Test DVD / Eva en août, réalisé par Jonás Trueba

EVA EN AOÛT (La Virgen de agosto) réalisé par Jonás Trueba, disponible en DVD le 20 janvier 2021 chez Arizona Distribution.

Acteurs : Itsaso Arana, Vito Sanz, Isabelle Stoffel, Joe Manjón, María Herrador, Luis Alberto Heras, Mikele Urroz, Naiara Carmona…

Scénario : Itsaso Arana & Jonás Trueba

Photographie : Santiago Racaj

Musique : Soleà Morente

Durée : 2h04

Année de sortie : 2020

LE FILM

Eva, 33 ans, décide de rester à Madrid pour le mois d’août, tandis que ses amis sont partis en vacances. Les jours s’écoulent dans une langueur madrilène festive et joyeuse et sont autant d’opportunités de rencontres pour la jeune femme.

Tous les ans au cinéma, apparaissent de nouveaux visages qui foudroient les sens. Une grâce, un érotisme latent, une douceur, un spleen qui donnent envie de traverser l’écran pour aller faire un bout de chemin avec un personnage. Dans Eva en août La Virgen de agosto, le cinquième long-métrage du réalisateur Jonás Trueba (né en 1981), Itsaso Arana s’impose instantanément. Sa peau diaphane, ses yeux de biche, ses lèvres couleur cerise, ses belles hanches noyées sous un jean taille haute. Une réaction chimique se crée d’emblée et le spectateur comprend que suivre ce personnage sera comme une parenthèse enchantée, où l’on prend Eva à un moment de son existence, et où on la laissera disparaître du cadre, sans tenter de la poursuivre, en lui souhaitant le meilleur. Et l’on ne se trompe pas. Inspiré par le cinéma d’Éric Rohmer, en particulier par le fabuleux Rayon vert, Eva en août est un magnifique portrait de femme qui arrive à un carrefour de sa vie, celui d’un premier bilan, où l’adolescence s’est bel et bien envolé pour laisser place à certains questionnements existentiels, comme le désir de maternité. Cette madrilène pur jus ne peut quitter Madrid (filmée comme un personnage à part entière) comme la plupart des habitants de la ville qui veulent échapper à la chaleur. Un carton en introduction indique que si Madrid se vide, ceux qui ne peuvent prendre la poudre d’escampette se mêlent aux touristes dans quelques bals populaires et pour participer aux trois fêtes du mois d’août, celles de San Cayetano, San Lorenzo et la Vierge de Paloma. Parmi ces fêtards, Eva, qui va bientôt avoir 33 ans, profite de l’été pour changer de quartier et s’installe pour le mois d’août dans l’appartement d’un ami, histoire de voir la ville sous un autre angle, peut-être pour la première fois. Nous suivrons donc Eva du premier au quinze août, à travers ses déambulations dans Madrid, au fil de ses rencontres, partageant avec elle les instants de légèreté, d’introspection, d’espoir et d’ennui, sans jamais la lâcher une seconde. Eva, c’est Itsaso Arana, également coscénariste avec Jonás Trueba, déjà à l’affiche de La Reconquista (2016) du même cinéaste, l’une des plus grandes révélations de l’année 2020. Une chose est sûre, on ne pourra pas oublier le personnage d’Eva après la projection et Eva en août est un film qui restera aussi bien dans la tête que dans le coeur.

Comment devient-on qui on est ? Vraiment ?

Dans Eva en août, la chaleur participe à cette torpeur qui peut figer les êtres et leur imposer de prendre du temps pour réfléchir (à défaut de bouger comme ils le voudraient), non seulement sur leur situation actuelle, mais aussi sur le temps qui a passé à toute vitesse et sur ce qu’ils espèrent (peut-être) pour les années à venir, maintenant qu’ils se retrouvent à un âge charnière. Celui qui peut leur permettre d’accomplir ce qu’ils ont toujours voulu, en prenant enfin des décisions leur permettant d’aller dans ce sens. Eva, dont on ne saura finalement que peu de choses – elle laisse surtout parler celui ou celle qui est en face d’elle – en dehors du fait qu’elle est comédienne ou a tenté de le devenir, va voir défiler quelques éléments ou plutôt des connaissances qui la renvoient à un passé qui paraît proche, mais qui est bel et bien révolu. C’est le cas de son amie Sofía, qu’elle appelle pour l’héberger une nuit, se retrouvant coincée à la porte de son immeuble. Le lendemain matin, Eva et Sofía évoquent brièvement le « temps d’avant », et cette dernière reproche à Eva de s’être éloignée d’elle depuis la naissance de son petit garçon. Sofía a fait le choix d’être mère et y est parvenue, ce qui bouleverse Eva, qui du coup pense à son propre désir d’enfant.

