Test Blu-ray / La Chevauchée fantastique, réalisé par John Ford

LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE (Stagecoach) réalisé par John Ford, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livre le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Claire Trevor, John Wayne, Andy Devine, John Carradine, Thomas Mitchell, Louise Platt, George Bancroft, Donald Meek, Berton Churchill, Tim Holt, Tom Tyler…

Scénario : Dudley Nichols, d’après une histoire originale de Ernest Haycox

Photographie : Bert Glennon

Musique : Gerard Carbonara

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1939

LE FILM

La diligence est le lieu de rencontre de neuf personnes qui font route, en Arizona, sur une piste menacée par les Indiens de Geronimo. Dallas, une prostituée, est chassée de la ville, tout comme Josiah Boone, un vieux médecin alcoolique. Mrs Mallory, enceinte, va rejoindre son mari, un officier, tandis que Hatfield, un joueur, décide de l’accompagner par galanterie. Gatewood, le banquier, s’enfuit avec l’or déposé chez lui. Mr Peacok, qui place du whisky dans les saloons, regagne sa famille à Kansas City. Curly Wilcox, le shérif, accompagne le conducteur Buck, sur cette route dangereuse. À la sortie de la ville, ils prennent un autre passager, Ringo Kid, qui souhaite exécuter les trois frères Plummer, assassins de son père et de son frère. Toutes ces personnes font le difficile apprentissage de la cohabitation dans un espace clos. Le voyage se poursuit dans une atmosphère de plus en plus tendue.

La Chevauchée fantastique Stagecoach, John Ford, 1939. Rien qu’à la lecture de ce titre, le cinéphile se sent pousser des ailes, sourit, pense à beaucoup de scènes, notamment l’apparition de John Wayne, capturée dans un travelling avant. Avec ce plan, le comédien âgé de 32 ans devient une star, alors qu’il bourlinguait depuis 1926, tournant parfois jusqu’à dix films par an. D’ailleurs, le cinéaste lui avait déjà donné sa chance à plusieurs reprises, au moins une demi-douzaine de fois. Mais c’est avec La Piste des géants The Big Trail (1930) de Raoul Walsh, que Marion Robert Morrison, de son vrai nom, commence à se faire une place dans le milieu et ce malgré l’échec commercial du film. Mais ce n’est qu’un faux départ en fait. La Chevauchée fantastique va le lancer définitivement sur le devant de la scène et ce durant quasiment durant les quarante années suivantes, jusqu’à son ultime long-métrage, Le Dernier des géants The Shootist de Don Siegel. Le film sera un triomphe international et recevra sept nominations aux Oscars. Le western fait son comeback dans les salles, le genre est réévalué par les critiques et John Wayne, dont le cachet égalise désormais celui de Clark Gable et de Gary Cooper, reçoit moult propositions de la part des grands cinéastes (George Sherman, Raoul Walsh de nouveau), mais signe encore avec John Ford pour Les Hommes de la mer The Long Voyage Home, qu’il tourne l’année suivante. Mais pour l’heure, La Chevauchée fantastique, d’après un scénario signé Dudley Nichols (Dieu est mort, La Rue rouge) et Ernest Haycox (Les Clairons sonnent la charge, Le Cavalier de la mort, Pacific Express), en collaboration (non créditée) avec Ben Hecht (Le Plus grand cirque du monde, Le Carrefour de la mort, Les Enchaînés), s’inspirent d’une nouvelle du second, elle-même adaptée de Boule de Suif de Guy de Maupassant. Et c’est un chef d’oeuvre incontesté du septième art qui se joue devant nos yeux.

Juin 1885. À travers un territoire menacé par les Apaches et leur chef Geronimo, sur le pied de guerre, la diligence conduite par Buck arrive à Tonto, territoire de l’Arizona. Il transporte la paie des ouvriers de la mine et trois passagers dont Peacock, un bourgeois timoré et Lucy Mallory, l’épouse d’un officier qu’elle comptait rejoindre à Lordsburg, Nouveau-Mexique. Son amie, femme d’officier, lui apprend qu’il vient d’être rappelé à Dry Fork, la prochaine étape de la diligence. Lucy remarque la prestance de Hatfield, un joueur professionnel, natif du Sud, de mauvaise réputation. Buck cherche son chef d’escorte mais le shérif, Curley Wilcox, lui dit qu’il est parti à la recherche de Ringo Kid qui s’est évadé de prison. Buck dit à Curley que Ringo se dirige certainement vers Lordsburg pour se venger de Luke Plummer. Curley décide alors de faire office de chef d’escorte. Henry Gatewood, le banquier, reçoit en dépôt les 20 000 dollars apportés par la diligence. L’alcoolique Doc Boone est chassé de son logement par sa revêche propriétaire qui lui reproche ses loyers impayés. Dallas, une prostituée, est également chassée de la ville. C’est ce qu’a décidé la « Law and Order League». Doc, philosophe, lui conseille de partir avec dignité… mais en profite pour faire une halte dans le bar de Johnny pour se faire payer un dernier whisky en guise d’adieu. Là, il apprend que Peacock, qui rentre au Texas et va prendre la diligence, est représentant en whisky. Doc le surveille alors de près à cause du précieux contenu de sa mallette d’échantillons de son alcool favori. Gatewood, excédé depuis longtemps par sa revêche de femme appartenant à la ligue de vertu, vole l’argent des mineurs qu’il met dans sa valise. Le lieutenant Blanchard vient remettre une lettre au shérif pour Lordsburg, ils vont les accompagner jusque Dry Fork avant qu’un détachement de cavalerie ne les accompagne jusqu’à Apache Wells où une autre escorte les mènera jusqu’à Lordsburg. Il les avertit aussi que les passagers voyagent à leurs risques et péril car Geronimo est sur le pied de guerre.

