Test Blu-ray / Le Prince enchaîné, réalisé par Luis Lucia

LE PRINCE ENCHAÎNÉ (El Príncipe encadenado) réalisé par Luis Lucia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Antonio Vilar, María Mahor, Paul Naschy, Luis Prendes, Javier Escrivá, Javier Loyola, Luis Morris, Antonio Molino Rojo…

Scénario : José Rodulfo Boeta & Javier Escrivá, d’après la pièce de théâtre de Pedro Calderón de la Barca « La Vida es sueño »

Photographie : Alejandro Ulloa

Musique : Cristóbal Halffter

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Le roi de Pologne Basilio a fait enchaîner son fils Segismundo dans une tour, suite à une prophétie qui prédit que le prince apporterait le désastre dans le pays et la mort du roi. Aimant malgré tout son fils, le roi ordonne sa libération le temps de le mettre à l’épreuve. Mais, ayant goûté à la liberté, Segismundo refuse de reprendre les chaînes.

Le Prince enchaîné El Príncipe encadenado est une des premières superproductions espagnoles. Alors que Le Bossu et Le Capitan triomphent en France (11 millions d’entrées à eux deux), tandis que Le Capitaine Fracasse et Le Miracle des loups sont en préparation, de l’autre côté des Pyrénées le cinéma souhaite surfer sur cet engouement des spectateurs pour le genre cape et d’épée. Le producteur Miguel A. Martin met à disposition un budget conséquent pour la libre adaptation de la pièce de théâtre de Pedro Calderón de la Barca intitulée La vida es sueño, jouée pour la première fois en 1630, transposée ici pour la première fois. L’oeuvre du célèbre auteur de L’Alcade de Zalamea est reprise par les deux scénaristes José Rodulfo Boeta et Javier Escrivá, qui incorporent à la trame originale tous les ingrédients à la mode à savoir décors naturels, reconstitution hésitant réalisme et fantasme lié au septième art, costumes clinquants, amourette et bien sûr héros aux épaules larges luttant contre l’injustice et l’infamie, méchants fourbes, cruels et arrivistes et si possible, bien sûr, quelques combats aux lames croisées. Il y a de tout dans Le Prince enchaîné, dont la couleur, élément alors encore rare dans le paysage cinématographique ibérique. Seulement voilà, le mélange n’est pas très équilibré. En effet, on aurait nettement préféré plus d’affrontements et donc d’action, trop rares et du coup les 84 minutes du film paraissent bien souvent longues, redondantes, surtout que l’ensemble s’avère bien trop bavard. Cela ne s’arrête jamais de bavasser, y compris durant les quelques duels dispersés ici et là, comme si les personnages ne pouvaient s’empêcher de la ramener. Si l’on ajoute à cela un acteur principal peu charismatique (Javier Escrivá, embarrassé par son brushing peroxydé et sa barbe taillée au pochoir), également co-scénariste et une rigidité générale, Le Prince enchaîné ne va pas au-delà de la simple curiosité et s’oublie malheureusement bien rapidement.

Le roi Basilio de Pologne décide d’emprisonner son fils Segismundo et désigne son neveu Astolfo comme héritier. Sigismond est enchaîné depuis sa plus tendre enfance, car le roi croit que sa naissance porte malheur et lui refuse la liberté. Mais le roi ne peut plus empêcher le peuple de le découvrir et libère Sigismond. Basilio, repentant, soumet son fils à une épreuve, ce qui provoque une confrontation avec le monarque. Segismundo se révèle alors féroce et sauvage lorsqu’il découvre la vérité sur le monde et à quoi il n’a jamais eu accès.

Moui..Bof…Si l’on peut être emballé par sa beauté formelle avec notamment une solide utilisation de la couleur grâce au talent du grand directeur de la photographie Alejandro Ulloa (Le Miel du diable, Photos interdites d’une bourgeoise, El Mercenario, Terreur dans le Shanghaï Express, Tuez-les tous…et revenez seuls!), on s’ennuie quasiment du début à la fin devant ce Prince enchaîné. On est loin de la réussite d’un autre prince de la même époque, celle du Prince esclaveLe Meravigliose avventure di Guerrin Meschino (1952) de Pietro Francisci, avec lequel Le Prince enchaîné possède quelques points communs. Dans ce dernier, un jeune garçon enlevé par des pirates puis vendu comme esclave avait une vision provoquée par un astrologue. Celle-ci lui dévoilait qu’il était en réalité le fils du roi de Durazzo. Il devait alors se lancer dans une quête initiatique qui l’amènera à reconquérir son trône. Dans Le Prince enchaîné, il s’agit plus ou moins du même schéma, mais le traitement est poussif et malgré le tournage de nombreuses scènes en extérieur, la matière théâtrale demeure et tout reste étouffant.

