
LES TOURMENTÉS réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD le 17 janvier 2026 chez UGC.
Acteurs : Niels Schneider, Ramzy Bédia, Linh-Dan Pham, Déborah François, Mahé Boujard, Baptiste Germain, Jérôme Robart, Estelle Luo…
Scénario : Lucas Belvaux, d’après son roman
Photographie : Guillaume Deffontaines
Musique : Frédéric Vercheval
Durée : 1h49
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

Après l’excellent Des hommes, sorti en 2021, le cinéaste belge Lucas Belvaux revient au cinéma avec Les Tourmentés, adaptation de son propre roman publié en 2022 et récompensé par le prix Régine-Deforges. Et c’est une nouvelle et grande réussite à inscrire à son palmarès. Rétrospectivement, une seule fausse note apparaît dans une filmographie quasi-parfaite, en l’occurrence 38 témoins (2012), tandis que ses autres longs-métrages font indubitablement partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma francophone. Suite à sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie, sortie en 2003, le réalisateur ne cessera d’explorer les thèmes du mensonge, de la lâcheté, du couple, de la peur, des souvenirs, de la culpabilité, et Les Tourmentés ne déroge pas à la règle. Ce qu’il y a de fascinant chez Lucas Belvaux, c’est sa virtuosité à passer d’un genre à l’autre, tout en suivant une même ligne directrice, en explorant encore et toujours les sujets inépuisables qui le fascinent, l’obsèdent, l’inspirent. En lisant l’histoire, on pense indéniablement aux Chasses du comte Zaroff, nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game -1924), adaptée en 1932 Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Lucas Belvaux s’inspire plutôt de l’atmosphère de cette histoire et s’intéresse à ce qu’il y a derrière, ou plutôt à l’âme, à la psyché perturbée de ses personnages. Certes, le récit joue sur la tension, entretenue jusqu’à la fameuse chasse attendue, mais que l’on ne verra pas, soyez prévenus d’entrée de jeu. Car l’essentiel est ailleurs. Triple parcours initiatique, Les Tourmentés se focalise sur trois protagonistes principaux, qui ont plus ou moins vendu leur âme au diable et qui tentent malgré tout de survivre dans ce bas monde, tant qu’ils l’arpentent encore malgré eux. Grosse claque, Les Tourmentés n’a pourtant connu aucun engouement dans les salles, au point que Lucas Belvaux a connu le pire score de sa carrière (52.000 entrées, ouch). Si vous deviez donner une deuxième chance à un seul film de 2025, accordez-la aux Tourmentés s’il vous plaît !


Skender, ancien légionnaire, est devenu SDF et tente de revenir vers son ex-femme Manon et ses enfants, mais Manon le repousse. Un jour, il est contacté par Max, son ancien sergent. Max est devenu majordome pour une personne qu’il appelle « Madame », passionnée de chasse. Cette dernière cherche un « candidat idéal » pour être son gibier dans une partie de chasse à mort. Max a donc pensé à Skender, qui a selon lui le profil idéal. « Madame » propose donc le « job » à Skender, qui sera payé en conséquence, pouvant ainsi se représenter devant Manon. Il accepte et les deux camps commencent à se préparer chacun de leur côté mais les doutes et la rédemption vont modifier leurs plans.


