Test Blu-ray / La Nuit déchirée, réalisé par Mick Garris

LA NUIT DÉCHIRÉE (Sleepwalkers) réalisé par Mick Garris, disponible en DVD et Blu-ray le 24 février 2021 chez BQHL Editions.

Acteurs : Brian Krause, Mädchen Amick, Alice Krige, Jim Haynie, Cindy Pickett, Ron Perlman, Mark Hamill…

Scénario : Stephen King

Photographie : Rodney Charters

Musique : Nicholas Pike

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1992

LE FILM

Charles Brady et sa mère Mary sont les derniers survivants d’une race de chasseurs nocturnes, qui n’appartient pas à notre monde, entretenant aussi des relations incestueuses. Ce sont des félidés ne pouvant rester en vie qu’en se nourrissant de la force vitale d’une jeune vierge. Capables de se métamorphoser et de cacher leur apparence de fauve sous un aspect humain rassurant, ils s’installent à Travis, petite ville tranquille de l’Indiana, et se mettent en chasse. Une seule chose peut les tuer : les chats.

Le réalisateur Mick Garris (né en 1951) est un habitué de l’univers de Stephen King et détient probablement le record d’adaptations à l’écran des œuvres du maître de l’horreur ! C’est en 1992 qu’il démarre sa collaboration avec le romancier, qui lui écrit le film La Nuit déchiréeSleepwalkers, un scénario original et non tiré d’un de ses livres. Suivront l’ambitieuse transposition du FléauThe Stand, minisérie diffusée dès 1994, une nouvelle adaptation de Shining en 1997, Quicksilver Highway, téléfilm à la fois basé sur les nouvelles Le Dentier claqueur (parue en 1993 dans le recueil Rêves et Cauchemars) de Stephen King et Le Corps politique de Clive Barker, Riding the Bullet (2004) d’après la nouvelle Un tour sur le Bolid’, puis DésolationDesperation en 2006, et enfin La Maison sur le lacBag of Bones réalisé pour la télévision en 2011. Mais pour l’heure, La Nuit déchirée est un thriller fantastique lorgnant vers la comédie, ou une comédie-fantastique c’est selon, qui commence de façon sérieuse et qui bifurque petit à petit vers le second degré. Il s’en dégage un côté nawak voire inclassable, qui rappelle l’univers de la série des Contes de la crypte, où brille la beauté insolente de la sublime Mädchen Amick, qui sortait alors de l’univers de Twin Peaks. Auréolé d’un joli succès commercial à sa sortie, La Nuit déchirée est rapidement devenu un petit film culte, sur lequel les années glissent doucement et qui demeure un divertissement quelque peu frappadingue et souvent jubilatoire.

La troublante Mary Brady et son fils Charles s’installent discrètement à Travis, une tranquille petite localité de l’Indiana. Des nouveaux résidents semble-t-il ordinaires sauf que, cette fois, les apparences sont trompeuses : ces deux-là sont les derniers représentants de la race des félidés, des créatures monstrueuses qui ne peuvent survivre qu’en buvant le sang des vierges. Très vite, Charles Brady jette son dévolu sur Tanya Robertson, une belle lycéenne à laquelle il prend le risque de révéler sa véritable nature…

Mick Garris a fait ses classes comme réalisateur de making-of. On lui doit ceux consacrés aux tournages de Hurlements – The Howling (1981) de Joe Dante, The Thing (1982) de John Carpenter et The Goonies (1985) de Richard Donner, qui démontrent son amour pour le genre. Il signe son premier long-métrage pour le cinéma avec le légendaire Critters 2 (1988), avant d’enchaîner Psychose IV – Psycho IV: The Beginning (1990). Autant dire que le metteur en scène n’a jamais caché son affection pour l’épouvante. Il créera d’ailleurs la série Masters of Horrors en 2005. Sa rencontre avec le maître de l’horreur était pour ainsi dire inévitable et La Nuit déchirée reste un savoureux cocktail d’hémoglobine et d’humour, souvent inattendu et pourtant attachant. On suit cette histoire quelque peu dérangeante entre une mère et son fils, Charles et Mary, survivants d’une race millénaire, interprétés par les excellents Brian Krause (connu des téléspectateurs pour avoir incarné Leo Wyatt dans la série télévisée fantastique Charmed) et Alice Krige (Les Chariots de feu, Le Fantôme de Milburn, Barfly), qui doivent penser à leur survie et trouver la perle rare dont ils aspireront la force vitale, afin de se régénérer. Le problème, c’est que leurs seuls ennemis, les chats, commencent à environner leur habitation, comme les oiseaux du film d’Alfred Hitchcock, auquel Mick Garris et Stephen King rendent explicitement hommage dans la première scène qui se déroule à Bodega Bay. Charles et Mary vivent comme un couple, entretiennent des relations sexuelles et Mary devient jalouse des sentiments que semble éprouver Charles pour la jeune Tanya, étudiante et ouvreuse dans un cinéma. Cette dernière est vraisemblablement celle que Mary attendait pour lui voler son énergie, mais ce que Charles éprouve pour Tanya pourrait contrecarrer leur plan et donc menacer leurs existences.

