Test DVD / Tesla, réalisé par Michael Almereyda

TESLA réalisé par Michael Almereyda, disponible en DVD le 12 février 2021 chez Metropolitan Films.

Acteurs : Ethan Hawke, Eve Hewson, Eli A. Smith, Josh Hamilton, Lucy Walters, Luna Jokic, Kyle MacLachlan, Dan Bittner, Donnie Keshawarz, Rebecca Dayan…

Scénario : Michael Almereyda

Photographie : Sean Price Williams

Musique : John Paesano

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

La vie de l’inventeur visionnaire Nikola Tesla – sa rivalité avec Thomas Edison, sa relation avec Anne Morgan et son développement du système d’alimentation électrique à courant alternatif moderne.

Entre Ethan Hawke et Michael Almereyda, c’est avant tout une histoire d’amitié, puisque le comédien aura été dirigé par trois fois par le réalisateur, dans Hamlet (2000), Anarchy: Ride or Die (2014) et Tesla (2020). Avant de découvrir – normalement – en 2021 leur quatrième collaboration Tonight at Noon, nous revenons aujourd’hui sur leur troisième film en commun, une œuvre pour le moins étrange et expérimentale, à la fois un biopic sur le scientifique américain d’origine serbe Nikola Tesla (1856-1943), un drame existentiel, mais aussi une comédie involontaire qui frôle le nanar de près à de multiples reprises, bref, qui ne laisse pas indifférent et qui vaut surtout essentiellement pour la confrontation Ethan Hawke – Kyle MacLachlan (dans le rôle de Thomas Edison), qui s’opposaient déjà vingt ans auparavant dans Hamlet du même Michael Almereyda.

Tout a commencé quand Nikola Tesla (Ethan Hawke), encore enfant, a vu de l’électricité statique en caressant son chat nous dit-on en voix-off. En 1884 à New York, le scientifique, adulte, travaille pour Thomas Edison (Kyle MacLachlan), qui ne semble pas trop considérer Tesla. Les deux hommes entrent dans une confrontation de travail passionné et acharné. Après une scène étrange où les deux protagonistes s’écrasent des cornets de glace au nez, la narratrice présente depuis le début se dévoile. Il s’agit d’Anne Morgan (Eve Hewson), qui apparaît avec un ordinateur portable (!), disant que cet évènement ne s’est probablement pas passé ainsi et raconte tout en tapant « Tesla » sur Google (re !) comment l’internaute ne trouvera que quelques photos, toujours les mêmes d’ailleurs, tout en donnant quelques détails et informations sur le passé de l’ingénieur et créateur, et comment lui est venue l’idée du moteur à induction qu’il finirait par inventer. Mais attendez, les recherches sur Google continuent et indiquent aussi qu’il y a deux fois plus de résultats concernant Edison. C’est un peu cela tout du long, on ne sait pas comment appréhender ou analyser Tesla, entreprise casse-gueule qui fait souvent rire par ses partis-pris et intentions, ou au contraire par le jeu ampoulé de certains comédiens qui s’apparentent à des épouvantails exposés dans un musée inclassable.

On sent que ce qui a intéressé Michael Almereyda est de refléter le bouillonnement constant de son personnage principal, qui ne peut avoir de relations intimes avec une femme car trop occupé à créer, ou même “à réfléchir de créer” en attendant qu’une nouvelle idée ou cheminement de la pensée vienne le figer sur place, puisque Tesla se considérait plus ou moins comme un récepteur qui attirerait et recevrait moult informations et projets. Tesla, sans le sou et devant décliner ses royalties – bien trop conséquentes pour une entreprise toujours mal en point, risquant de mettre Westinghouse en faillite – liées à ses multiples inventions, passera sa vie à essayer, à tester, à expérimenter, quitte à faire le vide autour de lui. Pour créer son système destiné à générer, transmettre et à utiliser de l’énergie électrique, Tesla puisera dans la sienne jusqu’à son dernier souffle. Pour ce système de transformation électrique et de distribution d’énergie par l’intermédiaire de courants alternatifs, il devra affronter la concurrence, mais aussi le détournement de sa création pour la première exécution capitale, celle de William Francis Kemmler. De son côté, Thomas Edison, qui soutenait l’usage du courant continu pour la fourniture de courant, allait profiter de cet événement pour appuyer le fait que le courant alternatif – prôné par Tesla et son confrère ingénieur George Westinghouse – était dangereux.

