Test 4K UHD / Danger : Diabolik!, réalisé par Mario Bava

DANGER: DIABOLIK! (Diabolik) réalisé par Mario Bava, disponible en Digibook 4K Ultra HD + Blu-ray + Livret le 16 janvier 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora, Mario Donen, Renzo Palmer, Caterina Boratto…

Scénario : Dino Maiuri, Brian Degas, Tudor Gates & Mario Bava, d’après le personnage et les personnages créés par Angela Giussani et Luciana Giussani

Photographie : Antonio Rinaldi

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Convaincu d’avoir piégé le super criminel Diabolik, l’inspecteur Ginko tombe de haut en se rendant à l’évidence que son pire ennemi l’a, une fois de plus, roulé dans la farine. Diabolik récupère non seulement le butin, mais le ridiculise, lui et son ministre de l’Intérieur. Forts de leur succès, Diabolik et sa complice, Eva Kant, fomentent un nouveau coup d’éclat : le vol des émeraudes d’une milliardaire. Devinant les intentions du couple, Ginko prépare sa revanche, contraignant Valmont, le chef du syndicat du crime, à lui livrer celui qu’il traque depuis si longtemps…

Danger : Diabolik !, ou tout simplement Diabolik en version originale, est l’adaptation du légendaire fumetti italien du même nom, créé au début des années 1960 par les sœurs milanaises Angela et Luciana Giussani. À la barre, rien de moins que Mario Bava, qui après s’être un peu reposé des suites des quatre tournages successifs de Les Dollars du Nebraska Ringo del Nebraska, Duel au couteau I Coltelli del vendicatore, Opération PeurOperazione paura et le frappadingue L’Espion qui venait du surgelé Le Spie vengono dal semifreddo, obtient le plus gros budget de son éminente carrière pour Danger : Diabolik !, produit par le nabab Dino De Laurentiis. Féru de bandes-dessinées, Mario Bava s’en donne à coeur joie et livre un véritable fumetti-live, quand bien même il est obligé de revoir ses ambitions à la baisse, en raison du producteur, qui le freine dans sa représentation de la violence, par crainte de voir la censure s’en mêler et de voir son public restreint. Ce qui laissera un souvenir amer au cinéaste, qui parvient pourtant à terminer le tournage en avance et donc à faire faire des économies à ce cher Dino. Mario Bava passera le reste de sa carrière à se dire peu satisfait du résultat final. Nous spectateurs le prenons pour ce qu’il est, à savoir un immense divertissement pop et acidulé, une comédie d’espionnage cartoonesque qui ne se prend jamais au sérieux, un magnifique objet de cinéma aux couleurs étincelantes (un festival pour les rétines), parcouru d’un érotisme soft, blindé d’action (cela ne s’arrête pas une seconde), de poursuites, de punchlines et d’effets spéciaux. Les recettes dans les salles ayant été jugées décevantes (200 millions de lires investies, 65 millions de bénéfice), Danger : Diabolik !, par ailleurs accompagné de critiques négatives dans le New York Times et dans Variety, n’engendrera pas de suite (il semblerait que Mario en bava justement avec Di Laurentiis et aurait décliné la séquelle), pourtant annoncée dans le final et demeure un film unique en son genre, qui donnera lui-même naissance à moult ersatz et hommages, à l’instar de la trilogie Austin Powers L’Espion qui m’a tirée surtout – de Jay Roach et le méconnu, mais néanmoins formidable CQ de Roman Coppola. Une étape dans le parcours d’un cinéphile.

