Test Blu-ray / Saturn 3, réalisé par Stanley Donen

SATURN 3 réalisé par Stanley Donen, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD le 29 octobre 2019 chez Elephant Films

Acteurs : Kirk Douglas, Harvey Keitel, Farrah Fawcett, Ed Bishop…

Scénario : Martin Amis d’après une idée originale de John Barry

Photographie : Billy Williams

Musique : Elmer Bernstein

Durée : 1h27

Date de sortie initiale : 1980

LE FILM

Deux savants, Alex et Adam, vivent totalement isolés dans la station Titan, sur un satellite de Saturne. L’arrivée d’un nouveau voyageur est toujours un événement : aussi accueillent-ils comme il se doit, Benson, un étrange personnage arrivant de la Terre. Avec lui, un nouveau modèle de robot, baptisé Hector, qu’il met rapidement en service. Mais très vite, le robot multiplie les réactions bizarres et inquiétantes. Au point d’en devenir complètement incontrôlable…

Stanley Donen (1924-2019) aux commandes d’un film de science-fiction ??? Comment le réalisateur de Chantons sous la pluie (1952), Drôle de frimousse (1957), Charade (1963) et Voyage à deux (1967) s’est-il retrouvé sur ce projet ? En fait, Stanley Donen était bien attaché à la production de Saturn 3, dont la mise en scène était alors confiée à John Barry, chef décorateur britannique qui a fait sa renommée sur des films de prestige comme Orange mécanique de Stanley Kubrick, La Guerre des étoiles de George Lucas (Oscar des meilleurs décors en 1978) et Superman de Richard Donner. Un C.V. bien fourni qui le mène tout naturellement à la mise en scène. Saturn 3, dont il est l’auteur, devait être son coup d’essai derrière la caméra. Peu de temps après le début des prises de vue, des divergences artistiques, autrement dit de grosses engueulades, surviennent sur le plateau entre le réalisateur et sa tête d’affiche, la star Kirk Douglas. John Barry est vivement remercié et Stanley Donen, qui n’avait rien demandé à personne, reprend le train en marche. Pas facile de donner un semblant d’intérêt à un film dont le scénario est passé de main en main.

Saturn 3 est aujourd’hui, comme à sa sortie d’ailleurs, considéré à juste titre comme un nanar inter-galactique, éminemment sympathique, divertissant, dans lequel on s’amuse devant Kirk Douglas alors en pleine crise de la soixantaine. Agissant comme une diva, le comédien souhaite apparaître nu à l’écran et montrer ses capacités sportives. Ce qui contribue au caractère quelque peu nawak de cette entreprise spatiale, pas désagréable, mais involontairement drôle, dans lequel brille le sex-appeal de la splendide Farrah Fawcett, qui sortait alors de la série Drôles de dames où elle incarnait Jill Munroe.

Deux savants agronomes, Adam et Alex, travaillent dans une petite station de recherche située sur un des satellites de Saturne. En total isolement depuis trois ans, ils se livrent à une série d’expériences en vue de résoudre les problèmes d’alimentation qui se posent sur la planète Terre, surpeuplée et polluée. Leur existence s’écoule paisiblement en compagnie de leur chien Sally et de leurs trois assistants robots. Un jour se présente à eux le capitaine Benson, psychologiquement instable, qui, après avoir secrètement assassiné le capitaine James, a pris sa place afin de tester un robot, appelé Hector, tout récemment conçu et de la génération “demi-dieu”, qui possède un cerveau en fibres humaines. De fait, Hector, branché directement sur les ondes de Benson, agit avec autant d’intelligence que d’indiscipline. Benson, ne parvient plus à le contrôler. Adam, qui doit alors protéger son amie des assauts de Benson et d’Hector, ne parvient pas non plus à se débarrasser du robot, malgré plusieurs tentatives.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le décorateur Stuart Craig, futur grand qui officiera sur tous les opus de la saga Harry Potter, a mis le paquet sur les diodes de couleurs lumineuses et les écrans ! A croire que tout le budget, on parle alors de 10 millions de dollars, est passé dans la représentation de cette petite station paumée et (mal) incrustée dans une maquette risible, dans les mythiques studios de Shepperton. Kirk Douglas et Farrah Fawcett, habillés en pyjama du style Cosmos 1999, en peignoir pour le premier, en nuisette pour la seconde, déambulent dans ces couloirs mal éclairés, font leur jogging en montrant leur sourire Ultra-Brite et passent leur temps à batifoler comme des babas-cool qui auraient pris la première navette venue au moment des évènements de mai 68. L’ami Kirk, 64 ans au compteur, se fait plaisir en palpant sa partenaire de trente ans son cadet, l’ayant même obligé à se dévêtir comme lui à l’écran. Il faut voir comment le sieur Issur Danielovitch Demsky (son vrai nom) se bastonne avec Harvey Keitel (qui arbore catogan et combi en vinyle vert), la fesse plate à l’air, les pectoraux bronzés, comme Viggo Mortensen dans la célèbre scène du hammam des Promesses de l’ombre. Sauf que c’est rigolo ici. D’ailleurs, Kirk en profite pour faire quelques petites cascades, pour sauter de plusieurs mètres, tout en s’en prenant à un vilain robot, une intelligence artificielle qui souhaite prendre son indépendance et diriger ces pauvres humains d’une main de maître. Un robot kitschounet qui a quand même coûté la bagatelle d’un million de dollars !

