Test DVD / Les Sept Bérets rouges, réalisé par Mario Siciliano

LES SEPT BÉRETS ROUGES (Sette baschi rossi) réalisé par Mario Siciliano, disponible en DVD le 3 novembre 2020 chez Artus Films.

Acteurs : Ivan Rassimov, Sieghardt Rupp, Kirk Morris, Pamela Tudor, Dale Cummings, Serge Nubret, Arthur Brauss, Wilbert Gurley…

Scénario : Piero Regnoli, August Rieger

Photographie : Gino Santini

Musique : Gianni Marchetti

Durée : 1h33

Année de sortie : 1969

LE FILM

Au Congo, dans la région de Simba, des soldats sont sauvagement massacrés par des rebelles qui leur dérobent des documents précieux. Seul survivant, le capitaine De Brand rejoint le Quartier Général. Son colonel décide alors de former une troupe de 7 mercenaires, avec pour mission de récupérer les documents.

Inconnu au bataillon, du moins pour la plus grande partie des spectateurs, Mario Siciliano (1925-1987) aura pourtant réalisé une bonne vingtaine de longs-métrages. Il démarre sa carrière en 1964, en produisant un western allemand Les Chercheurs d’or de l’Arkansas de Paul Martin, et un western italien Les Terreurs de l’OuestI magnifici brutos del West de Marino Girolami. En 1966, il met les bouchées doubles en écrivant les polars germains Le Carnaval des barbouzes, à la réalisation indéterminée (quatre cinéastes sont crédités…), Baroud à Beyrouth pour F.B.I. 505 de Manfred R. Köhler et la comédie teutonne Go, go, play-boy, tout en produisant les deux derniers, ainsi que Le Commissaire X traque les chiens verts et surtout deux westerns réalisés par Alberto Cardone et avec Anthony Steffen, Gringo joue sur le rouge et Les Colts de la violence. Mario Siciliano est sur tous les fronts. Toutefois, il manque encore une corde à son arc, la mise en scène. Qu’à cela ne tienne, il se lance derrière la caméra en 1969 avec Sette baschi rossi ou littéralement Les Sept Bérets rouges en version française. Très à l’écoute des goûts du public et ayant déjà prouvé son attachement pour le polar ou le western, c’est toutefois avec un film de guerre que Mario Siciliano fait son entrée dans la réalisation, un pur film d’exploitation, entièrement tourné en Érythrée, alors plongé en pleine guerre d’indépendance, qui opposait le gouvernement éthiopien à des mouvements séparatistes érythréens depuis huit ans. Nous ne sommes pas là pour faire de la politique, mais pour parler des Sept Bérets rouges, une grosse série B comme il en fleurissait des tas à cette époque bénie du cinéma. Mario Siciliano, qui la même année emballait également le western Django ne prie pasI vigliacchi non pregano, sous le pseudo de Marlon Sirko, avec Gianni Garko, s’en tire pas trop mal avec cette co-production italo-allemande, qui ne s’embarrasse pas de psychologie ou d’émotions en allant droit à l’essentiel : un spectacle brutal qui remplit son contrat, autrement dit divertir le spectateur, tout en remplissant au maximum le tiroir-caisses de lires et de Deutsche Mark. Et de ce point de vue, nous ne sommes pas déçus.

L’action des Sept Bérets rouges se situe pendant la rébellion Simba, la crise du Congo, mouvement né suite aux abus du gouvernement central congolais. Le film s’ouvre sur une citation de Martin Luther King Jr, précédée de l’exécution d’un groupe de mercenaires capturés et le viol d’une journaliste française. Un colonel en colère, Kimber, réprimande le seul survivant de l’incident, le capitaine allemand De Brand. Ce dernier a en effet laissé dans un village des documents importants contenant des informations sur les activités et les employeurs des mercenaires. Ces papiers doivent être récupérés dans les quatre jours. De Brand dit qu’il peut s’en charger et en profiter pour sauver la journaliste avec une petite patrouille. Le colonel est d’accord, mais informe De Brand que son bilan montre clairement qu’il est incapable de diriger, et nomme le capitaine afro-américain Lauderwood pour diriger la patrouille. Kimber ajoute trois hommes à la patrouille : un Allemand, un Africain et un Irlandais. Comme la patrouille ne connaît pas le marais et le désert à traverser, Lauderwood recrute Carrès, un pisteur (et magouilleur) français, pour la somme de 15 000 $. Carrès connaît la région car il a vendu des armes aux Simbas. Carrès est devenu vendeur d’armes après avoir été témoin de la torture de sa femme qui a été brûlée et battue à mort devant lui. Il s’est davantage aliéné lorsque le gouvernement français n’a pas voulu contrarier la situation locale en cherchant à les poursuivre. Lauderwood emmène également Wooder, une femme médecin mercenaire.

Je voulais te dire que j’étais désolée pour aujourd’hui.”

T’aurais dû rester chez toi !”

Parce que je suis une femme ?”

Parce que tu cherches pas à l’être ! Une truie est une truie et elle ne prétend pas être autre chose.”

Et toi, que prétends-tu être ?”

Seulement ce que je suis : de la merde.”

