Test Blu-ray / Le Flingueur, réalisé par Michael Winner

LE FLINGUEUR (The Mechanic) réalisé par Michael Winner, disponible en édition Blu-ray + DVD + Livret DVD et Blu-ray le 15 novembre 2017 chez Wild Side Video

Acteurs :  Charles Bronson, Jan-Michael Vincent, Keenan Wynn, Jill Ireland, Frank De Kova, Lindsay Crosby…

ScénarioLewis John Carlino

Photographie : Richard H. Kline, Robert Paynter

Musique : Jerry Fielding

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1972

LE FILM

Arthur Bishop est un tueur à gages pour le compte de la mafia. Sa rapidité, son professionnalisme et son perfectionnisme lui ont valu d’être surnommé « le flingueur ». Mais Bishop vieillit, et ne semble plus être en mesure d’assurer seul ses contrats. Il décide de prendre sous son aile Steve McKenna, un jeune chien fou  sûr de lui, et de lui apprendre ce qu’il sait du métier…

Le FlingueurThe Mechanic pour les puristes, réalisé par Michael Winner en 1972, est en quelque sorte le Charles Bronson Begins, du moins aux Etats-Unis. Né le 3 novembre 1921, Charles Dennis Buchinsky, d’origine lituanienne, a déjà vingt ans de cinéma derrière lui quand il devient une star sur la terre de l’Oncle Sam. Longtemps cantonné aux seconds rôles, les spectateurs et la critique repèrent néanmoins très vite ce comédien au visage taillé à la serpe, dans Bronco Apache, Vera Cruz et Les 12 Salopards de Robert Aldrich (1954 pour les deux premiers et 1967 pour le troisième), L’Aigle solitaire et L’Homme de nulle part de Delmer Daves (1954 et 1956), La Proie des vautours, Les 7 Mercenaires et La Grande évasion de John Sturges (1959, 1960 et 1963). C’est en Europe que viendra la première consécration quand Sergio Leone confie à Charles Bronson le rôle de L’Homme à l’harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest (1968). Les cinéastes René Clément (Le Passager de la pluie) et Terence Young (De la part des copains, Soleil rouge) le font ensuite rapidement tourner, mais la rencontre avec le réalisateur Michael Winner (1935-2013) sera déterminante pour la carrière américaine et même internationale du comédien.

Emballé par la rapidité d’exécution du metteur en scène sur La Colline de la terreurChato’s Land, Charles Bronson souhaite retourner immédiatement avec Michael Winner. Ce dernier jette son dévolu sur un scénario de Lewis John Carlino, passé entre les mains de nombreux confrères (Martin Ritt, Monte Hellman) et acteurs (Kirk Douglas, Burt Lancaster, Cliff Robertson, Jeff Bridges, George C. Scott). Conscient du charisme et de l’aura de son acteur, Michael Winner construit son film sur le mutisme du personnage principal, Arthur Bishop, un tueur à gages méticuleux, attachant un soin particulier à préparer chacun de ses « contrats ». Lorsque son organisation criminelle lui demande de tuer l’un des leurs, Bishop l’exécute en camouflant son assassinat en une banale crise cardiaque. C’est alors que Steve, le fils de la victime, playboy arrogant, s’intéresse de près à Bishop et lui demande de le prendre sous son aile afin d’en faire à son tour un tueur.

Thriller, mais aussi film dramatique sur le temps qui passe, sur la solitude des êtres dans les grandes villes américaines, sur le passage de relais, sur la succession et la rédemption, Le Flingueur est un film beaucoup plus riche qu’il en a l’air au premier abord. Si Michael Winner a effacé l’homosexualité latente entre les deux personnages principaux, qui aurait été rejetée par Charles Bronson, l’ambiguïté demeure et le cinéaste parvient à suggérer le trouble qui s’empare de son Flingueur lorsqu’il rencontre le jeune Steve McKenna. Le premier quart d’heure, virtuose, sans aucun dialogue, installe toute la méticulosité de Bishop, qui a fait de son métier un art, mais aussi la psychologie du « Mechanic », ainsi que son mode de vie, immoral, mais obéissant à un code d’honneur. Calme, posé, le geste précis, le Flingueur est visiblement en mission, même si le spectateur ne comprend pas ce qu’il est en train de réaliser sur une cuisinière à gaz ou la raison pour laquelle Bishop place une substance gluante dans un ouvrage sélectionné dans une bibliothèque. Quelques minutes plus tard, l’appartement dans lequel il s’affairait explose, en tuant également son occupant scruté par Bishop quelques heures auparavant. Extraordinaire introduction.

Ensuite, Bishop est montré chez lui, vivant replié sur lui-même dans sa villa à l’intérieur rococo, robe de chambre flamboyante et aussi rouge que sa voiture de luxe, un verre de vin à la main, découvrant de l’autre un dossier lui apprenant quelle sera sa prochaine cible. Impassible, seule une boule de cire blanche qu’il malaxe sans arrêt montre son anxiété. Si la suite du film se révélera plus classique, Le Flingueur demeure un formidable thriller typique du Nouvel Hollywood alors en pleine explosion, porté le magnétisme de Charles Bronson. Si Jan-Michael Vincent (Hawke dans la série Supercopter), que son partenaire détestait (et qui avait déjà refusé Richard Dreyfuss), n’est guère convaincant et s’avère bien lisse, le duo fonctionne plutôt bien à l’écran, même s’il est vrai que nous n’avons d’yeux que pour Charles Bronson.

Contre toute attente, c’est bel et bien la relation ou plutôt la confrontation de deux générations qui fait l’intérêt du Flingueur, plutôt que les scènes d’action, même si elles s’avèrent très efficaces à l’instar de la poursuite à moto, par ailleurs bien soutenues par la composition de Jerry Fielding. C’est sec, c’est nerveux, c’est malin, teinté d’humour noir et le final inattendu est aussi anthologique que le prologue. Suite à ce grand succès, Michael Winner et Charles Bronson enchaîneront directement avec le polar urbain Un justicier dans la ville, triomphe sans précédent. Les deux hommes collaboreront sur six films au total, dont le dernier en 1985, le nanar Le Justicier de New York. En 2011, Le Flingueur a fait son comeback dans un remake éponyme réalisé par Simon West, avec Jason Statham dans le rôle-titre et Ben Foster à ses côtés, qui a d’ailleurs connu une suite en 2016.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray du Flingueur, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Cette édition se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livret exclusif de 86 pages, spécialement écrit par Samuel Blumenfield (journaliste et critique de cinéma au Monde), illustré de photos d’archives. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément de cette édition est un excellent entretien de Dwayne Epstein, historien du cinéma et biographe de Charles Bronson (30’). En une demi-heure, Dwayne Epstein replace Le Flingueur dans la carrière du comédien. Comme l’indique un carton en ouverture, attention aux spoilers puisque les scènes principales du film sont abordées, y compris son épilogue. L’historien du cinéma évoque la fructueuse collaboration entre Charles Bronson et le réalisateur Michael Winner, la naissance du mythe Bronson à partir du Flingueur, mais qui explosera véritablement l’année suivante avec Le Justicier dans la ville. La psychologie des personnages est longuement abordée, tout comme le jeu de Charles Bronson, et d’autres anecdotes liées à la production du Flingueur (comment le comédien a imposé sa compagne Jill Ireland), le tout joliment illustré par de multiples photos de tournage.

Le module intitulé Hired Hand : L’Homme de main (11’), donne la parole au cinéaste Monte Hellman, qui dans un entretien audio datant de décembre 2015, explique qu’il a failli réaliser Le Flingueur. Au cours de cette interview composée de photos d’archives diverses, Monte Hellman, quelque peu amer et même triste quand il évoque quelques-uns de la soixantaine de projets sur lesquels il a travaillé, et dont une douzaine seulement auront abouti, revient sur son projet avorté du Flingueur. La Columbia devait alors distribuer le film, avant que les droits soient finalement rachetés par la United Artists, sans retenir le travail – non rémunéré – de Monte Hellman.

L’Image et le son

Un Blu-ray moyennement convaincant. Le format 1.85 est respecté. Il en est de même pour le grain original, bien que très appuyé, surtout durant le premier quart d’heure. Si cela s’arrange quelque peu par la suite, la définition chancelle à plusieurs reprises, la gestion des contrastes est honnête, les couleurs retrouvent un peu de fraîcheur, mais demeurent globalement assez fanées. Les nombreux zooms occasionnent des plans flous ainsi que des fourmillements. Certes, malgré quelques points et poussières encore présents la copie est propre, mais par rapport aux précédentes éditions HD de Wild Side, le résultat est plutôt décevant.

L’éditeur ne propose pas un remixage inutile, mais encode les pistes originale et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, qui se concentre essentiellement sur le report des voix parfois au détriment de certains effets annexes. L’écoute demeure propre et nette. Elle n’est pas en revanche aussi fluide et homogène que la version originale, même si le report des dialogues aurait pu être plus ardent. Dans les deux cas, aucun souffle n’est à déplorer, les séquences d’action sont restituées avec un beau fracas, tandis que le score de Jerry Fielding, profite d’une excellente exploitation des frontales. Les sous-titres sont imposés sur la version originale.

Crédits images : © United Artists / Wild Side Vide / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / The Jane Doe Identity, réalisé par André Øvredal

THE JANE DOE IDENTITY (The Autopsy of Jane Doe) réalisé par André Øvredal, disponible en DVD et Blu-ray le 4 octobre 2017 chez Wild Side Video

Acteurs :  Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond, Michael McElhatton, Olwen Catherine Kelly, Jane Perry…

Scénario :  Ian B. Goldberg, Richard Naing

Photographie : Roman Osin

Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Quand la police leur amène le corps immaculé d’une Jane Doe, Tommy Tilden et son fils, médecins-légistes, pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité. Au fur et à mesure de la nuit, ils ne cessent de découvrir des choses étranges et inquiétantes à l’intérieur du corps de la défunte. Alors qu’ils commencent à assembler les pièces d’un mystérieux puzzle, une force surnaturelle fait son apparition dans le crématorium…

Certains films sont précédés d’une flatteuse réputation avant même leur sortie dans les salles. Le plus souvent, la déconvenue est de taille et le résultat fait l’effet d’un pétard mouillé. Ce n’est pas le cas de The Jane Doe Identity titre « français » de The Autopsy of Jane Doe, qui a été sans doute renommé ainsi par des distributeurs voulant sans doute faire passer le film comme un spin-off de la saga Jason Bourne. Toujours est-il que The Jane Doe Identity, réalisé par le norvégien André Øvredal, découvert en 2010 avec son second long métrage Troll Hunter, est un véritable coup de maître.

