Test Blu-ray / Yankee, réalisé par Tinto Brass

YANKEE réalisé par Tinto Brass, disponible en Combo Blu-ray+DVD+
Livret le 23 octobre 2026 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Philippe Leroy, Adolfo Celi, Jacques Herlin, Tomás Torres, Francisco Sanz, Franco De Rosa, Pasquale Basile, Giorgio Bret Schneider…

Scénario : Tinto Brass & Alberto Silvestri

Photographie : Alfio Contini

Musique : Nino Rosso

Durée : 1h37

Date de sortie initiale : 1966

LE FILM

Un chasseur de primes qui se fait appeler El Yankee arrive dans une localité mexicaine contrôlée par Grande Concho, un desperado de la pire espèce installé dans un monastère. À Concho, Yankee propose un marché : le débarrasser de ses propres hommes et partager la récompense offerte pour leurs têtes. Stupéfait par tant d’audace, Concho tente en vain de l’éliminer. Non seulement, Yankee se venge en enlevant sa femme, mais commence sa campagne d’élimination des bandits. Avec les hommes qui lui restent, Concho prépare l’attaque d’un chargement d’or, mais Yankee va encore se trouver sur son chemin…

Yankee est le seul et unique western réalisé par le légendaire Tinto Brass (né en 1933). Touche-à-tout, le coquin, l’amico Tinto passe derrière la caméra en 1963 et tente immédiatement de se diversifier en abordant le drame psychologique (Qui travaille est perdu), le documentaire (Ça ira), puis arrive le western qui nous intéresse aujourd’hui. Co-écrit avec Alberto Silvestri (Exécutions), Yankee, sorti en 1966, est un opus singulier dans le genre, rejoignant – anticipant – ainsi El Topo (1970) d’Alejandro Jodorowski, Django, tire le premier (1967) de Giulio Questi, Keoma (1976) d’Enzo G. Castellari et ¡Mátalo! (1970) de Cesare Canevari. Autant dire qu’il vaut le coup d’oeil et que la véritable star du film est ici Tinto Brass lui-même, puisque chaque plan contient au moins une idée de mise en scène, comme si le cinéaste s’était laissé essentiellement guider par son désir d’expérimenter. Bien plus passionnant au niveau de la forme que sur le fond, finalement classique, Yankee a été très rapidement oublié dans la filmographie conséquente de son auteur, dont les spectateurs retiennent essentiellement, et à juste titre, ses œuvres érotiques comme La Clef, Miranda, Paprika, Monella… Après avoir bien écumé ses comédies polissonnes, le public curieux devrait (re)voir et/ou (re)découvrir Yankee, qui prouve, si cela était nécessaire, quel merveilleux formaliste était avant tout Tinto Brass, parfaitement à son affaire dans un univers qui paraît éloigné de lui, mais dans lequel il se fond et se sent particulièrement à l’aise. Spectacle garanti.

Un « Yankee » arrive en ville, mais un chercheur d’or le prévient aussitôt qu’il se trouve sur les terres du redoutable Concho, un bandit sanguinaire. Sur la place, trois hommes sont pendus : il s’agit de bandits qui avaient tenté de dérober le butin d’un braquage réalisé par le grand Concho ; ce dernier a envoyé ses sbires à leurs trousses et les a fait passer de vie à trépas. Il ne manque plus que le dernier bandit, qui détenait la majeure partie de l’or. Le Yankee découvre, chez le shérif, les avis de recherche concernant les hommes de Concho ; il décide d’aller trouver ce dernier pour lui proposer un marché. Mais le bandit ne veut rien entendre. Pour se sortir de cette situation périlleuse, le Yankee prétend avoir retrouvé le bandit recherché par Concho et avoir dissimulé le butin. Concho envoie alors quelques hommes avec lui pour récupérer le trésor ; mais, profitant de l’obscurité d’une mine, le Yankee les abat tous, à l’exception d’un seul. Ce dernier, blessé, est renvoyé pour informer Concho de ce qui s’est passé. Entre-temps, Concho prépare un nouveau braquage, ne laissant que quelques hommes pour garder son repaire. Le Yankee se dissimule dans le chariot du fossoyeur et parvient jusqu’au domaine…

Le Yankee en question est interprété par le français Philippe Leroy. Révélé par Jacques Becker dans Le Trou (1960), l’acteur débarque très tôt en Italie, où il fera l’essentiel de sa carrière, tournant alors avec les plus grands du cinéma comme Mauro Bolognini, Sergio Corbucci, Luigi Zampa, Alberto Lattuada, Pasquale Festa Campanile, Luigi Comencini, Fernando Di Leo, Liliana Cavani et bien d’autres. Soyons honnêtes, celui-ci manque de charisme sous son grand chapeau et malgré sa dextérité au maniement des armes et pour monter à cheval, le comédien peine à rendre son personnage attachant.

Il faut dire que face à lui, son partenaire, le fameux Concho en personne, est campé par le mythique Adofo Celi, qui a alors le vent en poupe en passant de L’Homme de Rio de Philippe de Broca à Opération Tonnerre – Thunderball de Terence Young, ou de L’Express du colonel Von Ryan – Von Ryan’s Express de Mark Robson à Grand Prix de John Frankenheimer. Ce dernier est occupé sur la scène internationale, invité dans les plus grandes productions, mais aussi dans celles plus modestes comme ce Yankee, dans lequel il se livre à un énorme et succulent cabotinage. Avec sa tronche de Sergent Garcia, multipliant les rires sardoniques, suintant la tequila par tous les pores et le regard enflammé par les enfers qui se sont emparés de son âme, il vole la vedette à chaque apparition.