Tous ces éléments et bien d’autres sont vraiment très intéressants. Le problème provient de la mise en scène, coincée entre un académisme poussiéreux ou au contraire des volontés artistiques décalées qui font instantanément sortir du film, plutôt que d’enrichir son propos. Les comédiens ont cependant l’air d’y croire, en particulier Ethan Hawke, boulimique de tournages qui arrive quasiment à près de 90 films à l’âge de 50 ans, qui a l’art de se fondre dans ses rôles comme jamais et qui réitère l’exploit une fois de plus ici avec son visage fermé désormais parcheminé. Les personnages sont passionnants, comme cette opposition entre deux « courants » de pensée, ainsi que le désarroi financier dans lequel plonge progressivement Tesla, qui doit alors revoir ses ambitions faute de moyens, tandis qu’Edison n’a de cesse d’être salué, même après avoir délaissé la science pour une exploitation minière.

Dommage que Michael Almereyda se vautre parfois dans le nawak (certains diront que c’est de l’art, mais bon faut pas déconner), à l’instar de cette scène où Tesla – Ethan Hawke donc, entonne Everybody Wants to Rule the World de Tears for Fears, derrière son micro-karaoké, le regard perdu…raison pour laquelle qu’entre cette séquence et celles où Eve Hewson (dont le rôle rappelle celui qu’elle tenait dans la sublime série The Knick) fait ses recherches sur Google, Tesla échappe de peu à l’estampillage nanar, mais avec cette retenue nécessaire pour ne pas y être catalogué. Le film est aussi grandement aidé par la photographie toujours inventive du chef opérateur Sean Price Williams, collaborateur attitré du réalisateur d’Alex Ross Perry (Listen Up Philip, Queen of Earth, Her Smell).

Ce serait mentir de dire qu’on ne s’ennuie pas une seconde devant Tesla, mais quelques fulgurances et surtout sa forme étonnante, parfois quasi-documentaire, méritent le coup d’oeil.

LE DVD

Après une présentation au Festival de Sundance, Tesla n’a pas pu connaître de sortie en salles aux Etats-Unis (Covid oblige) et débarque aussi chez nous directement en DVD chez Metropolitan Vidéo. Très beau visuel. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition.

L’Image et le son

Sortie technique pour Tesla, qui devra se contenter uniquement d’une édition en DVD. Point de Blu-ray pour le film de Michael Almereyda. Cela est d’autant plus dommage que la photographie de Sean Price Williams est l’un des gros points forts de Tesla et que ses partis-pris singuliers méritaient mieux. Néanmoins, cette édition Standard offre un confort de visionnage appréciable avec des noirs concis, ce qui n’est pas négligeable car moult séquences se déroulent dans la pénombre avec les personnages plongés dans une quasi-obscurité, souvent éclairés seulement par une lampe à pétrole ou une simple ampoule. Tourné avec la caméra Sony CineAlta Venice 6K, Tesla fait la part belle aux plans volontairement artificiels avec des incrustations qui se voient comme le nez au milieu de la figure, les acteurs paradant devant quelques green-screens ou des écrans numériques. En DVD, le rendu est vraisemblablement accentué et le résultat pourra en dérouter certains.

Les mixages Dolby Digital 5.1 anglais et français se révèlent amples et dynamiques. La spatialisation musicale est omniprésente, les dialogues percutants sur la centrale, la balance frontale est riche et les effets annexes ne manquent pas. Les mixages ne tombent jamais dans la surenchère et participent à l’ambiance à la fois étouffante et forcément « électrique » du film. Le caisson de basses n’est évidemment pas laissé de côté et appuie certaines séquences.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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