Test Blu-ray / La Dernière chance, réalisé par Maurizio Lucidi

LA DERNIÈRE CHANCE (L’Ultima chance) réalisé par Maurizio Lucidi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Fabio Testi, Ursula Andress, Eli Wallach, Massimo Girotti, Barbara Bach, Carlo De Mejo, Howard Ross…

Scénario : Maurizio Lucidi, Giovanni Fago, Fulvio Gicca Palli, Vittoria Vigorelli & Francesco Giorgi, d’après un roman de Franco Enna

Photographie : Gábor Pogány

Musique : Luis Bacalov

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Floyd Gambino sort de prison pour vol de voiture. Son patron Joe Malcomb lui propose de se faire engager dans une bijouterie avec l’objectif de la braquer par la suite. Le vol réussit mais dans leur fuite un client se fait tuer et Floyd Gambino doit se cacher dans un motel. Michelle la femme du propriétaire de la bijouterie réussit à mettre la main sur le butin.

Si le réalisateur Maurizio Lucidi (1932-2005) détient une filmographie plutôt conséquente, peu de ses œuvres demeurent aujourd’hui commentées et valorisées, en dehors du formidable La Victime désignée. Pourtant celui-ci aura signé une trentaine de films et téléfilms en près de quarante ans. C’est tout d’abord comme monteur qu’il fait ses classes au cinéma, chez Alberto Cavalcanti (Les Noces vénitiennes), Giorgio Bianchi (En avant la musique), Vittorio Cottafavi (Les Cent Cavaliers), Luigi Vanzi (Un dollar entre les dents), Dino Risi (Le Fanfaron, Les Monstres), où son savoir-faire et son efficacité font l’unanimité auprès de ses confrères. Après avoir assisté rien de moins que Pier Paolo Pasolini sur L’Évangile selon saint Matthieu – Il vangelo secondo Matteo (1964), Maurizio Lucidi, sous le pseudonyme de Maurice A. Bright passe derrière la caméra et signe quasiment simultanément un péplum (Le Défi des géants – La Sfida dei giganti) avec Reg Park et un western (Mon nom est Pécos – 2 once di piombo) dans lequel il dirige Robert Woods. Il continue ainsi dans le domaine de « l’Ouest Américain », avant de passer au film de guerre (il faut bien suivre les modes et les goûts changeants des spectateurs), avec Les Héros ne meurent jamais – Probabilità zero (1969), d’après une histoire de Dario Argento, et le méconnu Hamisha Yamim B’Sinai, avec Franco Giornelli. Début des années 1970, le giallo, puis le poliziottesco explosent et remplissent les salles du monde entier. La Dernière chance – L’Ultima chance sort en 1973 et s’avère l’un des meilleurs opus de son auteur. Essentiellement tourné au Canada, ce thriller dramatique teinté de romance repose sur un scénario classique, mais malin, coécrit entre autres par le talentueux Fulvio Gicca Palli (Magnum Cop, Comment tuer un juge, Confession d’un commissaire de police au procureur de la République), d’après un roman de Franco Enna (La Guerre des gangs d’Umberto Lenzi). Remarquablement interprété par Fabio Testi, quasiment de toutes les scènes et dont la mise en scène épouse l’énergie, mais aussi les doutes et la fureur du personnage, La Dernière chance est un spectacle aussi prenant que beau à regarder.

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Test Blu-ray / Provincia violenta, réalisé par Mario Bianchi

PROVINCIA VIOLENTA réalisé par Mario Bianchi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Calogero Caruana, Antonella Dogan, Alicia Leoni, Spartaco Battisti, Al Cliver, Richard Harrison, Simonetta Marini, Daniela Codini…

Scénario : Mario Bianchi

Photographie : Umberto Galeassi

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Franco Sereni, capitaine de carabiniers, est démis de ses fonctions pour avoir défendu « la loi des armes ». Il est chargé de mener une enquête privée sur plusieurs cas de chantage de femmes fortunées. Sereni découvre bientôt qu’il y a bien plus que cela.

