Test Blu-ray / Le Train, réalisé par John Frankenheimer

LE TRAIN (The Train) réalisé par John Frankenheimer, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 22 mai 2019 chez Coin de mire Cinéma et L’Atelier d’images

Acteurs : Burt Lancaster, Paul Scofield, Jeanne Moreau, Michel Simon, Suzanne Flon, Wolfgang Preiss, Albert Rémy, Jacques Marin…

Scénario : Franklin Coen, Frank Davis, Albert Husson d’après une histoire originale et le roman de Rose Valland « Le Front de l’art »

Photographie : Jean Tournier, Walter Wottitz

Musique : Maurice Jarre

Durée : 2h13

Date de sortie initiale : 1964

LE FILM

En 1944, le Colonel von Waldheim fait évacuer des tableaux de maîtres du Jeu de Paume pour les envoyer en Allemagne. Labiche, un cheminot résistant, est chargé de conduire le train transportant ces objets d’art.

« J’ai connu une fille qui avait posé pour Renoir…elle sentait encore la peinture… »

Le TrainThe Train est la quatrième collaboration entre le cinéaste John Frankenheimer et le comédien Burt Lancaster. Sorti en 1964, ce film fait suite au Temps du châtiment The Young Savages (1961), Le Prisonnier d’AlcatrazBirdman of Alcatraz (1962) et Sept jours en maiSeven Days in May (1964). Le Train est une superproduction au budget très confortable, intégralement tourné en France, avec un casting essentiellement européen et surtout hexagonal. Remarquable film de guerre, solidement mis en scène et porté par un casting éblouissant, Le Train aborde également un sujet fort, qui pose constamment la question « Une œuvre d’art vaut-elle le sacrifice d’une vie humaine ? ».

Août 1944, à quelques jours de la Libération de Paris. Les troupes alliées approchent de la capitale. Le colonel von Waldheim est chargé de faire main basse sur les tableaux exposés au musée du Jeu de Paume et de les acheminer vers l’Allemagne le plus rapidement possible. Mademoiselle Villard, la conservatrice du musée, contacte la Résistance et tente de persuader Paul Labiche, le responsable du réseau Est, d’arrêter le train transportant les toiles. Labiche ne cache pas ses réticences. Il n’a guère envie de risquer des vies pour quelques peintures, même célèbres. Finalement, après que le conducteur du train a été fusillé pour l’avoir saboté, la Résistance décide d’organiser rien moins que la disparition du convoi…

L’histoire du Train, qui a également inspiré celle du regrettable The Monuments Men de George Clooney, s’inspire d’un épisode réel de la Seconde Guerre mondiale, celui du déraillement du train d’Aulnay, survenu en août 1944, qui contenait des œuvres d’art de grande valeur. Suite au signalement de la célèbre Rose Valland (dont le livre Le Front de l’art : défense des collections françaises, 1939-1945 a servi de base), conservatrice au Musée de Jeu de Paume, cet acte de résistance avait interrompu le convoi de ce précieux train vers l’Allemagne. Plus de 60 000 œuvres d’art et objets divers spoliés par les nazis aux institutions publiques et aux familles juives pendant l’Occupation ont pu être récupérées et sauvées. Sur ce passionnant postulat de départ, le réalisateur John Frankenheimer, qui a remplacé au pied levé son confrère Arthur Penn suite à son renvoi par le producteur Burt Lancaster pour « divergences artistiques », signe un drame de guerre, qui concilie à la fois les scènes d’action ultra-spectaculaires avec quelques séquences de bombardements et de déraillements sensationnels, psychologie des personnages avec notamment celui campé par Burt Lancaster lui-même, parfait dans le rôle du français Labiche. Le britannique et shakespearien Paul Scofield campe un von Waldheim trouble et ambigu, un homme de goût, sans jamais tomber dans le cliché du soldats allemand machiavélique, qui parvient même à tromper ses supérieurs qui jugent le chargement du train peu essentiel en cette période de déroute.

Très attaché à ces œuvres, jugées dégénérées par le IIIe Reich, von Waldheim décide d’agir essentiellement pour lui et espère revenir au bercail avec les œuvres de Gauguin, Renoir, Picasso, Degas, Cézanne, Matisse, Braque, Utrillo, Manet, Miro…C’était sans compter sur le dénommé Labiche, qui, avec l’aide de ses camarades cheminots résistants, vont tenter de le stopper avant qu’il ne parvienne à la frontière.

