Test Blu-ray / Les Mauvais coups, réalisé par François Leterrier

LES MAUVAIS COUPS réalisé par François Leterrier, disponible en Édition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Simone Signoret, Reginald Kernan, Alexandra Stewart, Marcello Pagliero, Serge Rousseau, Nicole Chollet, Marcelle Ranson-Hervé, José Luis de Vilallonga…

Scénario : François Leterrier & Roger Vailland, d’après le roman Les Mauvais coups de Roger Vailland

Photographie : Jean Badal

Musique : Maurice Leroux

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Milan et Roberte sont mariés depuis dix ans. Depuis que Milan s’est retiré de la course automobile suite au décès de son meilleur ami, rien ne va plus entre eux. Roberte se noie dans l’alcool pendant qu’il va chasser dans la campagne bourguignonne. Dans le village, l’arrivée d’une jeune et jolie institutrice, Hélène, va mettre à bas leur couple.

Célèbre pour ses comédies sorties dans les années 1980, Je vais craquer, Les Babas-cool, Le garde du corps et Tranches de vie, le réalisateur François Leterrier (1929-2020), mythique Lieutenant Fontaine pour Robert Bresson dans Un condamné à mort s’est échappé, ancien assistant de Louis Malle (sur Ascenseur pour l’échafaud et Les Amants), mais aussi de Marc et Yves Allégret, fait ses débuts derrière la caméra dès 1961 avec Les Mauvais coups. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette adaptation du second roman éponyme de Roger Vailland, publié en 1948, s’avère loin des gaudrioles auxquelles il nous habituera plus tard. Ce drame foncièrement sombre et pessimiste est un projet ambitieux pour Simone Signoret, tout juste auréolée du triomphe international des Chemins de la haute villeRoom at the Top de Jack Clayton, qui a valu le National Board of Review, l’Oscar, le BAFTA et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes. Adua et ses compagnes d’Antonio Pietrangeli n’a pas connu le succès espéré et la comédienne espère bien se refaire en revenant tourner en France, ce qu’elle n’avait pas fait réellement depuis Les Diaboliques en 1955, puisque les prises de vue des Sorcières de Salem de Raymond Rouleau avaient été principalement réalisées en Allemagne. Loin d’être un projet accessible, Les Mauvais coups est la transposition du livre de Roger Vailland, imprégné du vécu de son auteur et plus principalement de sa rupture brutale et violente avec sa première femme Andrée Blayette. Il ne faut assurément pas visionner Les Mauvais coups si l’on est en bad mood, car l’ambiance y est mortifère et pesante, l’humour totalement absent et l’issue tragique inévitable. Simone Signoret règne sur la distribution, même si la jeune et débutante Alexandra Stewart tire son épingle du jeu par sa beauté froide et mystérieuse, qui illumine cette campagne pluvieuse et boueuse. Il s’agit d’une véritable (re)découverte, d’autant plus que le film a nous semble-t-il été très peu diffusé à la télévision.

Roberte et Milan forment un couple fusionnel, qui s’est réfugié dans la solitude d’un domaine enfoui dans la campagne bourguignonne, après avoir vécu sous les feux de la notoriété : lui en tant que pilote de course automobile, et elle, devenue sa muse et son mentor, dévouée et admirative mais insatiable de reconnaissance, en plus d’être alcoolique. Le face-à-face est entré dans un processus de destruction réciproque. Arrive Hélène, la nouvelle institutrice du village, qui va accentuer le désordre du couple malgré elle, en se liant d’amitié avec Roberte, et en exacerbant les sentiments de Milan, entraîné dans une fuite qui doit le séparer de Roberte.

Quand je fais quelque chose avec toi, je finis toujours par avoir honte.

En voyant mme Signoret s’enfiler quelques « dés » d’alcool dès le réveil, téter sa flasque dès l’aube au cours d’une partie de chasse noyée dans le brouillard, prendre un pastis dès que l’occasion se présente, jouer au casino un scotch à la main, puis reprendre trois dés de whisky (voire quatre, c’est mieux) avant d’aller se pieuter, on ne peut pas s’empêcher de voir la vraie Simone. La quarantaine venue, Casque d’or a beau dater d’une dizaine d’années seulement, l’actrice paraît déjà fatiguée, vieillie avant l’heure. On ne peut pas s’empêcher de voir une dimension méta dans Les Mauvais coups, surtout quand on sait qu’au même moment, Yves Montand batifolait outre-Atlantique avec Marilyn Monroe. Devant affronter la presse internationale devant cette relation rendue publique, Simone Signoret reste digne, mais le coeur, l’âme et le corps en prennent un coup.

