Test Blu-ray / Sunday in the country, réalisé par John Trent

SELF DEFENSE / SUNDAY IN THE COUNTRY / VENGEANCE IS MINE réalisé par John Trent, disponible le 7 janvier 2020 en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre chez Artus Films

Acteurs : Ernest Borgnine, Michael J. Pollard, Hollis McLaren, Louis Zorich, Cec Linder, Vladimír Valenta, Al Waxman, Tim Henry…

Scénario : Robert Maxwell, John Trent, David Main

Photographie : Marc Champion

Musique : Paul Hoffert, William McCauley

Durée : 1h29

Année de sortie : 1974

LE FILM

Dans la campagne de Locust Hill, le vieil Adam, aigri par la mort de sa fille, tente d’élever sa petite-fille selon ses principes de rédemption religieuse. Il se rend à l’office dominical quand il apprend que trois voyous sont en fuite après un braquage dans la ville d’à côté. Selon la police, ils rôderaient dans les parages. Ce serait une aubaine pour Adam de retrouver les voyous avant la police, et de leur donner la leçon qu’ils méritent…

Aaaaah Ernest Borgnine…immense comédien, une trogne, une rondeur, mais aussi et surtout un extraordinaire talent. Né en 1917 et mort en 2012, l’acteur d’origine italienne, aura tourné plus de 200 films, téléfilms, séries télévisées et prêté sa voix à des personnages animés. Les plus grands auront profité de sa tronche burinée, Robert Siodmak, Robert Parrish, Fred Zinnemann, André De Toth, Nicholas Ray, Delmer Daves, Robert Aldrich, John Sturges, avant que l’Oscar du meilleur acteur obtenu pour Marty (1955) de Delbert Mann vienne bouleverser sa carrière et prouver qu’une immense sensibilité se dissimulait sous cette belle carapace. Enfin respecté, Ernest Borgnine traversera près de soixante ans de cinéma, passant de grosses productions à des séries B voire Z, avec toujours le même entrain, la même jovialité, la même inspiration. Il n’avait qu’à être présent au générique d’un film pour qu’on ne voit que lui, même en tant que second rôle. Chez Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, Les Vikings, Barrabas, Le Prince et le pauvre) et Sam Peckinpah (La Horde sauvage, Le Convoi), il vole systématiquement la vedette et n’aura de cesse de rester fidèle aux cinéastes qui lui auront donné sa chance dans les années 1950, tournant par exemple à six reprises pour Robert Aldrich en vingt ans. Juste avant de rejoindre ce dernier sur La Cité des dangersHustle, aux côtés de Burt Reynolds et Catherine Deneuve, Ernest Borgnine s’envole pour le Canada pour y tenir le rôle principal de Sunday in the Country, plus connu en France sous le titre Self Defense, sorti en VHS dans nos contrées, dans une version tronquée.

Sunday in the Country (1974) surfe sur la vague des genres d’exploitation très prisés par les spectateurs, le vigilante, le home invasion, la hicksploitation. Le comédien crève une fois de plus l’écran dans le rôle d’un grand-père redneck, qui passe son dimanche à l’église et essaye de s’occuper de sa petite-fille en essayant de lui inculquer la bonne parole du Christ, jusqu’au jour où trois braqueurs en fuite ont la mauvaise idée de venir se reposer dans sa ferme. Ils auraient dû y réfléchir à deux fois, car le bonhomme en salopette les accueille immédiatement avec un fusil et parvient d’emblée à les immobiliser. A l’instar du récent et formidable Don’t breathe – La maison des ténèbres de Fede Álvarez, et lorgnant sur La Dernière maison sur la gauche The Last House on the Left (1972) de Wes Craven, le plus menaçant n’est finalement pas celui que l’on pouvait penser au tout début. Si le réalisateur John Trent montre tout d’abord un trio mal assorti de bandits, deux habillés comme des employés et assez calmes, un troisième visiblement plus instable, pour ne pas dire cinglé et imprévisible, qui tue un couple dans les premières minutes, c’est pour mieux déjouer les attentes des spectateurs. De l’autre côté, Adam (Ernest Borgnine donc), est montré comme un vieux grincheux, qui bougonne, mais qui semble aussi avoir de l’amour pour Lucy (Hollis McLaren, diaphane comme Sissy Spacek), qui vient de perdre sa mère, cette dernière ayant quitté très tôt la maison de ses parents. John Trent dévoile rapidement que tout n’est qu’apparences. Que l’on peut être assidu et venir écouter tous les sermons tous les dimanches, si la violence est enfouie quelque part dans la tête ou dans les entrailles d’un homme, elle finira bien par ressurgir à la moindre étincelle.

