

UNE SOURIS CHEZ LES HOMMES (UN DRÔLE DE CAÏD) réalisé par Jacques Poitrenaud, disponible en DVD & Blu-ray le 3 mars 2026 chez Coin de Mire Cinéma.
Acteurs : Louis de Funès, Maurice Biraud, Dany Saval, Dany Carrel, Maria Pacôme, Robert Manuel, Dora Doll, Claude Piéplu, Jacques Legras, Bernard Musson, Jean Lefebvre…
Scénario : Albert Simonin & Michel Audiard, d’après le roman Les Heures ouvrables de Francis Ryck
Photographie : Marcel Grignon
Musique : Guy Béart & Michel Colombier
Durée : 1h30
Date de sortie initiale : 1964
LE FILM
Francis et Marcel, cambrioleurs « à la petite semaine », sont surpris en pleine action par Lucille, une jeune fille de bonne famille. Désœuvrée, en mal de sensations fortes, elle monnaie son silence et les oblige à l’accepter comme associée. Lucille va alors s’employer à planifier les larcins et autres fric-fracs du trio, lesquels se terminent invariablement en catastrophe et sans le moindre butin.

Le 17 juillet 1964, Une souris chez les hommes, réalisé par Jacques Poitrenaud, sort sur les écrans. L’affiche réunit Maurice Biraud, Louis de Funès et surtout l’exquise Dany Saval, ancienne danseuse au Moulin Rouge, que les producteurs essayent de propulser comme nouvelle vedette de cinéma. Elle passe ainsi devant la caméra des plus grands, André Cayatte (Le Miroir à deux faces), Marcel Carné (Les Tricheurs, Du mouron pour les petits oiseaux), Henri Decoin (Nathalie, agent secret), Georges Franju (Pleins feux sur l’assassin), Julien Duvivier (pour son sketch du Diable et les Dix Commandements). Pour Une souris chez les hommes, c’est la comédienne qui est mise en avant et elle retrouve à cette occasion le cinéaste Jacques Poitrenaud, avec lequel elle avait déjà tourné Les Parisiennes et Strip tease. Le film fonctionne correctement durant cet été 1964, où la concurrence n’est pas trop rude. Mais un événement va changer la donne. En septembre de la même année, Le Gendarme de Saint Tropez crée l’événement et attire près de huit millions de spectateurs, devenant le plus grand succès de 1964. Deux mois plus tard, Fantômas d’André Hunebelle cumule 4,5 millions de tickets vendus. Pendant ce temps, Une souris chez les hommes, toujours dans quelques salles, continue d’attirer quelques spectateurs. 1965, Louis de Funès, désormais star en son pays à l’âge de 50 ans, sort trois hits, que l’on appellerait aujourd’hui des blockbusters : Le Corniaud (près de 12 millions d’entrées), Le Gendarme à New York (5,5 millions) et Fantômas se déchaîne (4,2 millions), sans compter la participation de l’acteur au film à sketches Les Bons vivants (ou Un grand seigneur) coréalisé par Gilles Grangier et Georges Lautner, qui plafonne à 1,4 million d’entrées. Et n’oublions pas qu’Une souris chez les hommes, toujours exploité ici et là en France, engrange encore plus de 320.000 entrées en 1965 ! On fait un bond jusqu’à l’été 1968. Entre temps, Le Grand restaurant, La Grande vadrouille, Fantômas contre Scotland Yard, Oscar, Les Grandes vacances et Le Petit Baigneur sont sortis sur les écrans. Résultat : ces six films représentent plus de 38 millions d’entrées cumulées. Un chiffre qui laisse rêveur, encore aujourd’hui. C’est alors que certains distributeurs et producteurs peu scrupuleux décident de ressortir d’anciens films avec Fufu, en changeant « discrètement » le titre, histoire de faire croire qu’il s’agit de nouveaux opus avec l’acteur le plus populaire de l’Hexagone. Une souris chez les hommes est donc rebaptisé Un drôle de caïd et l’affiche est cette fois centrée sur Louis de Funès. Cela fonctionnera, puisque le film de Jacques Poitrenaud, si l’on tient compte des entrées de 1964 et 1965, atteindra finalement 1,4 millions d’entrées. Quand on (re)découvre Une souris chez les hommes, on est étonné de voir comment Fufu est différent dans cette comédie loufoque. Il y joue un braqueur, prêt à « buter » (cela revient du début à la fin) celles et ceux qui se mettraient sur sa route, un emploi quelque peu singulier dans son œuvre prolifique. Deuxièmement, Jacques Poitrenaud, Albert Simonin et Michel Audiard, d’après le roman Les Heures ouvrables de Francis Ryck (Effraction, Le Silencieux), offrent à Louis de Funès un personnage on va dire sexué, qui drague ouvertement une caissière, afin de récolter quelques précieuses informations sur le magasin où celle-ci officie. La jeune femme (Dora Doll, bien allumée), chaude comme la braise, est prête à dévorer tout cru Marcel. Et cela fonctionne très bien. Qui plus est l’alchimie est bien présente entre les trois acteurs principaux, les comédiens s’amusent (cela se voit et le résultat est contagieux) et le reste de la distribution fait penser à un Expendables avant l’heure, puisqu’on y retrouve entre autres Jean Lefebvre, Dany Carrel, Maria Pacôme, Claude Piéplu, Jacques Legras, Jacques Dynam, Philippe Castelli…Du beau monde pour un spectacle mené à cent à l’heure, excellemment écrit, sans temps mort, malin et qui vieillit très bien. Assurément à redécouvrir.