Il y a un peu plus d’un an, nous parvenions à défendre L’Enfant de Satan – La Bimba di Satana (1977), réalisé par Mario Bianchi (1939-2022) et ce malgré ses défauts apparents. Ce ne sera pas le cas pour Provincia violenta (1978), dernier baroud d’honneur du metteur en scène dans le genre poliziottesco, qui commençait d’ailleurs sérieusement à battre de l’aile à la fin des années 1970. Rien, absolument rien ne fonctionne dans cet opus qui sent le réchauffé, qui est moche à regarder, pénible à suivre et interprété par des comédiens dépourvus du moindre charisme. C’est bien simple, on a l’impression que tous se sont donné rendez-vous afin d’offrir au public ce qui pouvait se faire de pire dans le genre, en espérant pouvoir ainsi se démarquer du tout-venant. Écrit et mis en scène par Mario Bianchi, avant qu’il prenne les pseudos de Jim Reynolds, Arthur Wolf, Mark B. Light, Nicholas Moore, Martin White et bien d’autres pour signer des œuvres aux titres aussi explicites que Francesca: Sinfonia anale, Doppio contatto anale, La clinica delle ispezioni anali), Provincia violenta devient une comédie involontaire, qui rappelle un épisode de Derrick, tant sur le fond que sur la forme. Pris ainsi, ce « thriller » fauché, extrêmement maladroit, neurasthénique et aux couleurs aussi éteintes que les papiers peints et la moquette murale qui ornaient les murs remplit son contrat et fera le bonheur des adeptes de mauvais films sympathiques.

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Test 4K UHD / La Proie de l’autostop, réalisé par Pasquale Festa Campanile

LA PROIE DE L’AUTOSTOP (Autostop rosso sangue) réalisé par Pasquale Festa Campanile, disponible en Combo Blu-ray+4K UHD chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Franco Nero, Corinne Cléry, David Hess, Joshua Sinclair, Carlo Puri, Ignazio Spalla, Mónica Zanchi, Leonardo Scavino…

Scénario : Ottavio Jemma, Aldo Crudo & Pasquale Festa Campanile, d’après le roman « The Violence and the Fury » de Peter Kane

Photographie : Franco Di Giacomo & Giuseppe Ruzzolini

Musique : Ennio Morricone

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Eve et Walter partent sur les routes de Californie en espérant redorer leur couple au bord de l’effondrement. Après avoir passé une nuit dans un camp de hippies, ils prennent en stop Adam. Ce dernier les retient vite en otage et une relation tendue s’engage entre eux. Usant de sa force et de sa cruauté, il va s’amuser avec eux jusqu’à la limite du sadisme. Sans compter que ses deux complices sont sur le point de les rejoindre.

En 1972, le réalisateur Wes Craven signe son premier long-métrage, La Dernière maison sur la gauche – The Last House on the Left. Film d’horreur d’une extrême violence, cette histoire d’assassins qui séquestrent et torturent à mort deux jeunes filles fait polémique à travers le monde, ce qui ne l’empêche pas d’être un très grand succès. Avide de reprendre une recette qui fonctionne, le cinéma italien s’engouffre dans la brèche et participe alors à ce sous-genre controversé du cinéma d’exploitation baptisé Rape & Revenge, autrement dit le viol et la vengeance. La Proie de l’autostop – Autostop rosso sangue en Italie et Hitch-Hike pour le marché anglo-saxon, est un des rares films de genre réalisés par Pasquale Festa Campanile (1927-1986), cinéaste habituellement connu pour ses comédies grivoises centrées sur le couple comme L’Amour à cheval – La Matriarca (1968) et Ma femme est un violon – Il Merlo maschio (1971) avec les sublimes Catherine Spaak et Laura Antonelli. Mais avant de devenir lui-même réalisateur, Pasquale Festa Campanile avait signé les scénarios de Rocco et ses frères (1961) et Le Guépard (1963) de Luchino Visconti, L’Assassin d’Elio Petri (1961) et La Viaccia de Mauro Bolognini (1961), des films évidemment plus graves. Il n’est donc pas si étonnant de le retrouver derrière la caméra du « Rape & Revenge » La Proie de l’autostop (1977), avec l’immense Franco Nero (formidablement exécrable), la superbe Corinne Cléry (révélation d’Histoire d’O de Just Jaeckin) et future James Bond Girl dans Moonraker et l’inquiétant David Hess (le mythique Krug Stillo de La Dernière maison sur la gauche).

