Test Blu-ray / La Créature, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA CRÉATURE (La Criatura) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Ana Belén, Juan Diego, Claudia Gravy, Ramón Repáraz, Manuel Pereiro, Bárbara Lys, Francisco Melgares, Luis Ciges…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Raúl Artigot

Musique : Victor Manuel

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1977

LE FILM

Alors que son couple est en crise, Cristina parvient à tomber enceinte après trois années de tentatives. Mais son agression par un berger allemand provoque une fausse couche. Ayant du mal à s’en remettre, elle adopte un chien, de la même race que son agresseur, lui donnant le prénom de l’enfant qu’elle a perdu. Pendant que Marcos, le mari, s’active pour sa carrière, Cristina entame une relation passionnée pour le moins étrange avec son chien.

Deux ans avec l’incroyable Caniche de Bigas Luna, Eloy de la Iglesia se penchait déjà sur l’étrange relation entre une femme bourgeoise et son chien fidèle, liens très (trop ?) étroits qui ont le don d’irriter l’époux, forcément jaloux, d’autant plus que le couple est sérieusement en crise et que le peu qu’il leur restait de proximité tend à s’épuiser. Qualifié de «bizarre» (euphémisme) et marqué par la controverse à sa sortie, La Créature La Criatura aborde ouvertement la zoophilie dans le cadre d’un mariage empreint de monotonie et de frustration, voué à l’échec. Eloy de la Iglesia et le scénariste Enrique Barreiro (qui signera également le remarquable Il Sacerdote Le Prêtre l’année suivante) se penchent en réalité sur la politique espagnole, en évoquant en parallèle les attentats terroristes post-franquistes commis par des activistes d’extrême droite (à l’instar du massacre d’Atocha) ainsi que les partis du même bord cherchant à perpétuer les idéaux politiques du dictateur après sa mort en 1975. On peut penser au premier abord que La Créature sera une œuvre froide et distante, mais au contraire. Eloy de la Iglesia a beau avoir toujours été frontal et sans concession sur ses sujets les plus difficiles, il n’en demeure pas moins qu’il se dégage systématiquement un humanisme et La Créature ne déroge pas à la règle. On se prend d’affection pour cette jeune femme, qui après l’accident qui a coûté la vie au bébé qu’elle a dans le ventre et qui était sur le point de naître, va trouver l’affection qui lui manque ailleurs, autrement dit auprès d’un chien. Avec sa mise en scène quasi-chirurgicale, Eloy de la Iglesia dissèque à la fois la mort d’un couple, le deuil impossible d’une femme, mais aussi et surtout son émancipation, son désir de vivre pour elle-même, tandis que son compagnon, engoncé dans la tradition (morale, religieuse et bien sûr politique), s’accroche encore et toujours aux miettes dispersées et subsistantes de la désormais ancienne Espagne. Édifiant.

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Test Blu-ray / Le Prêtre, réalisé par Eloy de la Iglesia

LE PRÊTRE (El Sacerdote) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Simón Andreu, Emilio Gutiérrez Caba, José Franco, Ramón Repáraz, Ramón Pons, Martín Garrido Ramis, Emilio Soriano, Fabián Conde…

Scénario : Enrique Barreiro

Photographie : Magí Torruella

Musique : Carmelo A. Bernaola

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Espagne, fin des années 60. Miguel, un séduisant jeune prêtre traditionnel, traverse une période de doutes. Ses désirs sexuels refont surface lorsqu’il se souvient de la contrainte par ses parents d’entrer au séminaire. Irène, une belle paroissienne, malheureuse en mariage, vient régulièrement chercher le soutien de son confesseur, faisant peu à peu fragiliser le vœu de chasteté de ce dernier.