A l’instar de Buster Keaton avec Le Mécano de la Générale, John Frankenheimer décide de jouer au petit train, mais grandeur nature, en sublimant les locomotives. Disposant de moyens considérables, certaines séquences sont filmées avec près de dix caméras, surtout sur celles de déraillements ou de raids aériens (celui du bombardement de la gare de triage de Vaires-sur-Marne n’a rien à envier à un film contemporain), Le Train souffre peut-être aujourd’hui d’un rythme assez lent, mais n’ennuie jamais. Le récit demeure excellemment conduit, on jubile de voir Burt Lancaster donner la réplique à Michel Simon (pour qui il avait une vraie fascination), Albert Rémy, Jacques Marin, Suzanne Flon, Jeanne Moreau, et la beauté plastique du film (photographie de Jean Tournier) subjugue à chaque plan.

Alors que le tournage devait s’étendre sur trois mois, John Frankenheimer restera finalement un an en France pour les prises de vue du Train. Cascades, aventures (toute la partie du train dérouté grâce au maquillage des plaques de gare est particulièrement jubilatoire), suspense (avec une économie de dialogues et de musique, pourtant composée par Maurice Jarre), émotions, action, tout y est et Le Train reste une valeur sûre, un divertissement haut de gamme, immersif, moderne et souvent virtuose, doublé d’un superbe hommage – comme un carton d’introduction l’indique – aux cheminots français d’hier et d’aujourd’hui.

LE DIGIBOOK

Le Train est le premier film américain édité par Coin de Mire Cinéma en partenariat avec L’Atelier d’images. Coffret Digibook prestige numéroté et limité à 3.000 exemplaires, au format 142 x 194 mm, comprenant un Blu-ray et un DVD, un livret 24 pages cousu au boîtier, reproduisant des archives sur le film (dont un extrait de la revue Historail), la reproduction de 10 photos d’exploitations cinéma sur papier glacé au format 120 x 150 mm rangées dans 2 étuis cartonnés. Sans oublier la reproduction de l’affiche originale en format 215 x 290 mm pliée en 4. Le menu principal est fixe et musical.

En cette 39e semaine de l’année 1964, voici notre bulletin d’informations (9’) : Une bombe datant de la dernière guerre, étonne les passants dans les rues de Varsovie, le comédien Guy Grosso participe au Prix de l’Arc de Triomphe, Françoise Giroud présente la nouvelle formule de L’Express, le général de Gaulle démarre son marathon présidentiel en Amérique du sud, le roi Constantin II de Grèce épouse la princesse Anne-Marie de Danemark en la cathédrale d’Athènes, tandis que l’on rend hommage à Pierre de Coubertin.

Caramels d’Isigny ! Nougats Coupo Santo ! Cigarettes « Française » ! Faites-vous plaisir avant la séance ! Les réclames de l’année 1964 (5’) s’enchaînent, comme également celle pour le nouveau frigo mural de chez Frigéco (125 litres) !

Attention, nous trouvons également un making of du film ! Ces images exceptionnelles réalisées par le service cinéma de la SNCF, montrent Michel Simon (dont les propos servent de fil conducteur au reportage) monter dans un train affrété pour la presse, afin de se rendre sur les lieux du tournage. Les images sont en couleur et dévoilent l’envers du décor avec Burt Lancaster sur le plateau, les techniciens qui préparent les collisions et surtout l’explosion de la gare de triage qui aura nécessité quatre mois pour installer deux tonnes de dynamite. Un document exceptionnel (10’).

