
LA PETITE DERNIÈRE réalisé par Hafsia Herzi, disponible en DVD & Blu-ray le 19 février 2026 chez Ad Vitam.
Acteurs : Nadia Melliti, Park Ji-Min, Amina Ben Mohamed, Melissa Guers, Rita Benmannana, Razzak Ridha, Louis Memmi, Waniss Chaouki…
Scénario : Hafsia Herzi, d’après le roman de Fatima Daas
Photographie : Jérémie Attard
Musique : Amine Bouhafa
Durée : 1h50
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Fatima, 17 ans, est la petite dernière. Elle vit en banlieue avec ses sœurs, dans une famille joyeuse et aimante. Bonne élève, elle intègre une fac de philosophie à Paris et découvre un tout nouveau monde. Alors que débute sa vie de jeune femme, elle s’émancipe de sa famille et ses traditions. Fatima se met alors à questionner son identité. Comment concilier sa foi avec ses désirs naissants ?

On avait été emballé par ses précédents longs-métrages comme réalisatrice, Tu mérites un amour et Bonne Mère, on est maintenant subjugué par son dernier film en date, La Petite Dernière. Hafsia Herzi atteint les sommets avec cette adaptation du roman éponyme et autobiographique écrit par Fatima Daas, publié en 2020, pourtant jugé peu transposable au cinéma. La metteuse en scène signe seule le scénario et repasse derrière la caméra. Le résultat dépasse toutes les espérances et s’avère à l’image d’Hafsia Herzi elle-même, fiévreux, sensuel, brut et hyper-sensible. Récompensé par la Queer Palm et le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2025, mais aussi par le Prix Louis-Delluc, le César de la Meilleure révélation féminine et le Prix Lumières 2026 de la Révélation féminine, on peut dire que qu’Hafsia Herzi et Nadia Melliti ont fait le Grand Chelem avec La Petite Dernière ! Ou comment une œuvre dite de commande, puisqu’il s’agit au départ d’une idée des deux productrices Julie Billy (Vous n’aurez pas ma haine, Gagarine) et Naomi Denamur (Une amie désavouée), est devenue une œuvre personnelle, engagée, ambitieuse, audacieuse et qui s’inscrit finalement logiquement dans la filmographie de la réalisatrice. Il est fort à parier qu’Hafsia Herzi elle-même aurait joué le personnage de Fatima si La Petite Dernière était sorti il y a vingt ans. La comédienne révélée en 2007 par La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, récemment récompensée par le César de la meilleure actrice pour Borgo, est définitivement l’une des plus belles et grandes chrysalides du cinéma français depuis très longtemps.


Fatima, la fille cadette d’une famille d’immigrés algériens, grandit dans une banlieue parisienne. Les thèmes de l’amour et de la sexualité sont tabous pour elle. Lorsqu’elle quitte le lycée de banlieue pour se préparer à ses études, elle commence à prendre ses distances avec sa famille. Fatima découvre de nouveaux projets de vie et son homosexualité. Tout en débutant une nouvelle vie, elle reste attachée à sa foi musulmane et à sa famille.


Avouez qu’il y avait de quoi avoir « peur » en voyant tous ces sujets mixés, une héroïne maghrébine, musulmane pratiquante, attirée par les filles, vivant en banlieue. Mais c’était sans compter la virtuosité, l’intelligence, la pudeur et la délicatesse d’Hafsia Herzi. Celle qui avait illuminé Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie, Jimmy Rivière de Teddy Lussi-Modeste, L’Apollonide : Souvenirs de la maison close de Bertrand Bonello et bien d’autres se met ici en « retrait » pour se consacrer pleinement à sa mise en scène, étourdissante, immersive. Ce troisième long-métrage aux références assumées (Abdellatif Kechiche, les frères Dardenne, Andrea Arnold, Marcel Pagnol, Jean Renoir et Ken Loach) est un miracle de tous les instants, évite les pièges dans lesquels le cinéma français d’auteur a souvent tendance à tomber, pour ne pas dire à se vautrer. Cinéma social certes, mais La Petite Dernière n’oublie pas d’être aussi un divertissement, qui se déguste comme un roman (d’apprentissage), beau à regarder. Le film – comme son héroïne – a de la gueule, la photographie de Jérémie Attard, complice d’Hafsia Herzi (y compris de Suzanne Lindon sur Seize printemps, mais personne n’est parfait) est un ravissement, la musique signée Amine Bouhafa (La Belle et la meute d’Amine Bouhafa, Timbuktu d’Abderrahmane Sissako) participe à cet état d’hypnose ressenti durant 1h50. Hafsia Herzi est encore tombée juste avec sa distribution.