Eloy de la Iglesia, c’est reparti ! Si vous êtes un lecteur fidèle, vous savez que l’auteur de ces mots est tombé dingue du cinéma de ce réalisateur espagnol ! Nous ne vous ferons pas l’affront de dire et redire ce qui a déjà été dit sur ce dernier, sur son illustre carrière, sur sa vie, au fil des chroniques consacrées à ses films La Buraliste de Vallecas, Personne n’a entendu crier, Le Député, Navajeros, El Pico (et sa suite) et Colegas. Grâce au travail de l’éditeur Artus Films, nous explorons encore et toujours une filmographie exceptionnelle, riche, variée, engagée, politique, sexuelle. L’opus qui nous intéresse aujourd’hui est considéré comme l’un de ses meilleurs, Le Prêtre El Sacerdote, sorti sur les écrans ibériques en 1978, soit trois ans après la mort de Franco. Habituellement scénariste, le réalisateur s’empare ici d’une histoire signée Enrique Barreiro, qui avait écrit précédemment La Créature La Criatura, sur lequel nous reviendrons prochainement. Le Prêtre offre au comédien Simón Andreu (vu dans Photos interdites d’une bourgeoise, La Mort marche en talons hauts et La mort caresse à minuit de Luciano Ercoli, Chassés-croisés sur une lame de rasoir de Maurizio Pradeaux) l’un de ses plus grands rôles, dans lequel il s’investit totalement. On imagine l’électrochoc que le film a dû entraîner à sa sortie, puisque le cinéaste va loin, très loin dans la représentation des fantasmes, du désir sexuel, de la folie qui s’empare de cet homme d’église rattrapé par l’abstinence, le refoulement et donc la frustration. Un demi-siècle plus tard, Le Prêtre n’a absolument rien perdu de sa force et son sujet demeure brûlant d’actualité. Un chef d’oeuvre de plus sur lequel les cinéphiles devraient se ruer au plus vite.

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Test Blu-ray / La Guerre des gangs, réalisé par Lucio Fulci

LA GUERRE DES GANGS (Luca il contrabbandiere) réalisé par Lucio Fulci, disponible en Combo Blu-ray + DVD + Livre + CD bande originale le 21 avril 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Fabio Testi, Marcel Bozzuffi, Ivana Monti, Enrico Maisto, Guido Alberti, Saverio Marconi, Ferdinando Murolo, Fabrizio Jovine, Daniele Dublino, Venantino Venantini…

Scénario : Ettore Sanzò, Gianni De Chiara, Giorgio Mariuzzo & Lucio Fulci

Photographie : Sergio Salvati

Musique : Fabio Frizzi

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Luca est contrebandier de cigarettes à Naples avec son frère Micky. Malgré les risques encourus, cette activité lui assure une vie confortable avec sa femme et son fils, loin de la misère milanaise qu’ils ont fuie quelques années auparavant. Mais un jour, lors d’une opération, Luca et ses camarades sont pris en chasse par la Garde des finances. À la suite d’une course poursuite en bateau, les contrebandiers parviennent à s’échapper après avoir sacrifié leur cargaison. Micky pense alors que Sciarrino, un autre contrebandier, les a dénoncés. Peu de temps après, il est sauvagement abattu au bord d’une route. Luca n’a alors qu’une idée en tête : retrouver l’assassin de son frère. Durant son enquête, il va apprendre l’arrivée du  » Marseillais « , un redoutable trafiquant de drogue qui souhaite s’installer dans la ville…

Quand Lucio Fulci (1927-1996) décide de réaliser La Guerre des gangs Luca il contrabbandiere, L’Enfer des zombies Zombi 2 n’est pas encore sorti sur les écrans. Celui qui allait devenir définitivement « le poète du macabre » ou « le parrain du gore » emballe donc son unique poliziottesco, genre qu’il n’affectionnait pas du tout, qui était en plus à bout de souffle, mais qu’il parasite, infecte, gangrène, explose de l’intérieur en y apposant sa griffe à chaque séquence, pour ne pas dire à chaque plan. Excessivement violent, La Guerre des gangs n’est assurément pas à mettre devant tous les yeux et demeure encore aujourd’hui réservé à un public averti. Car on ne peut pas dire que le signore Fulci y va avec le dos de la cuillère et montre tour à tour une demoiselle se faire griller le visage au bec bunsen (et la scène de durer), des sbires se faire trucider (la gorge et le crâne explosés, une bombe posée ici et là), une autre femme se faire violer (par sodomie), pendant que son compagnon écoute, impuissant, le drame au téléphone…Bref, le cinéaste n’est pas là pour rigoler et montre que le monde de la Camorra non plus. Thriller dramatique sanglant (le gore s’invite à la partie), psychologique, anxiogène, La Guerre des gangs (à ne pas confondre avec le film d’Umberto Lenzi) offre à Fabio Testi, qui retrouvait le réalisateur cinq ans après le formidable Les Quatre de l’apocalypseI quattro dell’apocalisse, l’un de ses meilleurs rôles. On ressort lessivé, éreinté de Luca il contrabbandiere, référence ultime du néopolar, devant lequel les opus contemporains font bien grise mine. Capolavoro.

