Test DVD / Lectures diaboliques, réalisé par Tibor Takács

LECTURES DIABOLIQUES (I, Madman) réalisé par Tibor Takács, disponible en DVD et Blu-ray le 8 juillet 2020 chez ESC Editions.

Acteurs : Jenny Wright, Clayton Rohner, Randall William Cook, Stephanie Hodge, Michelle Jordan, Vance Valencia, Mary Baldwin, Raf Nazario, Bob Frank, Bruce Wagner…

Scénario : David Chaskin

Photographie : Bryan England

Musique : Michael Hoenig

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 1990

LE FILM

Passionnée de romans d’horreur, une employée de librairie permet sans le savoir à un docteur fou, héros de ses lectures, de commettre des atrocités dans la réalité.

Tiens, d’où sort ce long métrage, Lectures diaboliques aka I, Madman ou bien encore Hardcover en Angleterre et en Europe, réalisé par un certain Tibor Takács ? Il semblerait que ce petit film fantastique soit devenu culte avec les années et compte encore de très nombreux aficionados à travers le monde. Grand Prix au Festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1990, l’année où Jerry Schatzberg était le président du jury composé entre autres d’Yves Boisset, Wes Craven et Karel Reisz, Lectures diaboliques avait réussi à damer le pion à Appel d’urgenceMiracle Mile de Steve De Jarnatt, Embrasse-moi, vampireVampire’s Kiss de Robert Bierman, Leviathan de George Pan Cosmatos (reparti avec le Prix des effets spéciaux) ou bien encore de SimetierrePet Sematary de Mary Lambert (Prix du public). Tout cela pour dire que malgré sa popularité moins conséquente que les précédents titres, I, Madman a su conserver une aura évidente auprès des fans de genre. Classique, mais inventif comme un bon épisode des Contes de la Crypte, Lectures diaboliques demeure une bonne série B, portée par la trop rare, excellente et sexy Jenny Wright, actrice culte des Frontières de l’aubeNear Dark (1987) de Kathryn Bigelow.

Virginia, employée dans une librairie de livres anciens, se passionne pour un vieux roman d’épouvante appelé “Much of madness, more of sin”. Elle parvient à mettre la main sur le second et dernier roman de son auteur Malcom Brand : “I, Madman”. Celui-ci conte l’histoire horrible d’un amoureux, éconduit à cause de sa laideur, qui mutile son propre visage, afin de le reconstruire progressivement. Virginia se rend compte que, au fur et à mesure qu’elle progresse dans la lecture de ce livre, des personnes de son entourages sont mystérieusement assassinées par un sadique qui semble s’inspirer du roman.

Lectures diaboliques repose sur un scénario malin, ainsi qu’une mise en scène efficace qui l’exploite à merveille. Juste après La Revanche de FreddyA Nightmare On Elm Street Part 2: Freddy’s Revenge (Jack Sholder, 1985), le nanar de la franchise, le scénariste David Chaskin livre un récit digne d’un roman de gare, dans le bon sens du terme, à savoir un postulat de départ simple, une psychologie réduite pour aller droit à l’essentiel, un suspense distillé au fil des (pages) scènes, quelques stéréotypes, diverses explications données ici et là sans pour autant donner toutes les clés, et un final quelque peu nawak, généreux, qui part un peu dans tous les sens, mais qui ne se moque pas des spectateurs.

