Test Blu-ray / The Beach Bum, réalisé par Harmony Korine

THE BEACH BUM réalisé par Harmony Korine, disponible en DVD et Blu-ray le 7 juillet 2021 chez Crome Films.

Acteurs : Matthew McConaughey, Snoop Dogg, Isla Fisher, Stefania LaVie Owen, Martin Lawrence, Zac Efron, Jonah Hill, Jimmy Buffett…

Scénario : Harmony Korine

Photographie : Benoît Debie

Musique : John Debney

Durée : 1h31

Année de sortie : 2019

LE FILM

Poète à l’esprit rebelle ayant connu son heure de gloire et la richesse, Moondog n’obéit à aucune règle, sinon les siennes. Alors qu’il pensait s’être constitué un petit trésor de guerre, son butin se volatilise. Mais Moondog est de la trempe des survivants et il renaîtra une nouvelle fois de ses cendres…

Tiens, revoilà Harmony Korine ! Nous n’avions plus de ses nouvelles depuis 2012 et l’électrisant Spring Breakers dans lequel Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson et Rachel Korine, interprétaient quatre amies d’enfance qui se retrouvaient en Floride sous la protection d’un rappeur et trafiquant de drogue excentrique, incarné par l’inénarrable James Franco. Depuis, le réalisateur de Gummo (1997), de Mister Lonely (2007) et de Trash Humpers (2009) aura signé quelques clips musicaux pour The Black Keys, Rihanna et Gucci Mane & Travis Scott, puis fait une apparition dans Manglehorn de David Gordon Green et 90’s – Mid90s de Jonah Hill. Après le succès colossal de Spring Breakers avec plus de trente millions de dollars amassés pour un budget de 2 « petits » millions, Harmony Korine avait de quoi se la couler douce. C’est un peu la même chose pour le personnage de Moondog dans The Beach Bum, le sixième long-métrage du cinéaste californien réalisé en l’espace de 22 ans. Nos amis québécois ont baptisé le film Débauche à Miami. C’est un peu exagéré, mais nous ne leur en voulons pas bien sûr, surtout que l’alcool, le fric, la fumette, la dope, le cul et les boobs sont pour ainsi dire le carburant des protagonistes dans The Beach Bum, en premier lieu de Moondog. Si l’on pense tout d’abord au mythique Dude de The Big Lebowski (1998) des frères Coen, Moondog peut finalement se rapprocher du metteur en scène et par ailleurs unique scénariste lui-même, qui aura mis sept ans pour se remettre à écrire, après avoir connu les honneurs de la critique internationale et l’engouement inespéré d’un public jusqu’alors de niche. Dans The Beach Bum, Matthew McConaughey, très vraisemblablement inspiré par la prestation virtuose de Jeff Bridges, s’en donne à coeur joie pour donner vie à Moondog, toujours fringué n’importe comment, une bière à la main et un pétard dans l’autre. On ne sait pas vraiment s’il s’agit de génie ou de cabotinage, sans doute les deux, mais le comédien texan semble prendre beaucoup de plaisir à créer ce personnage, et nous à le regarder parader, car celui-ci y va à fond, quitte à en faire trop comme il a pu le faire très souvent dans sa carrière. Une chose est sûre, c’est que l’acteur n’a jamais paru aussi attachant à l’écran.

En 2012-2013, il y a eu le bout du tunnel et la résurrection avec Magic Mike de Steven Soderbergh, Killer Joe de William Friedkin, Paperboy de Lee Daniels, Mud : Sur les rives du Mississippi de Jeff Nichols, Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese, jusqu’à la consécration suprême, l’Oscar du meilleur acteur pour Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée. Puis, juste après la première saison de True Detective, est arrivé Interstellar de Christopher Nolan dans lequel le comédien renouait avec ses tics affreux, les yeux mi-clos, la bouche pendante, l’accent traîîîîîînant, ce qui allait fournir une source intarissable de gifs. Depuis, Matthew McConaughey semble à nouveau perdu à Hollywood, comme c’était par exemple le cas dans Nos souvenirsSea of Trees, l’un des pires films de Gus Van Sant, sans parler de l’abjecte transposition (mais est-ce bien le mot) de l’oeuvre centrale de la bibliographie de Stephen King, La Tour sombre The Dark Tower. Mais pour l’heure, il retrouve comme qui dirait de sa superbe dans The Beach Bum, dans lequel il se met dans la peau d’un écrivain constamment sous substances et le sang noyé dans l’alcool. Moondog, écrivain surnommé le poète de Key West, se repose sur ses lauriers depuis des années comme un Charles Bukowski (ou un Hunter S. Thompson, on hésite) de Floride. S’il n’a rien à publier, cela ne l’empêche pas de profiter des bonnes choses de la vie, des nanas (souvent dénudées) plus particulièrement, même si Moondog est marié à la ravissante Minnie, à laquelle la pétillante Isla Fisher prête son talent et son décolleté vertigineux toujours prêt à exploser ses robes moulantes. Cette dernière, fortunée, laisse son époux vivre sa vie comme il l’entend, en étant bien sûr au courant de ses frasques, ce qui ne l’empêche pas de l’aimer et d’en profiter aussi de son côté, notamment avec Lingerie, interprété par Snoop Dogg, l’un des meilleurs amis de Moondog.