Tommy Tilden et son fils Austin, deux médecins légistes, officient dans une petite ville. Un soir, ils entreprennent l’autopsie de Jane Doe, nom que l’on donne à des individus dont on ne connaît pas l’identité. La police a découvert le corps enterré dans la cave d’une maison où une famille a été sauvagement assassinée. Alors que l’opération commence, Austin remarque une mouche qui sort du nez de la victime. Des événements de plus en plus étranges et effrayants s’enchaînent. Tout d’abord, le film repose sur un scénario intelligent et passionnant coécrit par Ian B. Goldberg (Terminator: Les chroniques de Sarah Connor) et Richard Naing (producteur de la série-documentaire Behind the Mask). André Øvredal s’empare de ce film de commande et livre un véritable objet de cinéma. Sa mise en scène élégante, souvent virtuose, couplée à une photographie stylisée et au grain palpable signée Roman Osin (Orgueil & préjugés version 2005) extirpe The Jane Doe Identity du tout venant qui encombre généralement les salles de cinéma au sol recouvert de pop-corn et parasitées par les rires gras de quelques ados qui ne regardent même pas le film. Et paf.

Le film d’André Øvredal bénéficie également du jeu de deux grands comédiens, Emile Hirsch, qui a brillé chez Catherine Hardwicke, Sean Penn, les sœurs Wachowski, Gus Van Sant, William Friedkin, David Gordon Green (excusez du peu pour un acteur de 32 ans), et son partenaire, l’impérial Brian Cox (qui remplace Martin Sheen), qui s’est toujours renouvelé à travers plus de 200 films tournés en cinquante ans. Nous ne sommes pas ici dans le fast-food du cinéma fantastique et d’épouvante. Les scénaristes et le réalisateur parviennent d’emblée à captiver les spectateurs, même les plus blasés. Le cadre atypique de la morgue (unité de lieu), sa durée resserrée quasiment en temps réel sur 85 minutes (unité de temps) et son récit divisé en deux parties distinctes (unité d’action), participent à la montée d’angoisse chez le spectateur en même temps que celle des deux personnages principaux. Les jump scare sont utilisés avec parcimonie et la tension naît des partis pris, notamment des corps filmés de manière frontale, sans oublier une impressionnante utilisation des bruitages, à l’instar des cages thoraciques découpées, des crânes sciés, des organes manipulés. La première partie, qui évite heureusement l’utilisation du found footage, prend une dimension quasi-documentaire et suit les gestes précis des personnages qui s’affairent autour des cadavres livrés par les autorités.

Le mystère s’épaissit au fil des découvertes à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur du corps inanimé de Jane Doe, « interprété » par Olwen Catherine Kelly, dont André Øvredal parvient à donner beaucoup de présence en la filmant sous tous les angles, qu’elle a d’ailleurs très beaux. La seconde partie est sans doute plus « traditionnelle », mais galvanisé par la première le spectateur n’a pas un seul moment de répit jusqu’au dénouement. Un remarquable conte macabre et oppressant, récompensé par le Prix du Jury jeunes au Festival de Gérardmer, en lice pour devenir le film d’épouvante de 2017.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition Haute-Définition de The Jane Doe Identity, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Un documentaire de 20 minutes est proposé en guise de supplément. Il se compose essentiellement d’entretiens avec le réalisateur André Øvredal, des comédiens Emile Hirsch et Brian Cox, des deux scénaristes et des producteurs. Evidemment, nous sommes en pleine promo et les propos ne sont guère inspirés, mais puisque l’éditeur ne livre que ce bonus, autant ne pas le rater.

La bande-annonce est également disponible.

L’Image et le son

Que dire, si ce n’est que Wild Side Video semble repousser une fois de plus les limites de la HD avec cette magnifique édition Blu-ray de The Jane Doe Identity ! André Øvredal et son chef opérateur Roman Osin (Le Labyrinthe du silence) ont opté pour une patine délicate et léchée durant 1h35, des partis pris merveilleusement rendus, dont un très beau grain. C’est un sans-faute technique : relief, colorimétrie, piqué (au scalpel, c’est le moins qu’on puisse dire), contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux. Les teintes froides s’allient avec les gammes plus chatoyantes, et chaque détail aux quatre coins de l’écran est aussi saisissant qu’étourdissant. Ce transfert immaculé soutenu par une compression AVC solide comme un roc laisse pantois d’admiration. Un Blu-ray de démonstration de plus sortant de l’usine de l’éditeur au chat hérissé.

Vous pouvez compter sur les mixages DTS-HD Master Audio 5.1 anglais et français pour vous plonger dans l’ambiance du film, bien que l’action demeure réduite. La bande originale est la mieux lotie. Toutes les enceintes sont exploitées, les voix sont très imposantes sur la centrale et se lient à merveille avec la balance frontale, riche et dense, ainsi que les enceintes latérales qui distillent quelques effets étonnants qui vous feront sursauter. Le caisson de basses se mêle également à la partie. Notons que la version originale l’emporte sur la piste française, se révèle plus naturelle et homogène, y compris du point de vue de la spatialisation musicale. Les sous-titres français sont imposés sur la piste anglaise et le changement de langue impossible à la volée.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / IFC Films / IFC Midnight / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Osiris, la 9ème planète, réalisé par Shane Abbess

OSIRIS, LA 9ÈME PLANÈTE (The Osiris Child – Science Fiction Volume One) réalisé par Shane Abbess, disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Kellan Lutz, Daniel MacPherson, Luke Ford, Isabel Lucas, Temuera Morrison, Rachel Griffiths, Teagan Croft…

Scénario : Shane Abbess, Brian Cachia

Photographie : Carl Robertson

Musique : Brian Cachia

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2016

LE FILM

Dans un futur lointain, l’humanité est lancée dans une course à la colonisation interplanétaire. Kane, lieutenant pour l’entreprise Exor, a pour mission d’organiser la vie dans ces nouveaux mondes. Mais un jour, il découvre que des prisonniers se sont emparés d’un virus mortel qu’ils menacent de diffuser sur Osiris, planète où vit la fille de Kane. Il se lance alors dans une course contre la montre à travers l’univers pour sauver sa fille sans se douter que dans l’ombre, une terrible machination est déjà à l’oeuvre…

Bon…on aurait bien voulu l’aimer ce film, Osiris, la 9ème planèteScience Fiction Volume One: The Osiris Child, sorti directement dans les bacs français avec un visuel clinquant. Malheureusement et bien que le réalisateur australien Shane Abbess soit précédé d’une assez bonne réputation, ce film fantastique s’avère un redoutable navet. C’est d’autant plus dommage que l’on sent réellement le potentiel du metteur en scène, remarqué en 2007 avec son premier long métrage Gabriel, mélange d’action, d’épouvante et de fantasy, dans lequel l’Ange Gabriel est conduit à mener l’ultime bataille contre les forces des ténèbres qui ont décidé de dominer le monde. Son deuxième film Infini est un thriller de science-fiction réalisé en 2015 coécrit avec Brian Cachia, également compositeur. Pour son long métrage suivant, Osiris, la 9ème planète, Shane Abbess n’aura pas eu à attendre presque dix ans puisque le film est sorti en 2016.

Cela part plutôt bien avec une belle mise en image, une photo et un cadre soignés. Le spectateur sent qu’on le caresse dans le sens du poil et que tout ne peut que bien se dérouler. Malheureusement, on déchante rapidement. Très vite, le montage complètement haché gâche tout et surtout l’indigence de l’interprétation emporte ce film de science-fiction sur les rives du navet intergalactique. Cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu autant de comédiens aussi mauvais et dépourvus de charisme. La palme revient une fois de plus à l’inénarrable Kellan Lutz, l’un des pires acteurs de tous les temps, une endive comme on en fait rarement aujourd’hui. Vu dans la saga Twilight, Expendables 3 et La Légende d’Hercule de Renny Harlin où même la 3D ne lui donnait aucun relief, il intègre le top 10 des comédiens les plus improbables. Avec son regard inexpressif et sa barbe qui semble avoir été peinte au pochoir, il déambule dans le film comme s’il était paumé avec sa pétoire. Il n’est guère aidé par Daniel MacPherson, dont pas une réplique ne tombe juste et qui semble constamment en hyperventilation, tandis que l’actrice Isabel Lucas, vue dans Transformers – La revanche et le navrant remake de L’Aube rouge, ajoute un nouveau navet à son potager déjà bien garni.

L’intrigue est divisée en plusieurs chapitres. Celui consacré à l’incarcération d’un des personnages principaux dans une prison high-tech ferait passer Fortress 2 pour du Béla Tarr. On rit, mais pas comme on pourrait le faire devant un nanar. Osiris, la 9ème planète est une œuvre qui se prend bien trop au sérieux alors que le manque de budget l’empêche constamment d’être crédible. Certains plans détonnent pourtant par leur beauté plastique à l’instar de la séquence de combat aérien qui ne dure malheureusement que cinq petites minutes. Durant ce laps de temps, on regrette sincèrement que tout le film ne soit pas aussi élégant que cette scène qui se déroule dans les nuages. Le reste n’est qu’ennui, simpliste, copie de toute une tripotée de films que l’on s’amuse à reconnaître et à énumérer. Un mix entre Starship Troopers, District 9 (le seul bon film de Neil Blomkamp à ce jour), Mad Max et…Max et les Maximonstres. Mad Max et les Maximonstres en quelque sorte.