Dans la ville européenne de Clerville, le malfaiteur masqué Diabolik parvient à ravir dix millions de dollars durant un transport de fonds supervisé par l’inspecteur Ginko, en faisant diversion à l’aide de quelques bombes fumigènes. Il s’enfuit à bord d’un bateau à moteur puis d’une Jaguar noire. Poursuivi par un hélicoptère de la police, il parvient à le semer en entrant dans un tunnel où sa fiancée Eva Kant l’attend dans une Jaguar blanche. Diabolik et Eva rejoignent alors leur refuge souterrain. Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur convoque une conférence de presse et annonce le rétablissement de la peine de mort pour lutter contre la criminalité. Diabolik et Eva s’y rendent, déguisés en journalistes, et libèrent du gaz hilarant, provoquant le rire de toute l’assistance. Le lendemain, le ministre démissionne et l’inspecteur Ginko ordonne une opération de grande envergure contre la mafia dirigée par le parrain Ralph Valmont ; ce dernier est contraint de passer un accord avec l’inspecteur Ginko et promet de remettre Diabolik à la police. Diabolik décide d’offrir à Eva un collier d’émeraudes appartenant à Lady Clark pour son anniversaire dans le château de Saint-Just. Sentant les intentions de Diabolik, l’inspecteur Ginko fait encercler le château de Saint-Just par la police. Diabolik porte un costume blanc au lieu de son complet noir classique. Il escalade la tour du château à l’aide de ventouses. Une fois à l’intérieur, il trompe les policiers en posant une photo devant l’objectif de la caméra de surveillance et s’empare du collier sans aucun problème. Pendant ce temps, Valmont obtient l’identité d’Eva grâce aux renseignements qu’il soutire à une prostituée. Il enlève Eva et demande à Diabolik dix millions de dollars et le collier d’émeraudes comme rançon.

Diabolik est comme qui dirait le chaînon manquant entre Fantômas et James Bond, ou entre Arsène Lupin et Batman (version Adam West) avec un soupçon de Robin des Bois. L’adaptation de la bande dessinée fut initialement envisagée par le producteur Tonino Cervi (Le Moment de la vérité), qui conclut un accord de coproduction internationale en 1965 et engagea Seth Holt (Confessions à un cadavre, Hurler de peur) à la réalisation, avec un casting comprenant Jean Sorel et la magnifique Elsa Martinelli. Horrifié par le style du réalisateur sous contrat avec la Hammer, le distributeur Dino De Laurentiis reprit la production du film (dont le tournage avait déjà commencé), décidant de repartir de zéro avec un nouveau scénario et finalement Mario Bava à la réalisation. Parallèlement, le producteur devait également lancer une autre adaptation de bande dessinée, Barbarella, les deux projets bénéficiant du soutien financier de Paramount Pictures et partageant plusieurs membres de l’équipe. En ce qui concerne le rôle principal féminin, Catherine Deneuve fut élue pour le rôle d’Eva, mais suite à des divergences avec l’américain John Phillip Law, choisi pour incarner le rôle titre (même si Alain Delon aurait été envisagé et aurait même passé un essai dans le costume), ainsi qu’avec Mario Bava, le personnage sera interprété par l’autrichienne Marisa Mell (Casanova 70, Train d’enfer, Objectif 500 millions).

Le couple vedette crève l’écran et s’avère constamment mis en valeur, tout comme leurs illustres partenaires (Michel Piccoli, Adolfo Celi, Terry Thomas, rien que ça!), par le metteur en scène au sommet de son art, qui privilégie les gros plans graphiques, filme les corps enlacés sous tous les angles et peut aussi compter sur la sublime photographie de son fidèle Antonio Rinaldi (Baron Vampire, Une nuit mouvementée, L’île de l’épouvante) pour rendre compte de chaque recoin des grands décors créés à cette occasion, à l’instar du repère de Diabolik. Comme à son habitude et même s’il dispose de moyens conséquents, Mario Bava a recours à de nombreuses techniques d’effets visuels peu coûteuses, qu’il avait déjà employées dans ses films précédents et qui ajoutent une vraie poésie à l’ensemble. Sans oublier bien sûr la partition endiablée d’Ennio Morricone, qui collabore pour la seule et unique fois avec le réalisateur. Une musique qui rappelle étrangement (ou pas, les films ayant très bien marché en Italie) plusieurs thèmes regroupés de la trilogie Fantômas d’André Hunebelle.

Contre toute attente, il faudra attendre 2021 pour que Diabolik fasse son retour sur le grand écran avec rien de moins qu’une trilogie réalisée par les frères Manetti, dont le dernier volet est sorti en 2023.

