Test DVD / Qui a tué le chat ?, réalisé par Luigi Comencini

QUI A TUÉ LE CHAT ? (Il Gatto) par Luigi Comencini, disponible en DVD le 15 octobre 2019 chez Tamasa Diffusion

Acteurs :  Ugo Tognazzi, Mariangela Melato, Michel Galabru, Dalila Di Lazzaro, Jean Martin, Aldo Reggiani, Adriana Innocenti, Philippe Leroy…

Scénario :  Augusto Caminito, Rodolfo Sonego, Fulvio Marcolin

Photographie : Ennio Guarnieri

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

A la mort de leur père, Amedeo et sa sœur Ofelia héritent d’un vieil immeuble délabré dans le cœur de Rome ; un promoteur s’en porte acquéreur à condition qu’il soit vide de ses occupants. Six appartements sont encore occupés et ils se décident à employer tous les moyens pour expulser les locataires…

Dans les années 1970, le réalisateur Luigi Comencini a déjà bien entamé la cinquantaine et met les bouchées doubles. Loin des comédies de mœurs mégères qui ont fait sa renommée dans les années 1950-60, le cinéaste mythique de Pain, Amour et Fantaisie, Mariti in città, À cheval sur le tigre, Le Commissaire, La Ragazza, L’Incompris, Casanova, un adolescent à Venise et bien d’autres chefs-d’oeuvre entame une décennie placée sous le titre de la réflexion sur la dégradation des rapports entre individus, la bassesse de l’être humain, l’amertume et la haine qui a pourri toutes les couches sociales comme une véritable gangrène. Sur le fil entre le divertissement populaire et l’intrigue policière ironique, Qui a tué le chat? (1977) est le parfait reflet de la désillusion du cinéaste transalpin qui transparaît derrière les échanges des protagonistes, désabusés et néanmoins prêts à tout pour s’enrichir, quitte à écraser les autres, à s’en débarrasser et à les jeter en pâture aux forces de l’ordre. Entre L’Argent de la vielleLo Scopone scienfico (1972) et La Femme du dimancheLa Donna della domenica (1975), Qui a tué le chat ?Il Gatto annonce l’imminente explosion du Grand EmbouteillageL’Ingorgo : Una storia impossibile (1979), qui compilera tous les thèmes fétiches de Luigi Comencini dans une explosion de bruits et de fureur.

Amedeo et sa soeur Ofelia possèdent un vieil immeuble dans le centre de Rome. Ils veulent s’en débarrasser et les promoteurs leur en offrent un prix intéressant. Le seul ennui est que les locataires, plus ou moins louches ou démunis, refusent de vider les lieux. Le frère et la soeur sont au bord du désespoir, lorsque l’assassinat inopiné du chat d’Amedeo donne une idée à Ofelia. Amateur de romans policiers, elle enquête sur certains locataires récalcitrants. C’est ainsi qu’elle permet à la police de transférer de leur appartement à la prison deux trafiquants de drogue et une fausse princesse…

Comme dans un vrai roman graphique, Luigi Comencini exploite habilement son décor, un vieil immeuble bien planté au centre de Rome, d’où on aperçoit d’ailleurs le Monument à Victor-Emmanuel II. Chaque recoin, chaque façade, chaque fenêtre permettent à Amedeo, interprété par l’immense Ugo Tognazzi (avec des bigoudis) de scruter ses locataires, pour espérer les surprendre dans une situation embarrassante, afin de les dénoncer à la police. Même si le commissaire – incarné par notre Michel Galabru national – se trouve quelque peu dépassé par les évènements, Amedeo et Ofelia ne reculent devant rien pour mettre leurs locataires à la porte, puisqu’ils doivent vider les lieux pour finaliser la vente de leur immeuble. Le frère et la sœur, célibataires endurcis, grands enfants qui passent leur journée à s’insulter ou à se disputer sur qui aura le plus gros hamburger, vont avoir l’heureuse surprise de constater que chacun de leur pensionnaire a des choses à se reprocher, sans pourtant autant se regarder dans leur propre miroir.

