LE TRESOR DES COLLINES ROUGES(Treasure of Ruby Hills)réalisé par Frank McDonald,disponible en DVDle 4 octobre2016 chez Artus Films
Acteurs : Lee Van Cleef, Zachary Scott, Carole Mathews, Barton MacLane, Dick Foran, Lola Albright…
Scénario : Tom Hubbard, Fred Eggers d’après la nouvelle de Louis L’Amour
Photographie : John J. Martin
Musique : Edward J. Kay
Durée : 1h10
Date de sortie initiale: 1955
LE FILM
Deux propriétaires terriens concurrents veulent posséder la mainmise totale sur la région de Ruby Hills. Se faisant la guerre par tous les moyens, l’un et l’autre devront également affronter le propriétaire de la source alimentant toute la vallée.
Le prolifique cinéaste Frank McDonald (1899-1980) se distingue par la longévité et l’éclectisme de sa carrière avec près de 145 films et séries télévisées réalisés sur une trentaine d’années. Dès le cinéma muet, il se spécialise dans les westerns et films d’aventures, avec parfois huit longs métrages mis en scène la même année ! Les producteurs lui confient des budgets modestes et Frank McDonald s’en acquitte grâce à beaucoup d’ingéniosité. C’est le cas du Trésor des collines rouges, réalisé en 1955, adapté d’une nouvelle de Louis L’Amour (1908-1988), écrivain et auteur principalement de westerns. Tourné dans les studios KTTV dans des décors honnêtes mais limités, Treasure of Ruby Hills est un petit western bien sympathique et délicieusement vintage. Certes, il ne faut pas s’attendre à des affrontements violents et une histoire alambiquée, mais Le Trésor des collines rouges est typique du western tourné à la chaîne, qui sait contenter le spectateur lambda désireux de passer un petit peu de temps dans le grand Ouest. Les cowboys s’apparentent à des playmobiles munis d’une pétoire à pétards, qui déambulent dans une ville faite de trompe-l’oeil ou de façades factices. Mais l’histoire tient la route et va à l’essentiel, surtout que le film ne dure que 70 minutes montre en main.
Zachary Scott (Le Roman de Mildred Pierce, L’Homme du Sud) porte le film sur ses épaules (et sa moustache à la Clark Gable), le sourcil relevé, le rictus ironique qui semble indiquer « il faut pas me la faire », tout en emballant Carole Mathews et en flinguant ceux qui voudraient bien s’emparer de la source d’eau (le trésor du titre) dont il est propriétaire. Les dialogues sont secs et la mise en scène renvoit souvent à l’époque du cinéma muet, durant laquelle le cinéaste a fait ses classes, à l’instar des plans de « réaction » des personnages avant que ceux-ci n’en viennent aux mains ou aux colts. C’est le cas de Lee Van Cleef, âgé de trente ans, qui promène son visage émacié depuis quelques films seulement. Frank McDonald semble conscient du charisme atypique du jeune comédien et prend son temps pour filmer son visage aux traits ambigus, malgré ses deux petites scènes.
Le Trésor des collines rouges est un western distrayant de série B, qui ne cherche pas à en mettre plein la vue, certes prévisible, mais généreux envers ses spectateurs puisque le réalisateur leur apporte tout ce qu’ils sont venus chercher en matière de règlements de comptes, amourette, pression psychologique, cavalcades, gunfights et punchlines.
LE DVD
Le DVD du Trésor des Collines rouges, édité chez Artus Films, repose dans un boîtier Amaray classique. La jaquette, estampillée Les Grands classiques du western, est très attractive avec un visuel élégant du plus bel effet. Le menu principal est fixe et musical.
Dessinateur et scénariste français de bandes dessinées, Georges Ramaïoli présente Le Trésor des Collines rouges de Frank McDonald (15’) en abordant tout d’abord la très longue carrière du réalisateur (près de 150 films et séries répertoriés sur IMDB), puis celle des comédiens principaux. Cela manque un peu d’entrain et notre interlocuteur s’égare parfois en entrant dans la vie privée des acteurs, mais cet exposé n’est pas inintéressant.
Cette section se clôt sur un diaporama de photos et d’affiches d’époque et de plusieurs bandes-annonces.
L’Image et le son
Le master (1.37, 16/9 compatible 4/3) présente encore un lot de défauts, rayures verticales, raccords de montage, tâches, poussières, mais l’image trouve très vite un équilibre convenable, d’autant plus que l’ensemble est plutôt stable. Le Trésor des Collines rouges est proposé dans un style Cinéma de minuit avec quelques fourmillements et plans flous. Si l’image n’est évidemment pas extraordinaire avec un N&B aux contrastes légers et des séquences plus altérées que d’autres avec un grain plus hasardeux, voir le film de Frank McDonald dans ces conditions rajoute au style rétro.
Seule la version originale est disponible et se révèle heureusement riche et plutôt propre. La musique est joliment restituée bien qu’un peu chuintante, certains légers craquements persistent, le report des voix est appréciable, évite toutes saturations exagérées et l’ensemble est au final suffisamment dynamique. Seule une séquence à la 12e minute a visiblement plus subi les affres du temps avec un souffle plus marqué et des échanges sourds.