On sait que Stephen King a connu une période sombre durant laquelle il ingurgitait tous les alcools ambrés passant à sa portée, tout en sniffant quelques rails étalés sur ses manuscrits. Parallèlement à l’écriture de Bazaar, Jessie, Terres perdues et Dolores Claiborne, le romancier trouvait le temps de pondre le scénario de la minisérie Contretemps et le film La Nuit déchirée. Autant dire que Stephen King n’a jamais été aussi prolifique que durant ces années-là, malgré le cerveau embrouillé par la came et la bibine. Cela se ressent dans Sleepwalkers, dont le scénario part un peu en cacahuète à mi-temps, sans qu’on puisse s’y attendre. Car si le film est jusque-là marqué par des petites touches d’humour et de légèreté, cela n’est pas comparable à la rupture définitive qui s’opère lors de la scène du cimetière, comme si un nouveau film démarrait subitement. Cette brisure pourra en décontenancer plus d’un, mais une fois accepté ce revirement, La Nuit déchirée se déguste comme un cocktail, qui apparaît d’abord hétérogène, mais dont les ingrédients finissent par s’imbriquer pour emmener les spectateurs là où ils étaient loin de l’imaginer.

Si le couple étrange et repoussant, même s’il est permis d’imaginer que la mère et le fils sont ici des façades et que les liens entre Mary et Charles sont plus d’ordre de la créature et du monstre qu’elle a créé, nous n’avons d’yeux que pour Mädchen Amick, éternelle Shelly Johnson de la série Twin Peaks, qui inspirait les auteurs de genre au début des années 1990, puisque l’actrice venait de tourner le sympathique Robe de sang – I’m Dangerous Tonight de Tobe Hooper. En la voyant ici crever l’écran, on regrette de ne pas avoir vu la comédienne plus souvent au cinéma. Également présents au générique, Cindy Pickett et Lyman Ward, qui incarnent les parents de Tanya dans le film, étaient déjà mariés à l’écran dans La Folle Journée de Ferris Bueller (dans lequel ils jouaient les parents le père et la mère du héros) et sont aujourd’hui encore mari et femme à la ville. Les cinéphiles reconnaîtront aussi John Landis, Joe Dante, Tobe Hooper, Clive Barker et Stephen King lui-même !

Non seulement La Nuit déchirée – Sleepwalkers repose sur un très bon casting (avec même une apparition de Ron Perlman et de Mark Hamill) et une mise en scène non dénuée de charme, mais la photographie de Rodney Charters est aussi soignée, les maquillages et effets spéciaux amusants annoncent ceux à venir de Buffy contre les vampires – Buffy the Vampire Slayer, le montage n’a pas besoin d’avoir recours aux jump cuts pour créer une tension ou l’effroi et l’ensemble reste aussi piquant qu’un bonbon acidulé.

LE BLU-RAY

Il fallait remonter plus de vingt ans en arrière pour retrouver la première et seule édition DVD de La Nuit déchirée sortie en France. Si elle arborait les couleurs de Sony Pictures en 2000, cette nouvelle édition Standard affiche désormais celles de BQHL Editions, qui propose également le film de Mick Garris en Haute-Définition. Le visuel reprend celui de la mythique affiche originale, tout comme le menu principal, animé et musical.

Seule la bande-annonce est présentée en guise de supplément.

L’Image et le son

Si le master présenté a visiblement quelques heures de vol, La Nuit déchirée est enfin proposé en France dans une édition digne de ce nom, en Blu-ray au format 1080p. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce petit lifting lui sied à ravir. Tout d’abord, la propreté de la copie est indéniable, pas totalement dépourvue de scories certes, mais au final fort acceptable. La clarté HD et la colorimétrie pimpante flattent les rétines sur les séquences en extérieur. Dès la fin du générique d’ouverture, marqué par un grain plus prononcé, les contrastes trouvent une certaine fermeté, le piqué est renforcé et les noirs plus denses, les détails sur les décors abondent, sans oublier la profondeur de champ. Des plans peuvent paraître plus doux, mais jamais le film de Mick Garris n’était apparu ainsi dans nos contrées.

La Nuit déchirée est disponible en version originale et française DTS HD Master Audio 2.0. La première instaure un confort acoustique plaisant avec une délivrance suffisante des dialogues, des effets annexes convaincants et surtout une belle restitution de la musique. La piste française est du même acabit et le doublage est particulièrement réussi. Les deux options acoustiques sont propres et dynamiques.

Crédits images : © BQHL Editions / Columbia / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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