Réalisateur canadien d’origine hongroise né en 1954, Tibor Takács signe son film le plus célèbre. Deux ans après avoir mis en scène The Gate (1987) avec le jeune Stephen Dorff, le cinéaste se livre à un bel exercice de style en rendant hommage au film noir américain à travers ses angles de prises de vue et ses partis pris, soignés, avec une photographie stylisée que l’on doit à Bryan England (Vendredi 13, l’ultime retour) et une très bonne musique aux accents rétro de Michael Hoenig (Le Blob de Chuck Russell, Class of 1999 de Mark L. Lester). Une réaction chimique qui n’est pas sans annoncer le futur et splendide Candyman (1992) de Bernard Rose, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Du point de vue des acteurs, outre Jenny Wright, nommée pour le Saturn Award de la meilleure actrice en 1991 et qui a quelque peu disparu de la circulation après Le CobayeThe Lawnmower Man (1992) de Brett Leonard, on retiendra surtout la présence inquiétante de Randall William Cook dans le rôle du Dr. Kessler / Malcolm Brand, qui semble surgir des pages lues par Virginia. Spécialiste des effets spéciaux, il sera d’ailleurs l’un des grands noms de la trilogie du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, qui a notamment fait ses classes sur The Thing (1982) de John Carpenter, S.O.S fantômes (1984) d’Ivan Reitman et Vampire, vous avez dit vampire ? (1985) de Tom Holland, Randall William Cook rencontre Tibor Takács sur le tournage de The Gate. Heureux de leur collaboration, le réalisateur décide non seulement de lui confier les effets visuels de Lectures diaboliques, ainsi que les maquillages et la créature en stop-motion, mais aussi et surtout le rôle de cet être étrange qui rappelle parfois The Shadow, personnage de fiction créé par Walter B. Gibson, le plus célèbre des héros de pulps des années 1930 et 1940 apparu dans plus de 300 romans et nouvelles.

C’est ce côté à la fois angoissant et attirant des pulps que l’on retrouve dans Lectures diaboliques et qui participe à sa jolie réussite. Des partis pris décalés, anachroniques, qui ont finalement permis au film de Tibor Takács de bien vieillir et de conserver un charme indéniable.

LE DVD

Inédit en DVD en France, Lectures diaboliques arrive dans nos contrées en édition standard, ainsi qu’en Haute-Définition chez ESC Editions, qui intègre ce titre dans sa collection des Trésors du fantastique. Le menu principal est animé et musical. Très beau visuel.

L’indéboulonnable Marc Toullec est de retour pour nous présenter cette fois Lectures diaboliques (15’). Si comme d’habitude, le journaliste passe son temps à lire son texte de profil, ce dernier a cette fois la présence d’esprit de jeter un regard ou deux à la caméra, ce qui peut déstabiliser si vous n’avez pas l’habitude. Toujours est-il que les informations glanées ici et là au cours de cette intervention sont intéressantes et l’on en apprend pas mal sur la carrière du réalisateur Tibor Takács, sur la genèse, l’écriture et la production du film, sur les critiques de l’époque (Marc Toullec cite d’ailleurs le n°65 de Mad Movies), sur la réception de Lectures diaboliques, sur le casting, etc.

S’ensuit une interview croisée du scénariste David Chaskin, du réalisateur Tibor Takács, des comédiens Clayton Rohner, Stephanie Hodge et Randall William Cook, ce dernier étant également responsable des effets spéciaux sur le film (32’). Ce document rétrospectif reprend peu ou prou les mêmes arguments que Marc Toullec, mais cette fois plus détaillés et enrichis. Les thèmes de Lectures diaboliques, l’écriture du scénario, les partis pris et intentions, les conditions de tournage, les effets spéciaux, le casting, la musique, le choix du titre, la sortie du film et sa postérité sont évoqués par l’équipe, tandis que des photos et des images issues des prises de vue illustrent ce module.

L’interactivité se clôt sur deux bandes-annonces.

L’Image et le son

Nous n’avons pas pu avoir l’édition HD à notre disposition. Toutefois, ce DVD propose un très beau master qui trouve rapidement son équilibre. Les couleurs sont joliment rafraîchies, la copie est stable et très propre, les contrastes denses, le piqué agréable, tout comme la patine argentique bien équilibrée et gérée. Certaines séquences sortent du lot, notamment toutes les scènes diurnes avec un lot de détails très appréciables sur les décors naturels. Une définition très solide et élégante qui participe à la (re)découverte de ce petit classique du film de genre.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage Dolby Digital 2.0. Le confort acoustique est assuré dans les deux cas, l’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont suffisamment clairs. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare ou celle de Molière (avec les voix de Céline Monsarrat et Pierre-François Pistorio), l’ensemble reste propre et sans souffle. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © ESC Editions / ESC Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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