Test DVD / Cervantès avant Don Quichotte, réalisé par Alejandro Amenábar

CERVANTÈS AVANT DON QUICHOTTE (El cautivo) réalisé par Alejandro Amenábar, disponible en DVD le 25 mars 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Julio Peña Fernández, Alessandro Borghi, José Manuel Poga, Roberto Álamo, Miguel Rellán, Luis Callejo, Fernando Tejero, Norberto Morán…

Scénario : Alejandro Amenábar & Alejandro Hernández

Photographie : Alex Catalán

Musique : Alejandro Amenábar

Durée : 2h09

Année de sortie : 2025

LE FILM

Alger, 1575. Captif et blessé, Miguel de Cervantes feint d’être noble pour n’être pas tué. Il est détenu avec d’autres nobles chrétiens chez le pacha Hassan. Il se lie avec le père Antonio de Sosa, auteur, qui a été séparé de son neveu, capturé avec lui. Les Maures exigent une forte rançon pour Miguel. Dorador, un détenu, renie sa foi. Il est libéré. Miguel captive ses codétenus en racontant une histoire. Hassan convoque Miguel pour savoir la suite. Conquis, il lui accorde une journée de liberté dans Alger. Miguel rencontre un barbier renégat chez qui se réunissent des “garçons”, jeunes efféminés.

Réalisateur, scénariste, écrivain, monteur, acteur, producteur et compositeur né à Santiago du Chili en 1972, Alejandro Amenábar grandit à Madrid après la fuite de ses parents, réfugiés en Espagne après le coup d’état de Pinochet. Il abandonne ses études scientifiques pour se consacrer à sa grande passion, le cinéma. Véritable autodidacte, fan d’Alfred Hitchcock, Brian de Palma et Stanley Kubrick, Alejandro Amenábar commence par mettre en musique certaines nouvelles qu’il a écrites, avant de saisir une caméra. À 20 ans, il réalise son premier court-métrage Himenóptero, puis Luna en 1995. Sa rencontre avec le grand réalisateur José Luis Cuerda est déterminante. Ce dernier l’encourage à mettre en scène son premier long métrage. Ce sera Tesis, un thriller horrifique qui reflète les inspirations du jeune cinéaste (23 ans) et son genre de prédilection en tant que spectateur. C’est une révélation. Alejandro Amenábar n’aura de cesse de confirmer son immense talent à travers des oeuvres aussi brillantes qu’éclectiques comme Ouvre les yeux Abre los ojos 1997), Les Autres (2001), Mar adentro (2004) et le sous-estimé Agora (2009). L’une des plus belles et grandes carrière du cinéma ibérique, avec une seule fausse note, mais de taille (et qui porte bien son titre), Regression, marqué entre autres par la calamiteuse prestation (habituelle) d’Emma Watson. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est le huitième long-métrage du cinéaste, Cervantès avant Don QuichotteEl cautivo, qui s’intègre dans la partie de sa filmographie consacrée aux figures historiques. Ainsi, six ans après Lettre à FrancoMientras dure la guerra, Alejandro Amenábar se penche sur l’un des moments clés de la vie de Miguel de Cervantes, quand celui-ci prend réellement conscience de son talent d’écrivain et surtout de conteur. Contrairement à ce que l’on pouvait penser au premier regard, Cervantès avant Don Quichotte, qui pourrait aussi intituler « Cervantès Begins », est peut-être l’un des films les plus faciles d’accès de son auteur. Nullement poussiéreux, c’était d’ailleurs sans compter la virtuosité du réalisateur pour conduire un récit, ce film historique s’avère étonnamment moderne dans son traitement et ce portrait d’un artiste en herbe reste universel. Une belle et élégante surprise, qui démontre qu’Alejandro Amenábar, même si ses derniers ouvrages ont eu moins d’impacts depuis quinze ans, en a encore sérieusement sous le capot.