Tout ce beau petit monde se réunit pour le mariage d’Heather (Stefania LaVie Owen), la fille de Minnie et de Moondog. Quelque temps après la cérémonie, ces deux derniers parviennent enfin à passer une nuit ensemble, mais sont victimes d’un accident de voiture. Minnie perd la vie. Moondog, sonné, apprend qu’il ne pourra hériter de la moitié de la fortune de sa femme (l’autre revenant à Minnie) que s’il se remet sur pied, termine son ouvrage en cours et revient sobre au bout de douze mois de désintoxication. Il accepte malgré-lui, mais une fois sur place Moondog fait la rencontre de Fricker (Zac Efron, qui aura passé la décennie 2010 à picoler à l’écran), dont la jeunesse l’inspire et avec lequel il s’évade rapidement de la clinique. Véritable légende locale, hédoniste, Moondog n’a pas dit son dernier mot et même s’il travaille lentement sur son nouveau livre, qui se fait cruellement attendre par son agent Lewis (Jonah Hill), ce qu’il vit au jour le jour finira par l’inspirer.

The Beach Bum est un film comme qui dirait «décontracté du gland », dans lequel les protagonistes prennent la vie comme elle vient, sans véritablement se soucier du lendemain, même si l’argent les aide pour cela à ne pas se morfondre. Harmony Korine n’a pas son pareil pour filmer la Floride. La mise en scène semble branchée sur les battements cardiaques de Moondog, parfois languissante ou au contraire très animée, Matthew McConaughey (dans un rôle tout d’abord refusé par Gary Oldman) étant d’ailleurs de toutes les scènes. La personnalité du comédien insuffle au film son rythme, son charme, son humour, tandis que le réalisateur et son chef opérateur Benoît Debie (Irréversible, Calvaire, Vinyan, Enter the Void) soignent chaque plan en donnant à The Beach Bum une allure de carte postale fiévreuse et enflammée, renforçant le décor des paradis artificiels de ce cher Moondog. On ressort conquis de cette comédie teintée de mélancolie, où l’émotion affleure toujours, où les marginaux, même friqués, ne se laisseront jamais dicter leur mode de conduite.

LE BLU-RAY

The Beach Bum est le second titre de l’éditeur Crome Films que nous chroniquons après La Fantastique Histoire vraie d’Eddie Chapman – Triple Cross. Ce Blu-ray est minimaliste…Menu principal animé et musical, aucun chapitrage et…

…aucun supplément.

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p. La photographie luminescente et chatoyante de Benoît Debie (La Danseuse, Les Frères Sisters, Climax), très souvent composée de couchers de soleil et de néons multicolores peut compter sur cette promotion HD. Si l’on dénote quelques baisses de la définition sur les scènes les plus sombres, les détails ne manquent pas, les paysages sont splendides et les couleurs sont particulièrement électriques. Bonne gestion des contrastes, malgré un encodage aléatoire.

Attention, pas de Haute-Définition ici…The Beach Bum est étrangement présenté en Stéréo et Dolby Digital 5.1, aussi bien en français qu’en anglais. Dans les deux cas, ne vous attendez pas à un spectacle acoustique fracassant, même si certaines séquences s’en sortent plutôt bien du point de vue spatialisation, à l’instar du feu d’artifice, de l’incendie final, sans oublier l’habillage musical (The Cure avec In Between Days, Peggy Lee avec Is That All There Is) et le score de John Debney (Un coeur à prendre).

Crédits images : © Crome Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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