
TIR À VUE réalisé par Marc Angelo, disponible en Blu-ray le 17 mars 2026 chez Arcadès éditions.
Acteurs : Sandrine Bonnaire, Laurent Malet, Jean Carmet, Michel Jonasz, Michel Stano, Pierre Londiche, Eric Picou, Salah Teskouk…
Scénario : Yves Mourot
Photographie : Charles Van Damme
Musique : Gabriel Yared
Durée : 1h25
Date de sortie initiale : 1984
LE FILM
Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Salem, qui, par hasard, l’a vu dans ses oeuvres, donne à la police un faux signalement et commence sa propre enquête. Richard vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn, post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.

On connaissait Yves Angelo, éminent directeur de la photographie (Baxter, Nocturne indien, Tous les matins du monde, Germinal) et réalisateur (Le Colonel Chabert), lauréat de trois César, mais on ne savait pas que son frère Marc était officiait également dans le milieu du cinéma. Après avoir assisté Yves Boisset sur Le Prix du danger et Pierre Schoendoerffer sur Le Crabe-Tambour, celui-ci fait ses débuts comme metteur en scène et scénariste avec Tir à vue, qui sera son unique long-métrage. Un polar sorti en septembre 1984, quelques jours avant Les Ripoux de Claude Zidi, année qui verra le triomphe de Marche à l’ombre (qui trônera sur la première marche du podium), d’Indiana Jones et le temple maudit de Steven Spielberg, d’Amadeus de Milos Forman, tandis que Jean-Paul Belmondo apparaîtra deux fois dans le top dix avec Les Morfalous et Joyeuses Pâques. Le genre se porte bien avec Rue barbare (plus de deux millions d’entrées), L’Addition de Denis Amar (1,2 million d’entrées), Un été d’enfer de Michaël Schock (1,1 million), Canicule (1 million), Liste noire d’Alain Bonnot (proche du million de spectateurs), Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (865.000 entrées), L’Arbalète de Sergio Gobbi (700.000 entrées). Mais Tir à vue aura du mal à se faire une place parmi toutes ces sorties (un peu plus de 350.000 entrées) et reste encore aujourd’hui méconnu, pour ne pas dire oublié. Pourtant, ce coup d’essai derrière la caméra de Marc Angelo ne manque pas de qualités, à savoir un casting alléchant, une violence graphique assumée, l’ensemble doublé d’un témoignage sur le Paris au début des années 1980. Forcément, le film demeure marqué par quelques tics propres au genre, repris par la suite dans moult séries télévisées estampillées TF1, du style Navarro ou Julie Lescaut, mais Tir à vue reste un bon divertissement à l’ancienne, qui montrait que le réalisateur en avait sous le capot. S’il fera l’essentiel de sa carrière à la télévision, il signera entre autres Bob le magnifique, remake TV du chef d’oeuvre de Philippe de Broca, avec Antoine de Caunes et Clotilde Courau, Marc Angelo gardera un pied dans le septième art en devenant réalisateur de seconde équipe auprès d’Alexandre Arcady (Dernier été à Tanger, L’Union sacrée) et Diane Kurys (La Baule-les-Pins, Après l’amour).


Le personnage incarné par Laurent Malet est un « résidu » de son époque, mais ses actions criminelles découlent surtout d’un traumatisme, en l’occurrence l’assassinat de son frère, qui n’a guère affolé les autorités. Au bord de la crise de nerfs, Richard franchit le point de non-retour en braquant une armurerie, puis en multipliant les vols à main armée, inspirés sans doute par ce qu’il a vu au cinéma. Le comédien, découvert dans Comme un boomerang de José Giovanni, vu par la suite dans Les Routes du sud de Joseph Losey, Les Liens du sang de Claude Chabrol et même dans Querelle de Rainer Werner Fassbinder, alors âgé de 28 ans, est troublant dans Tir à vue et son regard trahit une détresse, derrière les actes qu’il commet. La rencontre de Richard avec Marilyn, va comme qui dirait précipiter sa chute. Celle-ci est incarnée par Sandrine Bonnaire, 17 ans au compteur, révélée un an avant dans À nos amours de Maurice Pialat, qui lui avait valu le César du meilleur espoir féminin. L’actrice y va à fond dans Tir à vue, y compris dans quelques scènes de sexe assez crues où elle apparaît souvent dans le plus simple appareil ou tout du moins topless.


