, le mari (Adolfo Celi) observe sa compagne plongée dans quelques rêves érotiques. Jusqu’au jour où ses songes semblent devenir réels. En fait, quelques soldats d’une garnison voisine profitent de l’absence de l’époux pour s’infiltrer dans la chambre de Domicilla, tout en lui faisant croire qu’il s’agit d’un rêve. Ainsi elle n’a pas à se soucier de son infidélité. Le problème avec ce genre de segments est souvent leur durée. Les deux réalisateurs, Armando Crispino et Luciano Lucignani auraient gagné à l’écourter afin d’obtenir quelques effets plus directs et percutants. Cette partie s’éternise quelque peu, créant un ventre mou entre les deux autres, par ailleurs excellentes.
On rit, on jubile de voir Ugo Tognazzi convoiter une jeune femme mariée à un vieil homme jaloux qui la séquestre, ou bien encore Vittorio Gassman en roi de la blague, qui à la suite d’un pari avec ses amis – il ne doit pas tomber dans un de leurs canulars – commence à se méfier de tout et de tout le monde. Si le film demeure on ne peut plus classique dans sa mise en scène, il serait injuste de bouder son plaisir.
Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman sont en pleine Commedia dell’arte et se livrent à de nombreuses pitreries dont ils avaient le secret. Souvent sur le fil entre le grotesque et le pathétique, ils interprètent des personnages hors norme et toujours attachants car avant tout humains, fourbes, obsédés sexuels et bons vivants. Tourné dans les magnifiques paysages naturels de la Toscane, Les Nuits facétieuses, farce médiévale inédite en France, divertit avec son ton gentiment grivois, jamais vulgaire, mais avec un soupçon d’érotisme combiné avec des plaisanteries bon enfant et une reconstitution soignée. Cela pourrait être anecdotique, mais le fait est que Les Nuits facétieuses est porté par des acteurs de génie qui étaient capables d’élever même le film le plus anodin.
LE DVD
Le DVD des Les Nuits facétieuses est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette montre très légèrement Vittorio Gassman et joue étrangement sur la sensualité de la méconnue Maria Grazia Buccella. Le verso montre tous les titres déjà ou bientôt disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage.
Nous rappelons que cette collection sortira dans les bacs en trois vagues. La première, celle déjà chroniquée dans nos colonnes, est sortie le 28 mars 2017 : Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague, celle que nous explorons ici, est sortie au mois de juin et nous trouvons les titres suivants : Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), LeCanard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). Il faudra attendre le mois de septembre pour compléter sa collection avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).
Durant son excellente intervention, l’historien du cinéma Stéphane Roux (14’30) replace Les Nuits facétieuses dans le contexte du cinéma italien, en indiquant que le film a souffert à sa sortie de la comparaison avec L’Armée Brancaleone, malgré un beau succès dans les salles. Stéphane Roux est aussi critique avec le film, qu’il considère sans surprise et en indiquant également que les histoires manquent d’originalité. Enfin, l’historien passe en revue le casting et se penche sur la carrière des scénaristes et des réalisateurs.
L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.
L’Image et le son
Jusqu’alors inédit en DVD et remasterisé, Les Nuits facétieuses de Mario Monicelli bénéficie d’un beau transfert avec un grain naturel très bien géré, y compris sur les séquences sombres, même si les noirs paraissent bouchés. La définition est équilibrée malgré un générique marqué par quelques fourmillements et des couleurs fanées. Le master trouve un équilibre fort convenable tout de suite après. Les beaux partis pris esthétiques sont savamment pris en charge et restitués. Les contrastes sont plutôt bien appuyés, la copie affiche une propreté ainsi qu’une stabilité rarement prises en défaut et les séquences diurnes sont lumineuses à souhait.
Le film est proposé en langue italienne uniquement. La piste Dolby Digital 2.0 également restaurée offre un parfait rendu des dialogues, très dynamiques, et de la musique. Aucun souffle constaté. Le niveau de détails est évident et les sons annexes sont extrêmement limpides. Notons également les problèmes au niveau des retranscriptions des « oe » (« coeur » apparaît « ceur »). les sous-titres français sont imposés sur un lecteur de salon.