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Test DVD / Pour l’éternité, réalisé par David Freyne

POUR L’ÉTERNITÉ (Eternity) réalisé par David Freyne, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Elizabeth Olsen, Miles Teller, Callum Turner, Da’Vine Joy Randolph, John Early, Christie Burke, Danny Mac, Damon Johnson…

Scénario : Patrick Cunnane & David Freyne

Photographie : Ruairí O’Brien

Musique : David Fleming

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Joan et Larry, nouvellement décédés, se retrouvent à subir un châtiment où chacun dispose d’une semaine pour savoir où ils passeront l’éternité, soit à la montagne, à la plage, à la bibliothèque, etc. Joan doit faire face à des choix induisant un triangle amoureux, car elle va doit choisir entre son premier mari mort pendant la guerre et son second…

Pour l’éternitéEternity est un fabuleux hommage à l’âge d’Hollywood. Le trio formé par Elizabeth Olsen, Miles Teller et Callum Turner rappelle celui d’Indiscrétions The Philadelphia Story (1940) de George Cukor, Katharine Hepburn, James Stewart et Cary Grant. Avouez qu’il y a pire comme références ! Et en effet, Pour l’éternité est une comédie romantique comme on ne l’espérait plus, qui regorge de trouvailles à chaque scène, qui séduit chaque seconde. Le scénario de Pat Cunnane, auteur de la série Designated Survivor, avec Kiefer Sutherland, était inscrit sur la fameuse liste noire des scripts non produits les plus plébiscités depuis 2022. Il aura fallu attendre mars 2024, pour que le réalisateur David Freyne, remarqué avec The Cured en 2017, se fasse embaucher par le désormais incontournable studio A24. 19.000 spectateurs seulement sont venus découvrir ce petit bijou dans les salles françaises et qui mérite absolument d’avoir une deuxième chance. Le mieux est d’en savoir le moins possible sur le film (l’auteur de ces mots n’avait lu aucun résumé avant de lancer le DVD) et de se laisser porter par la fulgurance des trois acteurs principaux, l’originalité de cette relecture du triangle amoureux, qui déborde de charme, illuminé par le sourire dévastateur et le regard menthe à l’eau d’Elizabeth Olsen. On croyait cette dernière enfermée dans l’univers Marvel où elle incarnait Wanda Maximoff / La Sorcière Rouge depuis plus de dix ans. On est heureux de revoir celle qui nous avait éblouit en 2011 dans Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin dans un rôle digne de ce nom. Sa présence est comme un astre qui émerveille à chaque instant, même si ses deux partenaires n’ont rien à lui envier. Précipitez-vous sur ce film on vous dit !!!

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Test DVD / Circuit Carole, réalisé par Emmanuelle Cuau

CIRCUIT CAROLE réalisé par Emmanuelle Cuau, disponible en DVD chez La Traverse.

Acteurs : Bulle Ogier, Laurence Côte, Frédéric Pierrot, Bernard Cuau, Omar Bekhaled, Raphaële Giltis, Catherine Zambon…

Scénario : Emmanuelle Cuau & Arlette Langmann

Photographie : Benoît Delhomme

Durée : 1h13

Date de sortie initiale : 1995

LE FILM

Marie vit avec sa mère, Jeanne, dont elle est très proche. Elle trouve du travail à proximité du Circuit Carole et rencontre Alexandre, un jeune homme. Il l’initie à la moto. À mesure que se développe une relation amoureuse entre Alexandre et Marie, Jeanne sent sa fille s’éloigner et sombre dans une forte solitude.