Et c’est parti pour 93 minutes d’aventures, de règlements de comptes, de bastons aux bruitages rigolos, de fusillades en tous genres. Les Sept Bérets rouges, à ne pas confondre avec Les Bérets rouges de Terence Young sorti en 1953, est aussi et surtout un défilé de tronches patibulaires avec en premier lieu Ivan Rassimov, découvert dans La Planète des vampiresTerrore nello spazio de Mario Bava, qui sera l’un des acteurs récurrents du giallo dans des titres aussi emblématiques que L’Étrange Vice de madame WardhLo Strano vizio della Signora Wardh, Toutes les couleurs du viceTutti i colori del buio et Ton Vice est une chambre close dont moi seul ai la cléIl tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave de Sergio Martino, ou Au pays de l’exorcismeIl Paese del sesso selvaggio et Spasmo sous la direction d’Umberto Lenzi. Dans Les Sept Bérets rouges, il incarne le français mal rasé, qui sous ses airs bougons cache un coeur gros comme ça et surtout un trauma qu’il avouera à une jolie donzelle dans le dernier acte du film.

L’acteur est entouré de partenaires qui n’ont pas vraiment une gueule de porte-bonheur et venus d’horizons différents, comme l’autrichien Sieghardt Rupp (Pour une poignée de dollars), l’italien Kirk Morris, pseudo de Adriano Bellini, ancien culturiste qui a incarné Hercule et Maciste dans de nombreux péplums des années 1960, l’américain Dale Cummings qui connaîtra son heure de gloire au début des années 1990 dans l’inégalable Samurai Cop d’Amir Shervan. Au générique, on retrouve un autre colosse, le français Serge Nubret, qui allait devenir Mr Europe un an plus tard et que certains reconnaîtront dans Un Condé d’Yves Boisset, Impossible…pas français de Robert Lamoureux et Le Professionnel de Georges Lautner. Arthur Brauss (Le Train de John Frankenheimer, L’Express du colonel Von Ryan Von Ryan’s Express de Mark Robson), Wilbert Gurley (dont la carrière au cinéma sera éphémère), ainsi que les deux actrices comédiennes Pamela Tudor (Sartana dans la vallée des vautours) et Angelica Ott (Les Salauds se portent bien) complètent ce casting hétéroclite, qui d’ailleurs ne se mélange pas si bien que ça, mais qui rend justement crédible ce groupe au sein duquel tout peut éclater d’un moment à l’autre.

Mario Siciliano, dont la filmographie regroupe des oeuvres aux titres explicites du style Una vergine in famiglia (1975), La Veuve infidèle (1980), Porno lui erotica lei (1981), Les Détraqués sexuels (1981), Attenti a quelle due… ninfomani (1981), Orgasmo non-stop (1982), ainsi que des westerns opportunistes Dépêche-toi Sartana, je m’appelle Trinita! (1972) et Alleluia et Sartana, fils de … (1972), en étant parfois crédité Lee Castle ou Luca Delli Azzer, ne se foule pas trop avec ce premier film, mais l’ensemble se suit sans ennui. Le spectateur qui sait d’emblée à quel genre de film il va avoir à faire rien qu’en regardant l’affiche ou la jaquette du DVD, pardonnera facilement les fautes techniques, le jeu approximatif des acteurs et le scénario cousu de fil blanc, pour profiter pleinement de ce petit spectacle sans esbroufe, où des grands gaillards jouent à la guéguerre dans de beaux paysages filmés sur fond de soleil couchant. Alors, branle bas de combat et allez-y, amis du cinéma déviant !

LE DVD

Les Sept Bérets rouges rejoint tout naturellement la collection Guerre chez Artus Films. Belle jaquette qui reprend l’un des visuels originaux du film, glissée dans un boîtier Amaray classique de couleur noire. Le menu principal est fixe et musical.

Les Sept Bérets rouge s’accompagne d’une présentation du film par le dessinateur et expert en cinéma de genre Curd Ridel (35’). Au cours de ce segment, notre interlocuteur dresse un portrait et la biographie du réalisateur Mario Siciliano, tout en passant en revue quelques-uns de ses films les plus marquants. Les acteurs sont également largement évoqués. Curd Ridel n’oublie pas d’aborder le film qui nous intéresse et qu’il conseille vivement de visionner avant Ecorchés vifs, du même metteur en scène, qui sort en même temps dans les bacs que Les Sept Bérets rouges. Pourquoi ? Parce-que Mario Siciliano a purement et simplement repris la quasi-moitié de son premier long-métrage, pour en faire un autre dix ans plus tard !

L’interactivité se clôt sur un diaporama d’affiches et de photos d’exploitations.

L’Image et le son

Le générique est tout d’abord constellé de poussières, de tâches et de griffures. Puis la copie s’améliore tout de suite après et étonne par sa clarté, par sa stabilité et sa propreté. La texture argentique nous semble un poil trop lissée, mais les couleurs s’en sortent bien, avec notamment une dominante brune et verte…des teintes treillis quoi ! Quelques fils en bord de cadre, mais rien d’important. Cette édition Standard offre un confort de visionnage suffisant.

Les version italienne et française sont disponibles en Dolby Digital 2.0. La première s’en sort mieux avec un meilleur report des dialogues, beaucoup plus naturels et aérés (malgré un très léger souffle), ainsi qu’un report plus dynamique de la musique. La piste française apparaît plus sourde, mais le doublage vaut le coup. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Artus Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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