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Test 4K UHD / Crocodile Dundee 2, réalisé par John Cornell

CROCODILE DUNDEE 2 réalisé par John Cornell, disponible en Combo Blu-ray+4K UHD chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Paul Hogan, Linda Kozlowski, John Meillon, Hechter Ubarry, Juan Hernandez, Charles Dutton, Kenneth Welsh, Luis Guzmán…

Scénario : Paul Hogan & Brett Hogan

Photographie : Russell Boyd

Musique : Peter Best

Durée : 1h52

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Après avoir quitté la brousse pour sa belle, Mike « Crocodile Dundee » s’adapte difficilement à la jungle new-yorkaise. Sa compagne, Sue Charlton, une journaliste, enquête sur un vaste réseau de trafiquants colombiens. Malheureusement en possession de photos compromettantes, cette dernière est kidnappée. Mais, tel un chasseur, Crocodile Dundee se met à la poursuite de ses ravisseurs.

On prend les mêmes…mais on ne recommence pas vraiment, du moins pas de la même façon. En effet, Crocodile Dundee 2 (ou II, c’est selon vos envies), sort deux ans après le triomphe international du premier (328 millions de recettes, pour une mise de départ de 8 millions et quasiment six millions d’entrées en France) et présente aux spectateurs quelque chose de différent. Certes, nous retrouvons bel et bien Mike Dundee et Sue Charlton, mais cette fois, le couple est plongé dans une histoire plus « sérieuse », puisqu’ils font face à un cartel colombien très violent, dont le chef des trafiquants, le mafieux Rico (c’était soit ça ou « Sanchez » probablement), incarné par Hechter Ubarry (un clone de Frédéric François), est décidé à leur faire la peau s’il ne récupère pas un document sensible. De l’aveu de Paul Hogan lui-même, Crocodile Dundee 2 ne s’imposait pas sur le papier, mais devant l’engouement du public, qui le pressait pour renouer avec l’aventurier australien sur le grand écran, le film a été pensé et mis en route pour offrir au public une continuité, sans tomber dans le piège facile de la « suite-plagiat du premier ». Ainsi donc, il y a des assassinats dans ce second épisode, imputables aux méchants, tandis que Mike parvient constamment à les neutraliser grâce à sa ruse. Ce deuxième volet propose l’inverse du précédent, puisque toute la première partie se déroule à New York, territoire où Dundee commence à s’ennuyer ferme, avant de délocaliser le couple sur le sol natal du personnage principal, où chez lui, il pourra ainsi avoir l’avantage sur leurs ennemis. C’est pour cela que, une fois n’est pas coutume, beaucoup aiment autant cet opus, si ce n’est davantage que le premier. Si l’on peut ne pas être d’accord, une chose est sûre, Crocodile Dundee 2 est sans doute une des meilleures suites jamais réalisées et demeure un formidable divertissement.

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Test 4K UHD / Crocodile Dundee, réalisé par Peter Faiman

CROCODILE DUNDEE réalisé par Peter Faiman, disponible en Combo Blu-ray+4K UHD chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Paul Hogan, Linda Kozlowski, John Meillon, David Gulpilil, Ritchie Singer, Maggie Blinco, Steve Rackman, Gerry Skilton…

Scénario : Paul Hogan, Ken Shadie & John Cornell

Photographie : Russell Boyd

Musique : Peter Best

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1986

LE FILM

Sue Charlton, une journaliste américaine du quotidien new-yorkais Newsday, se rend pour un reportage en Australie dans le bush du Territoire du Nord. Elle y rencontre Michael J. « Crocodile » Dundee, un chasseur de crocodiles. Sue ramène ensuite ce personnage atypique dans une jungle occidentale, New York, où il rencontrera quelques difficultés pour s’adapter à la vie urbaine moderne.

