Test DVD / Les Amours d’Anaïs, réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet

LES AMOURS D’ANAÏS réalisé par Charline Bourgeois-Tacquet, disponible en DVD le 6 janvier 2022 chez France Télévisions Distribution.

Acteurs : Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès, Jean-Charles Clichet, Xavier Guelfi, Christophe Montenez, Anne Canovas, Bruno Todeschini…

Scénario : Charline Bourgeois-Tacquet

Photographie : Noé Bach

Musique : Nicola Piovani

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Anaïs a trente ans et pas assez d’argent. Elle a un amoureux qu’elle n’est plus sûre d’aimer. Elle rencontre Daniel, à qui tout de suite elle plaît. Mais Daniel vit avec Émilie… qui plaît aussi à Anaïs. C’est l’histoire d’une jeune femme qui s’agite. Et c’est aussi l’histoire d’un grand désir.

On la découvre au cinéma en 2000 dans Le Monde de Marty de Denis Bardiau, dans lequel elle joue aux côtés de Camille Japy et Michel Serrault. Elle a alors 12 ans. Trois ans plus tard, Michael Haneke lui offre un rôle de choix dans Le Temps du loup, aux côtés d’Isabelle Huppert, Maurice Bénichou et Béatrice Dalle. Puis, en 2006 et 2007, tout s’accélère. On la voit chez Raphaël Jacoulot (Barrage), elle obtient son premier grand rôle chez Isabelle Czajka (L’Année suivante), tâte du divertissement grand public chez James Huth (Hellphone) et Alexandre Leclère (Le Prix à payer), avant de devenir une égérie du cinéma d’auteur hexagonal. En peu de temps, Anaïs Demoustier passera devant la caméra de Christophe Honoré (La Belle personne), Pascal-Alex Vincent (Donne-moi la main), Rebecca Zlotowski (Belle Épine), Robert Guédiguian (Les Neiges du Kilimandjaro), Claude Miller (Thérèse Desqueyroux), Bertrand Tavernier (Quai d’Orsay), Pascale Ferran (Bird People) et bien d’autres. Tout le monde se l’arrache depuis plus de dix ans et elle est devenue l’une de nos comédiennes les plus brillantes et attachantes. Un César de la meilleure actrice viendra la couronner en 2020 pour Alice et le maire de Nicolas Pariser. Les Amours d’Anaïs est une ode à la comédienne née en 1987. Dans le premier long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet (née en 1986), elle est de tous les plans, filmée sous tous les angles, y compris en tenue d’Ève, illumine le cadre comme un rayon de soleil quand elle le traverse de façon fulgurante, la caméra ayant même du mal à la suivre dans sa course folle contre la peur, l’ennui et le réel. Comédie légère et estivale, à la fois burlesque, sentimentale, pour ne pas dire initiatique, Les Amours d’Anaïs est une première œuvre très prometteuse, doublée d’un hommage à l’un des astres du cinéma français hexagonal contemporain.

Anaïs, la trentaine, est étudiante en thèse et vit à 100 à l’heure entre son ex-petit ami et un homme d’âge mûr, et marié, qu’elle rencontre lors d’une soirée, ses problèmes domestiques et la recherche de petits boulots. Des événements inattendus vont l’obliger à « lever le pied » et, peut-être, à reconsidérer sa façon de concevoir sa vie.

Charline Bourgeois-Tacquet a commencé sa carrière au cinéma en tant qu’actrice, qui était sa première vocation, quand elle découvre Isabelle Huppert au théâtre quand elle a 14 ans. On a pu l’apercevoir dans l’excellent Pas son genre (2014) de Lucas Belvaux, le sympathique Qui c’est les plus forts ? (2015) de Charlotte de Turkheim, le ronflant Floride (2015) de Philippe Le Guay et le magnifique L’Avenir (2016) de Mia Hansen-Løve. Cinéphile, étudiantes en lettres, passionnée de théâtre, elle décide à l’âge de 25 ans d’écrire des courts-métrages. Sous l’impulsion du producteur Philippe Carcassonne (Monsieur Hire, Tango, Police), qui avait produit Floride, dans lequel elle jouait, Charline Bourgeois-Tacquet réalise ainsi Joujou (2016), qu’elle interprète auprès de son époux, puis Pauline asservie (2018), présenté au Festival de Cannes dans la compétition courts de la Semaine de la critique, pour lequel elle dirige Anaïs Demoustier. Les Amours d’Anaïs est comme qui dirait né du désir de prolonger cette collaboration, puisque la réalisatrice a écrit le film en ayant évidemment sa comédienne en tête. Et c’est une oeuvre où le personnage principal fait penser à une bulle de savon, colorée, irisée, aérienne, parfois rappelée par la gravité, mais qui fera tout pour profiter du moindre souffle de vent pour reprendre de la hauteur et éviter d’être aimantée par la réalité. Délicatement écrit et mis en scène avec élégance, Les Amours d’Anaïs apparaît comme un manège de fête foraine, extrêmement coloré (la photo de Noé Bach est d’ailleurs divine), mené sans interruption, où l’on fait le plein d’émotions et de rires, avant de laisser le personnage qui pour la première fois de sa vie prendra une décision et surtout ses responsabilités. Après avoir tout fait pour éviter de faire un choix déterminant, nous laisserons Anaïs prendre cet ascenseur, afin qu’elle parvienne au niveau supérieur de sa propre existence.