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Test Blu-ray / Les Yeux bleus de la poupée cassée, réalisé par Carlos Aured

LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE (Los Ojos azules de la muñeca rota) réalisé par Carlos Aured, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 avril 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Paul Naschy, Diana Lorys, Eduardo Calvo, Eva León, Inés Morales, Antonio Pica, Luis Ciges, Pilar Bardem, Maria Perschy…

Scénario : Paul Naschy & Carlos Aured, d’après une histoire originale de Paul Naschy

Photographie : Francisco Sánchez

Musique : Juan Carlos Calderón

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme à tout faire dans un domaine français tenu par trois soeurs. Claude cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées, et leurs yeux déposés dans un bol.

Parmi les réalisateurs avec lesquels Paul Naschy a tourné, le nom de Carlos Aured (1937-2008) est récurrent au cours des années 1970. Leur première collaboration est L’Empreinte de Dracula El Retorno de Walpurgis (1973), suivie de près la même année par El Espanto surge de la tumba. En 1974, les deux hommes s’éloignent du genre horrifique pour Les Yeux bleux de la poupée casséeLos Ojos azules de la muñeca rota, qui à l’instar d’Une libellule pour chaque mort Una libélula para cada muerto dont nous parlions hier, surfe allègrement sur la mode du giallo. L’action se déroule en France (il ne fallait pas froisser le régime franquiste en montrant que des meurtres pouvaient être commis sur le sol ibérique), où ce cher Paul Naschy débarque en faisant la tronche, car son personnage traîne un lourd et récent passé. Il stoppe dans un bar paumé où les bouseux viennent boire leur gros rouge qui tâche, commande un verre de Villageoise et un sandwich au fromage. Puis, cherchant du boulot, il apprend que trois sœurs auraient besoin d’aide dans leur grosse baraque (le titre international étant House Of Psychotic Women). Et c’est là que notre Paulo va se prendre pour Clint Eastwood dans Les Proies, se mettre à vouloir charmer les trois donzelles en détresse en coupant du bois torse-poil. Les Yeux bleus de la poupée cassée est un bel exercice de style et installe une belle atmosphère pesante et glauque. Si Paul Naschy s’en tire bien, il est également excellemment épaulé par les actrices principales, Diana Lorys (Claude), vue dans L’Horrible Docteur Orlof et Le Trône de feu – The Bloody Judge de Jesús Franco, la torride Eva León (Nicole) et Maria Perschy (Yvette), actrice internationale, aperçue chez John Huston (Freud, passions secrètes), Howard Hawks (Le Sport favori de l’homme) et Gordon Hessler (Double Assassinat dans la rue Morgue). Thriller teinté d’hémoglobine, Les Yeux bleus de la poupée cassée remplit son contrat, divertit et fait même perdre ses repères aux spectateurs en lorgnant progressivement vers le fantastique. Un très bon cru.

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Test Blu-ray / Une libellule pour chaque mort, réalisé par León Klimovsky

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT (Una libélula para cada muerto) réalisé par León Klimovsky, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 21 avril 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Paul Naschy, Erika Blanc, Ángel Aranda, María Kosty, Ricardo Merino, Susana Mayo, Eduardo Calvo, Ramón Centenero…

Scénario : Ricardo Muñoz Suay, d’après une histoire originale de Paul Naschy

Photographie : Miguel Fernández Mila

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1975

LE FILM

Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana.