GERONIMO (Geronimo: An American Legend)réalisé par Walter Hill, disponible en Blu-ray et DVDle 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta
Acteurs : Jason Patric, Robert Duvall, Gene Hackman, Wes Studi, Matt Damon, Rodney A. Grant, Kevin Tighe…
Scénario : John Milius, Larry Gross
Photographie : Lloyd Ahern II
Musique : Ry Cooder
Durée : 1h55
Date de sortie initiale: 1993
LE FILM
1885. Une seule tribu tient encore tête à l’armée et aux colons, celle des Apaches Chiricahuas. Le lieutenant Gatewood est chargé de prendre contact avec leur chef, Geronimo. Ce dernier se rend au général Crook mais Geronimo et son peuple sont parqués dans une réserve trop petite pour eux, Turkey Creek. Geronimo repart alors en guerre et refuse de croire le général Crook…
En 1968, Walter Hill (né en 1942) commence sa carrière en tant que réalisateur de seconde équipe sur L’Affaire Thomas Crown de Norman Jewison puis sur le non moins mythique Bullitt de Peter Yates. Quatre ans plus tard, il signe le scénario de Guet-Apens de Sam Peckinpah, d’après le roman de Jim Thompson, qui témoigne de son attrait pour la représentation de la violence sans fioritures. Il passe enfin derrière la caméra en 1975 avecLe Bagarreur, dans lequel il dirige Charles Bronson et James Coburn. Suivront les formidables Driver et Les Guerriers de la nuit. Son quatrième long métrage, Le Gang des frères James, lui permet d’aborder un nouveau genre, celui du western, à travers l’histoire du gang James-Younger et leurs célèbres attaques de trains et de banques. Les années 1980 sont marquées par d’importants succès au box-office, notamment 48 heures (1982) avec Nick Nolte et Eddie Murphy, qui reste le plus grand triomphe commercial de Walter Hill. En 1985, il revient à la comédie avec Comment claquer un million de dollars par jour, film culte avec Richard Pryor et John Candy. Trois plus tard, il forme le duo Arnold Schwarzenegger / James Belushi dans Double Détente, buddy movie par excellence. Les années 1990 arrivent, ainsi que la suite de 48 heures, sobrement intitulées 48 heures de plus. Si la critique est cette fois très mauvaise, cela n’empêche pas le film de cartonner. Nous arrivons donc en 1993 et Walter Hill décide de revenir au western, genre alors quasi-abandonné, avec Geronimo.
Deux ans après le triomphe de Danse avec les loups de Kevin Costner et celui d’Impitoyable de Clint Eastwood en 1992, le réalisateur confie le scénario de Geronimo à John Milius, réalisateur de Conan le Barbare et de L’Aube rouge, mais également scénariste de Jeremiah Johnson de Sydney Pollack et Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Les deux hommes avaient déjà collaboré en 1987 sur Extrême préjudice. Geronimo est également coécrit par Larry Gross, fidèle à Walter Hill depuis 48 heures. Remarquable nouvelle lecture du mythe Geronimo (1829-1909), un des protagonistes principaux des guerres apaches ayant combattu le Mexique et les États-Unis pour les droits des amérindiens, Geronimo : An American Legend est un sommet de la carrière de Walter Hill. Malgré les stars et têtes d’affiches telles que Gene Hackman dans le rôle du Général George Crook et Robert Duvall dans celui du chasseur d’indiens Al Sieber, sans compter les jeunes acteurs prometteurs, Jason Patric et Matt Damon, Geronimo est le vrai et principal protagoniste de cette histoire. Découvert dans Danse avec les loups et Le Dernier des Mohicans de Michael Mann, le comédien Wes Studi incarne brillamment le chaman guerrier reconnu et respecté. Le film évoque le meurtre de sa mère, de sa femme et de ses trois enfants par l’armée mexicaine près d’un village. Son désir de vengeance, les guerres qu’il a menées en représailles, ses visions prémonitoires, mais aussi l’accord de paix négocié en 1871 après plusieurs années de guerre contre les États-Unis, avec les Apaches Chiricahuas (dirigés par Cochise) sur les conseils de Tom Jeffords sont aussi narrées. Les Apaches obtiennent la création d’une réserve sur leurs terres. Peu de temps après, la réserve Chiricahua est fermée par les autorités américaines. C’est ce point en particulier que Walter Hill et ses scénaristes ont voulu mettre en avant dans Geronimo, le non-respect du Gouvernement américain et les promesses non tenues.
Contre toute attente, même si le film demeure marqué par quelques séquences particulièrement brutales et des affrontements percutants, Geronimo est un film triste, lent, mélancolique, qui montre l’anéantissement d’un peuple et de ses derniers représentants par la suprématie politique et militaire. Un monde disparaît pour laisser la place nette à un autre. L’Amérique doit aborder le XXe siècle en se débarrassant de ce qui « gêne ». Epaulé par la magnifique photographie de Lloyd Ahern II, qui retravaillera ensuite avec Walter Hill jusqu’à dernièrement dans Du plomb dans la tête avec Sylvester Stallone, mais aussi par la musique du fidèle Ry Cooder, le réalisateur est en pleine possession de son art pour faire passer son message, les Etats-Unis sont les seuls responsables de ce véritable génocide. Tourné dans les magnifiques décors naturels de l’Utah et de l’Arizona, Geronimo est un western très violent, autant dans les séquences de guerre que dans les mots prononcés, bourrés de non-dits et de sous-entendus. A ce titre, Jason Patric, découvert dans Génération perdue de Joel Schumacher en 1987, trouve ici son plus grand rôle. Le comédien incarne le Premier lieutenant Charles B. Gatewood, tout d’abord rempli d’espoir quant au sort réservé à Geronimo et à son peuple. Mais il devra se rendre à l’évidence, les Etats-Unis ne comptent pas tenir leurs promesses. Ces désillusions apparaissent également à travers le personnage de Matt Damon, qui tient compte de ses débuts dans l’armée américaine. Tout d’abord impressionné et fier de la mission qui lui est confiée, celle d’escorter Geronimo lors de sa reddition au Général George Crook en 1883, il sera également écoeuré par les principes bafoués d’une nation pour laquelle il était alors prêt à donner sa vie. Il plane donc un vrai spleen sur le film de Walter Hill. La fin est proche en dépit des négociations. Il n’y a plus qu’à l’attendre. L’Enfer, caractérisé par une photo orangée et parfois rouge-sang qui imprègne les décors à mesure que l’issue approche, s’installe sur Terre et le XXe siècle se bâtit sur des faux-semblants et des paysages vidés de leur véritable mémoire.
