Test Blu-ray / Sherlock Junior, réalisé par Buster Keaton

SHERLOCK JUNIOR (Sherlock Jr.) réalisé par Buster Keaton, disponible le 16 juin 2020 en DVD et Combo Blu-ray+DVD chez Elephant Films.

Acteurs : Buster Keaton, Kathryn McGuire, Joe Keaton, Erwin Connelly, Ward Crane…

Scénario : Clyde Bruckman, Jean C. Havez, Joseph A. Mitchell

Photographie : Byron Houck, Elgin Lessley

Musique : Timothy Brock (2015)

Durée : 0h44

Année de sortie : 1924

LE FILM

Projectionniste dans un modeste cinéma, un homme rêve de devenir un grand détective. Un jour, tandis qu’il rend visite à la demoiselle de ses pensées pour lui offrir une bague, son rival dérobe la montre du père, la place chez un prêteur sur gages puis glisse le billet dans la poche du pauvre amoureux. Celui-ci se met à jouer les détectives amateurs. Confondu, il est chassé de la maison…

Remarqué à la fin des années 1910 dans une multitude de courts-métrages aux côtés de la star Roscoe “Fatty” Arbuckle, Joseph Frank Keaton Junior, dit Buster Keaton (1895-1966), enfant de la balle (ses parents étaient acteurs de cabaret), commence à mettre en scène et à interpréter ses propres films dès 1920. Il crée ainsi le personnage de Malec, qu’il déclinera à plusieurs reprises, y compris pour son premier long métrage Ce crétin de MalecThe Saphead, pour lequel il confie la réalisation à Herbert Blaché. Voulant conserver la mainmise sur ses films, Buster Keaton est crédité en tant que co-metteur en scène dès 1923 avec Les Trois ÂgesThe Three Ages, aux côtés d’Edward F. Cline. Même chose pour Les Lois de l’hospitalitéOur Hospitality, signé la même année, mais cette fois aux côtés de John G. Blystone. Parallèlement à ses courts-métrages, Buster Keaton souhaite néanmoins conquérir le grand écran, à l’instar de ses principaux concurrents et déjà stars, Charles Chaplin et Harold Lloyd. En 1924, il mise alors beaucoup sur Sherlock Junior Sherlock, Jr., comédie, mais aussi grand spectacle visuel qui utilise les effets spéciaux de l’époque, pour faire passer son personnage principal à travers un écran de cinéma. Bien avant La Rose pourpre du CaireThe Purple Rose of Cairo (1985) de Woody Allen et Last Action Hero (1993) de John McTiernan, Sherlock Junior jouait avec la magie du septième art en effaçant la frontière tendue entre deux mondes, celui où un protagoniste qui a du mal à joindre les deux bouts dans la réalité, peut devenir un héros quasi-invulnérable dans la fiction. Buster Keaton signe ici l’un de ses chefs d’oeuvres, qui n’a pas pris une seule ride, un modèle de comédie que l’on pourrait qualifier de fantastique, mais aussi une fantastique comédie dans laquelle le comédien-réalisateur livre une performance hors-normes, le tout ponctué par de remarquables exploits physiques et des cascades ahurissantes.

Un projectionniste de cinéma, amoureux d’une femme, achète une boite de confiserie. Il se rend chez elle pour lui offrir la boîte et une bague. Un autre prétendant arrive, dérobe la montre du père, et effectue un prêt sur gages. Il achète une boîte à son tour avec l’argent, et va lui aussi l’offrir à la femme. Le père se rend compte que sa montre a été volée. Comprenant que le projectionniste va fouiller les personnes présentes, l’autre prétendant lui glisse le reçu dans la poche. Le projectionniste est alors accusé à tort, et sort de la maison. La femme continue l’enquête, et va demander la description au prêteur sur gage. Elle se rend compte que le voleur est l’autre prétendant. Pendant ce temps, le projectionniste s’endort pendant une projection, et rêve d’être le meilleur détective du monde qui échappe à des tentatives de meurtre, résout un vol de collier et un kidnapping.