Les fans de série B de science-fiction et de fantastique risquent de trouver le temps long puisqu’il ne se passe quasiment rien. L’action demeure incompréhensible, l’intrigue faussement décousue n’a aucun intérêt, bref, on s’ennuie royalement. Le « Volume deux » semble avorté.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition HD d’Osiris, la 9ème planète a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est élégant, animé et musical. L’édition Steelbook contient le DVD et le Blu-ray.

L’éditeur a réussi à mettre la main sur un making of entièrement promotionnel (24’), constitué d’interviews de toute l’équipe et de très rares images de tournage. Le réalisateur, le coscénariste (et compositeur), les comédiens et les producteurs s’en donnent à coeur joie dans les superlatifs, un tel est magnifique, un autre est extraordinaire, tout le monde il est beau. On en apprend tout juste sur la genèse du film, l’évolution du scénario (rires) et les intentions de Shane Abbess.

C’est beau

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p. Wild Side Video prend soin de ce titre qui sort directement dans les bacs chez nous. Ce master HD français (les credits sont dans la langue de Molière) est soigné et le transfert solide. Respectueuse des volontés artistiques originales la copie d’Osiris, la 9ème planète se révèle propre, lumineux et tire agréablement partie de la HD avec des teintes chaudes, une palette chromatique spécifique, le tout soutenu par un solide encodage. Le piqué, tout comme les contrastes, sont souvent tranchants, les arrière-plans sont détaillés, le relief plaisant, les noirs denses et les détails foisonnants. Hormis quelques légers fléchissements de la définition sur les scènes sombres et une incrustation des effets visuels parfois visibles, cette édition Blu-ray permet de découvrir Osiris, la 9ème planète dans de très bonnes conditions techniques. Un bel écrin pour un film en toc.

En anglais comme en français, les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 assurent le spectacle acoustique avec brio. La version française jouit d’un dynamique report des voix et même si elle s’avère moins riche que la version originale, elle n’en demeure pas moins immersive. Dans les deux cas, la balance frontale en met plein les oreilles lors des séquences d’affrontements. Seul bémol, les voix manquent parfois de punch au milieu de tout ce fracas. Quelques scènes sortent du lot avec un usage probant des ambiances latérales et du caisson de basses. La musique profite également d’une belle délivrance, mettant toutes les enceintes à contribution, même à volume peu élevé. Le changement de langue est verrouillé à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale.

Crédits images : © Sean O’ReillyStorm Vision Entertainment / Wild Side Video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Emprise des Ténèbres, réalisé par Wes Craven

L’EMPRISE DES TÉNÈBRES (The Serpent and the Rainbow) réalisé par Wes Craven, disponible en édition Blu-ray + DVD + Livret le 6 septembre 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Bill Pullman, Cathy Tyson, Zakes Mokae, Paul Winfield, Brent Jennings, Conrad Roberts…

Scénario : Richard Maxwell, A.R. Simoun d’après le livre The Serpent and the Rainbow de Wade Davis

Photographie : John Lindley

Musique : Brad Fiedel

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1988

LE FILM

Dennis Alan, un jeune anthropologue, est envoyé en mission dans une clinique à Haïti pour rencontrer un patient diagnostiqué mort et enterré quelques années plus tôt. Arrivé sur l’île, Alan apprend l’existence d’une mystérieuse poudre vaudou capable de plonger un homme dans une mort artificielle. Son enquête le met bientôt aux prises avec les Tontons Macoutes, des miliciens paramilitaires qui utilisent cette drogue pour éliminer les opposants politiques au régime. Menacé de mort, Alan tente de récupérer la recette du poison avant de repartir pour Boston. Mais, ensorcelé par ses ennemis, il ne tarde pas à sombrer dans un univers de magie noire, où se mêlent hallucinations, cauchemars et réalité.

Réalisé entre L’Amie Mortelle (Deadly Friend) et Shocker, L’Emprise des TénèbresThe Serpent and the Rainbow (1988) est aujourd’hui considéré par la critique et les spectateurs comme l’un des meilleurs films de Wes Craven. Un temps envisagé par Peter Weir avec Mel Gibson dans le rôle principal, basé sur des « faits réels », le huitième long métrage du réalisateur tourné pour un budget conséquent de 7 millions de dollars (le plus important à l’époque pour le cinéaste) s’inspire de l’ouvrage documentaire éponyme de l’ethnobotaniste canadien Wade Davis, sur les pratiques vaudou en Haïti, notamment ce qui concerne le processus dit de la zombification. Comme l’indique un carton en ouverture “Dans la légendu du vaudou, le serpent symbolise la Terre, l’arc-en-ciel le Paradis. Entre les deux, toute créature doit vivre et mourir. Mais, parce qu’il a une âme, l’homme peut se retrouver emprisonné en un lieu où la mort n’est qu’un commencement ». Il n’en fallait pas plus pour Wes Craven pour y trouver là l’inspiration pour son nouveau film d’horreur.

Dennis Alan, un anthropologue diplômé de Harvard, est de retour à Boston après un long séjour en Amazonie, où il a pu étudier et expérimenter les drogues utilisées par les chamanes. Un représentant d’une entreprise pharmaceutique lui propose alors de se rendre en Haïti, en quête d’une hypothétique substance utilisée par les sorciers vaudous pour zombifier leurs victimes. En effet, si les rumeurs sur les zombis sont fondées et qu’une telle drogue existe, ses applications dans le domaine de l’anesthésie seraient des plus intéressantes. Il débarque afin d’étudier l’univers mystérieux et inquiétant du culte vaudou. Très vite, il découvre l’existence du poison violent – en fait un psychotrope appelé tétrodotoxine – et sournois, qui transforme instantanément les êtres humains en zombies, en ralentissant le rythme cardiaque, au point que les autres les croient morts. Les détenteurs de cette poudre maléfique forment une communauté de prêtres, de politiciens et d’hommes d’affaires corrompus qui contrôlent l’île avec l’aide des Tontons macoutes. Il fait la connaissance de Marielle Duchamp, une belle psychiatre haïtienne, dont la famille tente depuis des années de s’opposer à ces rites destructeurs. Ensemble, ils vont se battre aux côtés des opposants au régime pour la liberté et la paix sur l’île.

La grande réussite de L’Emprise des Ténèbres, même si loin du Vaudou de Jacques Tourneur (1943), provient du surnaturel « plausible » que Wes Craven observe et détaille avec une mise en scène souvent très documentaire, avec sérieux et en tournant vraiment en Haïti (le premier long métrage américain à être tourné sur place dans sa quasi-intégralité), avant d’être contraint de terminer les prises de vue en République dominicaine pour des raisons politiques instables et des menaces de mort. Un réalisme qui n’est pas sans rappeler celui d’A la recherche du plaisir de Silvio Amadio, giallo atypique tourné en Haïti en 1972. Le malaise ne s’instaure pas uniquement durant les séquences dites à sensation et donc plus « fictionnelles », mais également par l’usage d’une caméra à l’épaule qui capture les rites et les coutumes. On sent le cinéaste passionné par son sujet, bien qu’il n’hésite pas à recourir au grotesque et au grand-guignolesque dans un dernier acte moins inspiré, mais néanmoins généreux envers les spectateurs avides de sensations fortes.

Parallèlement au « film de genre », Wes Craven s’intéresse également à la situation politique d’un pays où les hommes de main du dictateur Jean-Claude Duvalier, alias Baby Doc, n’hésitent pas à avoir recours aux prêtres Vaudou – et à leur usage de la torture physique, scène très éprouvante – afin de renforcer l’emprise de la dictature sur la société. Le personnage interprété par Bill Pullman dans son premier rôle en vedette, est malmené du début à la fin. Un peu arrogant, sûr de lui-même, cartésien et croyant tout savoir sur les us des pays qu’il visite, Alan va très vite déchanter et se retrouver face à des pratiques occultes, des événements qui dépassent l’entendement et une population qu’il n’aurait pas dû sous-estimer. Alan est donc confronté à la puissance ténébreuse du Vaudou et va voir ses repères s’écrouler jusqu’à la folie. Impression renforcée par la composition de Brad Fiedel, dont les percussions et les entêtantes notes de synthétiseur ne sont pas sans rappeler son thème de Terminator.

Hormis son dernier acte que l’on qualifierait aujourd’hui de « nawak », L’Emprise des Ténèbres est donc film fantastique, morbide et d’épouvante réaliste placé sous hallucinogènes, qui a plutôt bien vieilli grâce à une mise en scène inspirée et qui remplit encore ses promesses d’émotions fortes.

LE BLU-RAY

Le test a été réalisé sur un check-disc. Cette édition de L’Emprise des Ténèbres se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livret exclusif de 60 pages, spécialement écrit par Frédéric Albert Levy (journaliste cinéma et co-fondateur de la revue Starfix), illustré de photos d’archives rares. Le menu principal est animé et musical.

En ce qui concerne les suppléments, c’est plutôt chiche. Toutefois, il serait dommage de passer à côté du bel hommage rendu à Wes Craven par le cinéaste Alexandre Aja (29’). Dans un premier temps, le réalisateur se souvient de sa découverte du cinéma de Wes Craven à travers les bandes-annonces mais aussi et surtout les VHS de films d’horreur dans les bacs des vidéo-clubs, ainsi que dans les articles publiés dans les magazines Mad Movies et L’Ecran fantastique. Alexandre Aja évoque ensuite l’influence des Griffes de la nuit et de La Dernière maison sur la gauche qui ont contribué à lui donner sa vocation de réalisateur. Puis, le metteur en scène en vient à sa rencontre avec le maître en personne suite à la présentation de son second long métrage Haute tension au Festival du film de Toronto en 2003. S’ensuit un formidable portrait où Alexandra Aja croise à la fois l’intime (« un homme très complexe et paradoxal, rempli de luttes intérieures, qui se sentait responsable de l’influence de ses films dans la vie réelle ») et leur collaboration professionnelle. La peur au cinéma selon Wes Craven, le travail sur le remake de La Colline a des yeux, mais aussi sa passion pour le « bird watching » et les oiseaux morts qu’il collectionnait, ce module est peu avare en anecdotes sincères et intéressantes. Si Alexandre Aja aborde finalement très peu L’Emprise des Ténèbres, cette présentation sans langue de bois et avec beaucoup d’émotions est un très beau supplément.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Ce nouveau master HD brille de mille feux. D’une propreté absolue (même si quelques points blancs qui ont échappé au Biactol numérique), l’image met en valeur la photo de John Lindley (Blue-Jean Cop, Pleasantville, La Somme de toutes les peurs) et offre un rendu très impressionnant des séquences en extérieur. Si la définition n’est pas optimale avec quelques très légers fourmillements constatés ainsi que des visages tirant sensiblement sur le rosé dans les scènes diurnes, on apprécie le niveau des détails, l’affûtage du piqué, le grain cinéma respecté (parfois plus prononcé), la richesse des contrastes, la luminosité et l’aplomb de la compression numérique qui consolide les scènes plus agitées. On attendait peut-être des noirs un peu plus fermes. Clair et net, ce Blu-ray au format 1080p offre une deuxième jeunesse bien méritée à ce film.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de Brad Fiedel. La piste anglaise (avec les sous-titres français imposés) est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages, ainsi qu’un niveau des dialogues plus plaisant. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel.