À la sortie en HD de La Furie des vampiresLa Noche de Walpurgis (1971), nous évoquions surtout la carrière de Jacinto Molina, plus connu sous le pseudonyme de Paul Naschy (1934-2009). Celle d’Une libellule pour chaque mortUna libélula para cada muerto (1975) nous permet de parler du réalisateur de ces deux longs-métrages, l’argentin León Klimovsky (1906-1996), metteur en scène de quelques westerns (Le Colt du révérend avec Guy Madison, Quelques dollars pour Django avec Anthony Steffen), qui collaborera surtout à huit reprises avec Paul Naschy. Les deux hommes n’étaient pas avares de compliments quand ils s’exprimaient sur leur travail en commun, quand bien même le comédien regrettait que León Klimovsky n’accordait jamais assez de prises. Par son titre relativement explicite, Une libellule pour chaque mort est bel et bien un giallo, qui surfe allègrement sur les opus de Dario Argento et consorts. En situant l’action à Milan, bien que de nombreuses scènes aient été tournées à Madrid, Paul Naschy et León Klimovsky espèrent capturer cette atmosphère propre au film de genre italien et y parviennent de temps en temps. Mais ce thriller pâtit de l’interprétation paresseuse de sa tête d’affiche, qui prend l’air grognon durant 85 minutes, fume cigare sur cigare, écrase son gobelet en plastique après avoir ingurgité son café, souffle comme un bœuf pour montrer qu’il est stressé…Autrement dit, Paul Naschy peine à se montrer convaincant dans Une libellule pour chaque mort. Certes, celui-ci n’a jamais été le meilleur acteur du monde, mais le voir essayer de composer un nouveau type de personnage, loin de ceux qui l’ont rendu célèbre dans le cinéma d’épouvante, a quelque chose d’attendrissant, d’amusant et donc d’attachant. On ne boude pas son plaisir devant Una libélula para cada muerto, car l’ensemble tient malgré tout grâce au bon boulot du cinéaste. Récréatif, à défaut d’être marquant.

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Test Blu-ray / Le Prince enchaîné, réalisé par Luis Lucia

LE PRINCE ENCHAÎNÉ (El Príncipe encadenado) réalisé par Luis Lucia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Antonio Vilar, María Mahor, Paul Naschy, Luis Prendes, Javier Escrivá, Javier Loyola, Luis Morris, Antonio Molino Rojo…

Scénario : José Rodulfo Boeta & Javier Escrivá, d’après la pièce de théâtre de Pedro Calderón de la Barca « La Vida es sueño »

Photographie : Alejandro Ulloa

Musique : Cristóbal Halffter

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1960

LE FILM

Le roi de Pologne Basilio a fait enchaîner son fils Segismundo dans une tour, suite à une prophétie qui prédit que le prince apporterait le désastre dans le pays et la mort du roi. Aimant malgré tout son fils, le roi ordonne sa libération le temps de le mettre à l’épreuve. Mais, ayant goûté à la liberté, Segismundo refuse de reprendre les chaînes.

Le Prince enchaîné El Príncipe encadenado est une des premières superproductions espagnoles. Alors que Le Bossu et Le Capitan triomphent en France (11 millions d’entrées à eux deux), tandis que Le Capitaine Fracasse et Le Miracle des loups sont en préparation, de l’autre côté des Pyrénées le cinéma souhaite surfer sur cet engouement des spectateurs pour le genre cape et d’épée. Le producteur Miguel A. Martin met à disposition un budget conséquent pour la libre adaptation de la pièce de théâtre de Pedro Calderón de la Barca intitulée La vida es sueño, jouée pour la première fois en 1630, transposée ici pour la première fois. L’oeuvre du célèbre auteur de L’Alcade de Zalamea est reprise par les deux scénaristes José Rodulfo Boeta et Javier Escrivá, qui incorporent à la trame originale tous les ingrédients à la mode à savoir décors naturels, reconstitution hésitant réalisme et fantasme lié au septième art, costumes clinquants, amourette et bien sûr héros aux épaules larges luttant contre l’injustice et l’infamie, méchants fourbes, cruels et arrivistes et si possible, bien sûr, quelques combats aux lames croisées. Il y a de tout dans Le Prince enchaîné, dont la couleur, élément alors encore rare dans le paysage cinématographique ibérique. Seulement voilà, le mélange n’est pas très équilibré. En effet, on aurait nettement préféré plus d’affrontements et donc d’action, trop rares et du coup les 84 minutes du film paraissent bien souvent longues, redondantes, surtout que l’ensemble s’avère bien trop bavard. Cela ne s’arrête jamais de bavasser, y compris durant les quelques duels dispersés ici et là, comme si les personnages ne pouvaient s’empêcher de la ramener. Si l’on ajoute à cela un acteur principal peu charismatique (Javier Escrivá, embarrassé par son brushing peroxydé et sa barbe taillée au pochoir), également co-scénariste et une rigidité générale, Le Prince enchaîné ne va pas au-delà de la simple curiosité et s’oublie malheureusement bien rapidement.