C’est toujours une immense joie pour un cinéphile de découvrir la première œuvre d’un réalisateur ou d’une réalisatrice qu’il affectionne tout particulièrement. C’est le cas d’Emmanuelle Cuau, venue de l’IDHEC, qui en 1995 signait son premier long-métrage, Circuit Carole, coécrit avec Arlette Langmann. Celle que l’on connaissait pour avoir écrit le scénario de Secret défense de Jacques Rivette (1998) et surtout pour ses deux autres films comme cinéaste, Très bien, merci (2007) et Pris de court (2017), très grandes réussites, place la relation mère-fille au centre du récit de Circuit Carole. À fleur de peau, épuré, hyper-sensible, ce drame touche beaucoup plus de raison, parce qu’il renvoie forcément au vécu de tout à chacun, à la genèse, à la matrice, au sang, à la vie donc. À un moment donné, l’oisillon doit s’envoler du nid, mais dans le cas de Jeanne (la mère), celle-ci n’a pour ainsi dire pas vu sa progéniture grandir à ses côtés et quand Marie (la fille donc) commence à ne plus rentrer le soir, c’est tout un quotidien, une existence jusqu’alors bien réglée qui est contaminée. Circuit Carole offre à la mythique Bulle Ogier l’un de ses plus beaux rôles. Alors entre Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard et N’oublie pas que tu vas mourir de Xavier Beauvois, l’actrice de L’Amour fou de Jacques Rivette, de La Salamandre d’Alain Tanner, de La Vallée de Barbet Schroeder et du Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel foudroie par la justesse de son interprétation, quand son personnage commence à perdre ses repères, jusqu’à leur effondrement total. Son face-à-face avec la divine et trop rare Laurence Côte est aussi bouleversant qu’impitoyable et l’on se souviendra longtemps de cette séquence où la fille « déballe » son sac à sa mère. Magistralement écrit, ou quand les répliques ont autant d’impact que des coups de poing à l’estomac, Circuit Carole se grave instantanément dans votre mémoire, dans votre peau, dans votre ADN de cinéphile et n’en finira pas de revenir hanter quelques coins de votre esprit.

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Test DVD / Les Tourmentés, réalisé par Lucas Belvaux

LES TOURMENTÉS réalisé par Lucas Belvaux, disponible en DVD le 17 janvier 2026 chez UGC.

Acteurs : Niels Schneider, Ramzy Bédia, Linh-Dan Pham, Déborah François, Mahé Boujard, Baptiste Germain, Jérôme Robart, Estelle Luo…

Scénario : Lucas Belvaux, d’après son roman

Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Frédéric Vercheval

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Ça vaut quoi la vie d’un homme ? D’un homme comme lui. Un homme sans rien. Skender, ancien légionnaire, le découvrira bien assez tôt. « Madame », veuve fortunée et passionnée de chasse, s’ennuie. Elle charge alors son majordome de lui trouver un candidat pour une chasse à l’homme, moyennant un très juteux salaire. Skender est le gibier idéal. Mais rien ne se passera comme prévu…

Après l’excellent Des hommes, sorti en 2021, le cinéaste belge Lucas Belvaux revient au cinéma avec Les Tourmentés, adaptation de son propre roman publié en 2022 et récompensé par le prix Régine-Deforges. Et c’est une nouvelle et grande réussite à inscrire à son palmarès. Rétrospectivement, une seule fausse note apparaît dans une filmographie quasi-parfaite, en l’occurrence 38 témoins (2012), tandis que ses autres longs-métrages font indubitablement partie de ce qui se fait de mieux dans le cinéma francophone. Suite à sa trilogie Un couple épatant, Cavale, Après la vie, sortie en 2003, le réalisateur ne cessera d’explorer les thèmes du mensonge, de la lâcheté, du couple, de la peur, des souvenirs, de la culpabilité, et Les Tourmentés ne déroge pas à la règle. Ce qu’il y a de fascinant chez Lucas Belvaux, c’est sa virtuosité à passer d’un genre à l’autre, tout en suivant une même ligne directrice, en explorant encore et toujours les sujets inépuisables qui le fascinent, l’obsèdent, l’inspirent. En lisant l’histoire, on pense indéniablement aux Chasses du comte Zaroff, nouvelle de Richard Connell (The Most Dangerous Game -1924), adaptée en 1932 Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel. Lucas Belvaux s’inspire plutôt de l’atmosphère de cette histoire et s’intéresse à ce qu’il y a derrière, ou plutôt à l’âme, à la psyché perturbée de ses personnages. Certes, le récit joue sur la tension, entretenue jusqu’à la fameuse chasse attendue, mais que l’on ne verra pas, soyez prévenus d’entrée de jeu. Car l’essentiel est ailleurs. Triple parcours initiatique, Les Tourmentés se focalise sur trois protagonistes principaux, qui ont plus ou moins vendu leur âme au diable et qui tentent malgré tout de survivre dans ce bas monde, tant qu’ils l’arpentent encore malgré eux. Grosse claque, Les Tourmentés n’a pourtant connu aucun engouement dans les salles, au point que Lucas Belvaux a connu le pire score de sa carrière (52.000 entrées, ouch). Si vous deviez donner une deuxième chance à un seul film de 2025, accordez-la aux Tourmentés s’il vous plaît !