LE COMBO 4K + BLU-RAY

Jamais, vous vous rendez compte, jamais Danger : Diabolik ! n’avait connu les honneurs d’une sortie en DVD dans nos contrées ! Il aura fallu attendre 2026, soit presque trente ans après l’apparition du DVD, pour que le classique de Mario Bava débarque dans les bacs. C’est désormais chose faite, grâce à Sidonis Calysta, qui marque le coup en concoctant une sublime édition Digibook 4K Ultra HD + Blu-ray + Livret, le DVD Standard étant prévu pour le mois d’avril. Les deux galettes se trouvent ancrées dans un Boîtier Digibook collector limité, tandis que le livret (52 pages) rédigé par Marc Toullec revient sur tous les aspects de Diabolik, le fumetti et le film qui nous intéresse aujourd’hui. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur est allé à la rencontre de Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele (36’). Les auteurs de Mario Bava – Le magicien des couleurs (Ed. Lobster Films, 2019), lecteurs assidus de Mad Movies et passionnés par les films d’épouvante, étaient tout indiqués pour nous présenter Danger: Diabolik!, sur lequel ils sont visiblement très heureux (et on les comprend) de revenir. Les deux compères abordent évidemment l’adaptation du fumetti, dissèquent à la fois le fond (Bava, grâce à son personnage anarchiste, en profite pour critiquer les riches et la société) et la forme (héritée de la BD originale, le réalisateur étant passionné par le neuvième art). Les deux intervenants déclarent que le film a eu une carrière assez courte dans les salles, qu’il s’agissait du plus grand succès de Mario Bava à l’époque, mais que le film avait étrangement disparu longtemps, avant de ressortir et d’être redécouvert dans les années 1990-2000, grâce au clip Body Movin’ des Beastie Boys et le premier long-métrage de Roman Coppola, CQ (2001). Un module passionnant, qui contient beaucoup de spoilers.

S’il n’a pas repris le commentaire audio de John Phillip Law, ni même celui dispensé par deux historiens du cinéma, présents sur le Blu-ray américain sorti chez Shout Factory, Sidonis reprend le documentaire produit pour cette édition US, à savoir Danger : Diabolik ! From fumetti to film (20’). L’auteur-dessinateur – chez DC Comics – Stephen R. Bissette y retrace son parcours dans l’industrie de la bande dessinée et l’influence des comics underground. Danger: Diabolik ! est un de ses films préférés, une admiration partagée par d’autres intervenants, parmi lesquels Adam Yauch (décédé en 2012) des Beastie Boys, Roman Coppola (réalisateur de CQ), et les membres de l’équipe de John Philip Law, Dino De Laurentiis et Ennio Morricone. Les personnalités expriment leur admiration pour le film et son style unique, dans lequel Mario Bava a su faire preuve une fois de plus d’ingéniosité, pour retranscrire les codes de la bande dessinée italienne des années 1960. Sa mise en scène est analysée, sa carrière et ses prouesses techniques étant également passées en revue. Enfin, une étude du personnage de Diabolik met en relief le fait que les agissements de ce criminel élégant, qui volait les riches pour financer son train de vie, feraient désormais de lui un terroriste.

L’interactivité se clôt sur un teaser et la bande-annonce originale.

L’Image et le son

Précipitez-vous sur cette nouvelle mouture UHD de Danger: Diabolik !. Il s’agit purement et simplement de la plus belle copie du film de Mario Bava à ce jour. Les images luxuriantes et éclatantes concoctées par le réalisateur et son chef opérateur Antonio Rinaldi sont sublimes, marquées par une texture argentique organique, préservée, équilibrée. La restauration impressionne, en dehors de quelques plans plus abîmés (comme lorsque Diabolik s’apprête à monter dans l’avion), les couleurs sont violemment saturées, crèvent l’écran (et les rétines), le piqué est dingue, la stabilité est de mise, les détails ne cessent d’étonner à chaque plan et le master UHD nous offre l’opportunité d’apprécier chaque recoin des décors. Les scènes extérieures sont lumineuses et le rendu encore plus dingue en 4K que sur le Blu-ray.

Propre et dynamique, le mixage anglais (vraisemblablement la langue du tournage) DTS HD Master Audio Mono 2.0 ne fait pas d’esbroufe et restitue parfaitement les dialogues, ainsi que la musique d’Ennio Morricone. Mais notre préférence se tourne bien sûr vers la VF, avec Bernard Woringer, André Valmy, Jean-Claude Michel, Henri Virlojeux à la barre, tandis que Michel Piccoli se double bien sûr lui-même, piste qui demeure dynamique et riche, même si moins percutante que la version anglaise.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Paramount Pictures / Dino De Laurentiis / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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