Crédits images : © Universal Studios. / Wild Side Video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Guardians, réalisé par Sarik Andreasyan

GUARDIANS (Защитники) réalisé par Sarik Andreasyan, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD le 26 juillet 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Anton Pampushnyy, Sanzhar Madiyev, Sebastien Sisak, Alina Lanina, Stanislav Shirin, Valeriya Shkirando, Vyacheslav Razbegaev, Nikolay Shestak…

Scénario : Andrey Gavrilov, Sarik Andreasyan, Gevond Andreasyan

Photographie : Maksim Osadchiy-Korytkovskiy

Musique : Georgiy Zheryakov

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Durant la Guerre Froide, l’organisation secrète Patriot réalise des expériences sur des humains pour créer des super-soldats. Seuls quatre guerriers dotés de super-pouvoirs y survivent, mais ils parviennent à s’échapper. 30 ans plus tard, un ennemi surpuissant surgit et menace d’anéantir le monde. Les Guardians décident alors de sortir de l’ombre et d’affronter celui qui les a créés… Le combat ne fait que commencer !

Tremble l’Oncle Sam ! Le cinéma russe est bien décidé à concurrencer les Etats-Unis sur son propre terrain et plus particulièrement au cinéma dans le domaine des films de super-héros. Prenez garde Marvel et DC Comics (ou Décès Comiques c’est selon), voici les Guardians aka Защитники, Zashchitniki en version originale, mais cela ne vous avancera pas vraiment. Clamant haut et fort qu’ils peuvent faire aussi bien que les blockbusters américains à 300 millions de dollars de budget, les producteurs soviétiques ont misé près de 400 millions de roubles russes pour ce film fantastique ! Sauf que lorsque la somme est convertie, le budget avoisine en réalité les 5 millions de dollars et que le résultat s’avère un grand et formidable nanar.

En fait, l’essentiel est raconté durant le générique – après plus d’une minute de logos de production – à travers des coupures de journaux, procédé très pratique pour aller d’emblée à l’essentiel, sans véritables séquences d’exposition. Dans les années 1960, alors que la Guerre Froide bat son plein et que la population redoute une Troisième Guerre mondiale, une organisation secrète russe appelée Patriots, a pratiqué des expériences génétiques sur des êtres humains, dans le but de créer une armée de super soldats indestructibles. Après avoir réussi à s’échapper, ils se cachent chacun de leur côté dans différentes régions de la Russie pendant près de trente ans, en vieillissant à peine et en dissimulant leurs pouvoirs aux yeux du monde. Mais alors qu’une nouvelle menace frappe le pays, la major Elena Larina (équivalent féminin de Nick Fury) va être chargée de les retrouver afin de former une unité de défense baptisé Les Guardians. Nous avons alors un ours-garou, une femme qui devient invisible au contact de l’eau, un homme capable de manipuler les pierres rien que par la pensée, et un autre possédant la capacité de se déplacer à une vitesse supersonique en manipulant des lames aiguisées. Cette poignée de nouveaux super-héros, retrouvés en Arménie, au Kazakhstan, en Sibérie et à Moscou où ils pensaient méditer tranquillement, doivent contrecarrer les plans de leur créateur, un ancien scientifique savant-fou, qui au moment d’être arrêté quarante ans plus tôt a été irradié, avant de devenir lui-même un monstre à la force surhumaine.

Voilà, bienvenue en Russie camarade, tu vas bien rigoler ! Réalisé par le jeune et prolifique metteur en scène Sarik Garnikovich Andreasyan (né en 1984), auteur en 2014 d’un American Heist avec Hayden Christensen et Adrien Brody, Guardians est un divertissement hilarant avec ses comédiens improbables, surtout le badguy avec son costume aux abdos en latex qui rappelle le Jekyll/Hyde de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, ses effets visuels périmés qui renvoient aux prémices des images de synthèse, son accumulation de clichés et ses pauvres décors. Mention spéciale à l’homme-ours, réalisé à partir de la prestation en motion-capture d’Anton Pampushnyy, et qui s’avère aussi réaliste que le Dwayne Johnson en CGI du Retour de la Momie, mais en pire.

Sarik Garnikovich Andreasyan et ses scénaristes piochent allègrement dans tous les films US du genre, à tel point que le spectateur à jour dans les Marvel/DC peut s’amuser à énumérer les séquences plagiées durant les 90 minutes que durent le film, génériques compris. Les deux épisodes d’Avengers, Les 4 Fantastiques (dont la dernière version), Watchmen, Iron Man 2, The Dark Knight Rises, Les Gardiens de la Galaxie, X-Men, Suicide Squad, tout y passe, sauf que le résultat à l’écran donne souvent la nausée comme après une murge à la vodka. Les comédiens principaux rivalisent de médiocrité et d’absence de charisme, les actrices fardées ont les fesses moulées dans un pantalon en cuir et filmé à la bonne hauteur, quand il n’est pas transformé l’homme ours se balade à moitié à poil, tandis que le méchant est souvent filmé pendant qu’il marche, en travelling, pendant une plombe, sans qu’il ne se passe rien autour de lui.

Guardians est généreux dans le sens où les scènes d’action s’enchaînent vite grâce à un montage cut et que le film est très court. Il n’est pas interdit de bouder son plaisir, même si Guardians fait rire involontairement et que ses défauts deviennent finalement des qualités pour le cinéphile déviant, ce qui le rend foncièrement sympathique. Dernière chose, si la fin annonce clairement une suite, l’échec critique et commercial du film semble avoir tué la franchise dans l’oeuf. Mais sait-on jamais, peut-être entendrons-nous à nouveau rugir le nounours armé ou ce méchant de pacotille – dont on ne pige rien au plan machiavélique – avec son tuyau de machine à laver planté dans le crâne !

LE BLU-RAY

Guardians débarque en France directement dans les bacs, en DVD et en combo Blu-ray-DVD Steelbook chez Wild Side Video, qui a souvent livré en DTV des films du même acabit. Le menu principal animé et musical en met plein les yeux et les oreilles.

Outre un lot de bandes-annonces, l’éditeur a mis la main sur sept minutes de suppléments réparties en trois featurettes promotionnelles, constituées d’images du tournage et d’interviews du cast. On ne sait jamais qui intervient, mais il est assez facile d’imaginer qui prend la parole. L’ensemble est certes court, mais redondant, tout le monde rabâchant la même chose à savoir qu’ils sont là pour concurrencer le cinéma hollywoodien avec les moyens du bord. Gros plans sur les effets visuels et les images de synthèse, notamment la création de l’ours-garou réalisé en motion-capture à partir de la performance d’un comédien qui portait une tête d’ours sur le plateau. Impossible de ne pas rire.

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080p. Cette copie Haute-Définition se révèle honnête, même si la définition ne brille pas autant qu’espéré pour un divertissement de cet acabit. Le piqué manque parfois de mordant, la gestion des contrastes est bien trop aléatoire et les détails viennent souvent à manquer. C’est finalement la luminosité et la colorimétrie qui s’en sortent le mieux avec des teintes bigarrées à souhait et un aspect bleu-métallique très présent. Ce Blu-ray déçoit quelque peu et les effets numériques se voient comme le nez au milieu de la figure, surtout lorsque les comédiens sont filmés sur fond vert, mais bon, on a déjà vu pire et le visionnage reste plaisant. Finalement, si le résultat en HD paraît artificiel, cela n’est dû qu’au film lui-même.

En russe comme en français, les pistes DTS-HD Master Audio 5.1 assurent le spectacle acoustique avec brio et souvent un fracas assez jouissif. Si la langue de Molière n’est pas aussi dynamique et riche que la version originale, elle n’en demeure pas moins immersive. Dans les deux cas, la balance frontale en met plein les oreilles lors des séquences d’affrontements. Seul bémol, les voix manquent parfois de punch. Quelques scènes sortent du lot avec un usage probant des ambiances latérales et du caisson de basses. La musique omniprésente profite également d’une belle délivrance, mettant toutes les enceintes à contribution, même à volume peu élevé. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale.

Crédits images : © Capelight pictures / Wild Side Video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Grave, réalisé par Julia Ducournau

GRAVE réalisé par Julia Ducournau, disponible en DVD et Blu-ray le 26 juillet 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Garance Marillier, Ella Rumpf, Rabah Naït Oufella, Joana Preiss, Laurent Lucas, Bouli Lanners…

ScénarioJulia Ducournau

Photographie : Ruben Impens

Musique : Jim Williams

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature et comprend très vite qu’elle ne peut plus s’en passer. Surtout saignante. Et un campus ne manque pas de chair fraîche !

Avant Grave, son premier long métrage pour le cinéma, Julia Ducournau, ancienne élève de la Fémis, est la réalisatrice d’un court-métrage, Junior (2011) puis d’un téléfilm pour Canal+ mis en scène avec Virgile Bramly, Mange (2012), interdit aux moins de 16 ans. Pour ses débuts au cinéma, Julia Ducournau retrouve Garance Marillier, qu’elle avait dirigée dans Junior. C’est une double révélation et pour une fois le mot n’est pas usurpé. De par son sujet aussi singulier que dérangeant, et par son impressionnante maîtrise formelle, ce premier film multi-récompensé – par le Grand Prix à Gérardmer et le Prix de la critique internationale à la Semaine de la critique à Cannes – est un choc dans le cinéma français et a su créer l’événement dans les festivals du monde entier où certains spectateurs se seraient même évanouis devant les scènes de cannibalisme.