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Test DVD / Roofman, réalisé par Derek Cianfrance

ROOFMAN réalisé par Derek Cianfrance, disponible en DVD le 16 janvier 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Channing Tatum, Kirsten Dunst, Peter Dinklage, Juno Temple, Ben Mendelsohn, Uzo Aduba, Emory Cohen, LaKeith Stanfield…

Scénario : Derek Cianfrance & Kirt Gunn

Photographie : Andrij Parekh

Musique : Christopher Bear

Durée : 2h

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

L’histoire vraie de Jeffrey Manchester, le voleur de McDonald’s qui a vécu dans un Toys ‘R Us pendant six mois.

Roofman, parfois exploité en France sous le titre Un voleur sur le toit, est une incroyable histoire vraie prise en main par Derek Cianfrance. Le réalisateur, révélé en 2010 avec Blue Valentine, porté aux nues par la critique avec The Place Beyond the Pines deux ans plus tard, avait déçu (euphémisme) en 2016 avec Une vie entre deux océansThe Light Between Oceans, avant de revenir avec une mini-série, chef d’oeuvre instantané et définitif, I Know This Much Is True, dans laquelle Mark Ruffalo interprétait deux frères jumeaux, rôle(s) qui lui avai(en)t valu le Golden Globe. Derek Cianfrance délaisse le spleen de ses précédents longs-métrages, avec Roofman, quand bien même subsiste une mélancolie dans l’itinéraire et le destin de son personnage principal, Jeffrey Manchester, qui a donc réellement existé. Tout ce qui est narré est dingue, mais vrai. Et c’est Channing Tatum qui incarne cet anti-héros en or, certainement le plus beau rôle du comédien. Il en a fait du chemin depuis Sexy DanceStep Up de Anne Fletcher, c’était d’ailleurs il y a vingt ans et peu misaient alors sur ses capacités d’acteur. Pourtant, les propositions intéressantes se sont multipliées, chez Michael Mann (Public Ennemies), Steven Soderbergh (Piégée, Magic Mike, Effets secondaires, Logan Lucky), Bennett Miller (Foxcatcher), Quentin Tarantino (Les Huit Salopards), les frères Coen (Ave, César!). S’il n’a jamais vraiment cassé la baraque au box-office avec un film qu’il portait sur ses épaules, les deux G.I. Joe, 21 Jump Street et sa suite, Jupiter : Le Destin de l’univers, White House Down ayant tous été de beaux succès, mais sans plus, Channing Tatum n’a eu de cesse d’étonner et conserve une cote de sympathie qui ne s’est jamais démentie. C’est encore le cas dans Roofman, dans lequel il crève l’écran comme jamais auparavant. Tour à tour drôle et pathétique, il compose un fabuleux personnage, un pauvre type revenu de l’armée, un oublié du rêve américain, qui a composé avec ce qu’il avait (un don d’observation hors du commun), pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Comédie-dramatique qui rappelle celles de l’âge d’or hollywoodien, Roofman subjugue du début à la fin et s’avère un magnifique portrait de mec lambda (ou presque), reflet d’une Amérique malade où ses habitants survivent comme ils le peuvent, avec les moyens du bord. Un immense coup de coeur.

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Test DVD / Sorry, Baby, réalisé par Eva Victor

SORRY, BABY réalisé par Eva Victor, disponible en DVD depuis le 5 décembre 2025 chez Wild Side Video.

Acteurs : Eva Victor, Naomi Ackie, Louis Cancelmi, Kelly McCormack, Lucas Hedges, John Carroll Lynch, Hettienne Park, E.R. Fightmaster…

Scénario : Eva Victor

Photographie : Mia Cioffi Henry

Musique : Lia Ouyang Rusli

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Quelque chose est arrivé à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d’entrevoir ce qui vient après.