S’il n’atteint pas le lyrisme de Danse avec les loups et le nihilisme d’Impitoyable, Geronimo est sans doute le troisième western le plus important des années 1990 et mérite d’être sérieusement reconsidéré.
LE BLU-RAY
Le test du Blu-ray de Geronimo, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.
Au menu des bonus, l’incontournable Bertrand Tavernier est le premier à présenter Geronimo de Walter Hill (35′). Le réalisateur et historien du cinéma indique qu’il s’agit pour lui d’un des grands films du cinéaste. Tavernier retrace son parcours en tant que scénariste et metteur en scène et en vient à la collaboration Walter Hill / John Milius sur Geronimo, également écrit par Larry Gross. L’évolution du scénario, les partis pris et les intentions du cinéaste, l’originalité du traitement, les figures historiques, la mise en scène, les scènes d’action, la musique, la photo, les dialogues, le rythme, le casting, les personnages, les lieux de tournage, tout cela est abordé avec une passion vraiment contagieuse, qui montre que Bertrand Tavernier est toujours aussi épris par son art même après avoir visionné des milliers de films.
Patrick Brion a finalement peu de choses à dire après son confrère. En à peine un quart d’heure, le critique et historien du cinéma dévoile l’origine du nom de Geronimo, avant de faire un rapide tour d’horizon du western au début des années 1990. Brion expose brièvement les carrières respectives de John Milius et de Walter Hill, en indiquant qu’il serait très heureux de présenter un jour Les Guerriers de la nuit qu’il adore tout particulièrement. Il se contente après de citer les propos de Walter Hill recueillis dans un entretien, où le réalisateur s’exprime sur Geronimo.
L’interactivité se clôt sur une galerie de photos/affiches et la bande-annonce.
L’Image et le son
Geronimo est le film le plus récent édité par Sidonis puisqu’il date de 1993. Il n’est donc pas étonnant de se retrouver face à un master HD (1080p, AVC) restauré de fort bonne qualité, propre, stable et qui restitue merveilleusement les partis-pris esthétiques du chef opérateur Lloyd Ahern II. Le piqué n’est sans doute pas aussi ciselé qu’on pouvait l’espérer, mais la colorimétrie est riche, les contrastes élégants, la compression solide comme un roc et la définition subjugue à de nombreuses reprises, à l’exception des scènes sombres où le master montre quelques limites. Ajoutez à cela un grain sensible qui flatte constamment la rétine, un relief impressionnant sur les plans larges. De quoi contenter les amateurs à la fois du genre mais aussi de belles images.
Montez le volume, car le spectacle est garanti sur les scènes de batailles ! Le (re)mixage anglais DTS-HD Master Audio 5.1 se révèle particulièrement ardent. Les frontales et les latérales sont dynamiques, la musique de Ry Cooder exsudée avec force, la spatialisation est fort appréciable et le caisson de basses participe parfois à ce spectacle. Pas de souffle constaté. La version originale est également disponible en Stéréo, de fort bon acabit. La piste française disponible en DTS Master Audio Stéréo 2.0 est évidemment plus « plate », mais s’en sort avec les honneurs avec notamment un excellent doublage. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale, et le changement de langue impossible à la volée.
LITTLE BIG MAN réalisé par Arthur Penn, disponible en Blu-ray et Édition Coffret Ultra Collector – Blu-ray + DVD + Livre le 19octobre 2016 chez Carlotta Films
Acteurs : Dustin Hoffman, Faye Dunaway, Chief Dan George, Martin Balsam, Richard Mulligan, Jeff Corey…
Scénario : Calder Willingham
Photographie : Harry Stradling Jr.
Musique : John Paul Hammond
Durée : 2h20
Date de sortie initiale: 1970
LE FILM
Âgé de 121 ans, Jack Crabb, seul survivant du massacre de Little Big Horn, raconte son histoire à un journaliste. Adopté par une famille de Cheyennes, ce visage pâle est surnommé Little Big Man à cause de son immense courage. Un jour, toute sa tribu est massacrée par les Blancs et Jack est alors recueilli par un pasteur et sa femme. Mais le jeune homme est partagé entre ses origines indiennes et son nouveau peuple..
Le cinéaste Arthur Penn (1922-2010) commence sa carrière en 1958 avec Le Gaucher, d’après un scénario de Gore Vidal, un petit western tourné en N&B, avec le jeune Paul Newman dans le rôle de Billy the Kid. Refusant de se fondre dans le moule hollywoodien, le perfectionnisme et les méthodes peu orthodoxes d’Arthur Penn irritent les studios et même certains comédiens et producteurs avec qui il travaille. Burt Lancaster obtient même son renvoi du tournage du Train, repris en main par John Frankenheimer en 1964. Si la critique américaine ne cesse de le bouder, les cinéphiles français et européens accueillent chaleureusement ses films, La Poursuite impitoyable (1966), Alice’s Restaurant (1969) et surtout Bonnie and Clyde (1967) qui lui offre le succès des deux côtés de l’Atlantique. 1970 est une année pivot aux Etats-Unis. Dans le monde politique, mais également cinématographique. Arthur Penn entreprend alors son film le plus ambitieux, Little Big Man.