Tinto Brass se fait donc plaisir en transposant son « monde » dans un genre qui lui est peu familier. D’entrée de jeu, un gros plan sur le généreux décolleté d’une demoiselle témoigne qu’il avait toujours le regard bien placé, tandis qu’il dévoile son décor par petits morceaux, comme s’il sortait des cases d’une bande dessinée, Yankee faisant systématiquement l’impression d’émerger d’un roman-graphique ou d’un roman de western aux pages jaunies et cornées. La photographie signée par le grand chef opérateur Alfio Contini (Les Titans, Il Giovedi, Le Terroriste, Les Monstres, Le Fanfaron) est belle à se damner (mention spéciale aux couchers de soleil), la musique de Nino Rosso, lancinante avec le sifflement récurrent et son thème principal à la trompette, apporte au film un côté léger, on peut dire comics, à la limite du pastiche, mais contraste avec la violence représentée par El Concho, qui là aussi apparaît en décalage avec sa philosophie de comptoir. On ajoute à cela un montage baroque, qui participe à l’immersion dans les scènes d’action ou de tension, le découpage inventif étant parfois extrêmement syncopé, à la limite de l’épilepsie durant quelques secondes, avant la déflagration des gunfights.

Original et insolite, c’est ce qu’on se dit après la projection de Yankee, une « anomalie » dans le parcours de Tinto Brass, qui cherche encore son style, y accède par petites étapes, marque les esprits par une scène de torture enflammée et n’oublie jamais de divertir.

LE BLU-RAY

Sidonis Calysta n’en finit plus d’explorer la filmographie du grand Tinto Brass et on les remercie pour cela. Le réalisateur fait son retour chez l’éditeur, avec un de ses titres les plus étranges, Yankee, son unique western. Inédit en DVD en France, pour ne pas dire depuis près d’un demi-siècle, ce film bénéficie d’une superbe édition DVD+Blu-ray+ Livret (écrit par Jean-François Giré). Superbe visuel. Le menu principal est animé et musical.

Point de Jean-François Giré dans les bonus en vidéo, mais place à Noël Simsolo (19’). Le critique et historien du cinéma indique que « la critique a toujours été très partagée sur Yankee, un western très original, qui divise les fans du genre ». Il revient longuement sur « ce film un peu oublié, ce qui est bien dommage, car celui-ci, un ovni, avait marqué à sa sortie ». Noël Simsolo retrace le parcours de Tinto Brass, puis se penche sur la forme singulière de Yankee « dans lequel le cinéaste prend systématiquement le contre-pied des attentes des spectateurs […] ce qui en fait un jalon important du western italien ». Le casting, les partis-pris esthétiques et l’influence de la bande-dessinée sont les points abordés par la suite.

Sidonis a pu mettre la main sur un entretien avec Philippe Leroy, qui date vraisemblablement de 2004-2005, puisque l’acteur évoque son âge (74 ans). Durant cette interview de près d’un quart d’heure, le comédien parle du Trou de Jacques Becker, qui l’a lancé au cinéma, juste avant de faire la quasi-entièreté de sa carrière en Italie. Dans la langue de Dante, Philippe Leroy s’exprime sur son investissement personnel dans les scènes d’action, pour lesquelles il n’était jamais doublé insiste-t-il, rappelant aussi (à plusieurs reprises) qu’il a été sportif toute sa vie et continuait d’ailleurs à sauter en parachute chaque week-end. Il aborde rapidement de Tinto Brass et de Yankee.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Un carton en introduction indique que la restauration de Yankee s’est faite à partir de l’interpositif et de la copie positive, mise à disposition par la Cinémathèque nationale. Ces éléments étaient les seuls à pouvoir être exploités pour les travaux de restauration, en raison de l’état très avancé de dégradation de l’internégatif. La scène pré-générique donne le ton. La texture argentique est préservée, bien gérée, organique, parfois plus appuyée sur les nombreuses scènes sombres et nocturnes. Le piqué est donc aléatoire, tout comme la gestion des contrastes. Mais la copie est et restera très propre, en dehors des credits, où la copie s’avère sensiblement plus instable et mouchetée par diverses poussières et poils en bord de cadre. Puis, l’ensemble trouve son équilibre. Les acteurs paraissent souvent éclairés à la mandarine et la carnation manque de naturel, mais cela est imputable aux partis-pris esthétiques originaux. Les décors naturels sont détaillés, les noirs sont bien lotis. En revanche, la toute dernière partie est moins bien définie avec plus de plans flous, une palette chromatique plus délavée et une netteté plus parasitée.

La piste française est la plus faible du lot avec des chuintements, un léger bruit de fond et des dialogues au niveau bas et où certaines voix (mollassonnes) parviennent même à se confondre. Point de craquements en tout cas. En italien, l’écoute est plus fluide et aérée, le thème principal signé Nino Rosso étant bien mis en avant, avec ses sifflements et sa trompette pétaradante. Les dialogues sont également moins couverts qu’en français. Le changement de langue est verrouillé à la volée et les sous-titres français imposés sur la piste italienne sur un lecteur de salon.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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