Test DVD / Seize printemps, réalisé par Suzanne Lindon

SEIZE PRINTEMPS réalisé par Suzanne Lindon, disponible en DVD le 6 octobre 2021 chez Blaq Out.

Acteurs : Suzanne Lindon, Arnaud Valois, Frédéric Pierrot, Florence Viala, Rebecca Marder, Arthur Giusi, Arthur Giusi-Périer, Pauline Rugo, Dominique Besnehard…

Scénario : Suzanne Lindon

Photographie : Jérémie Attard

Musique : Vincent Delerm

Durée : 1h15

Année de sortie : 2021

LE FILM

Suzanne a seize ans. Elle s’ennuie avec les gens de son âge. Tous les jours pour aller au lycée, elle passe devant un théâtre. Elle y rencontre un homme plus vieux qu’elle qui devient son obsession. Grâce à leur différence d’âge, ils pensent ne plus s’ennuyer ensemble et tombent amoureux. Mais Suzanne sent qu’elle risque de passer à côté de sa vie, celle de ses seize ans qu’elle avait tant de mal à vivre comme les autres.

Pauvre petite…A l’âge de 15 ans, Suzanne Lindon (née en 2000) commence à écrire un film, Seize printemps, car elle ne sait pas trop quoi faire pendant que sa mère Sandrine Kiberlain est en pleine promotion de Floride de Philippe Le Guay et que son père Vincent Lindon reçoit le Prix d’interprétation au Festival de Cannes pour La Loi du marché de Stéphane Brizé, avant d’obtenir quelques mois plus tard le César du meilleur acteur. « Et pourquoi pas moi ? » a dû se dire cette demoiselle qui trouve alors le temps long au lycée Henri-IV, tout en éparpillant ses ongles rongés d’impatience sur les trottoirs du Quartier latin. Qu’à cela ne tienne, elle prend son stylo plume Montblanc et s’empare de son papier à lettres parfumé au jasmin pour y coucher une histoire vaguement inspirée par L’Effrontée de Claude Miller, matinée de La Boum de Claude Pinoteau, ses films cultes. Désirant être comédienne avant tout, Suzanne Lindon passera les années suivantes à s’imaginer elle-même dans le film qu’elle écrit entre une soirée Ozu au Champo et une rétro Rohmer à la Cinémathèque. En 2021 sort sur les écrans Seize printemps, qu’elle a donc écrit, qu’elle réalise et interprète. Moult cinéastes et scénaristes en herbe rêveraient de voir l’une de leurs créations, non seulement entrer en production, mais aussi et surtout être exploitée dans les salles. C’est là que le bât blesse pour Suzanne Lindon, qui en voulant « être légitime » comme elle le dit, n’a pas dû connaître, ou à peine, les difficultés quotidiennes, récurrentes et même éternelles des « autres », pour que son long-métrage soit mis en route. Et disons-le franchement, Seize printemps est plus qu’un mauvais film, c’est un nanar, un mauvais film sympathique donc, devant lequel on rit pendant ces incroyables 75 minutes remplies de clichés, qui font penser à une parodie ultime du film d’auteur hexagonal. Vous vous rappelez du sketch de la Cérémonie des Escarres des Inconnus ? Les films que ces génies y parodiaient n’étaient rien à côté de Seize printemps. « Je ne m’attendais à rien et je suis quand même déçu » comme dirait aussi un certain Dewey…

Elle ne s’ennuie pas Suzanne, elle se fait royalement ch… du haut de ses seize ans et de son chemisier Chanel, qu’elle revêt tous les jours. On ne sait pas s’il s’agit du même ou si elle le possède en plusieurs exemplaires. D’ailleurs, on ne veut pas le savoir. Dans sa petite chambre – décorée d’un poster de Bambi – du cent mètres carrés de ses parents, qui donnent eux-mêmes l’impression de s’emmerder avec leur regard bas et leur bouche de smiley triste, Suzanne voit les jours passer, qui se ressemblent. Comme il semble encore loin le temps où elle pourra faire ce qu’elle veut, comme voter pour la première fois aux élections de 2022 pour Anne Hidalgo, parce qu’elle est persuadée que cette dernière pourra faire pour la France ce qu’elle a fait pour Paris, comme débarrasser le Boulevard Saint Germain des SDF qui squattaient devant l’UGC Odéon. Suzanne est une jeune fille, sur le point de devenir une jeune femme, comme les autres, ou presque. Elle rejoint ses camarades de classe, une meute serrée devant les portes du lycée, dit à peine bonjour, prend la pose, la tête penchée (que de pensées qui vous assaillent et vous pèsent donc sur les vertèbres), en mode fish gape (pour montrer qu’elle est submergée par le spleen), les yeux dans le vide (pour éviter de croiser le regard d’un autre et d’entamer une conversation qui ne l’intéresse pas), se remet constamment une mèche de cheveux derrière l’oreille, et se trompe parfois de côté tellement Suzanne est étourdie. Quand elle a terminé de « penser », Suzanne sort un livre de Boris Vian de son sac, glisse le long d’un poteau, emportée par les mots de l’auteur de J’irai cracher sur vos tombes.