Grosse production entièrement tournée en décors naturels, entre le Canada et les réserves indiennes du Montana, Little Big Man est une fresque grandiose et magnifique. Arthur Penn souhaitait déjà réaliser ce projet depuis quelques années, mais ne parvenait pas à réunir le budget nécessaire en essuyant quelques refus polis des producteurs en raison de la part belle faite aux Indiens dans le scénario. Le triomphe de Bonnie and Clyde lui sera bénéfique. Révélé en 1967 dans Le Lauréat de Mike Nichols, Dustin Hoffman enchaîne avec Macadam Cowboy de John Schlesinger, nouveau triomphe qui place alors le comédien parmi les plus convoités. Après John et Mary de Peter Yates, Dustin Hoffman est choisi par Arthur Penn pour tenir le rôle principal dans Little Big Man. Un pari risqué pour l’acteur puisqu’il doit incarner un personnage de l’âge de 17 à…121 ans, Dustin Hoffman étant alors dissimulé sous d’incroyables prothèses très réalistes.
Plus de dix ans après Le Gaucher, Arthur Penn revient au western. Toutefois, le scénario écrit par Calder Willingham (Les Sentiers de la gloire, La Vengeance aux deux visages) d’après le roman de Thomas Berger publié en 1964 et sorti en France l’année suivante sous le titre Mémoires d’un Visage pâle, entreprend de revisiter l’Ouest américain, en se focalisant notamment sur le point de vue des Indiens. Pour Arthur Penn il s’agit plutôt d’un film de guerre. Little Big Man est le récit d’un homme dont le destin s’est retrouvé mêlé à celui d’une figure historique, en l’occurrence celle du major-général Custer lors de la célèbre bataille de Little Bighorn aka Custer’s Last Stand, qui opposa les hommes du 7e régiment de cavalerie de l’armée américaine à une coalition de Sioux et de Cheyennes rassemblés par Sitting Bull puis menés par Crazy Horse les 25 et 26 juin 1876. Recueilli avec sa sœur (qui préférera s’enfuir le soir même) par les Cheyennes à l’âge de dix ans, alors que leur village venait d’être massacré par les Pawnee, Jack est ensuite élevé comme un des leurs. Il apprend leur langue, leurs méthodes de combat et leurs coutumes. Malgré sa petite taille, il fait preuve de courage et de bonté auprès des « siens », ce qui lui vaut d’être appelé Little Big Man. Lors d’une attaque des Tuniques Bleues, qui s’en prennent également aux femmes et aux enfants, Jack parvient à se faire voir comme un « Blanc » et se trouve à nouveau recueilli par une nouvelle famille.
Little Big Man est aussi le destin d’un petit homme lié à la Grande Histoire. Tour à tour guerrier indien, pupille d’un révérend, complice d’un charlatan, roi du pistolet, commerçant, ivrogne, muletier, ermite, Jack Crabb est placé plusieurs fois sur le chemin de Custer, responsable de l’extermination de ses frères Indiens. S’il tente d’assassiner le militaire américain, sans succès, l’Histoire placera une dernière fois Jack devant Custer avant que ce dernier ne lance son assaut sur Little Big Horn. Jack, entre deux cultures diamétralement opposées, passera sa vie à chercher sa place dans un monde complètement fou, où la guerre et la violence refont surface chaque fois qu’il semblait enfin apaisé.
Fantastique épopée photographiée par le chef opérateur Harry Stradling Jr. (Le Fantôme de Cat Dancing, Le Merdier), Little Big Man convoque la Grande Histoire, évoque le massacre des Indiens à travers de stupéfiantes séquences d’exterminations tournées de manière frontale. Nous sommes à la fin des années 1960 et cette évocation rappelle évidemment la guerre du Vietnam alors au centre des actualités. Outre l’immense interprétation de Dustin Hoffman, n’oublions pas celle du Chef Dan George, né Te-Wah-No, authentique chef Indien issu de la Colombie-Britannique à Vancouver. Devenu comédien, il est le seul à avoir été nommé aux Oscars pour Little Big Man. L’une de ses plus célèbres apparitions demeure également celle aux côtés de Clint Eastwood dans le formidable Josey Wales hors-la-loi (1976). La participation de Faye Dunaway, trois ans après Bonnie and Clyde, est également truculente et marquante, tout comme celle de Martin Balsam dans la peau du charlatan Merriweather et Richard Mulligan qui campe un Général Custer frappadingue, reflet d’une Amérique qui a trouvé le parfait pantin pour laisser libre cours à ses instincts les plus bas. Malgré ses scènes violentes, Little Big Man est un film qui regorge d’humour et même de séquences burlesques, à l’instar de la partie « Pistolero » où Jack affublé d’un costume ridicule essaye de prendre la posture d’une terreur de l’Ouest alors qu’il ne sait tirer que sur des bouteilles.
Enfin, Little Big Man est un récit initiatique durant lequel le personnage, alors innocent, sera témoin d’un des plus grands génocides de l’Histoire. A travers ce portrait, Arthur Penn livre une œuvre allégorique et résolument contestataire doublée d’un profond message humaniste. Un chef d’oeuvre.
LE BLU-RAY
L’édition chroniquée est celle du Blu-ray Single. Little Big Man est également disponible en édition limitée et numérotée à 3000 exemplaires. Ce quatrième coffret Ultra-Collector comprend le Blu-ray, l’édition Double DVD ainsi qu’un livre de 160 pages. Ce titre rejoint ainsi Body Double, L’Année du Dragon et Panique à Needle Park, sortis également en coffret Ultra-Collector depuis décembre 2015. Le Blu-ray de Little Big Man, édité chez Carlotta Films, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné du plus bel effet. Le visuel de la jaquette – celui de l’affiche de la ressortie 2016 – est on ne peut plus élégant et attractif. Le menu principal est fixe et musical.
En plus de la bande-annonce originale et celle de la ressortie 2016, nous ne trouvons sur cette édition qu’une préface de l’historien du cinéma et critique à Positif, Philippe Rouyer (7′). Cette présentation est intéressante, bien que courte, et permet de situer Little Big Man dans la carrière d’Arthur Penn. Le parcours du cinéaste est brièvement évoqué, tout comme la genèse et les thèmes du film, ainsi que la place du réalisateur à Hollywood.
