Test DVD / La Séductrice aux cheveux rouges, réalisé par Douglas Sirk

LA SÉDUCTRICE AUX CHEVEUX ROUGES (Take Me to Town) réalisé par Douglas Sirk, disponible le 28 janvier 2020 en DVD chez Elephant Films.

Acteurs : Ann Sheridan, Sterling Hayden, Phillip Reed, Lee Patrick, Lee Aaker, Harvey Grant, Dusty Henley, Larry Gates, Forrest Lewis, Phyllis Stanley, Dorothy Neumann, Ann Tyrrell…

Scénario : Richard Morris

Photographie : Russell Metty

Musique : Joseph Gershenson

Durée : 1h17

Année de sortie : 1953

LE FILM

Vermilion O’Toole est transportée dans un train pour être emprisonnée avec son ex-partenaire, le bandit Newton Cole. Ils parviennent à s’échapper et se cachent dans la ville de Timberline. Vermilion, dont la beauté fait des ravages, se voit offrir une proposition de mariage par les fils de Will Hall, qui a récemment perdu sa femme. Pour rester à distance des US Marshals, elle accepte l’offre…

La Séductrice aux cheveux rougesTake Me to Town est l’un des trois films réalisés par Douglas Sirk en 1953 avec Le Joyeux Charlatan – Meet Me at the Fair et le formidable All I Desire. A l’instar de Qui donc a vu ma belle ? et de No Room for the Groom, la cuvée 1952 du cinéaste, La Séductrice aux cheveux rouges est une comédie de mœurs et même de western cette fois. Léger et bourré de charme, ce petit film anecdotique dans l’oeuvre du maître du mélodrame n’en reste pas moins une belle réussite.

Alors qu’ils voyagent à bord d’un train qui doit les mener en prison, Vermilion O’Toole, une entraîneuse de saloon, danseuse et chanteuse, échappe à la surveillance du Marshall Ed Daggett en sautant par la fenêtre, bientôt suivie par son ancien compagnon, Newton Cole, un escroc par la faute duquel Vermillion avait été injustement condamnée. Voulant échapper autant à Newton qu’au Marshall lancé à sa poursuite, Vermilion s’installe à Timberville, une petite ville forestière où elle reprend son ancien métier dans le saloon de Rose. C’est là qu’elle est remarquée par les trois jeunes fils de Will Hall, un jeune veuf, bûcheron dans un village de montagne, qui étaient partis en quête d’une nouvelle femme pour leur père. Pour échapper à Newton puis au Marshall qui ont retrouvé sa trace, Vermillion accepte la proposition des enfants et s’installe dans la maison familiale en l’absence de Will.

Douglas Sirk a l’air de se faire plaisir avec cette comédie qui pourrait paraître anecdotique, mais qui vaut largement le coup d’oeil pour l’élégance incroyable de la mise en scène, la beauté des décors, son rythme effréné, ses beaux sentiments qui ne tombent jamais dans la mièvrerie, ainsi que pour son casting. A ce titre, La Séductrice aux cheveux rouges est un véritable hommage à la beauté, à la sensualité et au sex-appeal de la comédienne Ann Sheridan (1915-1967), ancienne starlette des studios Warner Bros et l’une des pin-ups les plus célèbres du début des années 1940. Lorsqu’elle tourne Take Me to Town, l’actrice à la crinière flamboyante a déjà sa carrière derrière elle. L’ancienne partenaire de James Cagney et Humphrey Bogart dans Les Anges aux figures salles (Michael Curtiz – 1938), d’Errol Flynn et Olivia de Havilland dans Les Conquérants (Michael Curtiz – 1939), de Bette Davis dans L’Homme qui vint dîner (William Keighley – 1942) et de Cary Grant dans Allez coucher ailleurs ! (Howard Hawks – 1949) retrouve de sa superbe dans La Séductrice aux cheveux rouges, alors que sa carrière déclinait depuis quelques années. Egalement chanteuse, Ann Sheridan pousse même (joliment) la chansonnette à deux reprises. Plantureuse et affolant la gent masculine avec ses longues jambes fuselées, Vermilion va mettre à mal le (faux) puritanisme qui gangrène l’Amérique profonde, tout en trouvant enfin sa voie, certes inattendue pour elle, ainsi que l’amour avec le seul homme qui ne s’est jamais permis de juger sa vie.

Douglas Sirk, toujours ironique, montre que même les pasteurs peuvent être sensibles aux charmes (dévastateurs) d’une chanteuse de bastringue. Juste avant de tenir le rôle-titre dans Johnny Guitare de Nicholas Ray, Sterling Hayden promenait sa nonchalance teintée de gravité dans La Séductrice aux cheveux rouges, dans lequel il incarne un homme veuf, père de trois enfants, qui doit compter sur leur caractère débrouillard puisqu’il doit s’absenter souvent pour son travail. Le destin met Vermilion sur son chemin, un destin quelque peu forcé certes car cette rencontre est due au désir de ses trois mouflets (très bons d’ailleurs) de le voir heureux. C’est là que la patte du réalisateur est reconnaissable, autant sur le fond que sur la forme, puisqu’il s’agit d’un amour naissant très mal vu dans la communauté, où tout le monde se met à jaser, où les vieilles et sèches bigotes crachent comme un chat quand elles croisent la jeune et belle Vermilion. Quand cette dernière et Will se retrouvent dans l’ombre, ils peuvent enfin laisser libre cours à leurs sentiments, devant une fenêtre ouverte sur le monde. Les spectateurs qui ont l’oeil acéré reconnaîtront également Guy Williams (éternel Zorro de Disney) et Anita Ekberg, dans leur quasi-première apparition à l’écran.