Saturn 3 ne brille pas par sa réalisation, c’est indéniable. Pourtant, le prologue est étonnamment très réussi, avec quelques plans très beaux, insolites, prometteurs et élégants. Dommage que cela se gâte dès l’arrivée de Benson sur Saturn 3, où les mauvais modèles réduits envahissent l’écran. Le jeu du chat et de la souris qui s’instaure est ensuite bien redondant, même si l’on ne peut s’empêcher de trouver le film attachant dans ses énormes défauts, comme un montage aux pâquerettes, qui n’instaure aucun rythme et se contente de rattacher les séquences ensemble, sans intérêt dramatique.

Farrah Fawcett n’a pas grand-chose à défendre, à part déambuler dans ses costumes bien ajustés ou échancrés, les cheveux toujours impeccables, tandis que son partenaire roule des mécaniques. Notons la réussite de la partition du grand Elmer Bernstein, qui essaye tant bien que mal de donner une ampleur au film.

A sa sortie, Saturn 3 ne rentabilise pas son budget, Farrah Fawcett et Kirk Douglas sont nommés aux Razzie Awards en 1981, Stanley Donen ayant lui le prestige de représenter le film dans la catégorie du pire film. Ce sera alors son avant-dernier long métrage, avant de réaliser La Faute à Rio (1984), remake d’Un moment d’égarement de Claude Berri. Toujours est-il que Saturn 3 ne marquera pas le genre fantastique, mais plutôt l’esprit des amateurs de nanars qui en ont fait un vrai film culte.

LE BLU-RAY

Saturn 3 débarque en HD chez Eléphant Films. Après un détour chez Opening et Filmedia, Eléphant Films avait tout d’abord édité le film de Stanley Donen en DVD en 2005. Près de quinze ans plus tard, Saturn 3 est désormais disponible en Blu-ray. Superbe visuel concocté pour de combo. La jaquette est par ailleurs réversible, avec l’affiche originale. Le menu principal est animé sur la plus belle séquence du film.

Le journaliste en culture pop Julien Comelli propose une large et exhaustive présentation de Saturn 3 (26’). La réalisation d’Erwan Le Gac est très amusante et mettent en valeur les propos tenus ici sur un mode souvent humoristique, mais néanmoins blindé d’informations. Vous en apprendrez donc beaucoup sur le fantastique au cinéma dans les années 1970, sur la mise en chantier du film, sur le casting, sur John Barry et son éviction du poste de metteur en scène, sur son remplacement par Stanley Donen, les effets visuels « tonton la bricole », les thèmes du film, sa sortie, etc.

Evoquée par Julien Comelli dans son exposé précédent, la célèbre séquence dite de « l’Ecstasy » est proposée ici en supplément (3’30). Dans cette séquence coupée, qui a pourtant servi à la promotion du film, dans la bande-annonce et même sur une des affiches d’exploitation, Farrah Fawcett arbore un costume « Barbarella » devant un Kirk Douglas sous substance, qui danse sur une musique électro-disco. Certains passages sont muets et montrent le clap.

D’autres scènes laissées sur le banc de montage pour l’exploitation de Saturn 3 dans les salles sont également disponibles en bonus. Ces séquences ont été réintégrées pour la diffusion du film à la télévision américaine en 1984. On notera une promenade en buggy de Kirk Douglas avec le robot Hector.

L’interactivité se clôt sur le teaser, la bande-annonce et une galerie de photos.

L’Image et le son

Grâce à un codec AVC de haute tenue, le Blu-ray de Saturn 3 proposé au format 1080p, permet aux spectateurs de redécouvrir les décors du film. Si l’on excepte quelques séquences plus douces que d’autres ou au grain plus appuyé (sur les plans de dérivation dans l’espace) nous nous trouvons devant une image qui ne cesse de flatter les rétines. Issue d’une restauration solide, cette copie HD est d’une stabilité à toutes épreuves. La propreté est indéniable, les couleurs sont très belles (voir le panneau avec toutes les diodes bariolées), le piqué est joliment acéré et les détails sont probants. Certes les effets spéciaux optiques ont pris un petit coup de vieux, mais le découpage est net et sans bavure, l’ensemble est homogène et d’une indéniable élégance. Les noirs sont peut-être trop bouchés à notre goût et le visage des acteurs trop grisâtres, mais revoir ce nanar de luxe dans ces conditions était pour ainsi dire inespéré.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage DTS-HD Master Audio 2.0. Le confort acoustique est largement assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque de vivacité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés. Notons également qu’Harvey Keitel a vu ses répliques doublées par un autre comédien en post-production, Stanley Donen n’appréciant guère son accent marqué de Brooklyn.

Crédits images : © Elephant Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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