Test Blu-ray / 30 minutes de sursis, réalisé par Sydney Pollack

30 MINUTES DE SURSIS (The Slender Thread) réalisé par Sydney Pollack, disponible en DVD & Blu-ray le 7 avril 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Sidney Poitier, Anne Bancroft, Telly Savalas, Steven Hill, Edward Asner, Paul Newlan, H. M. Wynant, Robert F. Hoy, Greg Jarvis…

Scénario : Stirling Silliphant, d’après un article de Shana Alexander

Photographie : Loyal Griggs

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1965

LE FILM

Étudiant en psychologie, Alan est bénévole dans un centre d’appels d’urgence. Ce jour-là, au bout du fil, il y a Inga, une femme désespérée qui vient de prendre une dose mortelle de comprimés et souhaite parler à quelqu’un avant de mourir. Aidé d’un psychiatre et d’un inspecteur de police, Alan n’a que peu de temps pour localiser et sauver sa correspondante.

Sydney Pollack (1934-2008) doit en quelque sorte les débuts de sa carrière à Burt Lancaster (1913-1994). Ce dernier, ayant décelé le potentiel chez ce jeune réalisateur en herbe lors du tournage du Temps du châtiment de John Frankenheimer (1961), sur lequel Pollack travaillait en tant qu’assistant, l’a encouragé et a recommandé son talent à plusieurs personnes influentes des studios. Son apprentissage débute principalement à la télévision, où il enregistre de nombreux épisodes de diverses séries (Bob Hope Presents the Chrysler Theatre, Haute tension, Ben Casey, The Law and Mr. Jones, Shotgun Slade). Il signe son premier long-métrage en 1965, 30 minutes de sursisThe Slender Thread. Le film s’inspire d’un article de Shana Alexander, « Decision to Die », paru dans le magazine Life et relatant un fait réel. Devant le caractère insolite de ce reportage, la Paramount Pictures avait très vite acquis les droits d’adaptation. Le scénario est écrit par le légendaire Stirling Silliphant (Poursuites dans la nuit – Nightfall de Jacques Tourneur, The Lineup de Don Siegel, Le Village des damnés Village of the Damned de Wolf Rilla). Initialement conçu comme un synopsis de 100 pages pour la Metro-Goldwyn-Mayer, le projet fut refusé par le studio en raison de divergences artistiques. Le président de la production chez Paramount, Howard W. Koch, acquit alors le synopsis et décide de confier le premier rôle à Sidney Poitier (1927-2022). L’acteur auréolé par l’Ours d’argent du meilleur acteur pour La Chaîne The Defiant Ones à la Berlinale de 1958, par le BAFTA du meilleur acteur étranger pour le même film, mais aussi par un autre Ours d’argent pour Le Lys des champs- Lilies of the Field de Ralph Nelson, et enfin par le Golden Globe et l’Oscar du meilleur acteur a le vent en poupe, avec tout ce que cela représente également pour les droits civiques. Ils sont nombreux les réalisateurs à vouloir faire tourner Sidney Poitier et ce même avant que celui-ci soit recouvert de prix. Se sont ainsi succédé Joseph L. Mankiewicz, Budd Boetticher, Richard Brooks, Martin Ritt, Raoul Walsh, Otto Preminger, Jack Cardiff…Pour un début de C.V., il y a pire…Contrairement à la plupart de ses précédents personnages, où la couleur de sa peau était souvent évoquée, rien de tout cela dans 30 minutes de sursis. Il incarne ici un étudiant, intelligent, sensible, qui ne subit aucune remarque raciste, surtout que son interlocutrice principale ne sait rien de son identité. À travers ce personnage, Sydney Pollack et Stirling Silliphant font évidemment passer le message qu’Alan est mis sur un pied d’égalité, sans distinction. Brillant, remarquable exercice de style, The Slender Thread prend aux tripes du début à la fin, ne laisse aucun moment de répit, ni aux protagonistes, ni aux spectateurs, à travers une intrigue menée quasiment en temps réel. Le réalisateur montre ce qu’il a dans le ventre et ce dès l’extraordinaire ouverture, qui dévoile Seattle vue du ciel, la caméra se rapprochant petit à petit du sol, pour se focaliser sur une femme, dont le regard semble perdu. Nous apprendrons qui est cette personne un peu plus tard, par le biais d’une conversation téléphonique et via quelques flashbacks…Alors, amis cinéphiles, arrêtez tout et ruez-vous sur ce coup d’essai et véritable coup de maître signé par l’un des cinéastes les plus importants des années 1970-80 !