On peut aisément parler de film culte quand on évoque Crocodile Dundee, tourné avec un budget dérisoire de huit millions de dollars, qui deviendra le deuxième plus grand succès de l’année 1986, entre Top Gun de Tony Scott et Aliens, le retour de James Cameron. Mais au jeu des entrées en France (où il sortira en février 1987), c’est le film de Peter Faiman qui se taille largement la part du lion avec près de six millions d’entrées, où il arrive sur la première marche du podium. Diffusé pour ainsi dire chaque année à la télévision dans les années 1990, où il battait systématiquement des records d’audience, Crocodile Dundee demeure l’un des divertissements les plus prisés, les plus sympas, les plus attachants des eighties. On doit évidemment cette immense réussite à Paul Hogan, australien pur et dur, parti de pas grand-chose et qui a su (et pu) devenir l’une des plus grandes stars en son pays, pour ne pas dire la plus connue dans le monde entier, une icône indéboulonnable. Quand on aborde Crocodile Dundee, on pense immédiatement au tandem (qui allait devenir un couple dans la vraie vie et ce jusqu’en 2014) formé par Paul Hogan (Golden Globe du meilleur acteur) et la sublime Linda Kozlowski, aux potes tarés du personnage principal, mais aussi à la beauté de la photographie de Russell Boyd (Pique-nique à Hanging Rock, Gallipoli, Tendre bonheur), qui rend hommage aux somptueux décors naturels australiens, tout en mettant en valeur les rues et les avenues à angle droit de Manhattan, où se perd notre héros au chapeau noir. Succession ininterrompue de gags (coécrits par Paul Hogan et ses complices du Paul Hogan Show, Ken Shadie et John Cornell), de répliques drôles et vachardes (mais jamais vulgaires), de scènes anthologiques (le final dans le métro, sur la magnifique musique de Peter Best fait encore dresser les poils), sans oublier chez nous un extraordinaire doublage porté par le monumental Yves Rénier (« Ça flotte, pote ! »), Crocodile Dundee, sorte de relecture des Aventures de Tarzan à New York – Tarzan’s New York Adventure de Richard Thorpe, n’a absolument rien perdu de son charme dévastateur et reste un grand spectacle familial et ce depuis quarante ans.

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Test Blu-ray / Romance, réalisé par Catherine Breillat

ROMANCE réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Caroline Ducey, Sagamore Stévenin, François Berléand, Rocco Siffredi, Reza Habuhossein, Ashley Wanninger, Emma Colberti, Fabien de Jomaron…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Musique : Raphäel Tidas & DJ Valentin

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1999

LE FILM

Une jeune femme, Marie, vit avec son compagnon, Paul, une relation frustrante sur les plans émotionnel et sexuel. Elle a une relation sexuelle avec Paolo, un homme rencontré dans un bar. Son désir d’apaiser sa frustration la conduit ensuite à une série de relations, souvent éphémères, jusqu’à entamer un rapport sadomasochiste avec un homme plus âgé.

Avec Romance, Catherine Breillat connaît son plus grand succès public avec près de 350.000 entrées. Aujourd’hui pourtant, le film s’avère l’un des plus critiqués, pour ne pas dire rejetés de la part des spectateurs. Si ce sixième long-métrage de la cinéaste a surtout bénéficié d’un phénomène de curiosité, qui a poussé les spectateurs à découvrir cet opus dans les salles, il est dur de nos jours d’émettre un bon avis, d’autant plus que celui-ci se trouve entaché par la déclaration en 2024 de son actrice principale, Caroline Ducey (par ailleurs très bien), qui accuse la réalisatrice (qui l’a aussi dirigée dans l’excellent Une vieille maîtresse) d’avoir organisé un viol sur le tournage et de l’avoir manipulée. Catherine Breillat a démenti les propos de la comédienne, qui affirmait que son actrice avait été prévenue que les scènes de sexe ne seraient pas simulées. Si l’on reste concentré sur le film proprement dit, difficile de ne pas rire devant Romance avec ses dialogues pompeux que l’on penserait élaborés en intelligence artificielle (les répliques sont idéales pour une partie de Kamoulox entre amis), le jeu embarrassé de Rocco Siffredi, qui se demande quels propos il est en train dé-bite-r, sans oublier les apparitions de François Berléand, dont le personnage entreprend d’éduquer Marie au bondage. La chair est souvent triste chez Catherine Breillat, exposée comme des morceaux barbaque sur l’étalage d’un boucher-charcutier, dans le but d’essayer de comprendre pourquoi on en fait tout un foin, pourquoi c’est bon, pourquoi « on ne pense qu’à ça ». Rétrospectivement, Romance est une fausse route pour son auteure, qui se perd ici dans tous les clichés, dans ses névroses personnelles, au point que ce drame psychologique mute involontairement en comédie…