Le premier long-métrage de François Leterrier dresse le portrait d’un couple qui se défait, qui pourrit, formé par un ancien coureur automobile devenu coureur de jupons et son épouse qui noie dans l’alcool sa crainte de vieillir. C’est alors que leur quotidien fait d’ennui et de mauvaise ivresse est parasité par la venue d’une jeune institutrice, qui leur rappelle Roberte au même âge. Un jeu étrange, pervers et malsain va s’instaurer entre les trois. Milan verra en Hélène la femme qu’il a jadis aimée, tandis qu’elle renvoie à Roberte un reflet qui lui fait du mal et qui lui rappelle sa beauté et sa fraîcheur d’avant. Simone Signoret est parfaite, magnétique et l’on sent François Leterrier en admiration devant celle qu’il a dans son objectif. La photographie de Jean Badal (Les Assassins de l’ordre, What’s New, Pussycat?, Tintin et les oranges bleues) appuie le côté poisseux de l’histoire, par ailleurs écrite par Roger Vailland lui-même en collaboration avec le metteur en scène, qui de son côté fait un très bel usage du cadre large. La canadienne Alexandra Stewart enchaînait les apparitions au cinéma depuis le début des années 1960, chez Roger Vadim (Les Liaisons dangereuses 1960), Otto Preminger (Exodus), Édouard Molinaro (La Mort de Belle) et son rôle dans Les Mauvais coups est l’un des plus importants du début de sa carrière. Sa présence détonne, comme un astre dans l’obscurité qui semble définitivement absorber le couple principal.

Milan est quant à lui interprété par le méconnu Reginald Kernan, ancien médecin de l’hôpital américain de Paris devenu mannequin photo. Il ne jouera que dans quatre films au cinéma, dont le plus connu (et son dernier) demeure Cent Mille Dollars au soleil d’Henri Verneuil. Rigide, austère, glacial, il impose plus facilement son impressionnant physique que son talent d’acteur, limité, mais qui finalement va dans le sens de Milan, renfermé, monocorde.

On pense au Chat, dans lequel la « Vieille » et le « Vieux » se déchirent jusqu’au point de non-retour. Rétrospectivement, si l’on ne tient pas compte de son dénouement, Les Mauvais coups, qui connaîtra un accueil distant de la part du public et ce malgré des critiques positives, peut apparaître comme un prologue au chef d’oeuvre de Pierre Granier-Deferre. C’est dire s’il mérite qu’on s’y attarde.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Des trois films récemment édités par Pathé, Les Mauvais coups est celui qui avait déjà connu une première vie en DVD, chez le même éditeur, en 2006. Une édition devenue difficile à trouver et qui se revendait d’ailleurs à prix d’or sur la toile. Logiquement, le premier long-métrage de François Leterrier intègre désormais la collection Pathé présente – Version restaurée, comme Monsieur Taxi et L’Auberge du pêché. Les deux disques de ce Combo sont intégrés dans un boîtier Digipack à deux volets, glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

L’éditeur fournit deux suppléments réalisés par Bertrand Tessier. Le premier donne la parole à Alexandra Stewart. La comédienne canadienne partage de nombreux souvenirs liés à ses débuts de carrière et donc au tournage des Mauvais coups (17’). Elle revient sur son parcours, son arrivée en France (où elle rêvait de venir depuis sa plus tendre enfance), ses débuts comme mannequin, puis devant la caméra. Elle en vient aux Mauvais coups, où le producteur Jean Thuillier espérait que le rôle d’Hélène serait tenu par Romy Schneider…François Leterrier a finalement su imposer cette débutante, dont le visage quasi-inconnu conviendrait plus au personnage. Alexandra Stewart évoque les conditions de prises de vue du film, sa fascination pour Simone Signoret (qu’elle observait chaque instant), avec laquelle les rapports étaient pourtant difficiles et qui parallèlement subissait les colères monstres et la jalousie d’Yves Montand.

L’autre bonus, plus conséquent (28’), est un portrait de l’écrivain Roger Vailland par Michel Bertrand (professeur de littérature). Sa vie son œuvre. On serait même tenté d’écrire son vit, son œuvre, puisqu’on y parle beaucoup de la vie privée débridée de l’auteur des Mauvais coups, dandy et libertin, qui ne cachait pas son goût pour les filles de petite vertu, qui s’adonnait aux plaisirs les plus scabreux et qui ont souvent inspiré ses écrits. La carrière de Roger Vailland est longuement, posément et brillamment retracée au fil de ce module passionnant. Michel Bertrand s’attarde plus précisément sur les romans de cet auteur, en particulier Les Mauvais coups, pour lequel Roger Vailland devait cosigner le scénario avec François Leterrier pour son adaptation au cinéma. Les thèmes du livre et donc du film sont disséqués, ainsi que la psychologie des personnages (ou quand la femme devient un oiseau de proie qui inspire la peur et la répulsion).

L’Image et le son

Vingt ans après sa première édition en DVD et un an après sa présentation en version restaurée à Cannes Classics en 2025, Les Mauvais coups revient dans les bacs en DVD et en Haute-Définition. Pathé présente ce lifting 4K réalisé par L’Image Retrouvée à partir des négatifs originaux 35 mm, un dépoussiérage qui permet de (re)découvrir totalement le premier long-métrage de François Leterrier. La copie est étincelante (aucun point blanc ni de rayures verticales constatés), ce nouveau master HD impressionne d’entrée de jeu avec des noirs denses (le générique donne le ton), des blancs lumineux, une stabilité à toute épreuve, une texture argentique présente, fine, élégante et excellemment gérée. Un bel hommage au travail impressionnant du directeur de la photographie de Jean Badal.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0 est exempt de défauts. Les dialogues sont fluides, aucun souffle (ou presque, infime) ne se fait ressentir, ni aucun craquement, la musique (improvisée, sur une demande du réalisateur) de Maurice Le Roux bénéficie d’une belle dynamique. Les sous-titres anglais et français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont aussi disponibles, ainsi qu’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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