Justine, comme le reste de sa famille, est végétarienne. A 16 ans, la jeune femme, précoce, est reçue dans l’école vétérinaire où sa soeur aînée, Alexia, est déjà élève. Mais l’intégration est brutale : le bizutage commence en effet tout de suite pour Justine, qui ne peut pas compter sur le soutien de sa soeur et se retrouve forcée d’ingérer un morceau de viande crue, un rein de lapin. Cette expérience douloureuse n’est pas sans conséquences sur l’étudiante qui commence à développer un étrange comportement. Le point commun des trois mises en scène de Julia Ducournau, alors grande admiratrice du cinéaste canadien David Cronenberg, est le sujet de la métamorphose physique. On retrouve dans Grave ce rapport au corps et cette approche clinique qui a fait la marque de fabrique et le succès de l’auteur de La Mouche. Outre quelques références notables, à l’instar de Carrie de Brian de Palma, la réalisatrice a su digérer ses modèles et influences pour planter son film dans un réalisme morbide.

Si l’on craint tout d’abord de manquer d’empathie pour le personnage principal, l’incroyable Garance Marillier emporte tous les suffrages. Avec son visage doux et à la fois inquiétant qui rappelle étonnamment Dominique Blanc, elle signe une véritable, charismatique et ébouriffante prestation. Un sacré défi qu’un César devrait normalement récompenser en 2018, puisque la caméra ne la quitte quasiment pas du début à la fin, s’attachant à capter les moindres nuances de la transformation du personnage (qui change littéralement de peau), comme la mutation « reptilienne » d’une ado tomboy en jeune fille dans Junior. Certes, on retrouve le côté punk-sexe de Mange, mais Grave s’inscrit dans la continuité du court-métrage, d’autant plus que l’héroïne s’appelle Justine – en référence au livre du Marquis de Sade, Justine ou les malheurs de la vertu – dans les deux films et qu’il s’agit de la même comédienne.

Drame et récit d’émancipation, le spectateur suit cette jeune étudiante, qui apparaît d’abord sûre d’elle-même en arrivant à l’école vétérinaire, avant de se rendre compte très vite de la violence et de la brutalité de l’entrée dans le monde adulte. Après quelques mises à l’épreuve, Justine va se révéler à elle-même et laisser sa véritable nature prendre le dessus, en se laissant aller à ses pulsions, ses envies (sexuelles et gustatives), après une longue opposition entre l’esprit qui voudrait rester rationnel et les désirs physiques avec un corps voulant jouir et s’épanouir, pour enfin s’affirmer et accepter sa différence.

Frontal, graphique, organique et clinique (superbe photo teintée de giallo du chef opérateur Ruben Impens), mais pourtant sensuel et jamais glauque, Grave est un film burné qui n’a pas peur de foncer dans le tas, de déplaire et de provoquer le malaise – la musique de Jim Williams et la b.o hystérique participent également à l’ambiance – auprès d’une audience qui a oublié ce que voulait dire être secoué dans les salles. C’est cette franchise qui rappelle le formidable Dans ma peau de Marina de Van, cette envie de cinéma, cette audace de sortir des sentiers battus qui font de Grave, malgré un dénouement largement prévisible en raison de la présence de Laurent Lucas au générique, une grande et radicale réussite.

LE BLU-RAY

Le test de l’édition HD de Grave, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le Blu-ray est proposé avec le DVD en combo. Le menu principal est coloré, animé et musical.

Point de making of à l’horizon, c’est la grande déception de cette édition. En revanche, l’éditeur charge la section des suppléments avec deux très (trop ?) longues interviews de la réalisatrice Julia Ducournau (47’) et de la comédienne Garance Marillier (48’), toutes deux animées par Fausto Fasulo, rédacteur en chef du magazine Mad Movies.

Durant le premier entretien, Julia Ducournau revient sur son parcours, sur Junior et Mange, l’écriture et l’évolution du scénario de Grave, la psychologie du personnage de Justine, l’importance du son, les partis pris, la structure du film, les scènes coupées au montage, ses influences, le casting et bien d’autres éléments. Dommage que cet échange soit foutraque, parfois hésitant et maladroit. L’éditeur aurait gagné à tailler dans le gras afin d’insuffler un rythme qui fait cruellement défaut à cette interview qu’on aurait aimée plus dense et intéressante.

En revanche, la rencontre avec Garance Marillier s’avère plus sympathique, même si cette fois encore l’interview n’a aucune structure et passe du coq à l’âne. La jeunesse et la spontanéité de la jeune actrice font le charme de ce rendez-vous durant lequel elle évoque son intérêt pour le jeu, sa formation (musicale), sa rencontre, son travail et son amitié fusionnelle avec Julia Ducournau, sa passion pour David Lynch et Wong Kar-wai, son premier choc cinématographique (Vertigo d’Alfred Hitchcock), sa préparation pour le rôle, le défi des scènes physiques, ses impressions de tournage, la réception du film et son avis sur les critiques négatives.

L’éditeur a pu mettre la main sur deux scènes coupées (alors qu’il y en avait bien plus), Oracle (2’) et Gravité (3’). Complètement anecdotiques mais sympas, ces séquences non montées valent le coup d’oeil et prolongent entre autres un cours réalisé par un professeur singulier avec comme sujet l’utérus d’une vache.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les credits du disque.

L’Image et le son

Saturation des couleurs primaires, luminosité aveuglante, piqué chirurgical, détails au scalpel aux quatre coins du cadre large, contrastes fabuleux, c’est sublime ! La profondeur de champ est sidérante et chaque parti pris inspiré de la photo du chef opérateur Ruben Impens (Alabama Monroe, Les Herbes folles, La Merditude des choses), est magnifiquement restitué à travers cette édition HD absolument indispensable. Le Blu-ray démo du mois de juillet 2017.

La piste unique DTS-HD Master Audio 5.1 instaure un confort acoustique total avec une redoutable homogénéité des voix et des effets annexes. Le pouvoir immersif du mixage est fort plaisant dès la première scène. Toutes les enceintes sont intelligemment mises à contribution, les effets souvent percutants. La balance frontale et latérale est constante et riche, le caisson de basses souligne efficacement les séquences du film les plus agitées (ça vibre même de partout durant les fiestas et le bizutage) et l’imposante bande-son, tandis que les dialogues et commentaires restent fluides et solides. L’éditeur joint également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Clown, réalisé par Jon Watts

CLOWN réalisé par Jon Watts, disponible en DVD et Blu-ray le 28 juin 2017 chez Wild Side Vidéo

Acteurs : Andy Powers, Laura Allen, Peter Stormare, Eli Roth, Christian Distefano, Elizabeth Whitmere, Graham Reznick, Chuck Shamata

Scénario : Jon Watts, Christopher Ford

Photographie : Matthew Santo

Musique : Matt Veligdan

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 2014

LE FILM

Lorsque le clown engagé pour animer l’anniversaire de son fils leur fait faux bond, un père de famille doit prendre la relève et lui-même revêtir un déguisement de clown pour assurer le spectacle. Mais très vite, il réalise que le costume est devenu une seconde peau dont il ne pourra se débarrasser. A moins d’accomplir une mission macabre…

Halloween en 2010. Quelques internautes découvrent la bande-annonce d’un film d’horreur intitulé Clown. Tourné en un week-end par Jon Watts et son ami Christopher Ford, ce qui n’est au départ qu’une plaisanterie entre étudiants en cinéma se transforme en véritable phénomène sur internet. Le trailer est échangé partout dans le monde, d’autant plus que le film est annoncé comme étant « le nouveau film d’Eli Roth, le maître de l’horreur » ! Watts et Ford sont dépassés par les événements. Désarçonné quand on le félicite sur la bande-annonce de son prochain film, Eli Roth visionne la vidéo en question. Mais plutôt que d’intenter un procès au duo, ils les félicitent pour leur audace et leur proposent de transformer cette idée en véritable long métrage. Il s’engage même à produire réellement leur film s’ils y parviennent. Clown le film est né.

Sorti en 2014, ce film d’horreur américano-canadien reprend donc le même pitch annoncé dans la fausse bande-annonce. Pour l’anniversaire de son fils, Kent engage un clown devant animer la fête. Quand il lui fait faux bond, Kent est contraint de se déguiser lui-même. Il découvre avec horreur qu’il ne peut pas retirer le costume et cherche à comprendre l’origine de cette malédiction. Il y a de bonnes choses dans Clown, mais il y en a aussi de très mauvaises. Dans l’ensemble, le film est un bon divertissement, qui possède suffisamment de bons points pour emmener le spectateur jusqu’à la fin. Le postulat de départ est excellent, même s’il faut accepter une coïncidence « hénaaaurme ». En effet, alors que son fils et sa femme attendent l’arrivée d’un clown pour la fête d’anniversaire du fiston, Kent McCoy, agent immobilier, apprend que la société d’animation est obligée d’annuler. Kent est désolé pour son fils…mais attendez, le hasard est bien fait ! Alors qu’il se trouve dans une des maisons qu’il cherche à vendre, il trouve un costume de clown dans une vieille malle abandonnée au sous-sol ! « Alors ça par exemple, cela tombe bien » ! Kent débarque alors chez lui, perruque colorée, teint blanc, nez rouge, costume vintage et tralala, le môme aura une fête digne de ce nom ! Il y avait une chance sur combien de trouver un costume de clown, pile-poil au bon moment ? Voilà. Sur ce coup de bol incroyable, Clown démarre et le calvaire de son personnage principal aussi. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de plus réussi dans le film.