L’édition Ultra-Collector comprend également un deuxième disque intégralement consacré aux autres suppléments :
Une épopée picaresque (25′) : Philippe Rouyer revient sur les aventures de Jack Crabb, héros tragi-comique témoin du génocide indien.
Arthur Penn sur le tournage de Little Big Man(26′) : Dans ce documentaire du photographe américain Elliott Erwitt réalisé au coeur du tournage de Little Big Man, le cinéaste Arthur Penn se confie sur sa méthode de travail et celle de son acteur Dustin Hoffman, et revient sur les choix artistiques opérés pour ce film.
Les Multiples facettes de Dustin Hoffman (14′) : Dans Little Big Man, Dustin Hoffman réalise l’exploit de jouer un personnage âgé de 17 à 121 ans. Dans ce documentaire signé Elliott Erwitt, le comédien américain évoque son travail sur le tournage du film d’Arthur Penn et livre quelques-uns de ses secrets d’acteur.
Le livre de 160 pages, intitulé Penser la spontanéité, contient 60 photos inédites provenant du tournage, explore la réalisation de Little Big Manet surtout le travail d’Arthur Penn au sein de l’industrie hollywoodienne. Au fil d’un entretien fleuve avec Robin Wood et d’analyses cinématographique et historique, se dessinent une méthode de travail et une pensée uniques qui font de Little Big Man un des films les plus contestataires et démythificateurs produits par Hollywood.
L’Image et le son
Quelle restauration ! Ce master HD (1080p, AVC) permet aux spectateurs de redécouvrir Little Big Man dans de superbes et inédites conditions techniques, avec un grain original heureusement conservé et bien géré. Les volontés artistiques du mythique chef opérateur Harry Stradling Jr. Sont respectées et nous avons l’impression de redécouvrir complètement le chef d’oeuvre d’Arthur Penn. Après un prologue et un générique au grain plus appuyé et aux légers fourmillements, tout s’arrange. La copie est souvent sidérante de beauté et de stabilité, le nouvel éclat des couleurs est saisissant – à l’instar du ciel bleu – la luminescence du ciel est aveuglante. Les noirs sont concis, le piqué vif et acéré, la propreté impressionnante même si quelques poussières et points blancs subsistent, les détails sur le cadre large sont légion et les contrastes pointus, y compris sur les séquences en intérieur. Les gammes chatoyantes sont harmonieuses, la profondeur de champ est abyssale sur les plaines ou paysages enneigés, et le relief omniprésent.
La version originale a bénéficié d’un lifting de premier ordre avec une promotion en DTS-HD Master Audio 5.1. Les latérales restent pratiquement au point mort tout du long et se contentent principalement de spatialiser la musique du film et les ambiances lors des fusillades. Ce mixage est donc essentiellement frontal et se révèle d’une propreté hallucinante. Chaque trot de cheval, le vent qui souffle dans la plaine, les coups de feu sont distincts. Pour un meilleur confort acoustique, n’hésitez pas à sélectionner directement le mixage anglais 1.0 qui s’avère plus harmonieux et tout aussi riche en terme d’effets. La piste française est uniquement disponible en 1.0., propre, sans aucun souffle ni grincements ou saturations, cette option est aussi de haut niveau. Les sous-titres sont imposés sur la version originale et le changement de langue est verrouillé.
FAIS TA PRIERE, TOM DOOLEY (Fais ta prière… Tom Dooley)réalisé par Ted Post, disponible en DVDle 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta
Acteurs : Michael Landon, Jo Morrow, Jack Hogan, Richard Rust, Dee Pollock, Ken Lynch…
Scénario : Stanley Shpetner
Photographie : Gilbert Warrenton
Musique : Ronald Stein
Durée : 1h16
Date de sortie initiale: 1959
LE FILM
1865. Tom Dooley, un soldat sudiste, et deux amis attaquent une diligence nordiste et tuent les passagers. Par la suite, ils apprennent que la guerre de Sécession est finie et qu’ils sont des assassins. Tous trois doivent fuir la région pour éviter la prison. Dans sa fuite, Tom persuade sa fiancée Laura de le suivre…
C’est un petit western dont on n’attendait rien en vue du titre français, de son apparente modestie et de son casting. Et pourtant la surprise est de taille ! Fais ta prière, Tom Dooley – The Legend of Tom Dooley est d’abord réalisé par le solide Ted Post (1918-2013) qui a surtout fait ses classes à la télévision avec des séries comme Perry Mason, Rawhide, L’Homme à la carabine et signe son premier long métrage The Peacemaker en 1956. Ses films les plus connus demeurent ses deux collaborations avec Clint Eastwood, Pendez-les haut et court (1968) et Magnum Force (1973), le deuxième opus de la franchise Harry Callahan sur un scénario de John Milius et Michael Cimino. Fais ta prière, Tom Dooley (1959) est seulement son second long métrage. Tourné en Californie dans des décors épurés, pour ne pas dire approximatifs, habituellement utilisés pour la télévision et vraisemblablement dans les plaines situées autour des studios de la Columbia, ce western repose sur une histoire en béton écrite par Stanley Shpetner, également producteur.
