Test Blu-ray / Paris est toujours Paris, réalisé par Luciano Emmer

PARIS EST TOUJOURS PARIS (Parigi è sempre Parigi) réalisé par Luciano Emmer, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret chez Coin de mire Cinéma.

Acteurs : Aldo Fabrizi, Henri Guisol, Ave Ninchi, Jeannette Batt, Hélène Rémy, Henri Génès, Marcello Mastroianni, Lucia Bosè, Carlo Sposito …

Scénario : Sergio Amidei, Luciano Emmer, Jean Ferry, Ennio Flaiano, Giulio Macchi, Francesco Rosi, Jacques Rémy

Photographie : Henri Alekan

Musique : Roman Vlad

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1951

LE FILM

A l’occasion d’un match de football de la Squadra Azzura, un groupe d’italiens débarque à Paris. Leurs chemins se séparent à la descente du train, et tous vont vivre des moments surprenants dans la capitale…

Ah, Paris ! La Tour Eiffel, les Champs-Elysées, la place de la Concorde, le Louvre…mais aussi les petites femmes de Pigalle ou celles qui arpentent le bitume détrempé de Montmartre, ses cabarets enfumés et tout et tout…Paris sera toujours Paris, mais pour l’heure, Paris est toujours Paris Parigi è sempre Parigi est le second long métrage du méconnu Luciano Emmer (1918-2009), qui a essentiellement oeuvré comme documentariste de 1941 à 2008. Une très longue carrière, prolifique, dont les films consacrés à l’art (Goya, Leonardo da Vinci, Picasso) ont unanimement été salués par la critique. En 1996, le Centre Georges Pompidou lui a même consacré une rétrospective. Son travail dans le domaine de la fiction reste cependant confidentiel. Son premier long métrage, Dimanche d’aoûtDomenica d’agosto (1950), se focalisait sur des habitants de Rome, qui se rendaient en masse vers la plage d’Ostie, un dimanche de la fin août en 1949. La ville était alors désertée. Puis, le soir, tout un chacun retournait chez soi, prêt à reprendre ses occupations professionnelles le lendemain. Paris est toujours Paris est comme qui dirait une fausse suite, dans laquelle Luciano Emmer se tient encore une fois sur le fil tenu entre le documentaire (le film est un vrai témoignage du Paris de 1950) et la fiction (très belle photo d’Henri Alekan), en se moquant gentiment des circuits touristiques alors en pleine explosion.

Un groupe de supporters italiens arrivent à Paris pour soutenir comme il se doit leur équipe lors d’un match de football opposant leur pays à la France. Chacun, en arrivant dans cette ville prestigieuse a aussi d’autres projets en tête et caresse l’espoir de bénéficier d’un coup de théâtre ou d’une de ces occasions qui changent le cours d’une existence.

Si vous désirez faire une visite de la ville lumière, embarquez à bord de ce bus où un guide (interprété par Vittorio Caprioli) sera là pour vous indiquer le nom de tel monument ou de telle place. Seulement voilà, le temps est compté et ce tour sera réalisé en express, à l’instar de cette visite du Louvre faite en quelques minutes, principe qui sera repris par Jean-Luc Godard dans Bande à part (1964). Le travail de documentariste de Luciano Emmer est omniprésent et rend compte de l’évolution du tourisme qui gagne en temps, ce qu’il perd en intérêt et en âme. Ce qui intéresse également le réalisateur, ainsi que ses co-scénaristes, parmi lesquels Sergio Amidei (Rome, ville ouverte, Allemagne année zéro, Stromboli), Jean Ferry (Manon d’Henri-Georges Clouzot), Ennio Flaiano (Le Cheik blanc de Federico Fellini) et Francesco Rosi (Main basse sur la ville, et ancien assistant d’Emmer), ce sont aussi les à-côtés. Certains de ces messieurs sont tentés d’aller rencontrer les belles parisiennes qui les regardent et leur sourient sur le trottoir en croisant ce bus blindé. Le match de football est certes présent, mais étonnamment mis en retrait, c’est dire si ce qui anime les italiens se passe ailleurs, autrement dit en dessous la ceinture. Certains mentent éhontément à leur épouse, tout attirés qu’ils sont par le démon de midi. A croire que ce qui se passe à Paris, reste à Paris.

Il y a aussi quelques amourettes ici et là, un jeune italien qui s’éprend d’une vendeuse de journaux de la Gare de Lyon et qui se retrouveront plus tard à faire du bateau-mouche ou à l’occasion d’un concert d’Yves Montand (dans son propre rôle donc) qui entonne Le Gamin de Paris. Déjà présent dans Dimanche d’août, Marcello Mastroianni, 26 ans, y trouve l’un de ses premiers vrais rôles au cinéma et fait déjà preuve d’une classe folle. Il donne ici la réplique à la débutante Lucia Bosè, qui venait tout juste de tourner Chronique d’un amourCronaca di un amore de Michelangelo Antonioni. Mais celui qui tire indéniablement son épingle du jeu reste le comédien et réalisateur Aldo Fabrizi (1905-1990), l’une des personnalités les plus importantes du cinéma italien d’après-guerre, archétype du romain traditionnel. Passé à la postérité grâce à son rôle de curé résistant dans Rome, ville ouverte (1945) de Roberto Rossellini, l’acteur s’en donne ici à coeur joie avec sa gouaille et sa bonhommie naturelle. Pourtant, derrière le sourire souvent collé à son visage rond, quelque chose de triste, une nostalgie peut-être, se fait ressentir tout du long. Ce décalage culturel est donc propice à Luciano Emmer pour dresser le portrait d’une poignée d’hommes et de femmes, loin de leurs repères habituels, qui vont se sentir renaître le temps d’un court séjour où tous les fantasmes semblent permis.