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Test Blu-ray / À ma soeur!, réalisé par Catherine Breillat

À MA SOEUR! réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Anaïs Reboux, Roxane Mesquida, Libero De Rienzo, Romain Goupil, Laura Betti, Arsinée Khanjian, Albert Goldberg…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2001

LE FILM

Anaïs, treize ans, passe ses vacances d’été à La Palmyre, une station balnéaire proche de Royan, en Charente-Maritime. Elle est accompagnée de ses parents et de sa soeur Elena, âgée de quinze ans. Celle-ci tombe amoureuse d’un jeune Italien, Fernando, qui lui fait connaître ses premiers émois sexuels. Anaïs, qui dort dans la chambre de sa soeur, est témoin de leurs ébats amoureux. Cette situation ne manque pas de perturber l’adolescente, d’autant que ses parents paraissent indifférents à son mal-être.

Au début des années 2000, Catherine Breillat enchaîne les tournages. Portée par ce qui sera alors son plus grand succès, Romance (près de 350.000 entrées), la réalisatrice signe À ma sœur !, présenté à la Berlinale et récompensée dans de nombreux autres festivals. Rétrospectivement et de l’aveu même de la réalisatrice, c’est indiscutablement ce long-métrage qui sera considéré comme culte à travers le monde. Pas étonnant, puisqu’il s’agit également d’un de ses meilleurs opus. En partant d’une image, ou plutôt d’une scène à laquelle elle a assisté – celle d’une petite fille au visage angélique, nageant dans une piscine de Taormina, chantant Tous les garçons et les filles de François Hardy, puis sortant de l’eau, exposant (visiblement) sans complexe son obésité, qui contrastait alors avec son visage hypnotique – Catherine Breillat imagine une rivalité naturelle. Celle de deux sœurs, l’une, la plus jeune, en surpoids conséquent, et celle plus âgée de deux années (qui comptent double ou triple à ce moment de l’adolescence), devant laquelle les garçons, même majeurs, se retournent, admirent ses yeux verts de reptiles, sa chevelure flamboyante et ses formes déjà sculpturales. Là-dessus, la cinéaste évoque la perte de la virginité, le désir, la jalousie, l’envie, mais aussi l’ennui qui accompagne souvent ces sentiments pour Catherine Breillat. À ma sœur !, n’est point une dédicace, mais un toast porté à Marie-Hélène Breillat, sa propre sœur donc, et l’on peut imaginer que certains points s’inspirent de la jeunesse de la réalisatrice, qui comme à son habitude aborde la sexualité frontalement, tout en la désacralisant à coups de dialogues, que certains jugeront trop écrits et verbeux, mais qui font indéniablement partie des plus beaux écrits par leur auteure.

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Test Blu-ray / Le Sud, réalisé par Victor Erice

LE SUD (El Sur) réalisé par Victor Erice, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Omero Antonutti, Sonsoles Aranguren, Icíar Bollaín, Lola Cardona, Rafaela Aparicio, Aurore Clément, Maria Caro, Francisco Merino, José Vivó, Germaine Montero…

Scénario : Victor Erice, d’après la nouvelle d’Adelaida García Morales

Photographie : José Luis Alcaine

Musique : Enrique Granados

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1983

LE FILM

1957, dans une petite ville du nord de l’Espagne. C’est l’histoire d’une relation forte entre un père, Agustín, et sa fille, Estrella. Un jour, cependant, leur complicité s’efface, Estrella découvrant que son père garde un vieux secret au fond de lui, au sujet d’une femme étrange…