La délicieuse Anaïs Demoustier, débit à la mitraillette (les dialogues sont succulents), court et virevolte avec la grâce d’une danseuse, tandis que la musique endiablée de Nicola Piovani (Hungry Hearts de Saverio Costanzo, Welcome de Philippe Lioret) chorégraphie pour ainsi dire le quotidien de notre héroïne. Notre merveilleuse comédienne est entourée par un casting tout aussi somptueux, Valeria Bruni-Tedeschi tout d’abord, féline imprévisible du cinéma français, qui incarne ici celle qui saura stopper la course frénétique d’Anaïs, qui la troublera au point de la tenter pour la première fois à s’engager personnellement, émotionnellement (« tu n’as plus aucune notion de ce qu’est une interaction entre deux êtres humains, un dialogue, une relation » lui dit son petit-futur-ex petit ami), en écoutant ses désirs et son attirance – jamais trouble, ni ambiguë – pour une autre femme. La séquence où Anaïs et Emilie se promènent jusqu’à la plage, où la jeune femme « osera » enfin, est probablement l’une des plus belles du cinéma français de l’année 2021, une des plus sensuelles aussi sans doute. Denis Podalydès, Christophe Montenez (sociétaire de la Comédie-Française, vu dans Le Retour du héros de Laurent Tirard), Bruno Todeschini et Anna Canovas ont tous une note importante et primordiale à jouer dans la symphonie qui rythme et gère la vie d’Anaïs. On ressort des Amours d’Anaïs le coeur battant, l’intellect rassasié, les yeux plein d’étoiles et le sourire aux lèvres.

LE DVD

C’est chez France Télévisions Distribution que Les Amours d’Anaïs connaît une deuxième vie en DVD. Pas de Blu-ray certes, dommage pour la très belle photographie de Noé Bach, mais nous sommes déjà heureux de bénéficier de ce film sur support physique. Le menu principal est animé et musical, tandis que la jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation.

L’éditeur nous fournit quelques scènes coupées (6’), ni étalonnées, ni mixées comme l’indique un carton en introduction. L’occasion d’y découvrir un nouveau – et probablement dernier – face-à-face entre Anaïs et Raoul, ce dernier étant au courant qu’elle couche avec Daniel (Denis Podalydès). Les mots sont durs, surtout quand Raoul balance à Anaïs ses quatre vérités, notamment son arrivisme et son égoïsme, ce à quoi la jeune femme lui rétorque que « c’est de la survie, une impulsion vitale ». Les deux autres scènes laissées sur le banc de montage montraient Anaïs au téléphone avec son frère Balthazar (Xavier Guelfi).

Le deuxième supplément est un entretien avec la pétillante réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet (12’), au cours duquel elle revient sur son parcours, pour le moins atypique, sur sa première vocation (être actrice), sur ses études de lettres, sur son travail dans l’édition chez Grasset, puis sur son désir de devenir cinéaste. Dans la deuxième partie de cette interview, Charline Bourgeois-Tacquet revient sur les thèmes des Amours d’Anaïs, explore la psychologie de son personnage principal, son mode de fonctionnement (« elle suit son élan de façon aveugle, pour faire face à l’adversité »), aborde la difficulté d’équilibrer la comédie et le drame, les partis-pris esthétiques (« je voulais capter la lumière et la sensualité de l’été »), sans oublier le casting et le travail avec les comédiens.

L’Image et le son

Les Amours d’Anaïs bénéficie d’un superbe et éclatant master, le piqué est vif et acéré, la colorimétrie riche et les contrastes denses. Malgré de sensibles fourmillements, la définition demeure quasiment irréprochable y compris sur les mouvements vifs de la caméra, les noirs sont concis, la propreté est indéniable, les détails impressionnants sur les gros plans. En dépit de quelques séquences trop douces, la clarté d’ensemble et la vivacité de la colorimétrie explosent les mirettes.

Les dialogues sur la piste Dolby Digital 5.1 ne manquent pas de punch et l’environnement musical est plaisant et bien présent. Si le caisson de basses est aux abonnés absents, la spatialisation demeure concrète sur toutes les séquences en extérieur et le confort acoustique certain. Nous trouvons également une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Haut et Court / France Télévisions Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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