Comme chaque année, une « bombe » du cinéma indépendant américain débarque dans les salles, fait quasiment l’unanimité auprès de la critique et parvient à toucher le coeur du public. En 2025, cela aurait été le cas pour Sorry, Baby, premier long-métrage d’Eva Victor, habituellement comédienne, vue dans la série Billions, qui contient divers éléments autobiographiques. Comme son personnage Agnès, la réalisatrice a elle aussi été victime d’une agression, puis connu la guérison, et enfin une résilience inespérée. Forcément dramatique, Sorry, Baby est aussi étrangement une comédie décalée, parcourue d’un humour pince-sans-rire (qui sera toujours une bouée de sauvetage contre la folie et la violence du monde), qui apparaît comme une soupape de sécurité, nécessaire pour évacuer la pression, le mal-être, la douleur. Nous sommes ici en pleine histoire de reconstruction, thème intemporel et universel, déjà maintes fois traité au cinéma certes, mais Eva Victor parvient à tirer son épingle du jeu par son immense sensibilité. Celle-ci évite tout pathos, trouve ce parfait équilibre entre la noirceur et la gravité de son sujet, et pourtant sa forme, lumineuse, marquée par un soleil hivernal étincelant, symbolique de l’espoir, de la vie qui doit continuer, qui l’emporte sur la violence. Produit par Barry Jenkins (Moonlight, Mufasa : Le Roi Lion), Sorry, Baby est présenté en première mondiale au Festival du film de Sundance, où il remporte le prix Waldo Salt du meilleur scénariste du festival. Une autrice est née.

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Test DVD / Une place pour Pierrot, réalisé par Hélène Médigue

UNE PLACE POUR PIERROT réalisé par Hélène Médigue, disponible en DVD et Blu-ray le 20 janvier 2026 chez Diaphana.

Acteurs : Grégory Gadebois, Marie Gillain, Patrick Mille, Mathilde Labarthe, Vincent Elbaz, François Vincentelli, Marianne Basler, Hélène Médigue…

Scénario : Stéphane Cabel & Hélène Médigue

Photographie : George Lechaptois

Musique : Philippe Kelly

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Pierrot, quarante-cinq ans, est autiste et vit dans un foyer médicalisé. Déterminée à lui offrir une vie digne, sa sœur Camille le prend chez elle et se met en quête d’un endroit mieux adapté à sa différence. Le chemin est long mais c’est la promesse d’une nouvelle vie, au sein de laquelle chacun trouvera sa place.

Il n’arrête pas de tourner Grégory Gadebois ! Depuis le César du meilleur espoir masculin obtenu pour sa magistrale interprétation dans Angèle et Tony (2011) d’Alix Delaporte, le comédien aura enchaîné plus de cinquante longs-métrages. Une boulimie qui rappelle souvent celle d’un Gérard Depardieu. Benoît Jacquot, François Dupeyron, Raphaël Jacoulot, Emmanuel Courcol, Michel Hazanavicius, Anne Fontaine, Philippe Le Guay, Fred Cavayé, Jeanne Herry, Roman Polanski, François Ozon, Jean-Paul Salomé et même Woody Allen l’ont fait tourner. Le problème dans ces cas-là, c’est que l’on commence sérieusement à comparer les prestations et à confondre les rôles, d’autant plus que Grégory Gadebois a une fâcheuse tendance à s’installer dans une sorte de non-jeu depuis quelques années et sa performance dans Une place pour Pierrot n’a malheureusement rien de transcendant par rapport à ce qu’il a déjà eu l’occasion de faire. Ainsi, si le rôle d’une personne atteinte d’autisme était très prisé dans le cinéma, surtout depuis Rain Man (Oscar du meilleur acteur pour Dustin Hoffman), et que beaucoup sont tombés dans le piège en voulant en faire des caisses (Sean Penn dans l’affreux Sam je suis Sam), ce genre devenu pour ainsi dire « banal » au cinéma, n’a plus rien de surprenant. C’est le cas d’Une place pour Pierrot, qui bien que sympathique et – on n’en doute pas – sincère, peine à se démarquer du tout-venant.

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Test DVD / En première ligne, réalisé par Petra Biondina Volpe

EN PREMIÈRE LIGNE (Heldin) réalisé par Petra Biondina Volpe, disponible en DVD le 16 janvier 2026 chez Wild Side Video.