Durant la Guerre de Sécession, trois soldats Confédérés, Tom Dooley, Country Boy et Abel, sont envoyés derrière les lignes ennemies pour attaquer un convoi d’armes. L’affaire tourne en leur faveur malgré la mort des opposants nordistes et Abel est sérieusement blessé. Dans la diligence, ils découvrent un soldat Sudiste, victime de leurs balles. Avant de mourir, il leur annonce que la guerre est terminée. Pris de court, Tom, Country Boy et Abel deviennent malgré eux des meurtriers très vite recherchés. Si le point de départ rappelle celui du Relais de l’or maudit, réalisé par Roy Huggins en 1952, Fais ta prière, Tom Dooley suit un autre chemin. En dépit d’un budget restreint et d’un tournage qu’on imagine rapide, le film s’avère passionnant en se focalisant sur ce trio d’amis qui n’ont nulle part où aller et qui ne peuvent même plus rentrer chez eux. Tom Dooley est interprété par le tout jeune Michael Landon, 23 ans, avant Bonanza et surtout bien avant le triomphe mondial de La Petite maison dans la prairie et sa consécration dans le rôle de Charles Ingalls. S’il est un peu lisse, le comédien porte convenablement le film sur ses épaules et campe un Tom Dooley très attachant. Mais son partenaire Richard Rust (Country Boy) s’en sort encore mieux et impose sans mal un charisme froid et animal.
Tom Dooley ne souhaite qu’une chose, essayer de prendre la fuite avec Laura (Jo Morrow), celle qu’il a laissée avant de partir à la guerre et à laquelle il a promis de revenir pour l’épouser. Tom et Laura se retrouvent et le film prend alors la tournure d’un film noir avec le couple en fuite qui tente d’échapper aux pièges tendus sur leur passage. Jusqu’où les personnages pourront-ils aller alors qu’ils sont traqués par les civils, les militaires et même par un homme jaloux qui convoitait Laura ? Dans un magnifique N&B signé Gilbert Warrenton, l’ambiance s’assombrit et l’issue semble fatale comme l’indique d’ailleurs d’emblée la récurrente ballade populaire de Caroline du Nord entonnée par le Kingston Trio (et par Les Compagnons de la Chanson en version française), inspirée d’un fait divers, qui donne son titre au film :
Hang down your head Tom Dooley, hang down your head and cry, Hang down your head, Tom Dooley Poor boy, you’re bound to die.
Fais ta prière, Tom Dooley est un petit film plein de qualités, soigné, passionnant, une véritable tragédie sur fond de western (la violence est sèche et les affrontements brutaux), comme une fable noire et cynique. A connaître absolument.
LE DVD
Le test du DVD de Fais ta prière, Tom Dooley, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.
Les éminents Bertrand Tavernier (20’) et Patrick Brion (14’) ont répondu à l’appel de Sidonis pour présenter ce petit western qu’ils affectionnent, plus particulièrement le second. Le premier partage ses souvenirs émus de sa découverte (en version française) du film de Ted Post à sa sortie dans un cinéma parisien situé sur les Grands Boulevards. Un film qui selon lui était et demeure une très agréable surprise qui possède de nombreuses qualités. Bertrand Tavernier passe en revue les conditions de tournage, les décors, le casting qu’il juge composé de jeunes acteurs pas vraiment charismatiques parmi lesquels se distingue tout de même Richard Rust (Country Boy dans le film). Notre interlocuteur loue également la qualité du scénario et l’originalité de l’histoire même si le point de départ rappelle celui de Le Relais de l’or maudit, réalisé par Roy Huggins en 1952. La carrière du cinéaste Ted Post est ensuite rapidement évoquée et Bertrand Tavernier indique à cette occasion que Magnum Force, le second épisode des aventures de l’inspecteur Harry, est pour lui considéré à tort comme un bon film et critique le scénario qu’il juge très faible. En revanche, Bertrand Tavernier encense Go Tell the Spartans, connu en France sous le titre Le Merdier. Il clôt ce passionnant entretien en parlant de la bande originale qui donne son titre au film et qui se fait entendre du début à la fin.
De son côté, Patrick Brion fait un check-up du western en 1959, une grande année. A l’instar de Bertrand Tavernier, Fais ta prière, Tom Dooley est un western que Patrick Brion adore et se réjouit de pouvoir le présenter aux spectateurs. Le fond est un peu plus fouillé que chez son confrère, tout comme les collaborations de Ted Post avec Clint Eastwood. Malgré quelques inévitables redites, les propos se complètent, mais la passion et l’engouement de Brion pour ce western sont vraiment contagieux.
En plus de l’incontournable galerie de photos, nous trouvons également 5 chansons sur le thème de Tom Dooley, y compris celle entonnée par Les Compagnons de la Chanson pour les besoins de la version française du film de Ted Post ! Même Neil Young est présent dans cette section !
L’Image et le son
Le format original 1.37 n’est pas respecté et celui constaté sur le DVD est en 1.45. La compression est solide comme un roc et cette copie en met plein les yeux avec une définition étincelante du N&B. Les contrastes sont denses, les noirs profonds, les blancs lumineux et le grain original préservé. En dehors d’une ou deux séquences peut-être moins définies, l’image est nette et bien nettoyée et les très nombreuses séquences sombres sont tout aussi soignées que les scènes plus claires, le piqué est plaisant, la stabilité de mise, les détails étonnent par leur précision.
L’éditeur nous propose ici les versions originale et française restaurées en mono 2.0. Les mixages s’avèrent propres, dynamiques, et restituent solidement les voix, fluides, sans souffle. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas avec de belles ambiances naturelles. Les sous-titres français sont imposés sur cette dernière et le changement impossible à la volée. Un carton indique que la piste française, plus sourde, est incomplète et que les passages non doublés passent directement en version originale sous-titrée en français.
LE MASSACRE DES SIOUX (The Great Sioux Massacre)réalisé par Sidney Salkow, disponible en DVDle 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta...