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Test Blu-ray / La Buraliste de Vallecas, réalisé par Eloy de la Iglesia

LA BURALISTE DE VALLECAS (La estanquera de Vallecas) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Emma Penella, José Luis Gómez, José Luis Manzano, Maribel Verdú, Fernando Guillén, Jesús Puente, Antonio Gamero, Antonio Iranzo…

Scénario : José Luis Alonso de Santos, Gonzalo Goicoechea & Eloy de la Iglesia, d’après la pièce de théâtre de José Luis Alonso de Santos

Photographie : Manuel Rojas

Musique : Patxi Andión

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1987

LE FILM

Leandro et Tocho, deux petits voyous sans envergure, et surtout sans expérience, pénètrent dans un bureau de tabac avec l’intention de braquer la caisse. Mme Justa, la gérante, et sa nièce Angeles, parviennent à déjouer les intentions des malfrats. Mais, pendant qu’à l’extérieur, la police – et les habitants du quartier – prépare l’assaut, une complicité inattendue naît entre les voyous et les « victimes ».

El Pico L’Enfer de la drogue et sa suite El Pico 2 ayant été de très grands succès, tout va pour le mieux pour le réalisateur Eloy de la Iglesia durant les années 1980. Cependant, il connaît un revers avec son adaptation de Le Tour d’écrou d’Henry James, intitulé Un autre tour d’écrou Otra vuelta de tuerca. Ce giallo ibérique dit d’épouvante déconcerte quelque peu les spectateurs, mais emballe malgré tout la critique, qui salue son originalité et son ambition. Le cinéaste parviendra à renouer avec les sommets du box-office espagnol deux ans plus tard, avec La Buraliste de VallecasLa estanquera de Vallecas, adaptation de la pièce de théâtre éponyme de José Luis Alonso de Santos. Quand on découvre ce quasi-huis clos, dont l’action se déroule entre le bureau de tabac du titre et la place ensoleillée sur laquelle il se trouve, on ne peut s’empêcher de penser étrangement à deux autres titres d’un autre de la Iglesia (même si les deux auteurs n’ont aucun lien), Álex de son prénom bien sûr : Un jour de chance La chispa de la Vida (2011) et Pris au piège El bar (2017), le premier étant une relecture du Gouffre aux chimèresAce in the Hole (1951) de Billy Wilder , le second se focalisant sur une poignée de personnages disparates, enfermés dans un bar après que celui-ci ait été la cible d’un sniper. Ainsi, bien avant ces deux longs-métrages, Eloy de la Iglesia traitait exactement des mêmes thèmes. Car La Buraliste de Vallecas est certes une comédie, mais c’est aussi un film qui a évidemment des choses à dire sur l’Espagne. Pas étonnant que le film ait rencontré un immense succès dans son pays. Bourré d’humour noir, La estanquera de Vallecas est une comédie brutale, cinglante et grinçante doublée d’une satire politique portant sur le pouvoir médiatique où chaque protagoniste, politicien, policier y voit l’occasion de briller et de servir son intérêt personnel devant la caméra des charognards. Avec sa virtuosité coutumière (malgré un espace confiné) et un montage alerte, Eloy de la Iglesia signe un film extrêmement attachant, virulent, émouvant, drôle, qui rappelle souvent la comédie italienne. Merveilleux directeur d’acteurs, il offre à son quatuor principal de fabuleux numéros et l’on se souviendra longtemps de la confrontation et de l’étrange relation qui s’installe entre leurs personnages. Film culte par excellence, La Buraliste de Vallecas est un vrai bijou d’orfèvre et espérons que sa sortie inespérée en Haute-Définition chez Artus Films contribue à faire de nouveaux adeptes.

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Test Blu-ray / Personne n’a entendu crier, réalisé par Eloy de la Iglesia

PERSONNE N’A ENTENDU CRIER (Nadie oyó gritar) réalisé par Eloy de la Iglesia, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 3 mars 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Carmen Sevilla, Vicente Parra, María Asquerino, Antonio Casas, Goyo Lebrero, Felipe Solano, Ramón Lillo, Antonio del Real, Tony Isbert…

Scénario : Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos & Eloy de la Iglesia

Photographie : Francisco Fraile

Musique : Fernando García Morcillo

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Elisa, une jolie escort girl de luxe vit seule dans son appartement d’un immeuble moderne, avec un couple comme seuls voisins. Un matin, elle voit par hasard le mari, Miguel, en train de traîner le corps de sa femme dans la cage d’ascenseur. L’assassin va alors l’obliger à l’aider pour faire disparaître le cadavre, la faisant ainsi passer du statut de témoin à celui de complice. Une relation trouble naît entre eux.

