Test Blu-ray / Terreur sur la ville, réalisé par Charles B. Pierce

TERREUR SUR LA VILLE (The Town That Dreaded Sundown) réalisé Charles B. Pierce, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 17 février 2022 chez Rimini Editions.

Acteurs : Ben Johnson, Andrew Prine, Dawn Wells, Jimmy Clem, Jim Citty, Charles B. Pierce, Robert Aquino, Cindy Butler…

Scénario : Earl E. Smith

Photographie : Jaime Mendoza-Nava

Musique : James W. Roberson

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

Texakarna, Texas, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Les derniers soldats sont rentrés, les années de rationnement et de pénurie s’éloignent. La ville s’apprête à retrouver calme et prospérité mais un mystérieux tueur va s’en prendre aux habitants de la ville.

Certains ont tendance à l’oublier, mais entre Black Christmas (1974) de Bob Clark et Halloween, la nuit des masques (1978) de John Carpenter, il y a eu Terreur sur la ville The Town That Dreaded Sundown, de Charles B. Pierce, futur scénariste du mythique Sudden Impact – Le retour de l’inspecteur Harry (1983) de Clint Eastwood et donc auteur du légendaire « Go ahead, make my day ! ». Il s’agit d’une histoire vraie qui s’est déroulée huit mois après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans la petite bourgade américaine de Texarkana, 40.000 habitants, coincée entre le Texas et l’Arkansas, dont la tranquillité retrouvée est perturbée par les agissements d’un serial killer masqué d’un sac de jute. Terreur sur la ville est un film quasi-inclassable, à la fois un vrai thriller, un faux documentaire (mais fidèle aux faits réels, tourné sur les lieux des événements avec l’aide des habitants) utilisant à plusieurs reprises une voix-off (celle de Vern Stierman, déjà le narrateur du documenteur The Legend of Boggy Creek), le tout marqué par quelques moments surréalistes avec un humour burlesque et presque nonsensique, avec l’apparition de Charles B. Pierce lui-même, très drôle dans le rôle de l’adjoint « Sparkplug » Benson. Ce mélange pourra encore aujourd’hui en dérouter plus d’un, pourtant le réalisateur trouve ce parfait équilibre, fragile et face auquel moult de ses confrères auraient pu se casser les dents, pour au final livrer un formidable opus du genre épouvante, dont l’originalité n’a d’égale que sa rareté.

Terreur sur la ville se base donc sur le véritable récit du tueur surnommé The Phantom Killer, qui s’en est pris à plusieurs résidents de la ville de Texarkana en 1946. Pendant des mois, le mystérieux individu a semé la terreur dans cette paisible communauté, en déjouant les pièges tendus par les autorités. La paranoïa s’installe, les individus se cloîtrent chez eux, à l’exception des étudiants forcément chauds comme la b(r)aise qui n’ont que faire de ce cinglé et qui ne va quand même pas les empêcher de faire l’amour à leur copine dans la bagnole de leurs parents ! La particularité de ce tueur était qu’il ne sévissait que toutes les trois semaines, jour pour jour, au clair de lune. Jamais retrouvé, il cessa soudainement ses meurtres et ne fit plus jamais parler de lui.

Sur un scénario d’Earl E. Smith, complice de Charles B. Pierce (The Legend of Boggy Creek, Bootleggers, Le Faucon Blanc), le metteur en scène signe un film aux effets percutants, mais éclaboussés par une légèreté complètement inattendue, qui concerne surtout les policiers mis sur l’enquête. A ce titre, nous retiendrons évidemment la composition de Ben Johnson, immense second rôle du cinéma américain, qui est apparu devant la caméra de John Ford (La Charge héroïque, Le Convoi des braves, Rio Grande, Les Cheyennes), Sam Peckinpah (Major Dundee, La Horde sauvage, Guet-apens). Il obtient l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour La Dernière Séance The Last Picture Show. Quand il tourne Terreur sur la ville, Ben Johnson vient de collaborer avec John Milius (Dillinger), Steven Spielberg (Sugarland Express) et Robert Aldrich (La Cité des dangers), le comédien inspirant toujours autant les cinéastes. Celui-ci domine le casting dès son arrivée, quand le capitaine J.D. Morales, « une légende vivante, le ranger le plus connu de l’Histoire du Texas » débarque à Texarkana. L’acteur étant précédé de personnages emblématiques du western, le genre imprègne The Town That Dreaded Sundown dès que Morales prend les choses en main avec les flics du cru.