Acteurs: Joseph Cotten, Philip Carey, Darren McGavin, Julie Sommars, Nancy Kovack, John Matthews…
Scénario: Marvin A. Gluck
Photographie: Irving Lippman
Musique: Emil Newman, Edward B. Powell
Durée: 1h37
Date de sortie initiale : 1965
LE FILM
Encouragé par des politiciens affairistes de Washington, Custer, héros de la guerre de Sécession, est persuadé d’éliminer les Sioux afin que les terres de ceux-ci puissent être données aux colons blancs, en violation des traités. Custer accueille avec plaisir l’arrivée du capitaine Benton et méprise les avis qu’il reçoit concernant la volonté des Sioux de conserver leurs terres.
Le Massacre des Sioux – The Great Sioux Massacre est un western dit « révisionniste » réalisé par Sidney Salkow (1909-2000) en 1965, alors que le genre est déjà révolu aux Etats-Unis. De plus, la célèbre bataille de Little Bighorn aka Custer’s Last Stand, qui opposa les hommes du 7e régiment de cavalerie de l’armée américaine du lieutenant-colonel Custer à une coalition de Sioux et de Cheyennes rassemblés par Sitting Bull puis menés par Crazy Horse les 25 et 26 juin 1876 avait déjà inspiré deux films de Raoul Walsh, La Charge fantastique (1941) avec Errol Flynn, et La Brigade héroïque (1954) avec Alan Ladd. Déjà en 1954, Sidney Salkow (Je suis une légende avec Vincent Price) avait réalisé Sitting Bull, même si finalement le chef indien n’était pas le personnage principal de l’intrigue. En raison de restrictions budgétaires dues au rejet de plus en plus important des spectateurs pour le genre, la Columbia Pictures impose que diverses séquences d’action ou qui auraient nécessité des dizaines voire des centaines de figurants, soient directement reprises d’autres westerns. Au montage final, Sidney Salkow insère des plans et des séquences, essentiellement de batailles, provenant de Siege of the Saxons (1963) et East of Sudan (1964) de Nathan Juran, The Brigand of Kandahar (1965) de John Gillung et même de son propre Sitting Bull ! Du coup, les images du Massacre des Sioux coïncident mal avec le reste et le film s’apparente à un patchwork avec les coutures apparentes. Cela ne dérange pas vraiment, mais occasionne parfois quelques sourires quand un personnage est supposé observer et réagir à un affrontement. Le contrechamp extrait d’un autre film montre bien que les événements coïncident difficilement du point de vue formel et que les paysages ne sont pas raccords.
Le point négatif de cette « illustration historique » vient surtout du casting. Joseph Cotten, qui débarque tout juste de Chut, chut, chère Charlotte de Robert Aldrich a l’air complètement ailleurs, Darren McGavin n’a aucun charisme, tandis que Philip Carey n’est jamais crédible dans le rôle du Colonel Custer. Les autres comédiens font surtout office de figurants. Néanmoins, Sidney Salkow, cinéaste inégal, soigne sa mise en scène et le rythme demeure soutenu. Certes l’ensemble est un peu trop didactique, et ce en dépit de faits historiques vraisemblablement peu respectés, malgré une voix-off qui annonce le contraire, mais Le Massacre des Sioux vaut pour quelques séquences particulièrement réussies. C’est le cas de Custer qui fonce avec ses hommes à travers un village d’indiens pour exterminer hommes, femmes et enfants, tout comme le même Custer qui tire dans le dos de ses hommes qui s’enfuient, ainsi que la bataille finale qui fait son petit effet. Le cadre Cinemascope est très beau et l’on peut voir Le Massacre des Sioux comme un dernier « baroud d’honneur » avant de laisser le genre s’éteindre paisiblement pendant plusieurs décennies aux Etats-Unis.
LE DVD
Le test du DVD du Massacre des Sioux, disponible chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical.
L’indispensable Patrick Brion est seul à bord dans cette section ! Dans sa présentation (10’), notre critique de cinéma commence tout d’abord par indiquer que le western américain est pour ainsi dire déjà mort en 1965, alors que le genre triomphe en Italie et en Espagne. Il en vient ensuite au film de Sidney Salkow proprement dit en indiquant les westerns les plus célèbres de ce réalisateur « sympathique » quelque peu oublié. Puis, Patrick Brion en vient au casting du Massacre des Sioux, au montage qui reprend diverses scènes de Sitting Bull réalisé dix ans auparavant, en raison d’un manque de budget. Si Brion critique cette oeuvre et ses acteurs « peu concernés », il déclare tout de même qu’il s’agit d’un film divertissant.
Nous trouvons également une galerie de photos et la bande-annonce.
L’Image et le son
Chez Sidonis, même les plus petits westerns sont souvent aussi bien logés que les grands classiques et chefs-d’oeuvre incontestés ! Le master du Massacre des Siouxs’avère lumineux, propre malgré encore quelques tâches, stable et franchement plaisant pour les mirettes. Le cadre large 2.35 étonne par son lot de détails, le piqué est pointu, les contrastes sont fermes. Du moins en ce qui concerne les séquences filmées en 1965 puisque le film reprend également de nombreux plans d’autres westerns, parmi lesquels Sitting Bull, également réalisé par Sidney Salkow dix ans auparavant ! Le grain n’est pas le même, comme la colorimétrie et les contrastes. Ces stock-shots se voient comme le nez au milieu de la figure et la restauration pose donc problème de ce point de vue. Du coup, une même séquence alterne les séquences claires au ciel bleu étincelant, avec d’autres grisâtres et ternes. Dans l’ensemble, le grain original est conservé et bien géré et la copie restaurée en HD plaisante.
Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est également fort satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est frontale et riche. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée. Signalons également que la version française est incomplète et que les passages jamais doublés passent automatiquement en version originale sous-titrée en français.
LE SHERIF D’EL SOLITO (The Hard man)réalisé par George Sherman, disponible en DVDle 21 septembre 2016 chez Sidonis Calysta.
