Test Blu-ray / L’Or noir de l’Oklahoma, réalisé par Stanley Kramer

L’OR NOIR DE L’OKLAHOMA (Oklahoma Crude) réalisé par Stanley Kramer, disponible en DVD et Blu-ray le 24 septembre 2020 chez BQHL Editions.

Acteurs : George C. Scott, Faye Dunaway, John Mills, Jack Palance, William Lucking, Harvey Jason, Ted Gehring, Cliff Osmond, Rafael Campos…

Scénario : Marc Norman

Photographie : Robert Surtees

Musique : Henry Mancini

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Dans l’Oklahoma, lors de la ruée sur « l’or noir » au début des années 1900, de grandes sociétés d’exploitation veulent acheter le terrain pétrolifère de Lena Doyle. Celle-ci, farouche féministe, avec l’aide de son père Cleon et de Mason, leur homme de main, engage une lutte sans merci contre les géants pétroliers pour sauvegarder sa propriété.

Les cinéphiles connaissent autant le Stanley Kramer (1913-2001) producteur (Le Champion de Mark Robson, C’étaient des hommes de Fred Zinnemann, Cyrano de Bergerac de Michael Gordon, L’Homme à l’affûtThe Sniper d’Edward Dmytryk, L’Équipée sauvage The Wild One de László Benedek, Un enfant attend de John Cassavetes) que metteur en scène. Trois fois nommé pour l’Oscar du meilleur réalisateur, pour La Chaîne The Defiant Ones (1958), Jugement à NurembergJudgment at Nuremberg (1961) et Devine qui vient dîner…Guess Who’s Coming to Dinner (1967), Stanley Kramer aura signé une vingtaine de films en 25 ans. L’Or noir de l’Oklahoma Oklahoma Crude est son avant-dernier long-métrage réalisé pour le cinéma. Il s’agit aussi de son unique western, genre que le réalisateur n’avait pas encore abordé, lui qui aimait varier les récits, du drame contemporain (Pour que vivent les hommes, 1955) en passant par le film historique (Orgueil et passion, 1957), la science-fiction (Le Dernier rivage, 1959), le film de procès (Procès de singe, 1960, Jugement à Nuremberg), 1961), la comédie (Un monde fou, fou, fou, fou, 1963) et le thriller paranoïaque (La Théorie des dominos, 1977). Dans L’Or noir de l’Oklahoma, Stanley Kramer mélange les genres, et incorpore beaucoup d’humour dans son western tardif, mais féministe. Ce qui l’intéresse avant tout c’est de dresser le portrait d’une femme déterminée, à laquelle Faye Dunaway prête ses traits anguleux, son immense talent et sa forte personnalité. L’Or noir de l’Oklahoma est aussi l’occasion de voir s’affronter d’autres monstres du cinéma hollywoodien et non des moindres, George C. Scott et Jack Palance. C’est beau, c’est en format large, c’est passionnant, c’est toujours d’actualité, bref, c’est du grand cinéma devant lequel on jubile, tandis que la sublime partition du grand Henry Mancini trotte encore longtemps après dans la tête.

En 1910, en Oklahoma, la jeune et courageuse Lena Doyle (Faye Dunaway) ose, seule, tenir tête à une puissante compagnie pétrolière, la Pan Oklahoma Gas and Oil, qui contrôle la majorité des puits de la région. Lena repousse obstinément les alléchantes offres d’achat de Hellman (Jack Palance), le représentant de la société. C’est alors que son père, Cleon (John Mills), qui a déserté le foyer conjugal il y a vingt ans, refait surface. Elle l’accueille très froidement et refuse son aide. Cleon engage néanmoins Mase (George C. Scott), un vagabond sans travail, qui les aidera. Lena commence par se montrer très méfiante. De son côté, Hellman, qui n’a pas l’intention de lâcher prise, assiège la colline où, infatigables, prospectent Lena, Cleon et Mase…

