Test Blu-ray / Le Baron de l’écluse, réalisé par Jean Delannoy

LE BARON DE L’ÉCLUSE réalisé par Jean Delannoy, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 14 octobre 2019 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Jean Gabin, Micheline Presle, Jean Desailly, Blanchette Brunoy, Jacques Castelot, Jean Constantin, Aimée Mortimer, Robert Dalban…

Scénario : Maurice Druon d’après une nouvelle de Georges Simenon

Photographie : Louis Page

Musique : Jean Prodromidès

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Antoine, dit le Baron, héros de la Première Guerre mondiale et fauché, vit à Deauville de ressources passagères et en jouant au casino. Quand il commence à remporter quelques belles sommes et un yacht en guise de paiement, le Baron part pour Monte-Carlo avec Perle, maîtresse du milliardaire Saddokkan qui est aussi son ancienne amante. Mais sa chance risque de très vite tourner…

« Avec toi, on prend toujours des allers simples et des retours compliqués ».

L’une des collaborations les plus fructueuses et prolifiques de Jean Gabin reste celle entamée en 1952 avec le cinéaste Jean Delannoy (1908-2008). Six longs métrages en commun, six énormes succès populaires avec La Minute de vérité (1952), Chiens perdus sans collier (1955), Maigret tend un piège (1958), Maigret et l’Affaire Saint-Fiacre (1959), Le Baron de l’écluse (1960) et Le Soleil des voyous (1967), qui auront attiré plus de 18 millions de français dans les salles ! Dans la filmographie du comédien, Le Baron de l’écluse se situe entre Archimède le clochard de Gilles Grangier, Rue des prairies de Denys de la Patellière et Les Vieux de la vieille de Gilles Grangier. A la fin des années 1950, Jean Gabin semble vouloir s’amuser après quelques drames, par ailleurs sublimes, comme Des gens sans importance de Henri Verneuil, Voici le temps des assassins de Julien Duvivier, Les Misérables de Jean-Paul Le Chanois, Le Désordre et la Nuit de Gilles Grangier et Les Grandes familles de Denys de la Patellière. Après Archimède le clochard, triomphe au box-office de l’année 1959, Jean Gabin se glisse à nouveau dans la peau d’un personnage truculent, celui du baron Jérôme Napoléon Antoine. Merveilleux, explosif, roublard et d’une suprême élégance, le « Vieux » s’en donne à coeur joie, pour le plus grand bonheur des spectateurs et de ses admirateurs.

Héros de la guerre 1914-1918, baron désargenté et joueur invétéré, Jérôme Napoléon Antoine mène une vie de palaces grâce à ses relations fortunées. La chance lui sourit. Au baccara, il gagne plus d’un million aux dépens de Saddokan, un mufle milliardaire et lui enlève Perle, une exquise jeune femme qui fut son ancienne flamme dix ans auparavant. Il gagne onze millions au marquis de Villamayor qui le paye partiellement avec un yacht, l’Antarès et promet de lui verser le solde de deux millions. Le baron prend possession du navire à Rotterdam et décide de se rendre à Monte-Carlo par les eaux intérieures. L’argent faisant à nouveau défaut, lui et Perle se trouvent en panne sèche à l’écluse de Vernisy. N’ayant plus même de quoi manger, ils vont devoir trouver des expédients : Perle va déjeuner dans un restaurant où elle fait la connaissance d’un riche négociant en champagne, Maurice Montbernon. Jérôme, quant à lui, est séduit par Maria la patronne du « Café de la Marine » et caresse un moment l’idée d’une vie rangée.

« Si la franchise était la condition sine qua non du mariage, le monde serait peuplé de vieilles filles ».

C’est une chronique, drôle, intelligente, menée à cent à l’heure par l’excellent Jean Delannoy, qui ne se contente pas d’être « au service » de son acteur principal, mais qui sait insuffler un rythme, une gouaille et qui n’omet jamais l’émotion et la mélancolie qui s’installent au fur et à mesure que l’on apprend à connaître Jérôme Napoléon Antoine. Jean Gabin a toujours apporté son vécu et sa véritable personnalité à ses rôles, homme du peuple comme l’homme du monde, routier ou président directeur général, sans domicile ou commissaire de police. Véritable caméléon, le monstre du cinéma français arbore ici un monocle, qui ne lui sert à rien, mais qui lui permet de tromper les apparences et d’appuyer ses arguments, quand il doit redoubler d’inventivité pour trouver de l’argent ou plonger quelques bonnes poires dans ses combines. Au contact de Perle (merveilleuse Micheline Presle), il va retrouver quelques bribes de sa jeunesse durant l’interlude qui les immobilise un petit bout de temps à l’écluse de Vérnisy. Mais Jérôme devra se rendre à l’évidence. Le temps a passé, son revers de fortune est bel et bien là et celui que l’on nomme encore « baron » est condamné à continuer sa route, seul, en vivant avec les spectres d’un passé désormais révolu et un présent qui ne s’annonce guère enthousiasmant.

