Test Blu-ray / L’Auberge du pêché, réalisé par Jean de Marguenat

L’AUBERGE DU PÊCHÉ réalisé par Jean de Marguenat, disponible en Edition limitée Blu-ray & DVD le 25 mars 2026 chez Pathé.

Acteurs : Ginette Leclerc, Jean-Pierre Kerien, Édouard Delmont, Jean Parédès, André Valmy, Alice Tissot, Christiane Barry, Michel Ardan…

Scénario : Charles de Grenier, d’après le roman Café noir de Georges André-Cuel

Photographie : Charles Bauer

Musique : Henri Verdun

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1950

LE FILM

Gilberte, serveuse dans une auberge, rêve d’une autre vie. Alors quand un mystérieux voyageur lui confie un sac de billets de banque avant d’être assassiné, elle n’hésite pas à cacher son butin. Mais le danger se rapproche et Briquet, un inspecteur en vacances, décide d’enquêter sur l’affaire…

Voilà typiquement le genre de film dont on ne savait absolument rien, ou presque, avant de le découvrir. Trouver des informations, des photographies et même l’affiche s’est même avéré difficile. Nous nous retrouvons donc devant L’Auberge du pêché, ultime long-métrage de Jean de Marguenat (1893-1956), réalisateur aujourd’hui complètement oublié et dont deux films seulement étaient jusqu’à présent proposés en DVD ! Si l’on plonge un peu plus dans sa carrière, on découvre que ses plus grands succès sont liés – entre autres – à la présence de Noël-Noël, qui incarne le personnage d’Ademaï dans deux courts et un long-métrage mis en scène par Jean de Marguenat. Ce dernier dirigera les plus grands acteurs français des années 1930-40, Michel Simon, Suzy Vernon, Tino Rossi, Pierre Richard-Willm, Fernand Charpin, François Périer, Pierre Larquey, Fernand Ledoux, Jeanne Fusier-Gir, ils sont tous passés devant sa caméra. Dans L’Auberge du pêché, le cinéaste retrouve la superbe Brigitte Leclerc, sept ans après La Grande Marnière, et lui offre un double-rôle étonnant, puisque la comédienne interprète ici deux sœurs au caractère et au look diamétralement opposés. L’Auberge du pêché est l’adaptation du roman Café noir de Georges-André Cuel, publié en 1947, d’après un scénario de Charles de Grenier (également producteur). Que de noms méconnus, pour ne pas dire inconnus. Nous sommes ici en plein polar rural, qui fait penser à l’ambiance de certains livres de Georges Simenon. D’ailleurs, le policier impeccablement interprété par Jean-Pierre Kérien (Muriel, ou le temps d’un retour d’Alain Resnais, Trapèze de Carol Reed), présent par hasard et « à titre privé » puisqu’en vacances, chapeau vissé sur la tête et canne à pèche à la main, n’est pas sans rappeler un certain Maigret, qui passe son temps à observer, mais qui n’en pense pas moins. L’intrigue fonctionne, même si l’intérêt tend à s’épuiser dans la dernière partie…Néanmoins, L’Auberge du pêché vaut le coup d’oeil pour le soin apporté à la mise en scène, pour sa solide direction d’acteurs, sa très belle photographie signée Charles Bauer et pour son traitement à la croisée du film noir américain et du néoréalisme italien. Une curiosité.

L’ histoire commence sous un soir d’orage, où un mystérieux voyageur blessé se rend au café Rallier et confie à la servante des lieux, un sac contenant une fortune. Ce voyageur est assassiné et les propriétaires de l’auberge-café sont soupçonnés ainsi que la servante, mais cette dernière est à son tour assassinée. Un commissaire en vacances dans la région accompagné du notaire du coin, se lancent dans l’enquête.

Sans vraiment spoiler, il y a trois morts dans L’Auberge du pêché, une atmosphère trouble, sombre, violente…et pourtant l’humour demeure présent. On doit cette soupape à l’excellent Jean Parédès (L’Air de Paris, La Ronde, Fanfan la Tulipe), qui vole la vedette dans le rôle du notaire féru de romans policiers (il dévore un livre intitulé Du plomb dans les fesses), et se retrouve à la poursuite de véritables tueurs, aux côtés de ce cher commissaire Briquet. Il y a une multitude de personnages qui se croisent et s’entrecroisent au fil de ces 100 minutes. On retiendra aussi le couple de vieux aubergistes incarnés par Édouard Delmont (Regain) et Alice Tissot (Porte des Lilas, Belphégor), qui traînent visiblement quelques couacs avec les autorités (malgré son grand âge, monsieur est encore bien vert) et qui se retrouvent au centre d’une affaire criminelle…Mention spéciale aussi à la belle Christian Barry (Falbalas de Jacques Becker), dont on se souviendra des longues jambes nues quand elle traverse le cours d’eau…