Scénario : Marcello Fondato, Francesco Scardamaglia
Photographie : Pasqualino De Santis
Musique : Guido De Angelis, Maurizio De Angelis
Durée : 1h40
Date de sortie initiale : 1975
LE FILM
Gabriella Sansoni est une femme au caractère effacé, menant une vie monotone. Son mari, Andrea, ne lui prête aucune attention, totalement accaparé par son travail. Ce rythme est rompu par la convocation de Gabriella comme jurée. Elle doit siéger au procès d’une jeune femme, Tina, accusée d’avoir tué son mari, Gino. L’accusée est en prison depuis trois ans…
Dans les années 1970, une dizaine de grands noms font les beaux jours du cinéma italien avec les comédies de Dino Risi, Luigi Comencini, Ettore Scola, Mario Monicelli et consorts. Souvent, il n’est pas rare de retrouver le même acteur ou la même actrice à l’affiche de plusieurs films la même année. Mais l’une des spécialités italiennes était également d’associer plusieurs comédiens afin de mieux attirer l’audience dans les salles. C’est le cas d’Histoire d’aimer, titre français d’A mezzanotte va la ronda del piacere, réalisé par Marcello Fondato (1924-2008) en 1975, qui réunit à l’écran Monica Vitti, Claudia Cardinale, Giancarlo Giannini et Vittorio Gassman ! Une sacrée belle affiche pour un film somme toute banal et qui ne vaut vraiment que pour ses acteurs.
Pour Andrea (Vittorio Gassman), brillant ingénieur, le couple parfait est un homme qui décide et une femme qui exécute docilement. Mais bientôt sa femme Gabriella (Claudia Cardinale) est requise comme jurée au procès d’une jeune femme, Tina (Monica Vitti), accusée du meurtre de son mari Gino (Giancarlo Giannini) après qu’une de leurs disputes quotidiennes ait cette fois mal tourné. Il faut dire que Gino, quasi-clochard et obsédé sexuel, saute sur tout ce qui bouge et n’hésite pas à mettre quelques claques à Tina si celle-ci fait part de son mécontentement. Même s’ils ont de drôles de manières de se le dire, Tina et Gino s’aiment. Seule femme dans le jury, Gabriella croit en l’innocence de Tina. Parallèlement, elle prend conscience de sa position au sein de son propre couple, ce qui éveille en elle le désir de s’émanciper et de tenir tête à Andrea, qui se sert d’elle pour de basses besognes, comme répondeur téléphonique afin de filtrer les appels d’organismes à qui il doit beaucoup d’argent.
En plein âge d’or, le cinéma italien enchaîne les tournages. Soyons honnêtes, le film ne bénéficierait pas d’un tel casting, Histoire d’aimer serait probablement tombé dans le tout-venant avec son intrigue qui fait du sur-place, ainsi que son manque de rythme et de surprises qui a souvent raison de notre patience. L’exceptionnel quatuor de stars assure évidemment le spectacle, notamment Monica Vitti, qui présente sa défense du début à la fin et dont le témoignage s’imbrique à travers quelques flashbacks. Ainsi, plongé dans son passé, le personnage s’adresse parfois directement à la caméra comme si Tina regardait le juge au moment où elle relate ces faits. Le gros problème d’Histoire d’aimer est surtout sa mise en scène très paresseuse. On ne peut pas dire que Marcello Fondato ait vraiment marqué le cinéma italien, même s’il avait démarré sa carrière aux côtés de Luigi Comencini et de Mario Bava et si ses films avaient un grand succès à l’instar de Nini Tirebouchon avec Monica Vitti (dont les caprices n’ont eu de cesse de pousser à bout le cinéaste au fil de leurs tournages successifs) ou Attention, on va s’fâcher ! avec le duo mythique Terence Hill et Bud Spencer. Marcello Fondato passera le reste de sa carrière à écrire quelques Bud Spencer movies aux titres amusants, Mon nom est Bulldozer, Le Shérif et les Extra-Terrestres, Faut pas pousser, Capitaine Malabar dit La Bombe.
Même si Histoire d’aimer se penche parfois sur les violences conjugales (Monica Vitti se prend des dizaines de baffes, mais c’est supposé faire rire), le ton est trop léger et le récit répétitif. Cette comédie vaut donc pour le cabotinage de Vittorio Gassman et de Giancarlo Giannini, la beauté et la sensibilité de Monica Vitti et de Claudia Cardinale, ainsi que pour le génie de ces quatre monstres du cinéma.
LE DVD
Le DVD d’Histoire d’aimer est disponible chez ESC Editions, dans la collection intitulée Edizione Maestro, consacrée aux grands maîtres du cinéma italien, dont certains films inédits sont même proposés en Haute-Définition ! La jaquette centrée sur Giancarlo Giannini et Monica Vitti est très attractive et le verso montre tous les titres déjà ou bientôt disponibles dans cette superbe collection ! Le menu principal est fixe et muet. Aucun chapitrage. La jaquette indique que le film n’est jamais sorti en France, ce qui est faux. Histoire d’aimer a bien été exploité dans les salles hexagonales et sorti le 6 avril 1977.