Entre Le Loup-Garou de Londres de John Landis et La Mouche de David Cronenberg, saupoudré du Pennywise de Stephen King, Clown montre la lente transformation physique de Kent (Andy Powers, attachant), qui doit se rendre à l’évidence, le costume prend possession de lui, corps et âme. Il ne peut tout d’abord pas retirer sa perruque, qui semble être devenue sa nouvelle implantation capillaire, tout comme son nez rouge qui reste collé à son visage. Sa femme Meg (Laura Allen, peu convaincante) parvient à lui retirer le nez à l’aide de pinces, mais lui arrache au passage le bout de sa vraie truffe, que leur chien s’empresse de becter.

Franchement, si Clown avait su demeurer aussi fun (avec un humour noir plaisant), efficace et prometteur que cette première partie, le film aurait été une belle réussite. C’est après que les choses se gâtent, comme si Jon Watts et Christopher Ford, quelque peu décontenancés par cette opportunité, n’avaient pas su quoi raconter à partir de leur faux trailer original. Sans toutefois ennuyer l’audience et en devenant un nouvel ennemi des coulrophobes (prenez un dictionnaire), le film entre après dans les rangs du genre, celui de la possession d’un être humain par un démon, histoire évidemment narrée par un ermite (ce cabotin de Peter Stormare) qui connaît tout sur la malédiction et qui attendait patiemment qu’un pauvre couillon mette le costume de clown.

Kent disparaît à mesure que son costume devient organique (maquillage très réussi d’ailleurs) et qu’un pseudo-diable affamé (son ventre gargouille tout le temps) – interprété par Eli Roth lui-même en fin de mutation – prenne définitivement le contrôle de son corps pour aller dévorer quelques enfants. Ces séquences parfois sanglantes et toujours graphiques mettant en scène de très jeunes victimes, pourront d’ailleurs choquer les spectateurs les plus sensibles. Le gros bémol de Clown, ce ne sont pas ses rebondissements improbables, mais l’amateurisme de la mise en scène, le rythme peu maîtrisé (tout est trop lent ou au contraire les événements vont trop vite en besogne) et la paresse du scénario, très mal écrit, jusque dans le dernier acte, mauvais, vite expédié et qui part dans tous les sens.

Clown se regarde avec amusement, quelques scènes d’épouvante fonctionnent à l’instar du démon qui dévore les gamins dans une salle de jeux, comme si Ronald McDonald préparait ses propres Big-Mac. Dommage que la réalisation ne suive pas et avor souvent les effets de surprise ou destinés à faire peur aux spectateurs. Encore une fois, Clown, présenté en compétition au Festival international du Film Fantastique de Gérardmer en 2017, n’est pas déplaisant et se regarde volontiers, mais ne laissera pas un grand souvenir. Le film se situe en entre la série B et la série Z, à regarder avachi dans un BZ quoi. Toujours est-il que cela n’augure rien de bon pour Spider-Man : Homecoming dont la mise en scène a été confiée par Marvel à Jon Watts, suite à son film suivant Cop Car, avec Kevin Bacon, directement sorti en France en DVD. Mais bon, on ne s’attend pas non plus à un miracle pour l’énième retour de l’homme-araignée, mais c’est toujours bien d’y croire quand même. En attendant un autre comeback très attendu, celui de Pennywise en septembre 2017, sous la direction de l’excellent Andrés Muschietti.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Clown, DTV disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Sortie technique, Clown s’accompagne d’un petit making of promotionnel de 6 minutes, constitué d’interviews d’Eli Roth, de la décoratrice Lisa Soper, des comédiens Laura Allen et Peter Stormare, du directeur de la photographie Matthew Santo et du responsable des maquillages David Santo. Très peu d’images de tournage à se mettre sous la dent dans ce module, qui revient essentiellement sur la genèse singulière de Clown.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Un DTV de plus dans l’escarcelle de Wild Side Vidéo ! Ce Blu-ray au format 1080p est encore une fois une grande réussite technique. La Haute-Définition sied à merveille aux films de genre et Clown ne déroge pas à la règle. La patine est délicate et léchée durant 1h40, les partis pris merveilleusement rendus. C’est un quasi-sans-faute technique : luminosité, relief, colorimétrie, piqué (acéré), contrastes (impressionnants), densité des noirs, on en prend plein les yeux, y compris sur les scènes moins éclairées. Les teintes froides s’allient avec les gammes chatoyantes, et chaque détail aux quatre coins du cadre large est saisissant. Ce transfert immaculé soutenu par une compression AVC solide comme un roc, offre les meilleures conditions pour découvrir le film de Jon Watts en France.

Les versions anglaise et française sont disponibles en DTS-HD Master Audio 5.1. Ces mixages en feront sursauter plus d’un grâce à ses effets latéraux et frontaux particulièrement puissants et immersifs. Le caisson de basses a fort à faire avec des effets bien sentis, les dialogues sont exsudés avec force sur la centrale et les ambiances naturelles et dérangeantes ne manquent pas, surtout durant les vrombissements. Le changement de langue est verrouillé à la volée et les sous-titres français imposés sur la version anglaise.

Crédits images : © Wild Bunch Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Tuez Charley Varrick !, réalisé par Don Siegel

TUEZ CHARLEY VARRICK ! (Charley Varrick) réalisé par Don Siegel, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre le 28 juin 2017 chez Wild Sild Vidéo.

Acteurs : Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, Andrew Robinson, Sheree North, Norman Fell, Jacqueline Scott

Scénario : Howard Rodman, Dean Riesner d’après le roman de John Reese, Les Pillards (The Looters)

Photographie : Michael C. Butler

Musique : Lalo Schifrin

Durée : 1h50

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Au Nouveau Mexique. Charley Varrick, sa femme et deux complices braquent une petite banque locale. Le hold-up tourne mal et des coups de feu sont échangés entre les bandits et la police. Réalisant qu’ils ont dérobé une somme colossale, disproportionnée par rapport à la modestie de l’établissement, Charley Varrick soupçonne aussitôt l’argent d’appartenir à la mafia…

C’est un film qui n’avait pas fait grand bruit à sa sortie en 1973 et qui est aujourd’hui devenu très prisé par les cinéphiles. Tuez Charley Varrick !Charley Varrick en version originale et un temps envisagé sous le titre The Last of the Independents, renvoyant au slogan de l’entreprise du personnage principal (et finalement utilisé comme tagline de l’affiche principale), est réalisé par Don Siegel (1912-1991) après le triomphe international de L’Inspecteur Harry. Polar violent, drôle et émouvant, Tuez Charley Varrick ! offre à Walter Matthau un de ses rôles emblématiques, même si très éloigné des comédies qui ont fait sa renommée aux côtés de son comparse Jack Lemmon. Loin d’être un contre-emploi puisque l’acteur avait déjà participé à quelques drames et films sombres, le personnage de Charley Varrick n’est pas immédiatement attachant, mais la bonhommie naturelle et le visage buriné de Walter Matthau emportent l’adhésion par petites touches.

Antihéros comme les affectionnait Don Siegel, Charley Varrick n’est qu’un bonhomme dans la foule qui a décidé d’en venir au braquage pour s’en sortir. Ancien cascadeur de métier avec sa femme Nadine, devenu un modeste chef d’entreprise d’épandage d’insecticides, il décide d’attaquer une petite banque au Nouveau-Mexique avec l’aide de plusieurs complices, dont Harman, un jeune homme nerveux et porté sur la bouteille. Mais l’opération tourne au désastre : Nadine est tuée, ainsi qu’un autre de la bande. Les rescapés prennent la fuite. A leur grande surprise, Charley et Harman découvrent que le magot empoché va bien au-delà des quelques milliers de dollars envisagés. Le total se porte à 750.000 dollars, en réalité dérobés à la pègre qui utilisait la banque comme tirelire. L’organisation criminelle lance à leurs trousses une impitoyable brute, Molly. Pour sauver sa peau, Varrick se met en tête de restituer l’argent, ce qui ne plaît évidemment pas à Harman.

Tuez Charley Varrick ! est une course contre la montre menée à cent à l’heure, du moins dans sa première partie, véritable leçon de mise en scène, de montage, de cadrage et de rythme. Du générique, superbe, estampillé « A Siegel Film », montrant la petite vie qui s’anime à l’aube, dans une petite bourgade, en passant à l’introduction des personnages, la tension qui monte, le braquage, la poursuite, l’adieu à Nadine, les spectateurs en prennent plein les yeux. Après, Tuez Charley Varrick ! adopte un rythme plus apaisé, malgré une tension maintenue. Sous ses airs patauds, taiseux et détachés, la bouche ruminant sans cesse un chewing-gum, Varrick renferme une volonté de s’en sortir et s’avère même un froid calculateur, n’hésitant pas à se servir de son dernier acolyte comme appât (excellent Andrew Robinson, le mythique Scorpio de L’Inspecteur Harry), afin d’attirer le mercenaire Molly, campé par un Joe Don Baker (Luke la main froide, Demain ne meurt jamais) complètement allumé, vicieux et glaçant, avec sa pipe vissée à la bouche et le stetson sur la tête. Tuez Charley Varrick ! prend ensuite la forme d’une succession de rencontres, donnant au film un aspect documentaire de la vie rurale. Chaque personne vers qui se tourne Charley Varrick, s’avère ambitieuse, attirée par le fric, prête à dénoncer s’il y a quelques dollars à se faire. C’est le cas du vieil armurier handicapé ou encore de la photographe sexy qui fabrique à l’occasion des faux papiers. Pris au dépourvu par le magot emporté, Charley Varrick va être obligé d’improviser. C’est là le génie de Don Siegel d’avoir confié le rôle à Walter Matthau, dont la trogne ne laisse rien passer en apparence, mais dont on ne doute jamais du bouillonnement intérieur.

En fait, Don Siegel parvient à faire perdre ses repères aux spectateurs en adoptant un rythme plus posé, tout en renforçant la menace qui pèse sur Varrick et son complice avec le personnage de Molly qui se rapproche petit à petit de leur caravane, grâce aux appels passés à la mafia par ceux qui ont croisés la route du braqueur. On ne comprend pas ce que Varrick prépare ou même s’il possède une porte de sortie. Il faut pour cela attendre le dernier acte hallucinant de la poursuite entre une voiture et un biplan pulvérisateur dans le décor d’une casse de bagnoles. Don Siegel agrippe alors le spectateur et parvient à renverser la vapeur en découpant son film de façon plus brutale, tandis que la partition de l’immense Lalo Schifrin s’emballe et se décompose même en deux temps. Jusqu’au dénouement complètement inattendu et qui boucle la boucle en se terminant sur la même image qui ouvrait alors le film, tandis que le dernier des indépendants perd définitivement son identité pour pouvoir survivre. Chaque élément du scénario, du plan de Varrick donc, était à sa place.

