Test Blu-ray / Mikey & Nicky, réalisé par Elaine May

MIKEY & NICKY réalisé par Elaine May, disponible en DVD et Blu-ray le 21 janvier 2020 chez Potemkine Films.

Acteurs : Peter Falk, John Cassavetes, Ned Beatty, Rose Arrick, Carol Grace, William Hickey…

Scénario : Elaine May

Photographie : Bernie Abramson, Lucien Ballard, Jack Cooperman, Jerry File, Victor J. Kemper

Musique : John Strauss

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 1976

LE FILM

Depuis qu’il a roulé un parrain de la mafia et que sa tête est mise à prix, Nicky vit en planque. Il appelle à l’aide son ami Mikey et les deux hommes s’engagent dans une longue nuit, entre fuite, alcool et discussions sur l’amitié.

Avant d’être “reconnue” comme étant la principale responsable d’un des échecs les plus cuisants du cinéma des années 1980 avec le film Ishtar (avec Warren Beatty, Dustin Hoffman, Charles Grodin et Isabelle Adjani), Elaine May (née en 1932) avait écrit et réalisé Mikey & Nicky en 1973, qui ne sortira sur les écrans américains qu’en 1976. Film indépendant méconnu, le troisième long métrage de la comédienne-scénariste-réalisatrice après A New Leaf (1971) et surtout Le Brise-cœurThe Heartbreak Kid (1972), dont les frères Farrelly signeront le remake avec Les Femmes de ses rêves, aura attendu une dizaine d’années avant de sortir sur les écrans français suite à un conflit opposant la Paramount à la réalisatrice. Remonté par le studio pour sa sortie en 1976, le film avait alors été renié par Elaine May qui avait dû attendre 1986 pour livrer sa version dite Director’s cut. C’est peu dire que le casting est alléchant avec d’un côté John Cassavetes, comédien, auteur et cinéaste majeur du cinéma indépendant américain, et de l’autre son acteur fétiche et ami Peter Falk qu’il avait déjà dirigé en 1971 dans Husbands et un peu plus tard dans Une femme sous influence. La première vision du film risque d’en dérouter plus d’un. On ne sait vraiment pas quoi dire ou penser de ce film dont l’histoire ne se résume en fait qu’à quelques lignes, les acteurs faisant le reste. Les deux comédiens ne « jouent pas », mais incarnent véritablement sous nos yeux ces deux amis liés par trente années de complicité, et qui finissent pourtant par se déchirer. Après mûre réflexion, Mikey & Nicky trotte dans la tête, tandis que les éléments se mettent en place.

Elaine May plonge le spectateur dans les rues oubliées de Philadelphie, ses impasses désertes éclairées par les néons des bars miteux et les phares des bus nocturnes. Filmé en caméra portée et nerveuse, le film montre la nuit d’errance, de 21h à 5h, de deux partenaires dont l’un est conscient que ce sera probablement sa dernière. Nicky (John Cassavetes) apprend que la mafia a mis sa tête à prix après avoir volé le parrain. Il appelle Mickey (Peter Falk) qui comme toujours vient le tirer d’affaire. Celui-ci l’aide à surmonter sa paranoïa et son angoisse. Il réussit à le sortir de l’hôtel où il se terre et propose un plan pour s’enfuir. Alors qu’un tueur est à leurs trousses (Ned Beatty, grand acteur souvent oublié), les deux amis doivent sauver leur peau, et s’interrogent sur la trahison, le regret et le sens de leur amitié.