Il serait faux de résumer Sherlock Jr. à une succession de sketches. Si Buster Keaton a effectivement supprimé deux bobines de son film, soit près de vingt minutes, pour privilégier ainsi les gags, le rire donc, son moyen-métrage est un modèle du genre. Le rythme est effréné du début à la fin, très rarement parasité par les intertitres, les personnages sont rapidement, mais intelligemment plantés dès la première séquence, la structure « dramaticomique » est d’une précision d’orfèvrerie. Buster Keaton, le « projectionniste » est aspiré dans une mécanique infernale constituée d’engrenages qui l’entraînent dans des situations et des quiproquos imparables. Entre la séquence dite de l’ombre, celle où le projectionniste traverse l’écran de cinéma (sublimes effets spéciaux) et apparaît dans plusieurs tableaux successifs (remarquable montage) avec les dangers que cela entraîne, avant de passer au « film dans le film » où il devient un « criminologue vengeur » et déjoue un attentat au cours d’une mémorable partie de billard où la boule 13 risque de lui exploser au visage à n’importe quel moment, sans oublier l’extraordinaire poursuite finale, Sherlock Jr., qui a aujourd’hui près d’un siècle au compteur, n’a absolument rien à envier aux grandes comédies plus contemporaines.

L’humour est aussi omniprésent que redoutable, tout comme l’action puisque Buster Keaton défie une fois de plus les lois de la gravité et de la physique. L’émotion n’est jamais oubliée avec cette histoire d’amour qui est finalement au centre de l’intrigue. Avec son visage fermé, mais ô combien expressif, Buster Keaton fait ressentir toute la passion qui anime et consume son personnage pour cette jeune femme qu’il souhaite conquérir et pour laquelle il voudrait parvenir à aller au-delà de sa timidité qui le paralyse. Heureusement, le cinéma l’aidera à aller au bout de sa quête, au cours d’un final furieusement poétique qui compose un cadre dans le cadre et où le projectionniste pourra enfin devenir le héros du film de sa vie.

LE BLU-RAY

Après Les Fiancées en folie, édité en janvier 2019, Elephant Films revient à Buster Keaton en concoctant trois éditions DVD+Blu-ray (ou uniquement en DVD) de Sherlock Junior, La Croisière du Navigator et Le Dernier Round. Un combo très élégant, dont la jaquette est réversible. Le menu principal est fixe et musical.

L’éditeur donne la parole à Nachiketas Wignesan, qui enseigne l’Histoire du cinéma et l’Analyse de films à l’Université de Paris III et Paris I, ainsi que dans des écoles de cinéma. Durant un peu plus de vingt minutes, l’invité d’Elephant Films replace Sherlock Junior dans la carrière de Buster Keaton, avant d’analyser certaines séquences du film qui nous intéresse aujourd’hui. Une présentation pointue et intelligente, qui permettra à beaucoup de redécouvrir les œuvres de Buster Keaton sous un nouvel angle.

Elephant Films ajoute également un court-métrage dans cette section, Malec l’insaisissableThe Goat, écrit et réalisé par Buster Keaton et Malcolm St. Clair, sorti en 1921. Malec erre dans la ville à la recherche de vivres et de roublardises. Mais suite à un malentendu, il se retrouve confondu avec le célèbre bandit Dead Shot Dan. S’ensuit dès lors une course-poursuite dans la ville entre le jeune homme débrouillard et des policiers maladroits. L’un des meilleurs courts-métrages de Buster Keaton, ni plus ni moins.

L’interactivité se clôt sur quelques notes concernant la restauration et diverses bandes-annonces.

L’Image et le son

Sherlock Jr. a été restauré à partir d’un interpositif de première génération détenu par la Cohen Film Collection. L’élément a été choisi après l’étude de 17 d’entre eux. Certains plans manquants du positif ont été remplacés par l’élément de la Cohen Film Collection et une copie de troisième génération du Harvard Archives. Le carton « Fin » a été recréé numériquement à partir d’une copie de troisième génération de la Cohen Film Collection. Le travail de restauration a été effectué par la Fondation Cineteca di Bologna au laboratoire de l’Immagine Ritrovata en 2015. Et pour tout vous dire nous n’avions jamais vu Buster Keaton ainsi. Ce master restauré 4K en met plein la vue d’entrée de jeu. La stabilité est de mise, jamais prise en défaut, la propreté est sidérante, les contrastes denses. Si les plans à effets spéciaux sont forcément plus grumeleux et la définition sensiblement plus chancelante, ce master HD est exceptionnel et permettra ainsi à Buster Keaton de toucher un nouveau public.

La piste DTS-HD Master Audio 2.0. restitue avec une grande efficacité et une réelle immersion la composition de Timothy Brock, enregistrée en juillet 2015. Les quelques intertitres sont évidemment sous-titrés en français.

Crédits images : © Elephant Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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