Test Blu-ray / Phil Tippett, des rêves et des monstres, réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso

PHIL TIPPETT, DES RÊVES ET DES MONSTRES réalisé par Alexandre Poncet et Gilles Penso, disponible en DVD et Blu-ray le 27 mai 2020 chez Carlotta Films.

Acteurs : Phil Tippett, Joe Dante, Jon Davison, Dennis Muren, Paul Verhoeven.…

Scénario : Gilles Penso, Alexandre Poncet

Musique : Alexandre Poncet

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Véritable héritier de Ray Harryhausen, Phil Tippett a imaginé et réalisé les créatures les plus mémorables du cinéma hollywoodien des quarante dernières années : de Jabba le Hutt et les AT-AT de Star Wars, le tyrannosaure de Jurassic Park, ED-209 de RoboCop et les insectes géants de Starship Troopers. Ses collaborations avec George Lucas, Steven Spielberg et Paul Verhoeven ont marqué à jamais le genre fantastique et l’inconscient collectif. Ce film vous invite à redécouvrir une oeuvre exceptionnelle.

Il y a quelques mois, nous vous avions longuement parlé et même disséqué le documentaire Le Complexe de Frankenstein. Pendant trois ans, de 2013 à 2015, Gilles Penso, monteur, scénariste, journaliste (L’Ecran Fantastique et Sonovision) et Alexandre Poncet, journaliste (Mad Movies, Freneticarts qu’il a co-fondé en 2008), monteur, compositeur, avaient produit et réalisé ce film sensationnel sur les créatures au cinéma, mais aussi et surtout sur ceux qui se cachaient derrière ces monstres avec lesquels chacun a grandi et développé son propre univers. Huit ans après Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux, écrit et réalisé par Gilles Penso, produit par Alexandre Poncet et cinq ans après Le Complexe de Frankenstein, les deux complices ont décidé de se concentrer cette fois sur une figure emblématique des effets spéciaux et du cinéma fantastique, Phil Tippett (né en 1951). Vous êtes prêts pour un nouveau voyage formidable et passionnant au pays de l’imaginaire, du génie et de la création ? Alors ne manquez pas Phil Tippett, des rêves et des monstres !

Qu’elles paraissent courtes ces 80 minutes passées en compagnie de l’animateur de stop-motion, designer et réalisateur Phil Tippett. Gilles Penso et Alexandre Poncet ont encore frappé et signent un troisième film-documentaire aussi soigné sur le fond que sur la forme. Non seulement Phil Tippett, des rêves et des monstres dresse le portrait de ce brillant technicien hollywoodien, récompensé aux Oscars pour Le Retour du Jedi et Jurassic Park, mais le film complète également sans redondance leurs deux précédents documentaires. D’emblée, on s’attache à ce personnage, cet artiste fou qui passe encore ses journées à expérimenter dans son atelier avec tout ce qui lui passe sous la main. Bénéficiant d’un accès illimité aux collections et aux archives de Tippett Studio, ce film étudie l’héritage de Phil Tippett, depuis sa collaboration avec George Lucas jusqu’à des oeuvres plus personnelles, le fameux Mad God, peut-être son plus projet qui lui tient le plus à coeur, celui qui lui ressemble le plus « car plus underground », comme l’indique Jules Roman, épouse de l’artiste et présidente de Tippett Studio.

A l’instar de leurs précédents films, Alexandre Poncet et Gilles Penso ne s’adressent pas seulement aux passionnés des effets spéciaux et aux amateurs de cinéma fantastique, mais aussi aux cinéphiles, aux spectateurs curieux, à tous, de 7 à 77 ans. Cette portée universelle est immédiate, réelle. Cette fois encore, les deux réalisateurs sont allés à la rencontre d’artistes exceptionnels, devenus aussi incontournables que mythiques, qui témoignent face caméra de leur collaboration avec Phil Tippett ou tout simplement sur sa contribution au genre fantastique, qui a largement contribué au succès et même à la postérité de certains films. Outre le fait de partager un petit peu le quotidien de Phil Tippett, qui revient sur quelques épisodes phares de sa prestigieuse carrière, interviennent également les réalisateurs Joe Dante, Joe Johnston et Paul Verhoeven, les créateurs d’effets spéciaux Dennis Muren (Rencontres du troisième type, Terminator 2 – Le Jugement dernier, Jurassic Park, Twister) et Alec Gillis (Aliens – le retour, Leviathan, La Mort vous va si bien, Jumanji) et bien d’autres. Ces illustres noms s’entrecroisent à travers l’évocation de leur collaboration avec Phil Tippett. Comme dans Le Complexe de Frankenstein, de leurs propos naît une réflexion sur l’évolution de leur métier, de leur art, qui n’a eu de cesse d’évoluer au fil des années et où les images de synthèse ont peu à peu pris le pas sur l’animation en volume, ou plus communément la stop-motion. Une avancée technologique inéluctable et même impitoyable pour Phil Tippett, qui était sur le point de raccrocher les gants, mais qui a su rebondir immédiatement, contrairement au célèbre maquilleur Rob Bottin (The Thing, Legend, Fight Club) qui a purement et simplement quitté l’industrie du cinéma depuis 2003, en raison du manque de respect vis–à–vis de la profession. Phil Tippett revient sur le fait d’avoir été pris au dépourvu sur Jurassic Park avec l’animation de ses dinosaures en CGI. Un essor technologique qui l’a fait entrer en dépression, dont il est heureusement sorti avec l’envie de prendre finalement le train en marche et pour ainsi prouver qu’il n’était pas d’être mis à la casse.