Acteurs : Leonie Benesch, Sonja Riesen, Selma Adin, Alireza Bayram, Selma Jamal Aldin, Margherita Schoch, Urs Bihler, Albana Agaj…

Scénario : Petra Biondina Volpe

Photographie : Judith Kaufmann

Musique : Emilie Levienaise-Farrouch

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Floria, mère séparée ayant une fille, Emma, travaille dans un hôpital en suisse allemande. Son service fait presque le plein avec vingt cinq patients et un manque d’effectifs, puisqu’elles ne sont que deux infirmières pour le prochain tour de garde. Alors qu’on lui demande de prendre en charge un patient supplémentaire, la journée s’annonce difficile…

90 minutes d’adrénaline, sans aucune interruption, c’est En première ligne, troisième long-métrage de la réalisatrice suisse Petra Biondina Volpe, qui s’inspire ici du livre-enquête de Madeline Calvelage intitulé Unser Beruf ist nicht das Problem, es sind die Umstände (en français, « Le problème n’est pas notre métier, c’est le contexte »). Dans cet ouvrage, l’autrice, jeune infirmière allemande, détaillait son quotidien professionnel, en mettant en relief le manque de moyens et de personnel. Celle-ci a travaillé en étroite collaboration avec la cinéaste, non seulement au scénario, mais aussi comme consultante, afin de veiller au réalisme des situations. De ce point de vue, Léonie Benesch (née en 1991) emporte tous les suffrages. L’actrice allemande, découverte en 2009 dans Le Ruban blancDas weiße Band de Michael Haneke est ensuite devenue l’une des plus en vue dans son pays, grâce notamment à la série Babylon Berlin. Celle qui a aussi été Cécile de Grève dans la série The Crown livre une remarquable prestation dans En première ligne et prouve une fois de plus après La Salle des profsDas Lehrerzimmer de İlker Çatak et September 5 de Tim Fehlbaum qu’elle peut tout à fait prétendre à une carrière internationale, à l’instar de Nina Hoss. Par son intensité et son charisme qui rappelle souvent celui d’Alba Rohrwacher, elle emporte le spectateur dans la folie (euphémisme) du parcours du combattant que représente le train-train de Floria. Présente dans toutes les scènes, quasiment de tous les plans, Léonie Benesch ne fait qu’un avec son personnage (on imagine les heures de préparation pour arriver à ce niveau de perfection) et le spectateur de plonger dans cet enfer malheureusement d’actualité et dont la situation ne fera que de s’aggraver.

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Test DVD / L’Épreuve du feu, réalisé par Aurélien Peyre

L’ÉPREUVE DU FEU réalisé par Aurélien Peyre, disponible en DVD le 16 décembre 2025 chez Blaq Out.

Acteurs : Félix Lefebvre, Anja Verderosa, Suzanne Jouannet ,Victor Bonnel, Sarah Henochsberg, Nolan Masraf, Marie Bucas-Français, Jules Porier…

Scénario : Aurélien Peyre & Charlotte Sanson

Photographie : Inès Tabarin

Musique : Maud Geffray

Durée : 1h42

Année de sortie : 2025

LE FILM

Hugo, 19 ans, passe les vacances d’été sur l’île de Noirmoutier dans la petite maison de son grand-père, pour la première fois en compagnie de sa petite amie Queen, esthéticienne à Paris, originaire de Toulon, au style flamboyant. Lors d’une balade, il retrouve une bande d’amis d’enfance qu’il n’a pas vus depuis longtemps. Après quelques jours sur l’île, le couple doit se rendre chez la grand-mère de Queen, à Toulon.