Nous nous sommes déjà penchés sur les films les plus célèbres du réalisateur Eloy de la Iglesia (1944-2006), Colegas, L’Enfer de la drogue El Pico, El Pico 2, Navajeros, Le Député et ce grâce au travail éditorial exceptionnel d’Artus Films. Quel plaisir de découvrir des œuvres dites de jeunesse, à l’instar de Personne n’a entendu crier Nadie oyó gritar (1973), son sixième long-métrage. Partagé entre le drame (Un goût amer, Le Ring) et le thriller (Le Plafond de verreEl techo de cristal), y compris le film d’horreur (La Semaine d’un assassinLa Semana del asasino), le cinéaste est cette fois encore influencé par le genre et lorgne du côté d’Alfred Hitchcock pour Personne n’a entendu crier. À cette occasion, il retrouve la magnifique Carmen Sevilla (1931-2023), qu’il avait déjà dirigé dans Le Plafond de verre. Longtemps considérée comme une actrice de seconde zone, qui ne devait son succès qu’à sa beauté et à son succès dans la chanson, ainsi que comme danseuse, la comédienne est pourtant superbe, inquiétante, déroutante et ambiguë dans cette histoire de cadavre encombrant. Elle est ici loin (euphémisme) des personnages qu’elle campait dans La Belle de Cadix, Andalousie et dans Violettes impériales aux côtés de Luis Mariano vingt ans auparavant ! Devenue un peu plus rare sur les écrans dans les années 1960, Carmen Sevilla revient en force au début de la décennie suivante, au point où Charlton Heston lui offre le rôle d’Octavia dans son Antoine et Cléopâtre en 1972. Mais c’est bel et bien Eloy de la Iglesia qui lui offre ses meilleurs rôles de composition. Dans Personne n’a entendu crier, elle campe une femme quelque peu obscure, qui vit sa vie comme escort, rejoignant un client fidèle à Londres, elle-même ayant une liaison avec un homme beaucoup plus jeune qu’elle, qu’elle entretient aussi. Jusqu’au jour où elle prend sur le fait son voisin, en train de se débarrasser du corps de sa femme dans la cage d’ascenseur de leur immeuble. Prise au piège, elle doit se plier aux exigences du meurtrier, qui lui demande de l’aider pour déplacer le cadavre…Entre les deux va s’installer un jeu du chat et de la souris…Eloy de la Iglesia signe un thriller quasi-inclassable, où se mêle une passion inattendue, une esthétique de roman photos qui contraste avec la violence et le sang qui parcourt les veines de ce « giallo ibérique » chaudement recommandé.

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Test Blu-ray / Les Voiles écarlates, réalisé par Alexandre Ptouchko

LES VOILES ÉCARLATES (Alye parusa) réalisé par Alexandre Ptouchko, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Anastasiya Vertinskaya, Vasiliy Lanovoy, Yelena Cheremshanova, Aleksandr Lupenko, Ivan Pereverzev, Sergey Martinson, Nikolay Volkov, Sergei Romodanov…

Scénario : Aleksei Nagornyj & Aleksandr Yurovsky, d’après le roman d’Aleksandr Grin

Photographie : Gennadi Tsekavyj & Viktor Yakushev

Musique : Igor Morozov

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Dans un petit village, le marin Longrin élève seul sa fille Assol depuis la mort de sa femme, fabriquant pour vivre des petits bateaux en bois. Les deux sont la risée de tout le pays depuis qu’Assol raconte qu’un ermite, Aigle, lui a prédit que le capitaine d’un bateau aux voiles écarlates viendrait la chercher. Bien loin de là, le jeune Arthur vit dans le château de sa famille. Il y déteste l’ambiance aristocratique et rêve d’aventures en mer. Chassé par son père, il s’engage comme mousse.