Rollercoaster cinématographique et Rolls-Royce de la série B, souvent cachée dans l’ombre de L’Inspecteur Harry, Tuez Charley Varrick ! est une œuvre riche, captivante et intelligente, qu’on a beau connaître par coeur, mais qu’on a de cesse de redécouvrir avec toujours autant de plaisir.

LE BLU-RAY

Le test a été réalisé sur un check-disc. Cette édition de Tuez Charley Varrick ! se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livre exclusif de 180 pages, spécialement écrit par Doug Headline (co-fondateur de la revue Starfix), illustré de photos d’archives rares. Le menu principal est animé et musical.

Pour accompagner le film, l’éditeur propose un formidable documentaire rétrospectif intitulé Le Dernier des indépendants (2014, 72’), qui croise les interventions du compositeur Lalo Schifrin, Kristoffer Tabori (fils de Don Siegel), Howard A. Rodman (fils du coscénariste Howard Rodman), des comédiens Andrew Robinson (Harman) et Jacqueline Scott (Nadine), ainsi que du cascadeur Craig R. Baxley. Ces témoignages passionnants permettent d’en savoir évidemment plus sur les conditions de tournage et de production de Tuez Charley Varrick !, mais aussi sur la méthode de Don Siegel. Un portrait franc et nuancé du cinéaste se dessine tout au long de ces 72 minutes, bien illustré par quelques photos de plateau et portraits. Chaque intervenant s’exprime sur leur collaboration avec Don Siegel et Walter Matthau, la mise en scène, les thèmes du film, et bien d’autres éléments qui devraient ravir les cinéphiles.

Que ceux qui possèdent l’ancienne (et très bonne) édition DVD sortie chez Bac Films la conservent, puisque nous ne retrouvons pas l’excellente analyse du film par le regretté Alain Corneau sur ce Blu-ray.

L’Image et le son

Ce nouveau master restauré HD de Tuez Charley Varrick ! brille souvent de mille feux et s’impose comme une grande réussite technique à ajouter au palmarès de l’éditeur. Le cadre offre une profondeur de champ très plaisante, le piqué est acéré, la stabilité jamais démentie, les contrastes soignés. Si les noirs manquent parfois de stabilité et la définition vacille quelque peu sur les séquences sombres, la colorimétrie retrouve un éclat et une chaleur bienvenus sur les scènes diurnes. Les gros plans sont souvent épatants (les traits creusés de Walter Matthau entre autres), les détails abondent et la gestion du grain est épatante. C’est beau, c’est carré, c’est élégant.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de Lalo Schifrin. La piste anglaise (avec les sous-titres français imposés) est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages. Au jeu des différences, la version française s’avère plus chuintante et couverte, avec certaines ambiances et d’autres effets annexes qui peinent à se faire entendre quand on compare avec la piste anglaise. Le changement de langue est impossible à la volée et nécessite le retour au menu contextuel.

Crédits images : © Wild Side / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / L’Empereur du Nord, réalisé par Robert Aldrich

L’EMPEREUR DU NORD (Emperor of the North) réalisé par Robert Aldrich, disponible Combo Blu-ray + DVD le 7 juin 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Lee Marvin, Ernest Borgnine, Keith Carradine, Charles Tyner, Malcolm Atterbury, Simon Oakland

Scénario : Christopher Knopf

Photographie : Joseph F. Biroc

Musique : Frank De Vol

Durée : 2h01

Date de sortie initiale : 1973

LE FILM

Etats-Unis, années 30. La Grande Dépression plonge des millions d’Américains dans la misère. Des vagabonds arpentent le pays à la recherche d’un emploi ou d’une simple soupe. Certains tentent de voyager clandestinement à bord des trains de marchandises. Le plus convoité est celui de la ligne 19. Mais la splendide locomotive est gardée par Shack, une brute sanguinaire et sadique, qui n’hésite pas à s’attaquer sauvagement à tous les “trimardeurs” qui osent monter sur sa machine. Seul un vagabond légendaire, appelé “Numéro 1”, ose défier le chef de train. L’affrontement devient inévitable…

Quand il réalise L’Empereur du Nord en 1973, le cinéaste Robert Aldrich a déjà les 3/4 de sa carrière derrière lui. L’auteur de Bronco Apache, Vera Cruz, En quatrième vitesse, Le Grand couteau, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?, Chut… chut, chère Charlotte, Les Douze Salopards, Plein la gueule et bien d’autres films qui sont autant de grands classiques et chefs d’oeuvre, s’empare d’un scénario de Christopher Knopf. Inspiré des aventures de Leon Ray Livingston, le film est aussi et surtout une libre adaptation de La Route : Les Vagabonds du rail de Jack London (1907), ouvrage dans lequel l’écrivain relatait son errance aux côtés de vagabonds qui « brûlaient le dur », en d’autres termes qui voyageaient comme passagers clandestins sur le toit des trains. Si L’Empereur du Nord ne possède pas – à tort – le même statut que ses autres films, Robert Aldrich y fait pourtant preuve d’une indéniable virtuosité, sa direction d’acteurs est toujours extraordinaire et ce qui a souvent frappé dans son cinéma, sa spontanéité, son énergie et son élégance, se retrouve dans ce film méconnu.

Ses deux têtes d’affiche, Lee Marvin et Ernest Borgnine, rivalisent de charisme et de talent, tout en prenant un malin et contagieux plaisir à jouer au chat et à la souris, jusqu’à l’affrontement brutal, par coups de marteau, de chaînes et de poutres interposés. Si le premier n’a qu’à se placer devant la caméra pour s’imposer immédiatement avec ses yeux de félins, sa voix caverneuse et son visage buriné, véritable étendard d’une communauté et symbole du défi à l’autorité, le second se taille part du lion dans le rôle du sadique Shack, qui n’hésite pas à assommer les vagabonds d’un coup de marteau, tout en jubilant de les voir se faire écraser sous les roues du train lancé à pleine vitesse. Leur affrontement durant deux heures font tout le sel de ce film, qui n’a connu aucun succès dans les salles, mais qui est ensuite devenu culte. C’est la quatrième fois que les deux comédiens sont réunis à l’écran après Un homme est passé de John Sturges (1955), Les Inconnus dans la ville de Richard Fleischer (1955) et bien sûr Les Douze Salopards de Robert Aldrich (1966).

Quasi-inclassable, résolument moderne, oscillant entre plusieurs genres, L’Empereur du Nord se démarque par un soin particulier à reconstituer l’Amérique du début des années 1930. Comme l’indique un panneau en introduction, durant le pic de la Grande Dépression, les vagabonds parcourent le territoire en train, désespérément en quête d’un travail. Rejetés par la société, ils deviennent une espèce à part. Des nomades qui méprisent la loi et imposent la leur. « L’Homme du rail » se consacre à leur extermination. Il se dresse entre eux et leur seul moyen de survivre, le train. Puis ouverture à l’iris, comme si Robert Aldrich débutait un conte. S’ensuit une chanson légère, racontant le lien entre l’homme et le train, quand le récit est soudain parasité par le personnage de Shack qui se débarrasse sauvagement d’un vagabond ayant pris le train en marche. Puis la musique guillerette de reprendre.

Aldrich n’aura de cesse de casser le rythme de son film, en alternant des séquences douces-amères au temps quasi-suspendu, des scènes de violences sèches ou tout simplement éthérées comme cette longue séquence plongée dans le brouillard. Les dialogues sont très soignés, les personnages animés par une violence primaire, la mise en scène enlevée, le rythme soutenu, l’humour noir efficace, les acteurs parfaits jusqu’aux seconds rôles – excellent Keith Carradine, qui souhaite devenir calife à la place du calife – aux gueules patibulaires. L’Empereur du Nord s’inscrit parmi les grandes réussites du mythique réalisateur et demeure un immense plaisir de cinéphile, spectaculaire, singulier, provocateur, magistralement mis en scène (le train devient un véritable personnage à part entière), mis en musique par Frank De Vol et interprété par des comédiens, des monstres sacrés d’une classe folle avec les paysages de l’Oregon comme toile de fond. Un pur spectacle à redécouvrir.

LE BLU-RAY

Le test a été réalisé sur un check-disc. Cette édition de L’Empereur du Nord se compose du Blu-ray et du DVD du film, ainsi que d’un livret exclusif de 86 pages, spécialement écrit par Doug Headline (co-fondateur de la revue Starfix), illustré de photos d’archives rares. Le menu principal est animé et musical.

Le seul supplément disponible dans la section Interactivité est un entretien avec le scénariste Christopher Knopf réalisé en 2015 (19’). Né en 1927, notre interlocuteur parle tout d’abord de ses débuts dans le milieu du cinéma et ses premiers scénarios adaptés, Le Voleur du Roi (1955) et surtout À des millions de kilomètres de la terre de Nathan Juran (1957), pour lequel il se souvient surtout du travail et de son amitié avec Ray Harryhausen. Pour la télévision, Christopher Knopf signe ensuite des épisodes pour les séries western The Restless Gun et Au nom de la loi sur laquelle il rencontre Steve McQueen. Le scénariste déclare avoir traversé les années 1960 pour le compte de la petite lucarne, jusqu’à ce que le réalisateur Robert Aldrich- après les désistements de Martin Ritt et de Sam Peckinpah – jette son dévolu sur son histoire de L’Empereur du Nord, inspirée par un des récits de Jack London sur la vie des hobos durant la Grande Dépression.