« La vie d’un homme, qu’est-ce que ça vaut ?
Ça ne peut pas aller bien loin.
Un peu de sang et beaucoup d’eau. » (Le Prix d’un homme, Michel Sardou, 1978)
Une des plus belles mues de ces dix dernières années est sans nul doute celle opérée par Ramzy Bedia. Il y a eu plusieurs étapes, Des vents contraires de Jalil Lespert, Une vie ailleurs de Olivier Peyon, Terminal Sud de Rabah Ameur-Zaïmeche, Balle perdue de Guillaume Pierret…Tout cela, alors que l’ancien humoriste continuait évidemment son boulot dans la comédie. Il opère une nouvelle métamorphose dans Les Tourmentés, dans lequel il crève l’écran et s’avère exceptionnel. Dans la peau de l’énigmatique Max, il vole même carrément la vedette, quand bien même son partenaire, Niels Schneider s’en tire aussi remarquablement. Si Skender, constamment vénère, conserve son expression fermée du début à la fin, on sent le bouillonnement intérieur chez cet être cassé et vieilli avant l’heure, qui lutte contre un trauma. D’ailleurs, les trois personnages principaux, Skender, Max et l’énigmatique « Madame » (Linh-Dan Pham, impressionnante) portent leur croix. Pour cette dernière, quelques flashbacks rapides relatent son passé et ce qui a pu la conduire à chasser l’être humain.


Cinéaste moraliste, mais jamais moralisateur, Lucas Belvaux ne juge personne, mais essaye de comprendre ce qui peut ramener un être humain à l’état sauvage. Le cinéaste met en relation ces trois personnages, qui remplissent tous un contrat et qui bénéficient d’un sursis en étant grassement payés. Si l’argent ne fait pas le bonheur, il permet d’acheter ce qui permet de sortir de la rue, d’offrir du fantasme (à l’instar de l’appartement que s’offre Skender, une maison dans laquelle il espère recoller les morceaux avec son ex-compagne, incarnée par Déborah François), même si le mal est déjà fait et donc – à première vue – irréparable. C’est là que Les Tourmentés bifurque et change pour ainsi dire de point de vue. Quand on pensait suivre Skender du début à la fin (qui n’est donc pas un Running Man, mais plutôt Standing Man), le personnage de Max prend le dessus et devient en fait celui par qui la rédemption arrive, y compris pour celle et celui qui l’accompagnent. Ramzy Bedia, impérial, foudroie par sa justesse d’homme brisé par la guerre, qui culpabilise d’avoir envoyé son ancien subordonné et pote à l’abattoir, tout en voyant celle qui l’emploie perdre ce qui lui restait d’humanité.


Magistralement mis en scène, Les Tourmentés est aussi une merveille visuelle, magnifiquement photographié par Guillaume Deffontaines (L’Homme de la cave, Jalouse, Chien), avec de fabuleux dégradés et contrastes violents qui reflètent la vision d’un monde inodore, incolore, invisible tel que Max, Skender et Madame le voient. Un grand thriller psychologique.


LE DVD
Après son échec injustifié dans les salles, Les Tourmentés débarque en DVD chez UGC. Point d’édition HD et c’est bien dommage, d’autant plus que Des Hommes, qui avait été boudé lui aussi dans les salles, disposait d’une sortie Blu-ray chez Ad Vitam ! La jaquette, glissée dans un boîtier Amaray classique, reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément.
L’Image et le son
Si l’on excepte deux ou trois plans plus doux, ce master standard se révèle irréprochable. Que l’histoire se déroule dans les décors parisiens aux teintes froides ou dans les Carpates, ce DVD restitue brillamment la belle photographie du chef opérateur Guillaume Deffontaines. Le relief est omniprésent, le piqué aiguisé comme une lame de rasoir, la clarté de mise et les contrastes d’une densité indiscutable. Le cadre large est magnifiquement exploité et les détails sont légion.
N’hésitez pas à sélectionner directement la piste Dolby Digital 5.1 qui instaure de belles conditions acoustiques en délivrant son lot probant d’ambiances et d’effets en tous genres. Le caisson de basses ne reste pas sans rien faire (les scènes de fusillade), la balance frontale est riche et fine. Les bruits de la circulation sur les scènes en extérieur, ainsi que les échanges sur les séquences en intérieur sont logés à la même enseigne. La Stéréo s’en tire avec les honneurs. Les dialogues, les effets et la musique sont mixées avec homogénéité. Présence d’une piste Audiodescription et de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.



Crédits images : © David Koskas – BIZIBI / UGC / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