Avec La Séductrice aux cheveux rouges, Douglas Sirk s’en prend à l’esprit conservateur, étroit et intolérant d’une Amérique bien-pensante, motif récurrent de son œuvre, mais cette fois à travers une œuvre optimiste et enjouée particulièrement réjouissante.

LE DVD

Un titre inédit de Douglas Sirk dans les bacs mesdames, messieurs ! Et c’est une sortie que l’on doit encore à Elephant Films. La collection Douglas Sirk s’agrandit chez l’éditeur, puisque La Séductrice aux cheveux rouges rejoint Le Mirage de la vie, La Ronde de l’aube, Le Temps d’aimer et le temps de mourir, Les Ailes de l’espérance, Les Amants de Salzbourg, Ecrit sur du vent, Capitaine Mystère, Demain est un autre jour, Tout ce que le ciel permet, Le Secret magnifique, Le Signe du Païen, All I Desire, Le Joyeux Charlatan, No Room for the Groom, Qui donc a vu ma belle ? et Tempête sur la colline. Le visuel est donc typique de cette collection. Jaquette réversible avec affiche originale. Cette édition comprend également un livret intitulé Deux ou trois choses que je sais de Douglas Sirk, réalisé par Louis Skorecki (12 pages). Le menu principal est fixe et musical.

En plus d’un lot de bandes-annonces, nous trouvons un portrait de Douglas Sirk réalisé par Jean-Pierre Dionnet (9’), dont il s’agit de l’un des réalisateurs fétiches. Le producteur, scénariste, journaliste, éditeur de bande dessinée et animateur de télévision lui consacre ce petit module, dans lequel il parcourt rapidement les grandes phases de sa carrière, ses thèmes et comédiens récurrents, les drames qui ont marqué sa vie, son regain de popularité dans les années 1970 grâce à la critique française et quelques réalisateurs (Fassbinder, Almodóvar) alors que le cinéaste, devenu aveugle, était à la retraite en Allemagne.

La grande nouveauté sur cette édition provient de l’excellente intervention Denis Rossano, auteur du roman Un père sans enfant (Allary Editions), lauréats du prix Révélation 2019 de la Société des Gens de Lettres. L’invité d’Elephant Films propose un brillant exposé de plus d’une heure durant lequel il met en parallèle les œuvres les plus célèbres de Douglas Sirk (dont il retrace également le parcours), avec la tragique disparition de son fils Klaus Detlef Sierck (à 19 ans, sur le front de l’Est), que le réalisateur avait eu avec sa première femme, une actrice ratée devenue une nazie fanatique. Douglas Sirk était alors metteur en scène de théâtre dans les années 20 et réalisateur apprécié de Goebbels dans les années 30. Avant de fuir l’Allemagne et de conquérir Hollywood, Douglas Sirk divorce en 1928. Son ex-femme lui interdit de voir son fils de quatre ans dont elle fera un enfant star du cinéma sous le Troisième Reich. Le père ne reverra jamais son fils, sauf à l’écran. S’il s’est très rarement exprimé sur ce sujet, l’esprit de son fils plane très souvent dans les films de Douglas Sirk. Denis Rossano, alors étudiant en cinéma, avait rencontré Douglas Sirk dans les années 1980 et avait décidé de mener son enquête sur ce qui était arrivé au fils du cinéaste. Cet entretien, illustré par quelques extraits de films, vous donnera non seulement envie de vous replonger dans l’une des œuvres les plus fantastiques du cinéma, mais aussi celle de dévorer ce superbe roman. sont bien illustrés par des extraits d’autres films du réalisateur, des affiches et photos et des citations de Sirk.

L’Image et le son

Le film est proposé en 1.33 (4/3). La Séductrice aux cheveux rouges est la première des dix collaborations entre Douglas Sirk et le directeur de la photographie Russell Metty, la dernière étant Mirage de la vie en 1959. Pour cette première association, le Technicolor est chatoyant, bien que la copie proposée s’avère souvent délavée. La propreté est là, même si quelques poussières subsistent, ainsi que des raccords de montage. Le master SD a sans doute quelques heures de vol, mais la gestion du grain est satisfaisante, tout comme la stabilité d’ensemble.

Pas de véritables anicroches à déclarer si ce n’est un très léger souffle récurrent. Cette piste anglaise unique ne manque ni d’ampleur ni de dynamisme et les dialogues sont vifs. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Elephant Films / Universal Studios / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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