“J’ai l’air d’un amiral, mais je ne suis qu’un théâtre ambulant…”.

Le scénariste Maurice Druon, auteur du roman Les Grandes familles, transpose ici une nouvelle de Georges Simenon. Outre un petit bijou de scénario, les dialogues signés Michel Audiard sont à se damner. Les répliques cultes s’enchaînent, ironiques, sarcastiques, mais jamais méchantes, toujours sur le fil entre l’humour et une langueur palpable. Artisan talentueux qui a toujours su s’entourer, Jean Delannoy est excellemment épaulé par Louis Page à la photographie, qui a souvent mis Jean Gabin en valeur (et qui continuera de le faire dans Le Cave se rebiffe, Un singe en hiver et Mélodie en sous-sol) et par Jean Prodomidès, compositeur méconnu (Le Bateau d’Emile, Sous le signe du taureau), qui souligne et prolonge habilement les états d’âme du personnage principal.

Le Baron de l’écluse n’est peut-être pas le premier film auquel on pense quand on évoque Jean Gabin, mais on ne peut s’empêcher d’être émerveillé devant son immense et flamboyante prestation, devant sa perfection, son charisme débordant, sa voix et sa générosité quand il donne la réplique à ses partenaires, dont la bouleversante Blanchette Brunoy. Formidable comédie douce-amère, Le Baron de l’écluse est emblématique d’un cinéma français de qualité, populaire, au sens le plus noble du terme.

LE DIGIBOOK

Troisième titre de la troisième salve de l’éditeur Coin de Mire Cinéma. Pour en savoir plus sur la collection La Séance et sur la composition de chaque Digibook prestige numéroté et limité à 3000 exemplaires, nous décortiquons tout cela à travers nos quatorze précédentes chroniques ! Le menu principal est fixe et musical.

Bienvenue dans votre cinéma préféré ! Nous allons immédiatement démarrer la séance avec tout d’abord le Pathé journal (9’30) de la 15ème semaine de 1960 ! Au programme, les blagues du premier avril, le pape Saint Jean XXIII qui nomme trois nouveaux cardinaux « Un noir et deux jaunes » (gloups), les manifestations à Londres et en Afrique du Sud, les grèves réprimandées au Japon ainsi que le tour de France réalisé par « Monsieur K » alias Nikita Khrouchtchev, que l’on suit de Rouen à Versailles. Puis nous voyons le Général de Gaulle être reçu en grande pompe par la Reine d’Angleterre.

Le film va bientôt démarrer, mais avant cela, lançons les réclames publicitaires (8’) ! Les caramels Kréma sont désormais disponibles dans un nouveau sachet, les glaces Stromboli vous attendent pour vous rafraîchir, le café Nescafé est prêt, le soutien-gorge Lou bien ajusté, le réfrigérateur Pontiac est à la bonne température et le cirage Cordoba fera briller vos souliers !

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

Signalons également que l’une des deux pochettes contenant les reproductions de dix photos d’exploitation d’époque (sur papier glacé) et de l’affiche du film au format A4, indique le nom des 163 personnes ayant contribué à la restauration du Baron de l’écluse lors de la campagne de financement participatif organisé par Celluloïd Angels en août 2018.

L’Image et le son

Attention, restauration 4K exceptionnelle réalisée à partir du négatif original ! Les travaux numériques et photochimiques ont été effectués par le laboratoire L21. Force est de constater que nous n’avions jamais vu Le Baron de l’écluse dans de telles conditions. Les contrastes affichent d’emblée une densité inédite, les noirs sont profonds, la palette de gris riche et les blancs lumineux. Si les arrière-plans fourmillent quelque peu durant le générique, les fondus affichent une stabilité indéniable, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration du film. Celle-ci se révèle extraordinaire, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin, y compris sur les séquences sombres et nocturnes logées à la même enseigne que les éblouissantes séquences diurnes. La photo du chef opérateur Louis Page (Un singe en hiver, Le Cave se rebiffe) n’a jamais été aussi resplendissante et le cadre brille de mille feux.

L’éditeur est aux petits soins avec le film de Jean Delannoy, puisque la piste mono bénéficie d’un encodage en DTS HD-Master Audio. L’écoute se révèle fluide, limpide et saisissante. Aucun craquement ou souffle intempestifs ne viennent perturber l’oreille des spectateurs, les dialogues sont clairs. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © TF1 Droits Audiovisuels / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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