Mais c’est bel et bien Ginette Leclerc qui crève l’écran une fois de plus dix ans après La Femme du boulanger de Marcel Pagnol. Il serait temps de réhabiliter celle qui fut l’une des plus grandes et plus belles actrices du cinéma français, une de ses rares femmes fatales aussi, qui aura traversé quasiment un demi-siècle du septième art, en tournant avec des pointures comme Max Ophüls (Le Plaisir), Henri Verneuil (Les Amants du Tage), Gilles Grangier (Gas-oil, Le Cave se rebiffe), Henri-Georges Clouzot (Le Corbeau), pour ne citer que ceux-là. Belle présence également du légendaire Howard Vernon, qui sortait alors du Silence de la mer de Jean-Pierre Melville.

On se laisse prendre facilement par cette petite histoire policière qui contamine une petite bourgade bourguignonne (en l’occurrence ici Semur-en-Auxois, où allaient être tournés Ni vu ni connu d’Yves Robert et même La Route joyeuse de Gene Kelly), qui parasite le train-train quotidien de ses habitants (qui fument et picolent sévère en enchaînant les verres de blanc dès le petit-dej), révèle la face cachée de certains, tandis que d’autres dévoilent un courage inattendu. Le dénouement est certes un peu brouillon, mais l’ensemble ne manque sûrement pas de charme et saura convaincre les amateurs de cinéma rétro qui résiste encore et toujours aux décennies qui passent.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Merci à Pathé de nous faire découvrir le réalisateur Jean de Marguenat, puisque jusqu’à présent, deux de ses films seulement (Le Guardian et Ademaï au Moyen-âge) étaient sortis en DVD chez René Chateau. Ce Combo de L’Auberge du pêché se présente sous la forme d’un Digipack à deux volets, élégant, sobre, glissé dans un fourreau cartonné du plus bel effet, aux couleurs de la collection Pathé Présente – Version restaurée. Le menu principal est animé et musical.

Un seul bonus est présenté sur cette édition, mais comme d’habitude, il s’agit d’un morceau de choix. En effet, nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises, l’excellente Cécile Dubost s’est chargée de nous éclairer sur le film qui nous intéresse aujourd’hui (23’). Comme elle l’a déjà fait pour Amok, Monsieur Taxi, Boulevard et La Rose de la mer, la productrice, scénariste et documentaliste revient sur le casting de L’Auberge du pêché (on adore comment elle rend systématiquement hommage aux seconds voire aux troisièmes couteaux), évoque la carrière du cinéaste Jean de Marguenat (qui signait ici son dernier film et par ailleurs son unique polar), avant d’en venir plus précisément à l’analyse du fond et de la forme. Comme l’indique le titre de ce module « Un film sous influence », Cécile Dubost dissèque L’Auberge du pêché, alors à la croisée des genres ou courants en vogue. « Un film qui appartient autant au genre policier qu’au film noir, avec des touches d’humour et reprenant certains codes issus du néoréalisme italien ». Enfin, Cécile Dubost indique les principales différences entre le roman de Georges André-Cuel et sa transposition au cinéma.

L’Image et le son

Les contrastes affichent d’emblée une remarquable densité, avec des noirs profonds, une palette de gris riche et des blancs lumineux. Seul le générique apparaît peut-être moins aiguisé, mais le reste affiche une stabilité exemplaire ! Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration 4K du film effectuée à partir du négatif original, réalisée par les laboratoires de L’Image Retrouvée. Celle-ci se révèle extraordinaire, aucune scorie n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin. La photo est resplendissante et le cadre au format respecté brille de mille feux. Ce master très élégant permet de (re)découvrir ce film méconnu dans une qualité technique admirable.

Belle présence de la musique emphatique, douce et intrigante signée Henri Verdun (Le Sang à la tête, L’Assassinat du Père Noël, L’Enfer des anges, Les Disparus de Saint-Agil). Pas de souffle constaté, mais en revanche, le volume des dialogues est parfois hasardeux, certains échanges étant même chuintants. Présence de sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant, ainsi que d’une piste Audiovision.

Crédits images : © Pathé Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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