Marcel et Francis, aux yeux de tous leurs voisins, sont deux honnêtes citoyens moyens. L’un, célibataire rangé, travaille comme attaché de presse, mais ses reportages semblent l’appeler assez fréquemment de nuit, l’autre, bon époux et père affectueux, est un employé modèle et pour cause : nos deux amis bricolent dans le genre fric-frac, affaires modestes en général mais sans grands risques car ils sont d’un naturel prudent. Surpris un soir en plein travail par Lucile, une jeune personne curieuse et passionnée par leur technique, ils se voient obligés, sous peine de dénonciation, de partager le magot avec elle et d’accepter sa collaboration. Pleine d’idées, elle les entraîne dans la propriété d’une de ses tantes, riche collectionneuse, mais l’aventure se termine en réunion très mondaine car la tante était chez elle et souffrait d’insomnie. Déçus par cet échec, Francis et Marcel envisagent d’abandonner le métier. et la trépidante « souris ». Mais celle-ci ne les lâche pas et met minutieusement au point le cambriolage en règle d’un grand magasin de la rive gauche. Ayant introduit, grâce a de fausses recommandations, ses amis dans la place et astucieusement endormi la surveillance télévisée des magasins, le trio gagne la salle des coffres…


C’est ça Une souris chez les hommes, une succession ininterrompue de casses plus ou moins ratés, ce qui n’empêche pas Marcel et Francis de renouveler leurs opérations, puisqu’il faut bien vivre. Après un générique sympathique, où les noms des acteurs et des techniciens apparaissent sous forme de projections, pendant que les deux casseurs sont en train de piller une belle baraque, nos cambrioleurs apparaissent, moustachus et casquette vissée sur la tête. Fufu perce un coffre, mais Maurice Biraud bougonne. Les rôles sont comme inversés, puisqu’il apparaît que Marcel est un peu plus la tête pensante du duo, tandis que Francis est à fleur de peau et prend la mouche assez rapidement. Le tandem s’équilibre, on croit à l’amitié et à la complicité de ces cambrioleurs du dimanche. Le problème pour eux, c’est que les gens confient désormais leurs économies à la banque et qu’ils ne conservent plus vraiment de belle monnaie chez eux. Les temps changent, le « métier » aussi du coup. Alors il faut savoir se renouveler. Francis et Marcel arrivent à un carrefour de leur existence. Le premier est père d’une petite fille et marié à la belle (oh que oui) Sylvie, incarnée par la sexy Dany Carrel. Les travaux de leur appartement coûtent cher et Francis tente de reprendre le droit chemin, tout en indiquant à sa progéniture que « travail et honnêteté sont la règle ! ». Mais de son côté, Marcel est sur un coup fumant. Si celui-ci tombe encore à l’eau, cela leur permet de faire la rencontre avec la jeune Lucille, qui les ayant surpris dans un casse avorté, se joint à eux, pardon, s’impose à eux. Notre trio arrive alors au Bon Marché…


Jacques Poitrenaud (1922-2005), ancien monteur, assistant de Michel Boisrond (Cette sacrée gamine, Une Parisienne, Faibles femmes) et de Roger Vadim (Sait-on jamais…, Les Liaisons dangereuses 1960, Et mourir de plaisir), metteur en scène d’une douzaine de longs métrages, est loin d’être un manchot et insuffle une belle énergie à son récit mené tambour battant. Son casting est évidemment formidable, la photo de Marcel Grignon est belle, la musique cosignée Guy Béart et Michel Colombier allie gaudriole et jazz, l’ironie est mordante et beaucoup d’idées de mise en scène étonnent, comme ce plan-séquence qui suit les casseurs dans l’appartement via une caméra à l’épaule, ou bien encore ce télégramme adressé aux spectateurs, qui rompt le quatrième mur, en indiquant « Au cas où cette scène et celles qui vont suivre donneraient des idées optimistes à quelques imprudents, la direction des grands magasins du Bon Marché tient à leur signaler que ses services de sécurité et de surveillance, ne se laisseront pas endormir aussi facilement ! ». Un humour presque anglo-saxon parcourt le film, même si tout se terminera à la française, par une grosse baston – réglée par le mythique Claude Carliez – sur la patinoire, où tous les coups sont permis.