John Ford dépoussière tout un genre qui avait accompagné le cinéma depuis sa création (et qu’il avait délaissé depuis une dizaine d’années), tout en renouvelant sa propre mise en scène, plus moderne, à la pointe de la technique. La caméra virevolte dans La Chevauchée fantastique, tourne autour des comédiens, tout en déroulant un véritable tapis rouge à John Wayne, qui avec ce film sera placé sur un indéboulonnable piédestal. La force de Stagecoach, outre la puissance de sa réalisation, est de se focaliser sur une poignée de personnages hétéroclites, qui apprendront à se connaître au fil de leur voyage : Hatfield, un joueur professionnel, Mme Mallory, une femme enceinte cherchant à rejoindre son mari officier dans l’armée américaine, Josiah Boone, un médecin ivrogne, Dallas, une prostituée rejetée par la « bonne société », Peacock, un représentant en whisky, Gatewood, un banquier escroc et Ringo Kid, un hors-la-loi, tout juste évadé de prison. Pour avoir John Wayne au générique, John Ford l’invite à bord de son bateau personnel, lui fait lire le scénario de La Chevauchée fantastique, puis demande au comédien, alors emballé, quel acteur serait parfait pour tenir le rôle principal. John Wayne repart bougon, puis John Ford le rappelle en lui disant qu’il avait bien sûr jeté son dévolu sur lui et ce malgré le désaccord des producteurs, qui envisageaient plutôt Gary Cooper.

John Ford profitera de cette aventure pour « modeler » John Wayne, qui avait finalement peu confiance en lui-même, en critiquant ouvertement (pour ne pas dire de manière tyrannique) sa façon de parler, de marcher, de jouer. Tout cela pour lui faire comprendre qu’il était tout aussi légitime de se retrouver dans ce film, face à quelques illustres partenaires. Le tournage se déroule durant le dernier trimestre de l’année 1938, le budget restant relativement modeste. Avec son directeur de la photographie Bert Glennon (Les Dix Commandements, Rio Grande, Vénus Blonde, Vers sa destinée), John Ford capture – pour la première fois – le décor Monument Valley. Mais ce qui fait le sel de Stagecoach est et restera les relations entre les protagonistes, tous mis à égalité. Si l’action est au rendez-vous avec une poursuite d’un côté, une grande attaque de diligence par les Apaches de l’autre, l’émotion et la psychologie des personnages ne sont sûrement pas oubliées. Claire Trevor (L’Homme qui n’a pas d’étoiles, Marché de brutes), Andy Devine (L’Homme qui tua Liberty Valance, Les 2 Cavaliers), John Carradine (Les Raisins de la colère, Barbe Bleue, Johnny Guitare), Thomas Mitchell (La Vie est belle, Milliardaire pour un jour, Le Train sifflera trois fois, qui gagnera l’Oscar pour La Chevauchée fantastique), George Bancroft (L’Extravagant Mr Deeds), Donald Meek (La Cité magique, Le Retour de Frank James) et les autres, ils ont tous leur moment dans Stagecoach.

Devant s’incliner aux Oscars – et ce malgré sept nominations – face à Autant en emporte le vent, La Chevauchée fantastique devient immédiatement un incontournable et connaîtra même un remake méconnu en 1966, réalisé par Gordon Douglas (intitulé en français La Diligence vers l’Ouest) avec Van Heflin, Bing Crosby et Ann-Margret. Ainsi qu’une version télévisée emballée par l’excellent Ted Post, avec Kris Kristofferson et Willie Nelson.

LE BLU-RAY

La Chevauchée fantastique a beaucoup voyagé chez les éditeurs français. On trouve un premier DVD sorti en 2000 aux Éditions Montparnasse, suivi d’une édition collector, toujours chez le même éditeur trois ans plus tard. Rebelotte dans la même boutique, pour une nouvelle apparition dans les bacs, en DVD et DVD Collector. 2009, les Éditions Montparnasse ressortent Stagecoach en DVD dans la collection RKO. Dix ans plus tard, c’est chez Lobster Films que le chef d’oeuvre de John Ford renaît de ses cendres, pour la première fois en Haute-Définition. Ce qui nous amène à 2025, le film débarquant logiquement chez Sidonis Calysta en Édition Blu-ray + DVD + Livre, intégrant ainsi la collection Western de légende. Le livre de 48 pages écrit par l’excellent et indispensable Jean-François Giré, n’a pas été fourni pour cette chronique. Le menu principal est animé et musical.