Paris est toujours Paris n’est pas un film à sketches, mais un collage, une comédie chorale sans aucun temps mort faite de petites scènes douces-amères, tendres et drôles (les hommes-bouteilles est une idée formidable), avec en filigrane le temps qui passe, l’envie de vivre et de profiter de chaque instant comme s’il n’y avait pas de lendemain.

LE DIGIBOOK

Le 19è titre édité par Coin de Mire Cinéma est arrivé et pour le coup, le film de Luciano Emmer débarque en solo dans les bacs, en attendant la prochaine vague prévue fin février 2020 ! Inédit en DVD et bien sûr en Blu-ray, Paris est toujours Paris rejoint ainsi cette précieuse collection créée par Thierry Blondeau. Edition limitée à 3000 exemplaires. Le menu principal est fixe et musical.

Comme ses « petits camarades », cette édition prend la forme d’un Digibook (14,5cm x 19,5cm) suprêmement élégant. Le visuel est très recherché et indique à la fois le nom de l’éditeur, le titre du film en lettres d’or, le nom des acteurs principaux, celui du réalisateur, la restauration (HD ou 4K selon les titres), ainsi que l’intitulé de la collection. L’intérieur du Digibook est constitué de deux disques, le DVD et Blu-ray, glissés dans un emplacement inrayable. Une marque est indiquée afin que l’acheteur puisse y coller son numéro d’exemplaire disposé sur le flyer volant du combo, par ailleurs reproduit dans le livret. Deux pochettes solides contiennent des reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4. Le livret de 24 pages de cette édition contient également la filmographie de Luciano Emmer avec le film qui nous intéresse mis en surbrillance afin de le distinguer des autres titres, de la reproduction en fac similé des matériels publicitaires et promotionnels.

Si vous décidez d’enclencher le film directement. L’éditeur propose de reconstituer une séance d’époque. Une fois cette option sélectionnée, les actualités du moment démarrent alors, suivies de la bande-annonce d’un film, puis des publicités d’avant-programme, réunies grâce au travail de titan d’un autre grand collectionneur et organisateur de l’événement La Nuit des Publivores.

L’édition de Paris est toujours Paris contient les actualités de la 9e semaine de l’année 1952 avec sa page sportive (une rencontre France-Angleterre en rugby), la crise en Irak, l’élection présidentielle au Chili remportée par Carlos Ibáñez del Campo, et bien d’autres événements qui couvrent les infos du monde entier.

Ne manquez pas les formidables réclames de l’année 1962 avec l’incontournable publicité pour les esquimaux Gervais, mais aussi le chauffage révolutionnaire Hudson, la moutarde Dessaux Fils, Nescafé, un frigidaire miraculeux (« fait pour simplifier la vie de la femme ») et Monsavon (10’).

La bande-annonce de Paris est toujours Paris clôt cette section.

L’Image et le son

Cette restauration 4K est le fruit d’un financement participatif mené sur la plateforme Celluloid Angels. Entre la dégradation du négatif original et ce master HD, un miracle a eu lieu ! La restauration a été effectuée à partir des négatifs nitrate, avec la collaboration des laboratoires Daems (pour la restauration photochimique), Le Diapason (restauration son) et Hiventy (restauration image), et s’est terminée à l’été 2019. Le film est par ailleurs ressorti dans quelques salles. Grâce aux généreuses contributions du CNC, de Lobster Films et des 119 personnes qui ont répondu à l’opération de crowdfunding (dont les noms apparaissent sur la deuxième pochette de photographies), Paris est toujours Paris renaît littéralement de ses cendres. Cette splendide édition HD rend hommage à la merveilleuse photographie du grand chef opérateur Henri Alekan (La Belle et la Bête, Topkapi, Austerlitz d’Abel Gance). Le master est étincelant, les contrastes d’une densité souvent impressionnante, la stabilité de mise, les gris riches, les blancs éblouissants et les détails étonnent par leur précision. Les noirs sont profonds, la gestion du grain très équilibrée, le piqué pointu et on s’extasie souvent devant l’indéniable beauté de cette nouvelle copie.

Privilégiez la version italienne, même si les personnages parisiens s’expriment parfois en français avec un accent italien très prononcé, puisque les acteurs hexagonaux ont été doublés par des acteurs transalpins. Il n’empêche que cette piste est la plus agréable et la plus « naturelle » du lot. Elle est aussi la plus dynamique avec des dialogues mieux équilibrés, une musique moins criarde et une propreté plus évidente. On perd forcément le charme du film dans la langue de Molière, puisque le décalage culturel et la musicalité des langues y sont absents. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Omnium International du Film – Fortezza Film / Cinématographique Lyre Damia Films / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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