Marilyn est tout autant fracassée par la vie que Richard. Plutôt que de s’entraider à aller de l’avant, le couple improbable va s’enfoncer dans la criminalité. Parallèlement, l’inspecteur Casti (Jean Carmet, impeccable), la même année que Canicule, qui, de son côté, ne s’est jamais remis de la mort accidentelle de sa fille, les traque sans répit. Il est aidé dans son équipe par son adjoint, l’inspecteur Daniel Galo, qui était en passe de devenir son gendre avant cette disparition tragique qui a bouleversé l’existence de son collègue…et la sienne aussi. Cela n’excuse en rien leur comportement, surtout quand ils s’en prennent gratuitement à un « témoin » homosexuel, qu’ils s’amusent à humilier au quotidien, ou lorsqu’ils s’adressent au dénommé Salem, qui subit quant à lui quelques remarques racistes bien frappées. Michel Jonasz a fait de beaux débuts devant la caméra en 1983 dans Qu’est-ce qui fait courir David ? d’Élie Chouraqui, dont la prestation avait été saluée par une nomination pour le César du meilleur acteur dans un second rôle. Il est très émouvant dans la peau de ce flic au regard triste et ses scènes avec Jean Carmet apportent beaucoup d’émotions entre deux scènes violentes.


Produit par le grand Raymond Danon (Le Chat, Les Choses de la vie, Flic Story, Folle à tuer), Tir à vue apparaît donc comme un western urbain, qui lorgne parfois sur le poliziottesco et bien sûr sur le Bonnie and Clyde d’Arthur Penn. Le film vaut encore le coup pour son rythme soutenu, l’excellence de sa distribution et sa brutalité souvent frontale. Une bonne (re)découverte.



LE BLU-RAY
Tir à vue avait déjà bénéficié d’une sortie en DVD chez LCJ Editions et Productions (en 2010), sans aucun supplément. Mais il s’agit d’une première fois en HD pour le film de Marc Angelo et ceci grâce à Arcadès Éditions. Ce Blu-ray rejoint la collection polar de l’éditeur, qui comprend désormais Un été d’enfer de Mickael Schock, Effraction de Daniel Duval et Urgence de Gilles Béhat, sur lequel nous reviendrons très prochainement. Visuel sobre créé à cette occasion. L’éditeur gagnerait à proposer une jaquette réversible proposant le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Boîtier Standard de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est fixe et muet.

Deux Jérôme Wybon pour le prix d’un ! Dans le premier module (Le Cinéma français en garde à vue – Le Polar des années 80, 18’35), l’archéologue-spéléologue du monde de la vidéo française propose un large tour d’horizon du polar hexagonal, plus spécifiquement dans les années 1980, qui voit l’émergence de nouveaux réalisateurs et comédiens. Le genre a muté depuis Jacques Becker, Henri-Georges Clouzot, Jean-Pierre Meville et Julien Duvivier. Selon Jérôme Wybon, La Guerre des polices de Robin Davis, grand succès public et César du meilleur acteur pour Claude Brasseur, vient changer la donne. La représentation de la police et des criminels change, le public est friand d’une certaine réalité documentaire, de violence graphique aussi. La gauche arrive au pouvoir au début des années 1980 et le cinéma rend compte du climat social et politique. D’autres films viendront aussi marquer le genre, Garde à vue de Claude Miller (nouveau metteur en scène qui dirige l’ancienne génération d’acteurs), Le Choix des armes d’Alain Corneau, La Balance de Bob Swaim, tandis que la photographie devient stylisée (Diva de Beineix, Subway de Luc Besson). Tout le monde y va de son polar, même Jean-Luc Godard (Détective), Bebel et Delon se renvoient la balle (même si le genre arrive à bout de souffle quand ils se lancent), Gérard Jugnot livre son Pinot simple flic (pas simplement une comédie), tandis que le thème de l’auto-défense se mêle à la partie, ainsi que celui de la montée de l’extrême-droite…Tous ces sujets sont abordés au cours de ce bonus évidemment indispensable, que l’on retrouve au passage sur les autres titres de cette anthologie.
Dans le second supplément (8’), Jérôme Wybon s’exprime sur Tir à vue de Marc Angelo. « Un premier film, à voir comme un Bonnie and Clyde moderne, où la jeunesse du couple étonne » dit l’historien du cinéma et archéologue du monde de la vidéo hexagonale. Celui-ci passe en revue le casting, en indiquant que le plus intéressant du film reste pour lui la confrontation Michel Jonasz-Jean Carmet, « au point que l’on peut regretter qu’il n’y ait pas plus de scènes entre les deux ». Jérôme Wybon replace aussi Tir à vue dans le polar français de l’année 1984, évoque l’accueil « pas tendre » de la presse, tout en précisant qu’il s’agit de l’unique long-métrage réalisé par Marc Angelo pour le cinéma.

L’Image et le son
Le Blu-ray de Tir à vue est au format 1080p. La copie est très propre, la gestion du grain est aléatoire, tout comme celle des contrastes et de la colorimétrie, assez terne (hormis les teintes rouges), emblématique des partis pris craspecs des polars français de l’époque. Le master HD est également stable (de légers moirages durant le générique) et trouve au final un équilibre convenable, surtout au niveau des gros plans qui la plupart du temps ne manquent pas de détails.
Le mixage français DTS-HD Master Audio Mono 2.0 instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. L’éditeur propose également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant. En revanche, point de piste Audiodescription.



Crédits images : © Arcadès / Studio TF1 / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