Ce qui frappe d’emblée quand on (re)découvre L’Or noir de l’Okklahoma, c’est sa beauté plastique, celle des décors naturels et surtout la merveilleuse photographie de Robert Surtees, qui aura illuminé les yeux des cinéphiles avec Les Ensorcelés The Bad and the Beautiful (1952) de Vincente Minnelli, Ben-Hur (1959) de William Wyler, La Poursuite impitoyable The Chase (1966), L’Extravagant docteur DolittleDoctor Dolittle (1967) de Richard Fleischer, Le LauréatThe Graduate (1967) de Mike Nichols et l’on pourrait continuer longtemps ainsi. Ensuite, les personnages sont immédiatement plantés, notamment celui de Lena Doyle, femme de poigne, qui n’hésite pas à braquer son père avec un fusil pour éviter tout dialogue inutile. Aussi bien à l’aise en robe qu’en pyjama à culotte du Far West, Faye Dunaway explose l’écran une fois de plus. La comédienne aura mis peu de temps pour mettre Hollywood à ses pieds, depuis Bonnie and Clyde de Arthur Penn en 1967, très vite suivi par L’Affaire Thomas Crown The Thomas Crown Affair de Norman Jewison en 1968. Quand elle tourne L’Or noir de l’Oklahoma, l’actrice vient d’enchaîner Little Big Man et Portrait d’une enfant déchue. A peine a-t-elle eu le temps de sortir du Doc Holliday de Frank Perry, qu’elle reprenait la pétoire pour le film de Stanley Kramer. Intense du début à la fin, Faye Dunaway compose un personnage à fleur de peau, une femme prête à tout pour défendre son lopin de terre qui selon elle renferme du pétrole. Ses spéculations se confirment quand une grande compagnie pétrolière, qui a déjà racheté tous les terrains aux alentours, décide d’utiliser la manière forte pour lui faire signer une offre de rachat. Mais c’était sans compter sur le caractère obstiné, brut de décoffrage et même violent de Lena Doyle.

Elle pourra contre toute attente compter sur le soutien et l’aide de son père Cleon, absent de longues années et qui voudrait se racheter, mais aussi du bourru Noble « Mase » Mason, avec lequel l’entente est on ne peut plus difficile. Après les magnifiques et trop souvent oubliés Les Complices de la dernière chanceThe Last Run et Les flics ne dorment pas la nuitThe New Centurions de Richard Fleischer, le comédien qui venait aussi de refuser l’Oscar du meilleur acteur pour Patton, en déclarant qu’il ne se sentait pas en compétition avec ses camarades, campe un aventurier et baroudeur qui vit un peu au jour le jour. Sa rencontre avec Lena Doyle va bouleverser leurs deux existences. Mais Mase ne sera pas de trop, surtout lorsque le suintant Jack Palance (et son menton incroyable) débarque avec ses hommes pour les passer à tabac (une scène impressionnante) et les expulser.

Stanley Kramer plonge le spectateur au milieu de la ruée vers l’or et des États-Unis, avec quasiment une unité de lieu, de temps et d’action. Un dispositif quasi-théâtral, mais aucunement figé grâce à une utilisation somptueuse du Panavision et de l’espace, mais qui parvient à faire d’une simple colline le centre du monde, celui qui renferme le précieux liquide visqueux, le pétrole. Mais ce qui fait battre le coeur d’Oklahoma Crude c’est l’amour retrouvé entre un père et sa fille, ainsi que celui pour le moins inattendu de deux solitaires qui ne croyaient plus en l’âme humaine. Il suffit pour cela d’un simple prénom murmuré, qui clôt le film sur un sourcil relevé dans un plan ultime. Magique.

LE BLU-RAY

Inédit en France, L’Or noir de l’Oklahoma arrive enfin dans nos bacs, en DVD et en Blu-ray, chez BQHL Editions. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition.

L’Image et le son

Comme souvent avec les restaurations qui affichent déjà quelques heures de vol, la première bobine a de quoi faire peur avec des poussières diverses qui émaillent l’écran. Puis, comme par enchantement, au premier changement de plan, le master HD affiche enfin ses qualités. Le cadre large est superbe, les noirs denses, l’image stable et même si quelques points noirs et blancs demeurent ici et là, la propreté est fort acceptable. Les couleurs sont souvent magnifiques. Notons aussi des décrochages sur les fondus enchaînés, qui s’accompagnent de fourmillements et d’une texture argentique soudain grumeleuse.

Les mixages anglais et français LPCM 2.0 instaurent un confort acoustique satisfaisant. Malgré des dialogues clairs et ardents, la piste française manque d’ampleur et en oublie parfois certaines ambiances annexes. C’est beaucoup mieux pour la version originale, plus homogène et équilibrée, avec des dialogues plus ardents. Dans les deux cas, la propreté est là et aucun souffle n’a été constaté.

Crédits images : © BQHL Editions / Columbia / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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