Puis, elle part oublier son mal-être existentiel en allant se mettre minable au café de Flore du coin, le Café du Théâtre situé à côté de L’Atelier, en buvant diabolo grenadine sur diabolo grenadine (« c’est beau la couleur de votre truc ! » « c’est de la grenadine avec de la limonade ! »), celui à la menthe c’est passé de mode. A dix balles la limonade, c’est dire si Suzanne a de gros soucis. Mais ça c’était jusqu’au jour où elle croise le regard d’un comédien, celui de Raphaël, interprété par Arnaud Valois, l’une des révélations de 120 battements par minute de Robin Campillo. C’est le coup de foudre, mais Suzanne ne le sait pas vraiment. Quelques auréoles apparaissent pourtant sur son chemisier, mais elle ne sait pas si c’est parce qu’elle est émue ou parce qu’elle ne s’est pas changée depuis une semaine. Mais une histoire peut-elle exister entre cette ado et ce mec de 35 ans bien tapés, même si chacun semble se reconnaître dans l’autre et que leurs mains dansent à l’unisson sur la table dans cette scène déjà culte. Durant cette longue séquence de « chorégraphie », n’hésitez pas à lire le menu derrière nos deux protagonistes, la truite aux amandes est à 13 euros et l’escalope normande à 14. C’est très intéressant. Dans le même restaurant, Raphaël viendra y manger une tartine de confiture à la fraise. Suzanne le regardera croquer dans la mie rougie par le sucre, en se mordant les lèvres. Si cela reflète son émoi, les amateurs de nanars penseront à la scène anthologique de la tartine dans T’aime de Patrick Sébastien, mètre étalon du genre, mais il s’agit sûrement d’une simple coïncidence. Plus tard, en repensant à ce type bâti comme une armoire à glace, Suzanne se met à embrasser le miroir de son dressing. Elle en a de l’imagination la coquine.

Suzanne est perdue, ça se voit car sa bouche s’ouvre un peu plus et que ses yeux sont presque fermés tellement elle réfléchit encore. Alors, elle tente de parler un peu plus à sa famille, le matin, devant le petit déjeuner. Une scène qui revient à plusieurs reprises, car le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée. Une conversation démarre. « Salut. » « Salut. » « Bien dormi ? » « Oui. Vous faites quoi aujourd’hui ? » « Bah je vais travailler. » « Ah ! » « Oui. » « Et moi j’ai des rendez-vous toute la journée. » « Bonne journée ! » « Oui, toi aussi. ». C’est sans trucage et ce genre de répliques ponctuent chaque séquence. Du coup, Suzanne ne sait pas à qui parler. Elle préfère essayer de faire comme si de rien n’était, se rend à une soirée, où elle s’efface encore plus. Elle va si mal qu’elle décide de boire une bière. Mais comme elle le dit à une nana assise à côté d’elle « La bière je trouve ça chiant. Toi t’as l’air d’aimer ça la bière ! Tu veux la mienne ? ». Elle a des goûts arrêtés comme ça Suzanne, elle ne revient pas en arrière. Elle met de force sa bouteille dans la main de celle qui a l’outrecuidance d’aimer l’orge fermenté. Heureusement, elle ira mieux très rapidement après et part espionner Raphaël dans ses répétitions (Dominique Besnehard apparaît et dit le mot « chêne » à plusieurs reprises, ce qui n’est pas sympa pour lui), en l’observant derrière un poteau sur lequel elle s’appuie en poussant des petits soupirs. Qui a dit phallique ? Après cela, Suzanne prend un peu plus confiance en elle et se met à danser dans la rue (elle chantera même le générique de fin sur une musique de Vincent Delerm) en entendant Christophe chanter Señorita dans sa tête. Mais elle est heureuse, ça se voit, son chemisier est un peu plus ouvert.