Difficile de rebondir après le somptueux Sampo, le jour où la Terre gela ! Alexandre Ptouchko vient d’avoir soixante ans quand il entreprend l’adaptation des Voiles écarlates, roman d’Alexandre Grine, publié en 1923, un des plus grands succès de l’auteur russe, considéré comme étant le représentant du réalisme romantique. Le cinéaste parvient à intégrer naturellement ce récit, en apparence moins magique que ses œuvres précédentes, dans sa filmographie et convie une fois de plus les spectateurs à un voyage au pays de l’imaginaire. Les Voiles écarlatesAlye parusa sort en 1961 et offre au réalisateur un nouveau triomphe, en attirant plus de 22 millions de spectateurs en Russie, quand bien même la critique et le public s’avèrent plus réservés, beaucoup reprochant entre autres les différences, de ton surtout, avec le livre original. Certes, Alexandre Ptouchko se permet quelques digressions qui renvoient à son surnom de « Walt Disney russe », comme lorsqu’Assol se retrouve dans la forêt où un faon boit dans un cours d’eau, tandis que la jeune femme parle au soleil et aux arbres comme Blanche-Neige, mais cela fonctionne et approfondit le personnage. Merveilleusement photographié par Gennadi Tsekavyj et Viktor Yakushev, déjà à l’oeuvre sur Sampo, Les Voiles écarlates demeure un très grand spectacle pour toute la famille, qui conserve encore un charme rétro inoxydable et qui se déguste comme quand on écoutait ses parents enfant avant le passage du marchand de sable.

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Test Blu-ray / L’Homme sans mémoire, réalisé par Duccio Tessari

L’HOMME SANS MÉMOIRE (L’Uomo senza memoria) réalisé par Duccio Tessari, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 17 février 2026 chez Artus Films.

Acteurs : Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Freyberger, Tom Felleghy…

Scénario : Ernesto Gastaldi

Photographie : Giulio Albonico

Musique : Gianni Ferrio

Durée : 1h25

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

À la suite d’un accident, Edward est devenu amnésique. Après un long séjour en clinique, il retourne en Italie retrouver son épouse, Sara. Mais celle-ci a refait sa vie, le croyant mort. Petit à petit, elle est victime d’incidents étranges sans réelle explication, tandis que le passé trouble de voyou remonte à la surface dans la vie d’Edward. C’est alors que George intervient auprès de Sara, la menaçant de mort si son mari ne restitue pas une somme d’argent qu’il aurait gardée pour lui seul…

Duccio Tessari (1926-1994). Un cinéaste sur lequel l’auteur de ces mots revient toujours avec un immense plaisir. Cela avait déjà été le cas pour Le Retour de Ringo, Zorro, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Mort remonte à hier soir et Un pistolet pour Ringo, nous n’aurons de cesse de remettre en avant le travail de cet artisan du cinéma italien, metteur en scène éclectique, dont la patte est reconnaissable quand on se penche sur son illustre filmographie. L’ancien assistant de Mario Bonnard et Sergio Leone sur Les Derniers jours de Pompéi – Gli ultimi giorni di Pompei (1959), de Vittorio Cottafavi (1960) sur Messaline, de Vittorio Sala sur La Reine des Amazones – La Regina delle Amazzoni (1960), et scénariste sur Pour une poignée de dollars Per un pugno di dollari (1964) compte déjà une vingtaine de long-métrages quand il entreprend L’Homme sans mémoire – L’Uomo senza memoria. Connu aussi en France sous le titre La Trancheuse infernale, réalisé après l’imposant Big Guns : Les Grands FusilsTony Arzenta, avec Alain Delon, ce thriller surfe allègrement sur les gialli qui fleurissaient dans les salles de cinéma, non seulement de l’autre côté des Alpes, mais aussi dans celles du monde entier. Sur un scénario du prolifique Ernesto Gastaldi (La Queue du scorpion, Le Dernier jour de la colère, Mort suspecte d’une mineure), Duccio Tessari livre un véhicule de star à Luc Merenda, acteur français devenu une icône du poliziottesco et du giallo avec des titres emblématiques comme Torso et Rue de la violenceMilano trema: la polizia vuole giustizia de Sergio Martino. Avant de retrouver ce dernier pour Le Parfum du diable La Città gioca d’azzardo et L’AccuséLa polizia accusa : il servizio segreto uccide, juste avant de collaborer à deux reprises avec l’éminent Fernandi Di Leo (Colère noire et Gli amici di Nick Hezard), l’acteur, qui a alors le vent en poupe signe une étonnante prestation dans L’Homme sans mémoire. Si le récit peut paraître quelque peu classique, les années n’ont en rien altéré son efficacité et cela grâce à une mise en scène stylisée propre à son auteur.

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