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Test Blu-ray / Le Prêteur sur gages – The Pawnbroker, réalisé par Sidney Lumet

LE PRÊTEUR SUR GAGES (The Pawnbroker) réalisé par Sidney Lumet, disponible en DVD et Blu-ray le 7 décembre 2021 chez Potemkine Films.

Acteurs : Rod Steiger, Geraldine Fitzgerald, Brock Peters, Jaime Sánchez, Thelma Oliver, Marketa Kimbrell, Baruch Lumet, Juano Hernandez…

Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin, d’après le roman d’Edward Lewis Wallant

Photographie : Boris Kaufman

Musique : Quincy Jones

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

Un rescapé des camps de concentration nazis devenu propriétaire d’un magasin de prêt sur gage doit à la fois affronter les cauchemars de son passé et l’environnement hostile du ghetto new-yorkais dans lequel il vit.

Quand on évoque Sidney Lumet, on pense immédiatement à Douze Hommes en colère, Serpico, Un après-midi de chien, puis dans un second temps à Point limite, La Colline des hommes perdus, The Offence, Network : Main basse sur la télévision, Le Prince de New York, ou bien encore au Crime de l’Orient-Express, Family Business et peut-être même à 7 h 58 ce samedi-là comme il s’agit de son dernier film. Après, cela devient difficile non ? Pourtant, cette poignée de longs-métrages ne représente même pas la moitié de la carrière cinématographique du réalisateur. Qu’y trouve-t-on alors, notamment dans ses premiers opus ? Pêle-mêle les débuts de Christopher Plummer dans Les Feux du théâtre Stage Struck (1958), une escapade new-yorkaise avec Sophia Loren dans Une espèce de garce That Kind of Woman (1959), Marlon Brando, Anna Magnani et Joanne Woodward pris dans la tourmente d’une pièce de Tennessee Williams (L’Homme à la peau de serpent The Fugitive Kind, 1959), une fabuleuse adaptation d’Arthur Miller avec Raf Vallone (Vu du pont A View from the Bridge, 1961), ainsi qu’une fantastique transposition d’une pièce d’Eugene O’Neill (Long Voyage vers la nuit Long Day’s Journey Into Night, 1962) qui réunissait Katharine Hepburn, Ralph Richardson, Jason Robards et Dean Stockwell. Le septième film de Sidney Lumet est probablement un de ses plus rares, mais également un de ses plus viscéraux. Il s’agit du Prêteur sur gages The Pawnbroker, adapté d’un roman d’Edward Lewis Wallant, auréolé à sa sortie par le Prix FIPRESCI au Festival international du film de Berlin, tandis que sa tête d’affiche, Rod Steiger, se voyait remettre l’Ours d’Argent au même festival, ainsi que le BAFTA du Meilleur Acteur en Angleterre. Disparu des radars durant de longues années, jusqu’à sa résurrection dans les années 2010, Le Prêteur sur gages est un diamant noir dans la prolifique et éclectique filmographie de Sidney Lumet. Difficile d’accès, sombre et désespéré, The Pawnbroker met des mots et surtout des images sur la Shoah, tout en montrant la difficile (ré)adaptation de celles et ceux qui ont pu sortir indemnes des camps de concentration. Rod Steiger, méconnaissable, imprégné par la « méthode », livre une prestation ahurissante (et nommée à l’Oscar, que Lee Marvin obtiendra pour Cat Ballou d’Elliot Silverstein), qui vous prend aux tripes du début à la fin, qui s’imprime définitivement dans votre mémoire et à laquelle vous repenserez souvent avec le même mal de bide. Chef d’oeuvre totalement inconnu du maître Lumet, Le Prêteur sur gages, longtemps dissimulé, peut enfin éclater aux yeux des spectateurs.

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