Test DVD / Tu mérites un amour, réalisé par Hafsia Herzi

TU MÉRITES UN AMOUR réalisé par Hafsia Herzi, disponible en DVD le 15 janvier 2020 chez Arte Editions

Acteurs : Hafsia Herzi, Djanis Bouzyani, Jérémie Laheurte, Anthony Bajon, Sylvie Verheyde, Karim Ait M’Hand, Myriam Djeljeli, Alexander Ferrario…

Scénario : Hafsia Herzi

Photographie : Jérémie Attard

Musique : Nousdeuxtheband

Durée : 1h42

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Suite à l’infidélité de Rémi, Lila qui l’aimait plus que tout vit difficilement la rupture. Un jour, il lui annonce qu’il part seul en Bolivie pour se retrouver face à lui-même et essayer de comprendre ses erreurs. Là-bas, il lui laisse entendre que leur histoire n’est pas finie… Entre discussions, réconforts et encouragement à la folie amoureuse, Lila s’égare…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Hafsia Herzi a fait un sacré bout de chemin depuis sa découverte explosive en 2007 dans La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche, dans lequel elle ensorcelait le spectateur avec entre autres une danse du ventre inoubliable. Un rôle qui lui a valu de multiples récompenses, dont le César du meilleur espoir féminin, ainsi que le Prix Marcello-Mastroianni à la Mostra de Venise. Née à Manosque en 1987, la comédienne a depuis enchaîné les tournages et donné la réplique à Jean-Paul Belmondo dans Un homme et son chien (2009) de Francis Huster, collaboré avec Alain Guiraudie (Le Roi de l’évasion), Raja Amari (Les Secrets), Teddy Lussi-Modeste (Jimmy Rivière), Radu Mihaileani (La Source des femmes), Bertrand Bonello (L’Apolonnide : Souvenirs de la maison close), prêté sa voix à Zlabya dans Le Chat du rabbin de Joann Sfar et Antoine Delesvaux, bref Hafsia Herzi n’a cessé de tourner, parfois trois à quatre films par an. Pas étonnant de la retrouver derrière (et devant) la caméra pour Tu mérites un amour, son premier long métrage en tant que réalisatrice, présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2019. Cette fois encore, Hafsia Herzi a su frapper le coeur des spectateurs, puisque son film a reçu de nombreux prix dans quelques festivals du film, à Angoulême, en passant par Moulins, Stockholm, La Baule et Bruxelles. Tu mérites un amour est un vrai petit coup de maître. Un drame sentimental représentatif de son auteure, à la fois sensuel, drôle, lumineux, délicat et d’une sensibilité à fleur de peau. Un film fort et pourtant fragile comme du cristal.

Hafsia Herzi a su emmagasiner le talent des divers cinéastes qui l’ont dirigé depuis plus de dix ans. Son premier long métrage témoigne d’un vrai talent technique avec une caméra organique qui colle au plus près des personnages, qui capture les sentiments, les respirations, les regards. Sur un rythme vif, la réalisatrice, actrice, scénariste et productrice invite les spectateurs à suivre son personnage, Lila, devant affronter un deuil amoureux. Perte des repères, confusions, troubles, Lila se raccroche à ce qu’elle peut, y compris un infime espoir que sa relation reprenne. Hafsia Herzi restitue le vertige de la rupture et de la prise de conscience quand tout est fini et qu’il faut bien continuer à vivre. La mise en scène ne place pas le spectateur en tant que voyeur, mais comme compagnon forcément empathique de Lila, que l’on a envie de soutenir, de protéger, de prendre dans nos bras. Sur ce sujet universel, Hafsia Herzi livre également une superbe prestation et crève l’écran une fois de plus. Quasiment de tous les plans, Lila ne quitte pas l’écran et l’audience la regarde avancer, tomber, se relever, se perdre, emprunter divers chemins, parfois inattendus et inexplicables comme lorsqu’elle rencontre un couple libertin, mais toujours soutenue par ses amis. C’est aussi là qu’il faut saluer l’excellence du casting, dont Djanis Bouzyani (récompensé à plusieurs reprises pour sa prestation), Jérémie Laheurte (vu dans La Vie d’Adèle), Anthony Bajon (Ours d’argent du meilleur acteur pour son rôle dans La Prière de Cédric Kahn), et tous les autres comédiens, géniaux de naturel et à l’énergie contagieuse. Il y a aussi cette liberté qui irrigue le film, sur le fond comme sur la forme, qui rappelle souvent le cinéma d’Eric Rohmer. Ce qui n’est pas un mince compliment.

Le cinéma est un voyage et Tu mérites un amour, titre emprunté à un poème écrit par Frida Khalo, est une de ces promenades que l’on fait en sachant que l’on ne l’oubliera pas et à laquelle on repensera de temps en temps en se demandant ce que Lila a bien pu devenir.

LE DVD

Après sa sortie dans les salles en septembre 2019, Tu mérites un amour débarque en DVD chez Arte Editions. Boîtier classique Amaray, glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Tout d’abord, l’éditeur propose de (re)découvrir les premiers pas d’Hafsia Herzi derrière la caméra avec son premier court court-métrage intitulé La Rodba (2010, 15’30). Matteo (Guillaume Gouix), jeune homme d’origine italienne, accompagné de ses parents, est venu demander la main de Nina (Morjana Alaoui) à sa famille, d’origine maghrébine. Un rituel important à leurs yeux, qui s’appelle le Rodba. Moment très intense pour les jeunes gens, malheureusement perturbé par l’insupportable présence de la petite sœur de Nina, Aya (Hafsia Herzi). Car Aya n’a qu’une obsession dans la vie : devenir réalisatrice ! Et cette envie, elle compte bien l’assouvir, quitte à totalement bouleverser cette journée. Car quel meilleur terrain pour elle que de filmer ce moment, quitte à le mettre en péril ! Un court-métrage drôle et explosif !

Nous trouvons ensuite quelques scènes du film (21’) commentées par Hafsia Herzi, parfois accompagnée de son chef opérateur Jérémie Attard et d’une partie de son casting. Dommage de ne pas avoir pu bénéficier du commentaire audio sur l’intégralité de Tu mérites un amour, tant la bonne humeur y est communicative et les informations très sympas.

L’Image et le son

Aret Editions livre un bien joli master de Tu mérites un amour. La colorimétrie est vive, chaleureuse, la luminosité des séquences diurnes flatte la rétine, le cadre large habilement exploité et le piqué à l’avenant. Si la définition n’est pas optimale, notamment sur les scènes sombres, les détails sont multiples, les gros plans soignés, les contrastes denses. Du bel ouvrage.

La piste Dolby Digital 5.1 privilégie une spatialisation musicale particulièrement réussie. Les voix demeurent solidement plantées sur la centrale, la balance gauche-droite ne manque pas de punch. Quelques ambiances naturelles parviennent à poindre sur les latérales mais le caisson de basses reste trop discret, à part lors de la soirée en boite de nuit (39è minute). Il n’y a rien à redire concernant la stéréo, ample et riche, offrant de remarquables conditions acoustiques. L’éditeur joint également les sous-titres destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Les Films de la Bonne Mère / Babe Films / Arte France / Rezo Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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