Plus tard, Eva croise un autre ami par hasard après avoir visité un musée, avec lequel elle évoque cette fois encore la vingtaine qui s’est envolée en un clin d’oeil, tout en se demandant si leurs vies respectives est conforme à ce qu’ils imaginaient plus jeune. Suivront les rencontres avec la russe Olka (Isabelle Stoffel, vue dans Los Exiliados románticos du même réalisateur), avec deux Britanniques, Will et Joe, avec lesquels elles iront pique-niquer le 6 août au bord d’une rivière, en compagnie de Sofía et de son bébé. L’eau est souvent présente dans Eva en août, celle qui désaltère sous un soleil ardent (et que l’audience sent couler dans sa propre gorge), celle où Eva se baigne comme dans une rivière baptismale et donc peut-être symbolique d’un nouveau départ. Le 9 août, alors qu’elle se rend au cinéma, Eva surprend la conversation de deux spectatrices assises derrière elle, autour de la pratique de la bénédiction de l’utérus. Intriguée, Eva les aborde après la séance et décide de tenter l’expérience.

Jonás Trueba, fils du cinéaste Fernando Trueba (L’Artiste et son modèle, Chico & Rita, La Fille de tes rêves) impose son univers, certes imprégné de son modèle (Rohmer), mais parcourue dans ses veines par une sensibilité personnelle et donc forcément latine, tout en restant complètement universelle et intemporelle. Récompensé par la mention spéciale du jury au Festival international du film de Karlovy Vary, ainsi que par le Prix de la meilleure interprétation féminine pour Itsaso Arana et prix du meilleur scénario au Festival du film espagnol Cinespaña de Toulouse en 2019, Eva en août séduit, conquiert et finalement subjugue par son charme dévastateur, ainsi que par la beauté lumineuse et sensuelle de son actrice principale.

LE DVD

C’est chez Arizona Distribution qu’Eva en août débarque dans les bacs, dans une très belle édition DVD qui prend la forme d’un Digipack à deux volets, comprenant non seulement le DVD du film, mais aussi une autre galette qui présente un autre film de Jonás Trueba, Les Exilés romantiquesLos Exiliados románticos, inédit en France. Mention spéciale à la sérigraphie des disques. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et muet.

Seule la bande-annonce est disponible comme bonus concernant Eva en août. Et prolongez votre projection de ce dernier par celle des Exilés romantiques, réalisé en 2015 par Jonás Trueba, dans lequel on retrouve de nombreux motifs qui seront repris dans Eva en août. Il s’agit d’un groupe d’amis qui décide de prendre la route depuis Madrid jusqu’à Paris, en passant par Toulouse. Ils voyagent dans une fourgonnette orange d’un ancien temps, à l’image de ces amours qu’ils partent chercher dans chaque ville qu’ils traversent. Finalement, ils arrivent au lac d’Annecy : la délivrance est là . L’amour, l’amitié, la quête de soi et de sens, les occasions manquées ou espérées sont au coeur de ce film magnifique qui dure un peu plus d’une heure et dans lequel on retrouve déjà les comédiens Francesco Carril, Sigfrid Monleón, Lucía Perlado et Isabelle Stoffel qui apparaissent aussi dans Eva en août, accompagnés ici de la française Vahina Giocante lors de l’escapade parisienne.

L’Image et le son

Point de Blu-ray pour Eva en août, mais Arizona Distribution livre une édition Standard de très grande classe et même quasiment irréprochable. Ce DVD restitue les couleurs chatoyantes de la photo signée Santiago Racaj, directeur de la photographie attitré de Jonás Trueba, le piqué est acéré, les détails abondants et les contrastes tranchants. La luminosité des scènes diurnes flatte constamment la rétine, le relief est omniprésent.

Point de version française, juste une piste espagnole en Dolby Digital 5.1, naturelle et immersive. Restitution des dialogues, spatialisation et délivrance des ambiances sont au rendez-vous. Quelques petites basses soulignent allègrement l’ensemble et les silences olympiens sont irréprochables. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Arizona Distribution / Los Ilusos FilmCaptures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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