Nous rappelons que cette collection sortira dans les bacs en trois vagues. La première, celle déjà chroniquée dans nos colonnes, est sortie le 28 mars 2017 : Le Prophète de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Brancaleone s’en va-t-aux Croisades de Mario Monicelli (Blu-ray et DVD), Moi, moi, moi… et les autres d’Alessandro Blasetti (DVD) et Bluff – Histoire d’escroqueries et d’impostures de Sergio Corbucci (DVD). La seconde vague, celle que nous explorons ici, est sortie au mois de juin et nous trouvons les titres suivants : Les nuits facétieuses d’Armando Crispino et Luciano Lucignani (Blu-ray et DVD), LeCanard à l’orange de Luciano Salce (Blu-ray et DVD), Les russes ne boiront pas de Coca Cola de Luigi Comencini (DVD) et Histoire d’aimer de Marcello Fondato (DVD). Il faudra attendre le mois de septembre pour compléter sa collection avec Il Gaucho de Dino Risi (Blu-ray et DVD), Belfagor le magnifique d’Ettore Scola (DVD), Sais-tu ce que Staline faisait aux femmes ? de Maurizio Liverani (DVD) et Tant qu’il y a de la guerre, il y a de l’espoir d’Alberto Sordi (DVD).
Le fidèle Stéphane Roux présente une fois de plus le film qui nous intéresse (9’). Grand spécialiste du cinéma italien, l’historien ne manque pas d’informations concernant la production d’Histoire d’aimer et raconte entre autres le calvaire enduré par le réalisateur Marcello Fondato en raison des caprices de Monica Vitti. Si cette dernière était très amie avec Claudia Cardinale, cela n’empêchait visiblement pas la comédienne de vouloir tirer la couverture, se renseignant par exemple sur le costume de sa partenaire, afin de mieux choisir le sien pour attirer les regards. Stéphane Roux évoque quelques situations houleuses, notamment Vittorio Gassman, pour qui le rôle de Gino avait été écrit, qui a tout simplement refusé de donner la réplique à Monica Vitti suite à un précédent tournage qui s’était avéré désastreux. Les rôles ont donc été inversés avec son partenaire Giancarlo Giannini.
L’interactivité se clôt sur une succession de bandes-annonces des douze films que comptera la collection Edizione Maestro.
L’Image et le son
Aïe, aïe, aïe…Alors…si la copie s’avère propre et stable, ce master s’avère complètement usé du point de vue des contrastes et des couleurs. La copie demeure terne du début à la fin, l’image est bien trop sombre, la définition ne trouve jamais d’équilibre, les flous ne sont pas rares, la gestion du grain est aléatoire et le piqué est sans cesse émoussé. En 2005, Histoire d’aimer avait été édité en DVD chez Seven7 Editions, mais ne proposait le film qu’en version française. Si nous pouvons enfin bénéficier de la piste italienne, force est de constater que le master semble avoir été dégoté dans un tréfonds de catalogue. Seules les poussières ont été éradiquées et rien ne nous permet d’apprécier les partis pris du grand chef opérateur Pasqualino De Santis, illustre directeur de la photographie à qui l’on doit les images inoubliables de Mort à Venise, Les Damnés, Une journée particulière ou bien encore L’Innocent. Quant au reste, le cinéphile devra faire preuve de beaucoup d’indulgence.
En italien comme en français, les pistes mono 2.0 s’avèrent plutôt bien nettoyées et offrent des conditions acoustiques suffisantes. Notons l’absence de souffle intempestif, mais la musique apparaît vacillante, les voix demeurent un peu sourdes et les saturations inévitables sur les dialogues plus poussés. Bien que le doublage soit assez réussi (Dominique Paturel prête sa voix à Vittorio Gassman), rien ne remplace le timbre original et si particulier de Monica Vitti. Signalons également un problème récurrent chez l’éditeur concernant les sous-titres. Tous les mots comprenant les lettres « œ » ne semblent pas être pris en compte. Ainsi « soeur » apparaît « sur », « coeur » devient « cur », etc…Enfin, la traduction laisse à désirer puisque les sous-titres suivent la version française, qui prend souvent de grandes libertés avec le récit, et non pas les dialogues originaux !