Alors, Une souris chez les hommes ou Un drôle de caïd, vous avez le choix, mérite-t-il de sortir de l’anonymat dans lequel il semblait être retombé depuis belle lurette ? Certainement, d’autant plus qu’il permet, si cela était nécessaire, de constater que notre Fufu national avait une palette beaucoup plus large que ce que certains détracteurs pouvaient lui reprocher systématiquement.



LE BLU-RAY
Une souris chez les hommes, ou Un drôle de caïd, avait autrefois été exploité en DVD chez René Chateau. Aux oubliettes cette galette ! Ça rime…Ce titre fait désormais partie du catalogue de l’éditeur Coin de Mire Cinéma ! Le film de Jacques Poitrenaud est maintenant proposé en DVD et Blu-ray et rejoint la vague de mars 2026 composée des Hussards (1955), de Fortunat (1960) et du Tracassin (1961) d’Alex Joffé, de Knock (1951) de Guy Lefranc et d’Une parisienne (1957) de Michel Boisrond. Le disque à la sérigraphie élégante, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est comme d’habitude, très recherchée et indiqué une restauration en 4K. Le menu principal est fixe et musical.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités Pathé du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film (ici Échappement libre de Jean Becker, qui sera sûrement proposé en HD dans la prochaine vague), puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores. Puis, le film démarre !
L’édition d’Une souris chez les hommes contient les actualités de la 29ème semaine de l’année 1963 (8’). À Stockholm, le Premier ministre Georges Pompidou est reçu en grandes pompes, malgré la forte pluie qui s’abat sur le pays. La tatouage est à la mode en France (bonjour l’hygiène avec le type qui fume la pipe pendant qu’il se fait triturer la peau) et on appréciera le commentaire « Mais ces chefs-d’oeuvre cutannés ont l’inconvénient d’être indélébiles. La rectification d’une erreur de jeunesse est quelques fois difficile ! ». Cela s’applique à cet homme qui arbore le Reichsadler…Francis Kuntz aurait pu dire « C’était le bon temps ! ». Puis, gros plan sur le quartier de la Mouffe, ou de la rue Mouffetard, qui malgré le modernisme en cours et le passé qui s’effrite, conserve encore (pour combien de temps?) son charme d’antan avec ses clochards qui boivent leur gros rouge qui tâche, tandis que les habitants font leur marché. La mort du skieur alpin Charles Bozon, survenue dans une avalanche à l’aiguille Verte a secoué la France. D’autant plus qu’il était accompagné de treize autres personnes. Un hommage leur est rendu, devant plus de 10.000 personnes venues assister aux obsèques. Enfin, ce document se clôt sur l’entraînement – au ralenti – de Kiki Caron, 16 ans, qui a pour objectif les jeux Olympiques de Tokyo, où elle obtiendra d’ailleurs la médaille d’argent au 100 m dos.








Place aux réclames publicitaires ! (8’). Excellent spot pour les bonbons Pschit, réalisé image par image, à partir d’une photographie. N’hésitez pas, ils sont en vente dans cette salle. Comme les bonbons Krema d’ailleurs. En revanche, si vous voulez acheter de la gelée Maggi, il faudra vous rendre dans un magasin près de chez vous. Pour les chaussures à caoutchouc, passez chez Wood-Milne et pour rentrer, prenez la nouvelle Ford Taunus 17M et faites chauffer vos pneus Michelin X rénovés. Et avant de dormir, n’oubliez pas de vous laver les dents avec le dentifrice Macleans.










À l’instar du Blu-ray d’Une parisienne, Julien Comelli nous présente Une souris chez les hommes (22’30). Une intervention comme d’habitude très riche, qui replace tout d’abord le film de Jacques Poitrenaud dans la carrière de Louis de Funès, afin d’expliquer pourquoi celui-ci est aussi connu sous le titre Un drôle de caïd. Le casting est passé au peigne fin, avec un beau focus sur Dany Saval, la musique est évoquée.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Une souris chez les hommes est présenté dans une récente et éclatante restauration 4K, que l’on doit à Studio TF1, avec la participation de Coin de Mire Cinéma, réalisée à partir du négatif image et du négatif son français. Fort d’un master au format respecté 1.66, ce Blu-ray en met souvent plein les yeux dès le générique d’ouverture. La restauration est étincelante, les contrastes d’une densité impressionnante, les gris riches, les blancs lumineux et le grain original heureusement préservé. Les séquences sombres sont tout aussi soignées que les scènes diurnes, le piqué est joliment acéré pour un film de 1963 et les détails étonnent parfois par leur précision. De quoi s’extasier devant la beauté de ce master HD qui parvient à redonner un intérêt certain pour ce petit film on ne peut plus sympathique.

Également restaurée, la piste DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un très bon confort acoustique avec des dialogues fluides et nets, laissant également une belle place à la belle composition de Guy Béart et Michel Colombier. Aucun souffle sporadique n’est à déplorer et les ambiances annexes sont palpables. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.



Crédits images : © Coin de Mire Cinéma / Studio TF1 Cinéma Francos Films / Roger Corbeau / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