Les comédiens sont plus moins dirigés de la même façon, déclament leurs tirades de façon solennelle, emphatique et monocorde (du style « Mon désir de vengeance est plus fort que ma volonté ! », « Paix et prospérité ! », « Honneur et amitié ! »), le regard perdu au loin. Antonio Vilar (La Femme et le pantin de Julien Duvivier, Shéhérazade de Pierre Gaspard-Huit) s’en tire le mieux dans le rôle d’Alberio, tandis que le personnage de Clarin, campé par Luis Morris, semble échappé d’un autre film en tentant d’apporter quelques touches d’humour, qui tombent systématiquement à plat. La mise en scène assez plate de Luis Lucia (Andalousie avec Carmen Sevilla et Luis Mariano) n’aide pas à insuffler de rythme ou un caractère épique à une intrigue qui en a pourtant sacrément besoin.

Ah oui, il semblerait que le mythique Paul Naschy apparaisse dans ce film. Mais personne à ce jour n’a pu trouver le futur loup-garou venu parmi la foule de figurants. Le fait d’essayer de le débusquer est peut-être le plus amusant et divertissant du film finalement…

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Parallèlement aux sorties de La Buraliste de Vallecas et de Personne n’a entendu crier, Artus Films sort un autre film venu d’Espagne, Le Prince enchaîné. Un Combo Blu-ray + DVD qui prend la forme d’un Digipack à deux volets, illustré avec élégance, glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet. Le menu principal est fixe et musical. En revanche, le recto annonce Paul Naschy comme quatrième acteur du film, alors que celui-ci est noyé dans la masse de la centaine de figurants…

L’indéboulonnable Christian Lucas nous gratifie une fois de plus d’une présentation du film, comme il en a désormais l’habitude (20’). Ses interventions sont toujours indispensables pour remettre le film qui nous intéresse sur le moment dans son contexte, même si, comme c’est le cas, le long-métrage en question nous a laissé sur notre faim. Christian Lucas passe ainsi en revue la carrière du réalisateur Luis Lucia, les éléments qui font du Prince enchaîné une superproduction, évoque les lieux et les conditions de tournage, l’adaptation de la pièce de théâtre La Vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca, le casting, les thèmes (la liberté volée et la corruption au pouvoir), l’étonnante violence du film, l’accueil dithyrambique en Espagne à sa sortie, ainsi que les différents titres d’exploitation, les personnages devenant souvent des Vikings une fois passée les frontières de l’Espagnole ! Enfin, quelques images dévoilent l’avant/après restauration.

L’interactivité se clôt sur un rapide Diaporama de photos et d’affiches d’exploitation.

L’Image et le son

Copie HD s’offre à nous en Haute Définition dans une superbe copie entièrement restaurée à partir d’un master 2K. L’image est stable, très propre, les couleurs sont ardentes, vives et chatoyantes, certains décors brillent de mille feux, les détails sont légion aux quatre coins du cadre, le relief des matières des costumes demeure palpable tout du long, la texture argentique flatteuse. Les scènes en extérieur affichent une belle luminosité, tout comme un relief inattendu, un piqué pointu. Aucun ou peu de défauts constatés, pas de tâches, bruit vidéo, tout ou presque (quelques poussières subsistent) a été balayé avec soin. Un titre qui tire pleinement profit de la Haute-Définition. La palette chromatique décroche sur les fondus enchaînés. Blu-ray au format 1080p.

Le (seul) mixage espagnol s’en tire avec tous les honneurs, avec des échanges clairs et distincts, mais qui peuvent fluctuer au cours d’une même séquence. L’écoute demeure propre, la part belle est faite à la musique. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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