On démarre les bonus de cette nouvelle édition par un documentaire de 40 minutes consacré à John Ford et réalisé en 1993 pour le compte de la BBC, par Andrew Eaton, avec Lindsay Anderson, déjà auteur d’un ouvrage consacré au réalisateur et sobrement intitulé About John Ford, publié en 1981 et traduit en français quatre ans plus tard. Dans ce document constitué de diverses images de tournage, où l’on peut voir le cinéaste à l’oeuvre ou s’exprimer sur sa carrière (« faire des films, c’est facile ! »), Lindsay Anderson dresse le portrait de John Ford, qu’il a rencontré à plusieurs reprises. Ce retour sur la vie et une partie de l’oeuvre du réalisateur (de ses débuts jusqu’à La Bataille de Midway en 1942) est aussi marqué par quelques extraits de films rares (y compris de la période muette), ainsi que par la participation de John Wayne, d’Harry Carey Jr., de Robert Parrish, de Dan Ford (le petit-fils du cinéaste), d’Henry Fonda, de Roddy McDowall et de Maureen O’Hara. La fin abrupte est quelque peu frustrante. Ce documentaire avait déjà été proposé par le passé par l’éditeur, entre autres sur le Blu-ray de La Dernière fanfare et nous espérions découvrir un jour la seconde partie. Ce qui n’est pas le cas encore une fois.

À cette nouvelle mouture, Sidonis joint un entretien avec Noël Simsolo (22’). Comme d’habitude, l’historien du cinéma et critique réalise une intervention qui part un peu dans tous les sens. On ne pourra pas lui reprocher son enthousiasme à l’idée de revenir sur « un des plus grands westerns de tous les temps, mais aussi un des plus grands films de l’histoire du cinéma ». L’intervenant désormais récurrent chez Sidonis, replace Stagecoach dans la carrière éminente et prolifique de John Ford, mais aussi dans l’histoire du western, genre qui avait perdu de son prestige depuis une bonne dizaine d’années. Noël Simsolo évoque brièvement Boule de suif de Maupassant, dont La Chevauchée fantastique est une intelligente transposition, le casting, les rapports sociaux entre les personnages, la pérennité du film (qui allait devenir le modèle à suivre et ce pendant de longues années), le succès international et divers autres éléments dispersés ici et là.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce ET (et c’est une exclusivité sur le Blu-ray), la version colorisée du film, uniquement proposée en VOSTF.

L’Image et le son

Sidonis annonce une « Nouvelle restauration, réalisée à partir du meilleur transfert 2K existant à ce jour ». Certes, mais ce que le l’éditeur ne mentionne pas, c’est qu’il a bel et bien repris la copie éditée par Criterion il y a quinze ans, mais en réalisant quelques touches qui on peut le dire ne sont guère reluisantes, un peu comme ce qui avait été constaté pour 1984 et Les Cavaliers (du même John Ford) sortis chez Rimini Éditions. Donc non, le plus beau master restera celui proposé par l’éditeur américain en 2010. En l’état, celui présenté par Sidonis sent le bidouillage non encadré, avec notamment une perte significative de la texture argentique. Nous ne comprendrons jamais ces partis-pris, qui dénaturent une bonne partie, pour ne pas dire la moelle, de la photographie originale. De plus, l’utilisation d’un faux grain (histoire de faire genre) est éloquente et cela n’arrange rien. La propreté du master est aléatoire, les détails sont amoindris, le piqué émoussé, la stabilité parfois chancelante…Tout ceci donne un aspect sérieusement artificiel, comme si le film se visionnait à travers plusieurs filtres. Même la version colorisée a subi un lifting, là aussi problématique, même si à moindre échelle, cette copie étant un bonus à part entière et donc facultative. En gros, effectuer une opération de chirurgie esthétique sur une matière déjà retouchée et fragile, ne donne assurément pas un bon résultat et, c’est le pire, accentue tous les défauts, une clarté trop blafarde, des contrastes trop poussés ou trop décollés. Ou comment faire du bouche-à-bouche à un cadavre déjà en décomposition. Vous avez l’image quoi. Blu-ray au format 1080p.

Passons rapidement sur la version française, ancienne, datée, chuintante, sourde, ou au contraire délivrant des dialogues dont le volume peut varier au cours d’une même séquence. De plus, certains effets, constatés sur l’autre piste, semblent avoir été effacés ou trop filtrés cette fois encore. Même chose en ce qui concerne la musique de Gerard Carbonara. Heureusement, la VO (présentée avec des sous-titres français et…bretons) fait le job, quand bien même le confort acoustique reste parfois perturbé, avec notamment un souffle chronique. Les dialogues sont eux plus percutants.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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