Le cadre et l’époque sont dépaysants pour un slasher. Si, comme l’indique la voix-off d’entrée de jeu, les noms des protagonistes ont été changés, Charles B. Pierce instaure d’emblée une atmosphère, une ambiance, à travers un découpage aussi élégant que riche, plantant le(s) décor(s) et renforçant ainsi la dimension documentaire de l’ensemble, le tout il faut bien le dire magnifiquement photographié par James W. Roberson (Le Faucon Blanc), dans un sublime CinemaScope qui en impose dès les premiers plans. Les scènes de meurtres sont particulièrement brutales, moins sanglantes que frontales, à l’instar de la séquence du trombone à coulisse sur lequel le tueur attache un couteau, avant de jouer son ultime mélodie à sa victime, ou bien encore celle de la traque dans le champs de maïs. La dernière scène, celle de la poursuite dans les marais, démontre la maestria de Charles B. Pierce et clôt le film sur un plan saisissant doublé d’une mise en abyme, en indiquant que le tueur n’a jamais pu être clairement identifié ni appréhendé.

Beau succès dans les salles, film culte adulé par les fans de films d’horreur, Terreur sur la ville connaîtra une suite près de quarante ans plus tard, en 2014 plus précisément, The Town That Dreaded Sundown, réalisé par Alfonso Gomez-Rejon.

L’ÉDITION COLLECTOR DVD + BLU-RAY + LIVRET

Nous n’allons pas revenir sur la formidable et indispensable collection horreur/fantastique de Rimini Éditions, que nous n’avons eu de cesse de mettre en valeur et dont nous avons chroniqué chaque titre. Il faudra désormais y ajouter Terreur sur la ville. Les deux disques reposent dans un Digipack à trois volets, glissé dans un fourreau cartonné, dans lequel vous trouverez également un livret de 20 pages écrit par Marc Toullec. Le menu principal est animé et musical. Le film de Charles B. Pierce est disponible pour la première fois en DVD et Blu-ray dans nos contrées !

L’éditeur a mis la main sur trois interviews, reprises de l’édition américaine Shout Factory sortie en 2013, des comédiens Andrew Prine et Dawn Wells (9’ et 5’) et le directeur de la photographie James Roberson (12’). Le premier – qui interprète Norman Ramsey – évoque les conditions de tournage, sur lequel ils se sont visiblement beaucoup amusés. Il aborde également sa carrière dans les années 1970 (« une période d’abondance, au moment où le cinéma indépendant avait le vent en poupe »), le fait divers réel à l’origine de Terreur sur la ville, le travail avec Charles B. Pierce (« un énergumène avec lequel j’ai fait les 400 coups et couru les jupons »), la performance de l’acteur Ben Johnson, le concours des habitants de Texakarna et le statut culte du film.

Dawn Wells est moins prolixe, mais partage à son tour ses quelques souvenirs liés aux prises de vue de Terreur sur la ville, notamment de sa scène, celle de la fuite dans le champs de maïs. Elle dit être étonnée de constater que The Town That Dreaded Sundown ait pu « survivre » à toutes ces années passées.

Enfin, James Roberson se livre sur ses débuts au cinéma, sur sa rencontre avec Charles B. Pierce, sur le casting et les conditions de tournage d’un film indépendant à petit budget à la fin des années 1970.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Le transfert est irréprochable, le master quasi-immaculé (un ou deux points par ci, des rayures verticales par là), stable et dépourvu de déchets résiduels. Les noirs sont concis, la colorimétrie souvent éclatante. Les décors sont riches, la gestion des contrastes est également très solide, les gros plans ne manquent pas de détails, tout comme sur l’ensemble du superbe cadre large. Bel équilibre chromatique et excellente gestion de la texture argentique. Un master HD qui possède beaucoup d’attraits et qui se permet même d’en mettre plein les yeux à plusieurs reprises. Le Blu-ray est au format 1080p.

Deux versions DTS-HD Master Audio 2.0 disponibles sur cette édition ! Quitte à choisir, sélectionnez la piste anglaise, plus dynamique, aérée, percutante que la version française. Cette dernière s’en tire néanmoins avec les honneurs, avec un spectre cependant plus réduit. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Charles B. Pierce Film Productions / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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