Dans un second temps, Christopher Knopf aborde la psychologie des personnages de L’Empereur du Nord, les recherches effectuées afin de coller au plus près de la réalité, le travail des comédiens et les différences entre son scénario original et celui finalement tourné par Robert Aldrich. Ce dernier explique Knopf, ne voulait pas de sa présence sur le plateau et lui a demandé de réécrire la fin. La conclusion prévoyait que Shack et A No. 1 tombent tous les deux du train, laissant finalement Cigaret seul à bord, terrifié, prenant ainsi la place tant convoitée de la légende. Sachant que Lee Marvin n’accepterait pas un tel épilogue, le cinéaste a donc demandé au scénariste de le changer. Enfin, Christopher Knopf revient sur l’échec du film, son préféré, malgré les bonnes critiques. Le scénariste se dit heureux que cette œuvre soit enfin reconnue et même devenue culte avec les années. N’oublions pas de mentionner les précieuses images de tournage qui viennent illustrer le documentaire. L’occasion de voir Ernest Borgnine et Lee Marvin en pleine répétition du combat final, sous l’oeil attentif de Robert Aldrich !

L’Image et le son

La qualité de ce nouveau master HD issu de la restauration 4K réalisée par la Fox au format 1.85 respecté est exceptionnelle et le film de Robert Aldrich renaît littéralement devant nos yeux. Les contrastes affichent d’emblée une densité inédite, la copie est d’une propreté immaculée, aucune scorie n’a survécu au lifting numérique, le piqué est fort impressionnant sur les gros plans (la sueur, la rosacée de Lee Marvin) et les détails abondent surtout sur les plans diurnes en extérieur qui sont à couper le souffle. Si l’on excepte deux ou trois plans flous sur la séquence où les personnages sont longtemps plongés dans un brouillard à couper au couteau, ces menus accrocs sont bien trop anecdotiques compte tenu de la clarté éblouissante, des noirs concis, du grain cinéma respecté, de la colorimétrie vive et du relief inattendu. Enfin, l’ensemble est consolidé par une compression AVC de haute tenue. Magnifique Blu-ray.

L’éditeur ne propose pas un remixage inutile, mais encode les pistes originale et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, qui se concentre essentiellement sur le report des voix parfois au détriment de certains effets annexes. Les dialogues sont d’ailleurs trop élevés sur certaines séquences, même à faible volume, mais l’écoute demeure propre et nette. Elle n’est pas en revanche aussi fluide et homogène que la version originale, même si le report des dialogues aurait pu être plus ardent. Dans les deux cas, aucun souffle n’est à déplorer, les séquences de train lancé à fond sur les rails sont merveilleusement restituées, dynamiques et vives, tout comme le score de Frank De Vol, collaborateur fidèle de Robert Aldrich, qui profite d’une excellente exploitation des frontales. Les sous-titres sont imposés sur la version originale.

Crédits images : ©-1973-Twentieth-Century-Fox-Film-Corporation.-Renewed-©-2001-Twentieth-Century-Fox-Film-Corporation.-Tous-droits-réservés / Wild Side Video / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Neruda, réalisé par Pablo Larraín

NERUDA réalisé par Pablo Larraín, disponible en DVD et Blu-ray le 31 mai 2017 chez Wild Side Video

Acteurs : Luis Gnecco, Gael García Bernal, Mercedes Morán, Diego Muñoz, Pablo Derqui, Jaime Vadell

Scénario : Guillermo Calderón

Photographie : Sergio Armstrong

Musique : Federico Jusid

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

Sélectionné pour représenter le Chili dans la course à l’Oscar du Meilleur film étranger en 2017, Neruda confirme le talent et la singularité de son réalisateur Pablo Larraín. Le metteur en scène de Tony Manero (2008), Santiago 73, post mortem (2010), No (2012) et El Club (2015) se penche cette fois sur la figure de Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, poète, écrivain, diplomate, homme politique et penseur chilien plus connu sous son nom de plume Pablo Neruda (1904-1973), Prix Nobel de littérature en 1971. Toutefois, le cinéaste ne signe pas un biopic, mais ce qu’on pourrait appeler un « anti-biopic », une évocation par la fiction d’un épisode de la vie de Neruda. Un acte « cinématographique » par excellence puisqu’il s’agit de la fuite du poète, durant laquelle son poème emblématique et épique de 15 000 vers, Canto General, verra le jour.

Présenté au 69e Festival de Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs, Neruda n’a pas la prétention de brosser le portrait « réaliste » de l’écrivain puisque selon le réalisateur le défi serait impossible à relever en raison de la démesure du personnage. Le scénario de Guillermo Calderón (Violeta) est sans cesse inventif et s’inspire de la véritable histoire, mais parvient à s’inscrire dans le film de genre, notamment le film d’espionnage. Si Neruda s’avère le personnage principal, parfois montré sous son aspect calculateur, égocentrique et bon vivant, sans oublier ses escapades dans les bordels, celui qui retient également l’attention est celui campé par un excellent Gael García Bernal. Cinq ans après No, le comédien retrouve Pablo Larraín pour un de ses meilleurs rôles, celui d’Óscar Peluchonneau, le policier lancé aux trousses de Neruda. A l’instar d’un récit à la Spike Jonze mâtiné de Paolo Sorrentino, Pablo Larraín fait prendre conscience à Peluchonneau, qu’il n’est certes qu’un personnage secondaire dans l’histoire, mais qu’il a enfin l’occasion de briller dans cette traque, que Neruda n’hésite pas à mettre en scène afin de la rendre «sauvage», pour passer peut-être au premier plan. Peluchonneau devient un personnage tout droit tiré d’un film noir américain avec ses costumes tirés à quatre épingles, filmé à contre-jour, sa voix-off omniprésente et son appartement rempli d’affiches de cinéma.

De son côté, Neruda, brillamment campé par Luis Gnecco, s’amuse presque de cette situation en laissant même quelques indices derrière lui pour l’inspecteur Peluchonneau, en l’occurrence quelques romans policiers – dont Neruda était réellement friand – sur lesquels il laisse une petite dédicace. Si Peluchonneau peut enfin briller, il ne demeure pas dupe sur le fait que Neruda tire lui-même les ficelles pour ainsi nourrir sa propre légende. Et si le film n’était en réalité qu’une pure invention et raconté par Neruda lui-même ?

Le contexte politique et social est bel et bien présent, mais Pablo Larraín fait preuve d’ironie et d’humour noir pour narrer cette partie importante de la vie de Neruda. Ludique et inventif, le film est également un superbe objet cinématographique. Le décalage se fait à travers la sublime et sophistiquée photographie rosée du chef opérateur Sergio Armstrong, collaborateur fidèle de Pablo Larraín, qui magnifie les nombreux décors naturels. Neruda est également un road movie, avec des personnages insaisissables, en mouvement, perdus sur des pistes sans cesse brouillées, conscients de leur propre figure romanesque. Par ailleurs, les séquences tournées en voiture ou à moto sur fond de transparences visibles, renvoient à cette idée de fiction, Pablo Larraín appuyant le côté artificiel de son faux biopic inspiré de faits réels.

Oeuvre follement ambitieuse, Neruda subjugue du début à la fin. Le fond incroyablement intelligent, riche, vertigineux et abyssal et la forme virtuose d’une beauté à couper le souffle, font de ce film un vrai chaînon manquant entre le cinéma et la poésie. Neruda est inclassable et un incontournable de l’année 2017 au cinéma.

LE BLU-RAY

Le test du Blu-ray de Neruda, disponible chez Wild Side Video, a été réalisé à partir d’un check-disc. Le menu principal est animé et musical.

Passons rapidement sur les six premiers segments qui s’avèrent en réalité six mini-featurettes d’une minute en moyenne. Ces petits documents donnent rapidement la parole au scénariste, au réalisateur, aux producteurs, aux comédiens, qui présentent les personnages et l’histoire du film. Quelques images de tournage glanées ici et là sont essentiellement reprises du making of.

Le making of susmentionné (38’) compile donc tous les éléments précédents, mais en version longue et donc le supplément s’avère beaucoup plus intéressant, notamment les propos du réalisateur Pablo Larraín. Nous retrouvons les mêmes intervenants que dans les premiers bonus. De nouvelles images de tournage viennent illustrer ces propos souvent passionnants sur les intentions du réalisateur (un voyage à travers l’illusion), les partis-pris esthétiques (des vieux objectifs placés sur des caméras HD), la représentation de Neruda à l’écran, la reconstitution des années 1940, les aléas suite aux intempéries (fortes chutes de neige et pluie abondante), sans oublier un petit tour du côté des costumes et des véhicules.

Avant de conclure sur la bande-annonce en version française et les credits du disque, Wild Side livre également un entretien avec Alain Sicard, professeur émérite de littérature hispano-américaine à l’université de Poitiers (31’). Ce dernier raconte sa rencontre avec Pablo Neruda en 1965 (il se souvient être allé voir Goldfinger au cinéma avec lui et sa femme), qui allait devenir son ami, mais avec lequel il n’a jamais parlé de son œuvre ni même de littérature. Avant le mythe, Alain Sicard dresse avant tout le portrait de l’homme, tout en parlant de ses engagements politiques. Puis notre interlocuteur en vient au film qui nous intéresse et n’hésite pas à se montrer critique envers certains partis pris, tout en reprochant à Pablo Larraín de ne pas être empathique envers son personnage et de trop verser dans le grotesque. Alain Sicard défend plus la représentation faite par Michael Radford dans son film Le FacteurIl Postino (1994), dans lequel Philippe Noiret interprétait le poète aux côtés de Massimo Troisi.

L’Image et le son

Wild Side prend soin du film de Pablo Larraín et livre un master HD irréprochable au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes rosées et froides, le tout soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont tranchants, les arrière-plans sont magnifiquement détaillés, la colorimétrie est joliment laquée, le relief omniprésent et les détails foisonnants sur le cadre large. Un service après-vente remarquable.

Neruda n’est pas vraiment le film avec lequel vous pourrez épater la galerie et faire une démonstration de gros son. Les versions française et espagnole sont certes proposées en DTS HD Master Audio 5.1, mais les latérales ne servent réellement qu’à instaurer quelques ambiances naturelles et à spatialiser la musique du compositeur Federico Jusid. Le changement de langue est verrouillé à la volée et les sous-titres français imposés sur la version originale.

Crédits images : © Wild Bunch / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr