Test Blu-ray / Tout s’est bien passé, réalisé par François Ozon

TOUT S’EST BIEN PASSÉ réalisé par François Ozon, disponible en DVD et Blu-ray le 1er février 2022 chez Diaphana.

Acteurs : Sophie Marceau, André Dussollier, Géraldine Pailhas, Charlotte Rampling, Éric Caravaca, Hanna Schygulla, Grégory Gadebois, Judith Magre, Jacques Nolot, Daniel Mesguich, Nathalie Richard

Scénario : François Ozon, d’après le roman d’Emmanuèle Bernheim

Photographie : Hichame Alaouie

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Emmanuèle, écrivaine épanouie, se précipite à l’hôpital. Son père André vient de faire un AVC. Fantasque, aimant passionnément la vie mais diminué, il demande à sa fille de l’aider à en finir. Avec l’aide de sa sœur Pascale, elle va devoir choisir : accepter la volonté de son père ou le convaincre de changer d’avis.

Vingtième long-métrage du prolifique François Ozon mis en scène depuis 1998, Tout s’est bien passé est l’adaptation du roman éponyme d’Emmanuèle Bernheim (décédée en 2017), inspiré de sa propre histoire, qui avait déjà fait l’objet du documentaire Etre vivant et le savoir, réalisé par Alain Cavalier en 2019. Cette dernière, coscénariste de Sous le sable (2000), Swimming Pool (2003), 5×2 (2004) et Ricky (2009), avait proposé au cinéaste de transposer son livre à sa sortie en 2013, mais le réalisateur avait poliment décliné, ne se sentant pas prêt de s’y confronter, ou n’ayant tout simplement pas envie à ce moment de sa propre existence. Depuis, de l’eau a coulé les ponts sans doute et François Ozon (né en 1967) a décidé d’y revenir. Pour cela, il offre à Sophie Marceau l’un des meilleurs rôles de sa carrière. La comédienne retrouve en effet de sa superbe, d’ailleurs celle-ci n’avait pas été à pareille fête depuis L’Homme de chevet de Alain Monne et Ne te retourne pas de Marina de Van, tous les deux sortis en 2009. Elle est magnifique dans ce rôle complexe, attachant, déchirant et drôle, car contrairement à ce que l’on pourrait penser Tous s’est bien passé a beaucoup d’humour. Mais l’autre grande idée du film est d’avoir associé la star à la sublime Géraldine Pailhas, qui renoue avec François Ozon après 5×2 (2004) et Jeune et Jolie (2013). Les deux actrices sont confondantes de vérité dans le rôle de deux sœurs confrontées à la maladie soudaine de leur père, remarquablement interprété par André Dussollier, dans le rôle le plus complexe du film. Si la mise en scène est volontairement effacée, Tout s’est bien passé est assurément l’un des opus les plus « facile d’accès » du réalisateur, l’un des plus empathiques et simples, même si son sujet principal a pu rebuter une partie des spectateurs. Tout s’est bien passé n’aura attiré finalement que 256.000 spectateurs en septembre 2021, ce qui place le film en 14e position dans la carrière de François Ozon, derrière Le Temps qui reste (2005) et devant Ricky (2009). Espérons que sa sortie en DVD et Blu-ray lui donne une deuxième chance, ce dont nous ne doutons pas.

Emmanuèle est une romancière à succès et tout se passe aussi bien dans sa vie privée que professionnelle. Un jour, elle est appelée en urgence : son père André, âgé de 85 ans, vient d’être hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout et profitant à fond de l’existence, demande à sa fille de l’aider à mourir. Malgré leurs différends passés, le père s’adresse à elle plutôt qu’à son autre fille, Pascale, qui le vit plutôt mal.

Les films de François Ozon s’enchaînent et ne se ressemblent jamais, même s’ils possèdent tous sa griffe inimitable, qui a fait son succès et rendu son public fidèle au fil des ans. Dans ses drames, autant que dans ses rares comédies, un ton grinçant et dérangeant s’immisce toujours, comme si le cinéaste ne pouvait pas s’empêcher de montrer un ou plusieurs éléments que l’on préférerait taire ou oublier. C’est encore le cas dans Tout s’est bien passé où le personnage du père, victime d’un AVC, est montré à travers de rares flashbacks ou au détour d’une réplique comme un type odieux avec sa fille Emmanuèle. C’est encore une fois toute la complexité du cinéma de François Ozon, émouvoir – difficile de ne pas l’être – en montrant un personnage de 85 ans, diminué par la maladie, mais aussi découvrir que cette personne a été un mauvais père, dur, pour ne pas dire odieux avec les siens, plus particulièrement avec Emmanuèle donc, même s’il est difficile de savoir quelle relation Pascale (Géraldine Pailhas donc) et André ont eu par le passé et à l’âge adulte. Car Tout s’est bien passé adopte le point de vue d’Emmanuèle et l’on devine aisément que tout n’a pas été facile.