Quelques séquences mythiques des trois « premiers » Star Wars, de Piranhas de Joe Dante, du Dragon du lac de feu de Matthew Robbins, de RoboCop, de Jurassic Park, de Starship Troopers sont donc largement évoquées dans ce documentaire. Rien à redire sur le côté technique. Le film est vraiment très élégant (y compris les génériques), merveilleusement documenté, le montage soigné et saluons une fois de plus la superbe composition d’Alexandre Poncet. Un trésor de chaque instant.

LE BLU-RAY

Un peu plus de deux ans après Le Complexe de Frankenstein, Phil Tippett, des rêves et des monstres apparaît également sous les couleurs de Carlotta Films, en DVD et en Blu-ray. L’édition HD est disponible sous la forme d’un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette reprend le sublime visuel de l’affiche originale. Même chose concernant le menu principal, fixe et musical.

On commence tout d’abord par un formidable commentaire audio des réalisateurs Alexandre Poncet et Gilles Penso. Enjoués, dynamiques et très heureux de leur nouveau « bébé », les deux amis et collaborateurs reviennent sur tous les aspects de Phil Tippett, des rêves et des monstres, qui leur a demandé cinq ans de travail. La genèse du projet, le titre (Le Dernier des dinosaures avait été envisagé), les étapes de la réalisation, leurs intentions (démontrer qu’il ne s’agissait pas d’un sujet de niche), la création du générique, Les conditions de tournage, l’évolution du montage, les scènes coupées, les partis-pris, la création de la musique par Alexandre Poncet et encore bien d’autres thèmes sont abordés pendant près d’1h20, sans aucun temps mort et avec une passion extrêmement contagieuse ainsi qu’une spontanéité revigorante. Enfin, on apprend aussi que le tandem prépare un nouveau film qui aura pour sujet l’histoire de l’animation. Nous serons au rendez-vous.

Enchaînez avec l’excellent documentaire rétrospectif du film, intitulé Meeting the Monsters, autrement dit les coulisses du documentaire, d’une durée impressionnante d’1h40 ! De Berkeley à Paris, en passant par La Haye, Gilles Penso et Alexandre Poncet interviennent cette fois face caméra, et abordent la création, le tournage et le montage de Phil Tippett, des rêves et des monstres. C’est ici l’occasion de découvrir quelques images « laissées sur le banc de montage », qui complètent parfois certaines séquences du film, tout comme divers propos des deux complices qui prolongent également certains sujets abordés dans leur commentaire, comme leur répartition des tâches. Le but est ici de proposer aux spectateurs une véritable plongée dans l’épopée du tournage qui s’est déroulé sur plusieurs années, un journal de bord, en immersion, sans voix-off superflue ou commentaires. Quelques images des rushes, du tournage proprement dit, ainsi que de la présentation du film dans divers festivals, viennent illustrer cet impressionnant module, disponible en quatre segments ou en intégralité. Et pour les fans (voir le making of du Complexe de Frankenstein), la « Goldblouche » est de retour avec le vrai Jeff Goldblum mis à contribution à cette occasion !

Faites ensuite une pause et relaxez-vous en écoutant la musique d’Alexandre Poncet, disponible sur une piste musicale isolée.

A l’exception de la bande-annonce, présente sur l’édition DVD et Blu-ray, les suppléments suivants sont uniquement proposés sur l’édition HD :

Huit scènes coupées et alternatives (11’30), disponibles avec ou sans le commentaire audio d’Alexandre Poncet, reviennent entre autres sur les origines d’ED 209, le design de Cain de RoboCop 2, l’après-Oscar pour Phil Tippett, un montage alternatif de la scène du jeu d’échecs et bien d’autres éléments que les passionnés ne manqueront pas de découvrir.

Nous trouvons également une très large galerie de photos, animée et musicale (9’).

L’Image et le son

Essentiellement tourné en numérique, Phil Tippett, des rêves et des monstres débarque en Blu-ray (1080i, AVC), un format qui sied à merveille aux précieuses images recueillies par Poncet/Penso. Le master HD est étincelant. Les protagonistes apparaissent clairement, les couleurs sont très belles, le relief palpable, le piqué incisif et certains gros plans sur les maquettes et accessoires se révèlent d’une précision d’orfèvre. Les quelques extraits de films et archives de tournage qui illustrent ce documentaire ont vraisemblablement subi un dépoussiérage afin d’offrir aux spectateurs le meilleur confort possible.

Le documentaire est proposé en DTS-HD Master Audio 5.1. Dans un premier temps, la spatialisation peut sembler limitée et l’essentiel de ce mixage demeure focalisé sur la centrale d’où sont exsudés avec force, les commentaires du film, mais c’était sans compter l’accompagnement musical très présent. L’ensemble est plutôt riche, les latérales parviennent à instaurer une atmosphère plaisante, y compris lorsque les prises de son ont été réalisées dans des conditions restreintes. Le caisson de basses parvient à tirer son épingle du jeu.

Crédits images : © 2015 FRENETIC ARTS. Tous droits réservés. / Carlotta Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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