Test Blu-ray / Raisons d’état, réalisé par Robert De Niro

RAISONS D’ÉTAT (The Good Shepherd) réalisé par Robert De Niro, disponible en DVD & Blu-ray le 23 septembre 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Matt Damon, Angelina Jolie, Alec Baldwin, Tammy Blanchard, Billy Crudup, Robert De Niro, Michael Gambon, William Hurt, Timothy Hutton…

Scénario : Eric Roth

Photographie : Robert Richardson

Musique : Bruce Fowler & Marcelo Zarvos

Durée : 2h47

Année de sortie : 2006

LE FILM

Pour Edward Wilson, seul témoin du suicide de son père et membre de la Skull and Bones Society à l’Université de Yale, l’honneur et la discrétion sont des valeurs primordiales. Ce sont ces qualités qui poussent la CIA, l’agence gouvernementale qui vient d’être créée, à le recruter. Influencé par l’ambiance paranoïaque que provoque la Guerre Froide dans toute l’agence, Wilson se montre de plus en plus suspicieux. Son pouvoir grandit, mais il a de moins en moins confiance en ceux qui l’entourent… Son obsession du travail va lui coûter cher, l’isolant chaque jour un peu plus de ses proches et de celui qu’il était…

Il aura attendu le début des années 1990 pour passer derrière la caméra. Mais après avoir tourné pour Brian De Palma, Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Bernardo Bertolucci, Elia Kazan, Michael Cimino, Sergio Leone, Terry Gilliam, Alan Parker et Martin Ritt, Robert De Niro ne partait sûrement pas sans une certaine expérience et sans bagage technique. Cependant, son Il était une fois le Bronx – A Bronx Tale, sorti en 1993, demeure confidentiel. Le comédien reprend le chemin des studios et le début des années 2000 n’est pas ce qu’on pourrait qualifier de marquant dans son illustre filmographie. Euphémisme. Devenu « l’acteur » des Aventures de Rocky et Bullwinkle et de Showtime, tout en confortant son statut de star grâce aux cartons de Mon beau-père et moi – Meet the Parents (2000) et de sa suite Mon beau-père, mes parents et moi – Meet the Fockers (2004), Robert De Niro pense enfin pouvoir revenir à la mise en scène, avec un projet de longue date (une bonne dizaine d’années) et qui lui tient particulièrement à coeur. Décembre 2006, sort sur les écrans Raisons d’état ou The Good Shepherd (« le bon berger ») en version originale. Porté par un casting exceptionnel, sans doute l’un des plus beaux et impressionnants depuis vingt ans (même Joe Pesci y faisait son comeback après huit ans d’absence), ce film d’espionnage feutré se situe à la lisière des romans de James Ellroy et de John le Carré, ne fait pas d’esbroufe inutile et rejette tout effet spectaculaire, pour se concentrer uniquement sur la psychologie de ses personnages, notamment la déshumanisation lente et progressive de son protagoniste principal, merveilleusement incarné par Matt Damon. Si l’on pouvait penser que ce dernier paraissait trop jeune pour le rôle d’Edward Wilson (l’acteur avait beau avoir 36 ans, il en paraissait presque dix de moins), celui-ci crève l’écran et signe une de ses plus remarquables performances. Une belle année pour lui, puisque Raisons d’état sort quelques semaines après le gros carton des Infiltrés – The Departed de Martin Scorsese et quelques mois avant celui de La Vengeance dans la peau – The Bourne Ultimatum de Paul Greengrass. Récit kafkaïen, mais on ne peut plus passionnant, labyrinthique, sans pour autant perdre les spectateurs dans ses dédales, Raisons d’état est un cadeau pour les cinéphiles, imprégné de prestigieuses références à de multiples classiques chéris par Robert De Niro ou interprétés par ce dernier, que l’on peut, que l’on doit même, voir et revoir encore et toujours, avec le même bonheur.

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Test Blu-ray / U Turn – Ici commence l’enfer, réalisé par Oliver Stone

U-TURN (U-Turn : ici commence l’enfer) réalisé par Oliver Stone, disponible en DVD et Blu-ray le 21 septembre 2021 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Sean Penn, Jennifer Lopez, Nick Nolte, Powers Boothe, Claire Danes, Billy Bob Thornton, Jon Voight, Joaquin Phoenix…

Scénario : John Ridley, d’après son roman

Photographie : Robert Richardson

Musique : Ennio Morricone

Durée : 2h04

Date de sortie initiale : 1997

LE FILM

Bobby Cooper casse une durite de sa rutilante Ford Mustang rouge de juin 1964 sur une route isolée dans le désert. Il se rend à la petite ville de Superior en Arizona, où Darrell le seul garagiste local un peu farfelu et surtout malhonnête lui annonce des délais de réparations imprévisibles et importants. Obligé de prendre son mal en patience, Bobby a l’occasion de se frotter à l’hostilité et à la stupidité des locaux mais aussi de s’attirer des ennuis lorsqu’il tente de séduire la captivante Grace qui est mariée à l’irascible Jake.

Après le beau succès de Tueurs-nés – Natural Born Killers en 1994 qui l’a remis en selle après l’important échec commercial d’Entre Ciel et Terre – Heaven & Earth l’année précédente, Oliver Stone (né en 1946) peut enfin plancher sur un film qui lui tient à coeur, Nixon. Malheureusement, malgré des critiques enthousiastes, ce biopic est un four dans les salles, ne rapportant que 14 millions de dollars aux Etats-Unis et un peu plus de vingt millions dans le reste du monde, pour un budget alors colossal de 50 millions. Profondément atteint par ce rejet en masse, d’autant plus que sa situation personnelle partait également en sucette, le réalisateur connaît l’une des plus mauvaises passes de sa vie. Tout ce mal-être, cette remise en question imposée et cette folie doivent s’extérioriser. La catharsis arrive rapidement. Oliver Stone jette son dévolu sur le roman de John Ridley Ici commence l’enfer – Stray Dogs, l’écrivain adaptant lui-même son propre livre, même s’il a été prouvé par la suite que le metteur en scène aura intégralement repris le scénario, qui rappelle d’ailleurs furieusement le génial Red Rock West de John Dahl (1993). Ainsi naquit douloureusement U-Turn : ici commence l’enfer, le plus dingue et le plus jubilatoire des filmsde l’auteur de Platoon, Wall Street, The Doors et JFK. Un quart de siècle après sa sortie, qui était passée complètement inaperçue, cet opus n’a eu de cesse de voir son audience et ses aficionados croître, au point de figurer souvent dans le top 5 des films d’Oliver Stone préférés des cinéphiles. U-Turn n’aura donc pas connu de succès immédiat, mais aura au moins permis au cinéaste de chasser (provisoirement ou définitivement ?) ses démons, de se réinventer, de se purger, de trouver une nouvelle bouffée d’air frais, puisque deux ans plus tard, il connaîtra son plus grand hit après Platoon, L’Enfer du dimanche – Any Given Sunday. En l’état, U-Turn : ici commence l’enfer est un…PUTAIN DE CHEF D’OEUVRE.

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