Remarquée durant un casting sauvage, Nadia Melliti crève, pulvérise l’écran dans le rôle – peu aisé, complexe – de Fatima et rappelle bien sûr Hafsia Herzi au même âge avec ce mélange détonnant de force volcanique et de fragilité comme du cristal. Une actrice est née. Même chose en ce qui concerne Park Ji-Min, déjà vue dans Retour à Séoul de Davy Chou et récemment dans Vie privée de Rebecca Zlotowski, dans lequel elle campait la femme de Vincent Lacoste. On est aussi heureux de retrouver aussi la formidable Melissa Guers, révélation de La Fille au bracelet de Stéphane Desmoustier.


Hafsia Herzi dresse le portrait de Fatima, qui quitte petit à petit le monde de l’adolescence pour entrer dans celui des adultes, en affrontant les préjugés, en essayant d’assumer ce qui est alors perçu comme une différence, ou pire comme un crime ou une maladie par une religion qui ne fait pas de demi-mesure. Fatima avance malgré tout, tête baissée, comme un bulldozer, en tentant de nouvelles choses, comme ces rendez-vous d’un soir, pour apprendre, comprendre aussi d’ailleurs. À travers ce récit d’émancipation, la réalisatrice touche à l’universel et surtout en plein coeur.


LE BLU-RAY
Après Tu mérites un amour (chez ARTE) et Bonne Mère (chez Blaq Out), La Petite Dernière débarque en DVD et Blu-ray chez Ad Vitam après son très beau succès dans les salles (plus de 400.000 entrées). Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur joint une interview croisée de Hafsia Herzi et de Nadia Melliti (21’). La réalisatrice revient sur sa découverte du roman de Fatima Daas, que les productrices Julie Billy et Naomi Denamur lui avaient conseillé de lire, dans l’espoir qu’elle en signe l’adaptation pour le cinéma. Après ce gros de coeur, Hafsia Herzi devait relever le défi artistique de sa première transposition au cinéma. La réalisatrice évoque ensuite le casting (y compris bien sûr la découverte de Nadia Melliti), les partis-pris et ses intentions (« il fallait que ce personnage existe au cinéma »), ainsi que les conditions de tournage. De son côté, la jeune comédienne parle de la façon dont elle a été repérée au cours d’un casting sauvage, de sa relation avec Hafsia Herzi, puis de la présentation du film au Festival de Cannes.


L’éditeur joint aussi le dossier de presse en partie ROM.
L’Image et le son
On ne change pas une équipe qui gagne puisque Hafsia Herzi a de nouveau fait appel à l’excellent chef opérateur Jérémie Attard (Tu mérites un amour, Bonne Mère, La Cour). Les contrastes sont denses et flatteurs pour les mirettes, la copie se révèle claire et lumineuse, le relief est appréciable, la colorimétrie chatoyante, les arrières-plans détaillés, les détails omniprésents. Le piqué est aiguisé à souhait, les conditions de visionnage demeurent plaisantes. Rien à redire, le moindre recoin du cadre large demeure splendide de précision sur les séquences diurnes tournées en extérieur. Ce Blu-ray est au format 1080p (AVC).
Ad Vitam joint une piste DTS-HD Master Audio 5.1 qui instaure une spatialisation musicale indéniable, avec des basses qui interviennent aux moments opportuns, à l’instar de toutes les scènes festives. Les ambiances naturelles et les effets annexes sont convaincants, avec une très bonne balance frontales-latérales. De ce point de vue il n’y a rien à redire, les enceintes assurent tout du long, les dialogues étant quant à eux exsudés avec force par la centrale. La Stéréo n’a souvent rien à envier à l’autre option acoustique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également de la partie, ainsi qu’une piste Audiodescription.


Crédits images : © June films Katuh studio Arte France mk2films / Ad Vitam / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