Dix ans après L’Esprit de la ruche – El espíritu de la colmena, Victor Erice (né en 1940) revient avec Le Sud – El Sur. L’action se déroule en Espagne dans les années 1950. Dans une maison, appelée « La Mouette » et située dans un village du Nord, vivent Agustín, médecin et sourcier, son épouse, institutrice révoquée de l’enseignement après la Guerre civile, et leur petite fille, Estrella. Le réalisateur adopte à nouveau le point de vue d’une enfant, fascinée et en adoration pour son père. Des sentiments malmenés quand celle-ci découvre que celui qui lui a donné la vie a aimé une autre femme qu’il a laissée dans son Sud natal. Ce film, adapté d’une nouvelle d’Adelaida García Morales, alors son épouse, demeure le plus méconnu de son auteur, qui reniera plus ou moins son second long-métrage, car le jugeant inachevé, étant donné qu’il l’avait conçu en deux parties, la deuxième ne parvenant pas à trouver de financements suffisants. Cette expérience éloignera Victor Erice du monde du cinéma pendant une nouvelle décennie. Pourtant, on serait tenté de dire que TOUT Victor Erice est dans El Sur, magistrale leçon de cinéma, film-somme et en même prolongement de sa mythique première œuvre. Si la petite héroïne de L’Esprit de la ruche, Ana, avait cinq ans, Estrella dans El Sur est aux portes de l’adolescence, carrefour existentiel où toutes les cartes sont redistribuées, où ce qu’on espérait ou rêvait se heurte aux portes de la rationalité. C’est aussi l’âge où l’on « étudie » plus sérieusement ceux qui nous ont donné la vie. Comme le chantait Michel Sardou dans Une fille aux yeux clairs, « Et j’avais oublié qu’avant d’être ma mère, Elle avait mis 30 ans… ». Cela s’applique à Estrella pour son père, qui se pose des questions légitimes, qui veut en savoir plus sur celui qui lui a donné le jour, qui veut savoir ce qu’il y a de si mystérieux dans le Sud de l’Espagne…Film puzzle qui renvoie à la pensée d’Estrella, que nous ne quitterons jamais, qui nous guide dans ses souvenirs, dans ses réflexions, dans ses sentiments, El Sur est un miracle comme seul le cinéma est capable de faire apparaître dans notre vie. Immense chef d’oeuvre, ce second long-métrage de Victor Erice a beau avoir été amputé de son troisième acte avant même qu’il puisse être réalisé, il n’en demeure pas moins l’un des plus beaux films au monde.

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Test 4K UHD / Mister Frost, réalisé par Philippe Setbon

MISTER FROST réalisé par Philippe Setbon, disponible en 4K Ultra HD + Blu-ray – Édition limitée chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Jeff Goldblum, Alan Bates, Kathy Baker, Jean-Pierre Cassel, Daniel Gélin, François Négret, Maxime Leroux, Vincent Schiavelli, Roland Giraud, Catherine Allégret, Mike Marshall, Henri Serre…

Scénario : Philippe Setbon & Brad Lynch

Photographie : Dominique Brenguier

Musique : Steve Levine

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Mais qui est Mr Frost ? Arrêté par Felix Detweiler dans son manoir de Brighton, dans le jardin duquel il a enterré 24 victimes dont il a filmé les séances de torture, Mr Frost n’a aucune existence légale et reste une énigme pour les autorités. Trois mois après son arrestation, il se mure dans le silence. Après deux ans à passer d’un établissement à l’autre dans toute l’Europe, il quitte son mutisme, à son arrivée à l’hôpital St Clare, pour annoncer qu’il ne parlera qu’au Dr Sarah Day. Au cours de leurs séances, irrité du fait que la science ait remplacé la foi, il lui révèle être Satan en personne et l’intime à croire en lui.

Jeff Goldblum qui donne la réplique à Roland Giraud dans une coproduction franco-britannique…Non ce n’est pas un Kamoulox, mais bel et bien Mister Frost, le second long-métrage réalisé par Philippe Setbon (né en 1947), trois ans après Cross. Le scénariste des Fauves de Jean-Louis Daniel, de Parole de flic de José Pinheiro de Détective de Jean-Luc Godard, de Lune de Miel de Matrick Jamain et de Mort un dimanche de pluie de Joël Santoni a démontré qu’il en avait suffisamment sous le capot pour s’adonner à la mise en scène. Cross n’avait peut-être pas rencontré le succès espéré (à peine 200.000 entrées), mais Philippe Setbon avait prouvé qu’il connaissait et comprenait la série B, ainsi que le genre. Avec Mister Frost, il passe la vitesse supérieure et parvient même à engager Jeff Goldblum, qui depuis le triomphe de La Mouche – The Fly de David Cronenberg n’avait pas vraiment su rebondir. Ainsi, bien avant Jurassic Park et Independence Day, le comédien américain déployait son mètre 94 et imposait son incroyable tronche dans l’Hexagone, où il campe le diable, ou tout du moins un type qui déclare l’être. Si l’ensemble n’est pas totalement convaincant, on ne peut que saluer cet essai de concilier à la fois le thriller et le fantastique, d’autant plus que la réalisation est élégante du début à la fin et la photographie de Dominique Brenguier (Ave Maria de Jacques Richard, Bleu comme l’enfer d’Yves Boisset) un ravissement de tous les instants. Très rarement diffusé à la télévision, comme sur M6 en deuxième voire en troisième partie de soirée, Mister Frost mérite assurément d’être redécouvert, d’autant plus que beaucoup de cinéphiles considèrent qu’il s’agit d’un des plus grands rôles de Jeff Goldblum, si ce n’est son meilleur.