Last but not least, le commentaire audio (VOSTF) de John Frankenheimer est également au programme, même s’il n’est pas indiqué sur la jaquette. Les propos sont certes souvent espacés par de très longs silences, mais les quelques anecdotes glanées ici et là valent le coup. Le cinéaste explique d’ailleurs être tombé amoureux de la France, il s’est d’ailleurs marié le premier jour du tournage, et cette aventure qui aura duré une année lui aura finalement donné l’envie de s’installer dans nos contrées où il restera sept ans. Il donne également quelques éléments sur la photographie et ses intentions, les partis pris (éclairer les tableaux comme des acteurs en début de film, le choix du N&B), les comédiens (« le visage de Michel Simon attirait ma caméra »), les conditions de tournage (en plein hiver alors que le film est supposé se dérouler au mois d’août) et sa quatrième collaboration avec Burt Lancaster dont il n’a de cesse de louer le talent et son investissement dans les scènes d’action.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Le Train a bénéficié d’une restauration HD à partir du négatif original. Ce n’est pas parfait. Subsistent quelques pétouilles, points noirs et blancs, tâches et même des rayures verticales à l’instar de la séquence où Burt Lancaster s’enfuit par la fenêtre de sa chambre. La texture argentique est préservée, mais la gestion du grain est curieusement aléatoire, plus appuyé ici, lissé par là, parfois même sur un champ-contrechamp. Notons également de sensibles fourmillements et des scènes plus émaillées de scories. Hormis cela, les détails impressionnent sur les gros plans avec les visages en sueur et noirs de suie des comédiens (voire la tronche de Michel Simon), tandis que la composition de chaque cadre permet enfin d’apprécier les partis pris de John Frankenheimer et du chef opérateur Jean Tournier (futur directeur de la photographie de Moonraker, Chacal), qui ne pourra terminer le film et qui sera remplacé par Walter Wottitz, qui lui-même calquera son travail sur celui de prédécesseur. Les contrastes savent rester fermes, les noirs sont très beaux et la palette de gris suffisamment riche.

La version originale fait parler tous les protagonistes en langue anglaise, alors qu’en français, les allemands parlent entre eux dans la langue de Goethe. La première option délivre des dialogues plus pincés, mais prend le dessus sur son homologue au niveau des scènes d’action et des bombardements. Dans les deux cas, les pistes DTS-HD Master Audio Mono font ce qu’elles peuvent et parviennent à instaurer un certain confort acoustique, même si encore une fois, du point de vue homogénéité des effets (à l’instar des sifflets de train) et des voix, la piste anglaise prend l’avantage. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © MGM / Coin de Mire Cinéma / L’Atelier d’images / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Un crime dans la tête, réalisé par John Frankenheimer

UN CRIME DANS LA TÊTE (The Manchurian Candidate) réalisé par John Frankenheimer, disponible en DVD et Blu-ray le 20 novembre 2018 chez Rimini Editions

Acteurs : Frank Sinatra, Laurence Harvey, Janet Leigh, Angela Lansbury, Henry Silva, James Gregory, Leslie Parrish, John McGiver…

Scénario : George Axelrod d’après le roman de Richard Condon

Photographie : Lionel Lindon

Musique : David Amram

Durée : 2h07

Date de sortie initiale : 1962

LE FILM

A son retour de Corée, le Sergent Raymond Shaw est accueilli avec les honneurs dus à son statut de prisonnier de guerre. Le Capitaine Bennett Marco, qui commandait le bataillon auquel appartenait le Sergent, est hanté par des cauchemars récurrents. Ces cauchemars vont l’amener à enquêter sur Shaw.

Un Crime Dans La TêteThe Manchurian Candidate est un thriller paranoïaque se déroulant en pleine Guerre Froide, suivant une compagnie américaine capturée pendant la guerre de Corée, qui subit un lavage de cerveau avant de retourner aux États-Unis. Le film adopte le point de vue du Capitaine Bennett Marco, dont la psychologie torturée depuis la guerre, n’est pas sans rappeler un certain John Rambo…

Raymond Shaw est donc un médaillé de la Guerre de Corée pour faits d’armes. Cependant, Bennett Marco, commandant, à l’époque le peloton de Shaw, a des doutes sur ses exploits. De plus, il est assailli de visions troublantes qui vont l’amener à enquêter avec la CIA et le FBI sur Shaw. Qui est réellement celui-ci ? Adulé ou haï par ses hommes ? Héros de guerre ou agent communiste infiltré aux États-Unis ? Tueur de sang-froid ou psychopathe manipulé par une mère abusive ? Ou tout cela à la fois ?