Acteurs: Guy Madison, Valerie French, Lorne Greene, Barry Atwater, Robert Burton, Rudy Bond…
Scénario: Leo Katcher
Photographie: Henry Freulich
Musique: Mischa Bakaleinikoff
Durée: 1h16
Date de sortie initiale: 1957
LE DVD
Steve Burden, qui appartient aux Texas Rangers, a pour habitude de ne ramener les coupables que morts. Il devient le shérif de la petite ville d’El Solito mais le riche Rice Martin dirige la région sans la moindre pitié. Attiré par Fern, la femme de Rice, Steve cherche à découvrir la vérité concernant la mort d’un homme qui déplaisait à Rice.
Réalisateur prolifique et éclectique, George Sherman (1908-1991) demeure célèbre pour ses histoires du grand Ouest américain, genre avec lequel il se fait la main au début de sa carrière à la fin des années 1930. Le western prend alors de l’ampleur et Sherman parvient à mettre en scène une dizaine de films par an jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Au milieu des années 50, le western est à son apogée et pléthore de cinéastes de renom s’y adonnent. Bien qu’inégal, George Sherman a toujours œuvré comme un artisan perfectionniste, aimant mettre en valeur ses comédiens. Toujours soucieux de respecter une bonne histoire proposée, le cinéaste, considéré à juste titre comme un maître du genre, sait alors qu’il possède un très bon scénario avec Le Shérif d’El Solito – The Hard man. L’histoire est ici écrite par Leo Katcher, d’après son propre roman, également l’auteur du remake de M le Maudit par Joseph Losey en 1951 et plus tard de Traquenard de Nicholas Ray en 1958.
Dans le rôle de Steve Burden, Guy Madison (La Charge des tuniques bleues d’Anthony Mann) signe une prestation fort correcte et même parfois ambigüe puisque son personnage est montré comme un type qui profite de son statut pour flinguer à tout va. Un vrai fou de la gâchette qui en vient même à tirer sur un type qui déclare pourtant être innocent dans l’excellente séquence d’ouverture se déroulant sous une pluie diluvienne. Le comédien retrouve le réalisateur George Sherman, directement après le formidable Reprisal ! aka La Vengeance de l’indien dans nos contrées. Mais c’est surtout sa partenaire, Valerie French (L’Homme de nulle part de Delmer Daves) qui lui vole la vedette dans le rôle de Fern Martin, une jeune femme qui cache bien son jeu et qui se révèle aussi perverse que séduisante, n’hésitant pas à user de ses charmes pour se défaire d’un mari qui la séquestre. Une vraie femme fatale digne du film noir des années 1940 !
Le Shérif d’El Solito est un bon western, rapide (75 minutes montre en main), qui va droit à l’essentiel tout en développant ses personnages. Steve Burden est montré comme un Texas Rangers qui préfère mettre une balle (ou plusieurs) dans le corps de ses prisonniers au moindre geste suspect. Ses méthodes brutales sont critiquées par les shérifs des petites contrées qu’il traverse puisqu’ils ne peuvent pour ainsi dire jamais interroger les suspects. Steve Burden entame alors une sorte de rédemption en acceptant une mission, celle d’enquêter sur les agissements d’un propriétaire terrien, véritable baron, qui tient la ville d’El Solito près de la frontière mexicaine. Steve va mettre un coup de pied dans la fourmilière et parasiter le train-train quotidien de Rice (Lorne Greene de la série Bonanza).
Réalisé, cadré et monté avec un vrai savoir-faire, Le Shérif d’El Solito, qui n’était pas sorti dans les salles françaises en 1957, est un film court mais dense, complexe, passionnant, au suspense bien mené, qui marque les esprits par son personnage féminin fort, comme les affectionnaient George Sherman, un des plus solides artisans du genre dans les années 1950.
LE DVD
Le test du DVD du Shérif d’El Solito, édité chez Sidonis Calysta, a été réalisé sur un check-disc. Le menu principal est animé et musical, typique de la collection western de l’éditeur.
Visiblement tiré du lit pour assurer sa présentation, l’immense Patrick Brion, pas rasé et pas peigné, assure seul son exposé sur Le Shérif d’El Solito (10’). Comme à son habitude, le critique cinéma expose tout d’abord les plus grands westerns de l’année 1957. Puis, Patrick Brion en vient au film qui nous intéresse en dressant également un portrait du réalisateur George Sherman. Mais notre interlocuteur se contente trop souvent de raconter le film. Patrick Brion se penche tout de même sur les personnages, notamment celui interprété par Valerie French, qu’il considère comme étant la vraie star du film.
L’interactivité se clôt sur une minuscule galerie de photos.
L’Image et le son
Jusqu’alors inédit en DVD en France, Sidonis Calysta livre un master plutôt satisfaisant du Shérif d’El Solito, restauré en HD. Même si quelques rayures, points, raccords de montage et autres scories subsistent, la copie demeure plaisante. L’encodage est solide, la gestion des contrastes est dans l’ensemble équilibré, et la photo en Technicolor du prolifique chef opérateur Henry Freulich est habilement restituée. Le piqué est certes aléatoire mais quelques scènes sortent du lot, le master trouve rapidement un équilibre convenable et offre un confort de visionnage suffisant. Notons quelques décrochages sur les fondus enchaînés, mais une bonne gestion du grain original.
Que votre choix se porte sur la version originale (avec sous-titres français imposés) ou la version française, la restauration est également fort satisfaisante. Aucun souffle constaté sur les deux pistes, l’écoute est frontale et riche (la pluie dans la première scène), dynamique et vive. Les effets annexes sont plus conséquents sur la version originale que sur la piste française, moins précise, plus étouffée, mais le confort acoustique est assuré sur les deux options. Le changement de langue est verrouillé à la volée.