Paname Distribution présente, en collaboration avec la société de production de Yann Barthès (raison pour laquelle Suzanne Lindon avait été invitée dans Quotidien avec un accueil royal et un diabolo grenadine), Seize printemps. Sélectionné au festival de Cannes, le film sort sur les écrans à la mi-juin 2021 dans près de 110 salles et attire à peine 14.000 spectateurs en deux semaines d’exploitation. La critique est assassine. Pourtant, l’ensemble n’est pas « plus mal » réalisé que le tout-venant du cinéma français, c’est juste qu’il n’a absolument rien à dire ou plutôt qu’il le fait très maladroitement, sans aucune maturité, ni recul. En voulant s’adresser aux jeunes de sa génération, Suzanne Lindon ne s’adresse en fait à personne puisqu’en brossant le portrait d’une fille volontairement déconnectée des autres, son personnage est repoussant d’orgueil et ne crée aucune empathie. Il est facile de se moquer « gentiment » de Suzanne (celle du film), qui a eu la malchance de naître dans une famille aisée, mais qui ne le montre pas tant que ça, surtout pas le père (l’excellent Frédéric Pierrot) qui est toujours mal peigné, ce qui trahit aussi peut-être le fait qu’il est lui-même lunaire…ou que lui aussi s’escagasse dans sa vie de bourgeois.

Suzanne Lindon manque singulièrement de spontanéité, de charme, d’élégance. En voulant brûler les étapes, elle se prend les pieds dans le tapis dans tout ce qu’elle entreprend. Elle participerait à Objectif Top Chef, Philippe Etchebest lui mettrait une étoile en lui disant de retourner sur les bancs de l’école pour apprendre, car celle-ci n’est pas prête du tout, autant pour passer derrière la caméra que pour apparaître devant. En attendant, on a bien rigolé devant son film mélancoMique et c’est déjà ça.

LE DVD

Seize printemps connaît une sortie en DVD. Faites-vous votre propre idée sur le film de Suzanne Lindon avec cette édition concoctée par Blaq Out et distribuée par ESC Distribution. Le menu principal est fixe et musical.

Prolongez le film par l’interview de Suzanne Lindon présentée comme supplément de ce DVD (32’). Celle-ci revient sur la genèse de Seize printemps (qu’elle avait donc commencé à écrire quand elle avait 15 ans), né de son désir de devenir comédienne et d’être légitime de faire ce métier. Si son film n’est pas réussi du tout (euphémisme), on comprend les motivations de Suzanne Lindon, dont la fragilité ne fait aucun doute. Mais quelques séances chez un psy aurait sans doute été préférables, plutôt que de livrer ses états d’âme de façon maladroite dans un film, aux yeux de tous et surtout de la critique, qui n’a pas été tendre (euphémisme encore) avec Seize printemps à sa sortie. « Pour exister dans ce métier, je devais faire quelque chose que ma famille n’avait pas fait, donc j’ai écrit et réalisé ce film ». cette phrase nous hante un peu pour tout vous avouer…Dans le reste de cet entretien, Suzanne Lindon aborde les films qui l’ont bercé et influencé (Woody Allen, James Gray, Running on Empty de Sidney Lumet, La Boum de Claude Pinoteau, les films d’Eric Rohmer, A nos amours de Maurice Pialat, L’Effrontée de Claude Miller sont évoqués), ses intentions (« une chronique adolescente qui s’adresse à tout le monde, un film qui ne serait pas enfermé dans une génération et qui traverserait la vie, qui serait intemporel») et les partis-pris (peu de lieux, une intrigue se déroulant sur très peu de jours), les scènes de danse (inspirées de James Thierrée et de Pina Baush), les conditions de tournage, le casting, la musique, l’utilisation des chansons de Christophe… Se disant « nostalgique d’un temps qu’elle n’a pas connu », Suzanne Lindon est attachante certes, mais on ne peut que lui conseiller de travailler encore ardemment pour obtenir réellement cette légitimité (« Il faut qu’on ait du désir pour moi » dit-elle) après laquelle elle court depuis toujours.

L’Image et le son

Pas d’édition HD pour Seize printemps, mais une édition standard de haut niveau, qui respecte les partis pris du directeur de la photographie Jérémie Attard (Tu mérites un amour d’Hafsia Herzi). Les contrastes sont fermes, le piqué acéré, les détails appréciables. Certaines petites baisses de la définition n’entament en rien le confort de visionnage.

Les ambiances naturelles sont un peu plus discrètes et finalement, l’ensemble de l’action se retrouve canalisé sur les enceintes frontales en ce qui concerne ce mixage Dolby Digital 5.1. Néanmoins, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Blaq Out / Paname Distribution / Avenue B Productions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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