Le scénario s’inspire du roman de Richard Condon (L’Honneur des Prizzi) paru à la fin des années 1950. L’intrigue de base peut parfois faire penser à quelques thrillers d’Alfred Hitchcock, mais le film repose en grande partie sur l’interaction entre les personnages principaux et secondaires, ainsi que sur leur psychologie. Les relations entre les différents protagonistes sont toujours sous haute tension jusqu’à certaines scènes explosives suivies de séquences dialoguées du plus bel effet. Ces conflits donnent au film son rythme, jusqu’à l’excellent et anthologique final.

Réalisé par un John Frankenheimer en pleine forme, tout droit sorti du Prisonnier D’Alcatraz avec Burt Lancaster, Un Crime Dans La Tête intéresse par son aspect politique (la fameuse Chasse aux sorcières apparaît nettement en filigrane) mais également par son aspect prophétique. En effet, plusieurs mois après sa sortie, le Président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, est assassiné. Dans le film, la façon dont sont présentés les assassinats ne cesse d’interroger sur le conditionnement et l’endoctrinement des soldats. Ces scènes montrant la compagnie sous hypnose face aux dirigeants communistes reste un grand et troublant moment de cinéma.

Si le casting masculin est parfait, à commencer par un Frank Sinatra vraiment concerné par son rôle, un Laurence Harvey constamment en questionnement, et un Henry Silva attachant, ce sont les comédiennes qui impressionnent le plus. La prestation d’Angela Lansbury (la fameuse Jessica Fletcher de la série Arabesque), saluée par un Golden Globe et une nomination aux Oscars en 1963, est frappante de bout en bout, tant son personnage est inquiétant et possessif. La prestation de la sublime Janet Leigh – qui arrive cependant en plein milieu du film – est tout aussi parfaite et retient également toute notre attention. Le jeu, la voix suave et la présence de l’actrice monopolisent l’écran et ne fait que sublimer les scènes dans lesquelles elle apparaît, tout comme son personnage, énigmatique.

Le film embrasse plusieurs genres : le film d’espionnage, le thriller politique, mais également le film d’action, dans un contexte de film de guerre. L’oeuvre de John Frankenheimer n’ennuie jamais et les différentes intrigues entremêlées sont toutes passionnantes.

Théorie du complot ou pas, Un Crime Dans La Tête est un très bon thriller, qui inspirera à Hollywood un remake éponyme convainquant en 2004, réalisé par Jonathan Demme et porté par Denzel Washington et Meryl Streep.

LE BLU-RAY

Alors qu’un premier DVD était sorti en 2000 et uniquement en 4/3 chez MGM, Rimini Editions rattrape ceci aujourd’hui en proposant une nouvelle édition, techniquement réussie. Le Blu-ray se trouve dans un boîtier noir glissé dans un fourreau cartonné. Le menu principal est animé et musical.

En plus de la bande-annonce du film (V.O.), nous trouvons un entretien avec l’essayiste de cinéma Bernard Benoliel (HD, 25’) qui revient sur la carrière de John Frankenheimer et replace Un Crime Dans La Tête dans l’oeuvre du réalisateur, mais aussi dans la filmographie des acteurs principaux. Dommage cependant que ses propos ne soient pas plus approfondis.

Le dernier bonus (non mentionné sur la jaquette) est un entretien se déroulant 26 ans après la sortie du film, intitulé Conversation à 3 (SD, 8’) où John Frankenheimer, le scénariste George Axelrod et Frank Sinatra partagent leurs souvenirs du film, avec en conclusion un hommage à Laurence Harvey. Pas inintéressant mais trop court.

L’Image et le son

L’image provient d’une restauration 4K effectuée par Criterion en 2016. Et la première chose qui impressionne est la pureté de l’image et la gestion du noir et blanc. Les niveaux de contraste sont bien équilibrés et il en résulte de très belles nuances. Malheureusement, un lissage beaucoup trop appliqué est présent, ce qui fait que le grain d’origine n’est quasiment plus présent.

VO et VF en LPCM 2.0 Mono. Si la VO est beaucoup plus frappante avec des frontales bien présentes, la VF est assez en retrait avec des voix particulièrement étouffées. Puis Janet Leigh ne s’écoute uniquement qu’en VO !

Crédits images : © Rimini Editions / MGM /  Critique du film, test technique et captures Blu-ray : Kévin Cattan pour Homepopcorn.fr