Adam, est le premier homme, au sens biblique et dans l’intrigue, à se préparer méthodiquement, si jamais le trio recherché devait faire escale chez lui. C’est ce qui finit par arriver. Le cinéaste ne donne pas toutes les clés sur la psychologie de son personnage principal, ni sur les évènements qui pèsent sur sa famille. Quelques bribes sont bien disséminées ici et là, mais sans jamais rentrer dans les détails. Une chose est sûre, c’est que la violence et le conflit ont déjà été au centre de cette ferme et entraîné le départ de la mère de Lucy des années auparavant. Quant à savoir s’ils sont également responsables de la mort de la femme d’Adam…

Sunday in the Country dresse le portrait d’un homme perturbé, qui profite d’un évènement extraordinaire pour libérer toutes ses pulsions. Les pauvres braqueurs se font immédiatement menacés, avant d’être mis à moitié nu et suspendus comme des cochons. Malgré son visage impassible, on sent Adam jubiler et prendre un plaisir immense à maltraiter ces salopards, le fusil apparaissant d’ailleurs à plusieurs reprises comme un prolongement phallique. Mais après ? Que faire de ces trophées ? Jusqu’où Adam souhaite et va-t-il aller dans ce jeu pervers et sadique ?

Egalement connu sous le titre Vengeance is Mine, Sunday in the Country est une grande série B, excellemment mise en scène et élégamment photographiée par Marc Champion (Coup de sang de Bob Clark), qui ne cesse perturber le rapport empathique que l’audience peut avoir avec le personnage principal. Difficile de trancher sur les agissements d’Adam, mais c’est ce qui fait de Self Defense un très bon cru, un drame psychologique prenant, inquiétant, perturbant, qui tourne et tourne encore dans la tête du cinéphile bien encore après l’avoir vu et qui donne enfin et surtout envie de le revoir.

LE MEDIABOOK

Quel plaisir de voir un nouveau titre intégrer la collection Rednecks chez Artus Films ! Après avoir dégusté Les Marais de la haine (‘Gator Bait) et La Vengeance de la femme au serpent (‘Gator Bait II : Cajun Justice) réalisés par Ferd et Beverly Sebastian l’année dernière en DVD, nous accueillons à bras ouverts Sunday in the Country, en édition Livre+Blu-ray+DVD ! Les deux disques reposent dans un superbe Mediabook et l’on dévore le livre de 64 pages intitulé Ces braves gens de la campagne, rédigé par Maxime Lachaud. Très bien illustré, cet ouvrage passionnant revient évidemment sur le film qui nous intéresse, mais brasse également plus large à travers la Hicksploitation, mais aussi la Canuxploitation, en référence à l’origine de Sunday in the Country, qui est une production canadienne. Le menu principal est fixe et musical.

Au rayon des suppléments en vidéo, nous retrouvons le même Maxime Lachaud pour une présentation de Sunday in the Country (12’30). L’auteur du livre Redneck movies : Ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain (Rouge Profond, 2014), essayiste et journaliste français reprend peu ou prou ce qu’il expose dans le livret inclus dans cette édition, à savoir les conditions de production et de financement de Sunday in the Country, la version tronquée de 16 minutes lors de sa sortie en VHS, les influences du film, les thèmes, la psychologie et les rapports des personnages.

L’interactivité se clôt sur un diaporama.

L’Image et le son

Inédit dans les bacs français, Sunday in the Country bénéficie non seulement d’une édition DVD, mais aussi et surtout d’une édition en Haute-Définition ! Un retour par la grande porte et surtout en version intégrale non censurée ! La restauration est indéniable et profite surtout à la luminosité quasi-omniprésente. La colorimétrie est littéralement éclatante, avec des teintes chatoyantes, en particulier la blondeur des champs environnants. Le grain est aléatoire, parfois marqué, parfois trop lissé, mais les contrastes sont denses, le piqué acéré, les détails flagrants sur le cadre large (respecté, contrairement à la VHS) et l’ensemble d’une stabilité jamais démentie. Ajoutez à cela une propreté irréprochable.

Deux options acoustiques Stéréo au choix. On sélectionnera évidemment en priorité la version originale aux dialogues plus imposants et aux effets naturels, plus percutants. La VF vaut le coup pour son doublage old-school et soigné. Dans les deux cas, les pistes 2.0 sont suffisamment dynamiques et propres.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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