C’est un vrai bijou de la comédie italienne alors que le genre touchait quasiment à sa fin et allait disparaître de sa belle mort la même année que Qui à tué le chat ? dans Les Nouveaux monstres de Mario Monicelli, Dino Risi et Ettore Scola, à travers l’ultime sketch de L’Oraison funèbre qui célèbre en réalité la disparition d’un genre à part entière. Luigi Comencini n’y va pas avec le dos de la cuillère et Qui a tué le chat ? s’avère une œuvre particulièrement grinçante et pessimiste, avec des dialogues d’une étonnante crudité. Tout le monde en prend pour son grade entre une princesse qui se transforme en tenancière de bordel à la nuit tombée, des musiciens du troisième âge qui planquent de la cocaïne dans leurs instruments, une jeune femme sexy (Dalila Di Lazzaro) qui travaille pour la mafia, un allemand forcément nazi soupçonné d’avoir voulu mettre le chat éponyme au four et bien d’autres habitants et personnages hauts en couleur que Luigi Comencini dépeint avec une inspiration de chaque instant, le tout saupoudré des notes de musique piquantes d’Ennio Morricone et le tout produit par Sergio Leone. C’est ce qu’on appelle des valeurs sûres.

Peu connue en France, la comédienne Mariangela Melato, vue chez Elio Petri (La Classe ouvrière va au paradis), Pupi Avati (Thomas e gli indemoniati) et actrice fétiche de Lina Wertmuller (Mimi métallo blessé dans son honneur, Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été) est explosive dans le rôle d’Ofelia. Cette trentenaire, vieille fille qui s’émoustille dès que l’on évoque le prêtre qui loue l’appartement près du sien, s’ennuie dans son quotidien et trouve refuge dans les romans policier bon marché. Son frère Amedeo a beau l’embêter toute la journée (et lui arracher les dernières pages de ses livres avant qu’elle les termine), Ofelia le soutiendra toujours, mais en espérant que la somme d’argent conséquente qui lui a été promise à elle aussi (soit 500 millions de lires), lui permette de prendre la poudre d’escampette. Son imagination débordante nourrie aux romans de gare lui permettront de jouer avec la police, tout en la sortant de son quotidien morose. En 1978, Mariangela Melato remporte le David di Donatello de la meilleure actrice pour Qui a tué le chat ?, prix partagé avec Sophia Loren pour Une journée particulière d’Ettore Scola. Décédée en 2013 à l’âge de 71 ans, elle demeure l’une des actrices les plus récompensées de l’histoire du cinéma italien avec Sophia Loren et Monica Vitti.

Sur un bijou de scénario écrit entre autres par Rodolfo Sonego, l’auteur des sensationnels Une vie difficile (1961) de Dino Risi et Détenu en attente de jugement (1971) de Nanni Loy, Luigi Comencini signe un film brut, frontal, acide et surtout très drôle et mené à cent à l’heure.

LE DVD

Le DVD de Qui a tué le chat ? Est disponible chez Tamasa Diffusion et repose dans un slim digipack cartonné qui comprend également un passionnant petit livret de 16 pages illustré et signé Jean A. Gili, critique cinématographique et historien du cinéma, spécialisé dans le cinéma italien. Aucune trace de la galerie mentionnée sur le verso. Le menu principal fixe et musical.

Comme bonus sur cette édition nous trouvons quelques filmographies sélectives, ainsi qu’une compilation de bandes-annonces de films italiens déjà disponibles chez l’éditeur, y compris celle de Qui a tué le chat ?.

L’Image et le son

Posséder Qui a tué le chat ? en DVD était inespéré. Le film de Luigi Comencini renaît donc de ses cendres chez Tamasa dans une copie 2K – présentée dans son format 1.66 – d’une propreté rarement démentie, en dehors de quelques poils en bord de cadre et de points blancs discrets. Point d’artefacts de la compression à signaler, aucun fourmillement, les couleurs se tiennent, sont ravivées, le master est propre, stable, les noirs plutôt concis et les contrastes homogènes. Hormis divers moirages, le cadre fourmille souvent de détails, le piqué est joliment acéré, les partis pris du célèbre directeur de la photographie Ennio Guarnieri (Le Jardin des Finzi-Contini, Le Pont de Cassandra) sont divinement bien restitués. Certains plans rapprochés tirent agréablement leur épingle du jeu avec une qualité technique quasi-irréprochable. Une véritable redécouverte, merci Tamasa !

Seule la version originale aux sous-titres français amovibles est disponible. Ce mixage demeure consistant et le souffle aux abonnés absents. Comme de coutume, la bande-son a été entièrement retravaillée en post-production, d’autant plus que Michel Galabru et Jean Martin ne parlaient visiblement pas italien.

Crédits images : © 1977 Rafran Cinematografica – TDR – DVD / Tamasa Diffusion / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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