Sophie Marceau, sur qui les années coulent doucement, est vraiment formidable de colère contenue et de ressentiments ravalés, au point où le se dit que les diverses réminiscences, la montrant enfant avec son père peu aimable et cassant, se révèlent quasiment-superflues. Mais Tout s’est bien passé, contrairement à Quelques heures de printemps (2012) de Stéphane Brizé par exemple, ne tombe pas dans le drame pur et dur en dépit de son sujet sur l’euthanasie. L’humour, même parfois le plus noir, a souvent irrigué les films de François Ozon et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Le cinéaste a souhaité avant tout célébrer la vie et son film n’a rien de morbide. Il montre ainsi la joie et le bonheur, où « un homme décide de mourir, justement parce qu’il aime la vie » dixit le réalisateur. André Dussollier, la bouche et le regard déformés après trois heures de maquillage, campe à la fois un personnage mi-ange mi-démon, qui attire forcément la sympathie, pour lequel on a du moins de la compassion, mais qui reste malgré tout difficile voire l’homme acerbe, pervers et cruel qu’il a toujours été.

Au final, Tout s’est bien passé vaut pour l’excellence de sa distribution (où l’on retrouve aussi la fidèle Charlotte Rampling, Éric Caravaca, Grégory Gadebois et même Hanna Schygulla), même si François Ozon s’approprie le livre d’Emmanuèle Bernheim, l’inscrit logiquement au sein de sa filmographie en réalisant une nouvelle radiographie des relations humaines et familiales, où tout n’est jamais tout rose ou tout noir, dans les bons comme dans les mauvais moments.

LE BLU-RAY

Après Été 85, François Ozon fait son retour chez Diaphana Édition Vidéo avec Tout s’est bien passé, qui sort à la fois en DVD et en Haute-Définition. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Comme d’habitude, le film de François Ozon s’accompagne de bonus de qualité.

Les entretiens avec le réalisateur (4’35), Géraldine Pailhas, Sophie Marceau et André Dussollier (10’35) permettent d’en savoir plus sur les thèmes du film, sur l’adaptation du livre d’Emmanuèle Bernheim, sur les intentions et les partis-pris (« faire un film sur la vie », « le contraste entre la noirceur de la situation et la légèreté du père »), sur la psychologie des personnages, la collaboration avec le cinéaste (« très autoritaire et meneur de troupe ») d’un côté et le travail de celui-ci avec les acteurs de l’autre et les conditions de tournage.

Quelques scènes coupées (7’) prolongent le début de l’accident vasculaire cérébral d’André, avec d’autres entretiens des sœurs avec des médecins, qui oscillent entre des améliorations et des rechutes de leur patient. Une autre séquence met en scène le personnage du commandant Petersen (Nathalie Richard), qui fait preuve d’empathie à la fin de l’interrogatoire des deux sœurs.

Comme d’habitude sur les éditions DVD/Blu-ray des films de François Ozon, nous trouvons aussi deux modules consacrés aux Essais lumière et costumes (4’) et aux Projets d’affiches (2’30).

Enfin, l’interactivité se clôt sur un documentaire consacré à Claude de Soria, sculptrice française (décédée en 2015), épouse du collectionneur d’art André Bernheim, et la mère de l’écrivaine Emmanuèle Bernheim, interprétée dans Tout s’est bien passé par Charlotte Rampling. Dans ce module réalisé en 1994, l’artiste revenait sur son parcours, sur son processus créatif, sur l’évolution de son style, tout en présentant quelques-unes de ses œuvres en ciment, liant qu’elle travaillera du début des années 1970 jusqu’à sa mort.

L’Image et le son

Pour Tout s’est bien passé, François collabore à nouveau avec le directeur de la photographie Hichame Alaouie. Les partis-pris sont ici plus « conventionnels » qu’Été 85, passe-partout plutôt, tout en conservant une belle élégance, restituée ici de façon formidable par ce beau master HD. Les couleurs sont belles et franches, les contrastes soignés, le piqué affûté et les détails éloquents. Stable, lumineuse, riche, la copie est exemplaire.

Tout s’est bien passé repose essentiellement sur les dialogues. La piste DTS-HD Master Audio 5.1 distille les voix des comédiens avec efficacité, tandis que les latérales s’occupent de la musique du film. Une spatialisation concrète, immersive et efficace. Une version Stéréo, ainsi qu’une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Diaphana Distribution / Copyright Carole BETHUEL/Mandarin Production/Foz / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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