Décidément, le cinéma français se porte bien, contrairement à celles et à ceux qui déclarent (au premier degré) que « c’est de la m*rde ! ». L’Épreuve du feu, premier long-métrage d’Aurélien Peyre, directement issu de Coqueluche (2018), précédent moyen-métrage du réalisateur, est l’une des plus belles révélations de 2025. Le metteur en scène et scénariste reprend le même point de départ, autrement dit une fille qui débarque sur une île située sur l’Atlantique, afin de rejoindre son petit copain, qui comme d’habitude y passe ses vacances d’été et ce depuis sa plus tendre enfance. Aurélien Peyre s’intéresse au regard amoureux de l’adolescent, qui se transforme au contact de ceux qu’il considère comme étant ses « amis », qui n’hésitent pas à critiquer ouvertement le milieu social de ceux qui n’ont pas « les mêmes valeurs ». Pour son passage au format long, il reprend ainsi les personnages, les retravaille, récupère la matière brute et première, pour la sculpter avec une nouvelle maturité, lui donner une nouvelle densité. Pour cela, Aurélien Peyre bénéficie de concours de Charlotte Sanson (Un vrai bonhomme de Benjamin parent, Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal) pour dresser le portrait de Hugo. Récit initiatique, situé entre Conte d’été de Eric Rohmer et Le Blé en herbe de Colette, L’Épreuve du feu, porté par la sublime interprétation de son duo vedette, subjugue de la première à la dernière seconde. On en reparle aux prochains César ?

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Test DVD / Certains l’aiment chauve, réalisé par Camille Delamarre

CERTAINS L’AIMENT CHAUVE réalisé par Camille Delamarre, disponible en DVD depuis le 5 décembre 2025 chez UGC.

Acteurs : Kev Adams, Michaël Youn, Rayane Bensetti, Chantal Ladesou, Tony Garcia Lewis, Phil Krazuki, Shane Woodward, Manon Sabrier…

Scénario : Antonin Fourlon

Musique : Alexandre Azaria

Durée : 1h18

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Lorsque Zak perd sa petite, puis son travail, c’est le début de la déprime. Mais lorsqu’il s’aperçoit qu’il perd ses cheveux à tout juste trente ans c’est la panique totale. Sur les conseils de son oncle qui est passé par là il y a plusieurs années, il entame plusieurs traitements pour échapper à la calvitie…

Aaaah, celui-là il est beau. Parce qu’il en faut bien quelques-uns qui se distinguent chaque année, Certains l’aiment chauve rejoint ainsi Toutes pour une de Houda Benyamina, Le Grand déplacement de Jean-Pascal Zadi, Alpha de Julia Ducournau dans le genre bide atomique largement mérité. 10 millions de budget (WTF!!) et 210.000 entrées au compteur, ça fait mal au fondement quand même. Un des pires scores au cinéma pour Kev Adams, qui a d’ailleurs connu une double peine en 2025 avec un autre four commercial, Le Jour J de Claude Zidi Jr. On ne sait pas encore ce que vaut le second, mais en ce qui concerne Certains l’aiment chauve, on est ici dans le gratin de navet fumant. À la barre, on retrouve l’inénarrable Camille Delamarre (né en 1979), réalisateur, monteur, scénariste, producteur et même acteur, tout droit sorti de l’écurie Luc Besson, pour lequel il a essentiellement officié au découpage, ou au charcutage c’est selon, épileptique du Transporteur 3, de L’Immortel, de Taken 2, de Colombiana…un cador on vous dit ! Il passe « logiquement » derrière la caméra avec Brick Mansions…remake de l’affreux Banlieue 13, interprété par Paul Walker, alors dans son dernier rôle. Non, nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il a perdu le contrôle de sa voiture en repensant au premier montage du film, mais c’est une idée qui se tient. Anyway, Camille Delamarre revient sur le devant de la scène, dix ans après Le Transporteur : Héritage, qui avait plutôt bien fonctionné dans les salles, sans toutefois connaître le même engouement que la trilogie avec Jason Statham. Mais le verdict est sans appel pour Certains l’aiment chauve, qui devait quitter les salles de cinéma, quatre semaines seulement après la sortie du film et ce malgré une combinaison confortable de plus de 500 salles dans l’Hexagone. Avec à peine 19.000 spectateurs comptabilisés le premier jour (108.000 la première semaine, plaçant le film à la neuvième place du classement hebdo), il était certain qu’on allait se retrouver devant un nouveau cas d’étude du cinéma français. Car où sont passés les millions d’euros, si ce n’est dans la poche des deux comédiens principaux ? Entrez donc si vous l’osez, amateurs de comédies qui sentent le gros rouge qui tâche, qui renvoie aux plus mauvais films (car tout n’est pas à jeter, loin s’en faut) de Philippe Clair et de Max Pécas, qui paraissent ana(l)chroniques, issues d’un autre univers…On vous aura prévenu, pervers que vous êtes.

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