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Test Blu-ray / Lune de miel, réalisé par Patrick Jamain

LUNE DE MIEL réalisé par Patrick Jamain, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Nathalie Baye, John Shea, Richard Berry, Marla Lukofsky, Michel Beaune, Peter Donat, Alf Humphreys, Cec Linder…

Scénario : Patrick Jamain & Philippe Setbon

Photographie : Daniel Diot

Musique : Robert Charlebois

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Une femme d’origine française à Manhattan est sur le point d’être renvoyée vers son pays à cause de ses relations avec un trafiquant de drogue récemment arrêté. Elle décide de passer par une agence pour réaliser un mariage « en blanc » avec un étranger qu’elle est supposée ne jamais rencontrer. Mais son nouvel « époux » ne l’entend pas de cette oreille et prend les choses au sérieux…

Nous sommes au mitan des années 1980 et depuis le début de la décennie, Nathalie Baye a déjà remporté trois Césars. Deux de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard et Une étrange affaire de Pierre Granier-Deferre, sans oublier celui de la meilleure actrice pour La Balance de Bob Swaim. Les succès s’enchaînent, Beau-père de Bertrand Blier, Le Retour de Martin Guerre, J’ai épousé une ombre, Rive droite rive gauche…Et pourtant, rétrospectivement, c’est à partir de Lune de miel que la comédienne va entamer sa traversée du désert, qui durera jusqu’à 1999 et le triomphe inattendu de Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall. Ainsi, Lune de miel restera le film qui a le mieux fonctionné jusqu’à ce comeback inespéré, pour lequel elle sera d’ailleurs à nouveau nommée aux Césars. Pour l’heure, Lune de miel, co-production franco-québécoise, est réalisée par Patrick Jamain (1944-2023). Ce dernier signe ici son second long-métrage, douze ans après son premier coup d’essai, le fort recommandable L’Affaire Crazy Capo (à redécouvrir séance tenante, dispo dans la collection Make My Day ! de Jean-Baptiste Thoret, n°77) et restera son ultime travail pour le cinéma, avant que Patrick Jamain bifurque définitivement vers la télévision (on lui plusieurs dizaines d’épisodes de Navarro), pour laquelle il officiera jusqu’à la fin des années 2000. Lune de miel est un thriller tourné en partie à New York, on ne compte plus le nombre de plans où l’on voit Nathalie Baye déambuler dans les rues de la Grosse Pomme et repose sur un scénario écrit par l’excellent Philippe Setbon (Détective de Jean-Luc Godard, Les Fauves de Jean-Louis Daniel). Cette histoire de nana paumée dans la Ville qui ne dort jamais permet à Nathalie Baye de jouer une partie du film en langue anglaise, ce qu’elle aura peu l’occasion de faire dans sa carrière, à part dans Arrête-moi si tu peux – Catch Me if You Can (2002) de Steven Spielberg et une poignée d’autres films au cours des années 1990. Le rôle avait été écrit pour une comédienne plus jeune, ce que Philippe Setbon a déclaré par la suite, et l’on comprend mieux les réactions qui peuvent paraître exagérées ou le comportement parfois incompréhensible du personnage de Cécile. Néanmoins, Nathalie Baye s’en tire bien et son face-à-face avec le flippant John Shea fonctionne du début à la fin. Excellemment mis en scène, Lune de miel, peu diffusé par la suite et difficilement trouvable, est une sacrée (re)découverte.

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