Tandis que Nicky semble constamment sur ses gardes, courant plus d’ailleurs qu’il ne marche en regardant constamment derrière lui, la caméra d’Elaine May semble connectée aux centres nerveux du personnage. Au fur et à mesure que Nicky commence à douter de son ami, la caméra devient instable, s’agite jusqu’à l’hystérie. La réalisation prend aussi de la distance pour devenir finalement un témoin à part entière de l’histoire, tout en préservant le mystère sur ces deux protagonistes. Les vingt premières minutes tentent de nous faire connaître un minimum Mikey et Nicky. Le lieu unique de l’action sera tout d’abord réduit à la chambre d’hôtel dans laquelle le premier rejoint l’autre. Dès leur sortie, toutes les idées que l’on pouvait se faire sur ces personnages semblent être remises en question, Elaine May soulignant les bons mais surtout leurs mauvais côtés. Si le rêve américain échappera à l’un et à l’autre, au moins auront-ils tenté de s’en approcher, quitte à remettre en question le fondement sacré de leur amitié. L’un est sans nul doute plus malin que l’autre et s’il parviendra à s’enrichir, il ne se sortira pas indemne de sa trahison. Le personnage de Mikey est à l’opposé de celui de Nicky : calme, vraisemblablement réfléchi et posé, ce n’est pas par ses gestes qu’il se dévoile au spectateur mais par son bouillonnement intérieur, luttant constamment contre ses doutes, ses actes et un secret qu’il aurait peut-être été judicieux de ne révéler que dans les dernières minutes du film. Il n’empêche que si l’un est survolté et nerveux (Nicky), l’autre parvient à se contenir (Mikey).

L’âme du cinéma de John Cassavetes plane évidemment sur l’oeuvre d’Elaine May, et pour de nombreuses critiques, il s’agit du meilleur film du Cassavetes acteur, même si beaucoup croyaient et croient encore qu’il en est également le metteur en scène et l’auteur. Film noir psychologique saupoudré des codes de la Nouvelle Vague et du Nouvel Hollywood, laissant place à l’improvisation technique, Elaine May distille au compte-gouttes les éléments d’un puzzle un peu abracadabrant, parfois long, souvent prenant, jusqu’au final bouleversant. L’ambiance seventies comblera les attentes des cinéphiles amoureux de cette époque bénie du cinéma indépendant US mais risquera d’en frustrer plus d’un par ses nombreuses maladresses techniques : reflets du caméraman, apparition du perchman, montage haché, sans parler de la (sur)abondance de dialogues qui peut parfois avoir raison de la patience du spectateur. Toutefois, Mickey & Nicky est un film à voir, à réhabiliter sans doute, mais à connaître quoi qu’il en soit.

LE BLU-RAY

Mikey & Nicky arrive dans l’escarcelle de Potemkine Films pour son arrivée en Haute-Définition et dans une nouvelle édition DVD. Superbe visuel pour cette version restaurée. Le menu principal est animé et musical.

Pour cette édition, Potemkine Films est allé à la rencontre de Jean-Baptiste Thoret, réalisateur, historien et critique cinématographique, spécialiste du cinéma américain et plus particulièrement du Nouvel Hollywood. Cette présentation et cette analyse de 45 minutes sont aussi passionnantes qu’indispensables pour tout savoir sur Mikey & Nicky. La genèse du film, les conditions de tournage, la longue phase de montage (qui a demandé près de trois ans), le jeu des comédiens, la psychologie des personnages, la carrière de la scénariste-réalisatrice Elaine May, les conflits entre cette dernière et la Paramount, la sortie et l’échec du film, les points communs et surtout les différences entre Mikey & Nicky et les œuvres réalisées par John Cassavetes, ainsi que bien d’autres sujets sont abordés (ou des scènes disséquées) au fil de ce module qui confirme une fois de plus la place de Jean-Baptiste Thoret sur le podium des plus grands critiques français contemporains.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Oublions l’ancienne édition Standard éditée par Carlotta Films en 2008, dont la copie était partiellement restaurée. La propreté de l’image est ici plus éloquente et conserve heureusement son épais grain argentique original. Les partis pris donnent parfois du fil à retordre avec une photographie souvent vaporeuse et trouble. La palette colorimétrique retrouve un certain éclat. Les fourmillements sont limités, contrairement aux déséquilibres constatables en DVD. La caméra, constamment en mouvement, pose souvent quelques problèmes mise au point et des plans flous sont à déplorer dans les scènes d’intérieur. Malgré les prises de vue sur le vif, les gros plans restent soignés et sont détaillés. Les noirs sont denses, les ambiances feutrées bien restituées et la stabilité d’ensemble est on ne peut plus satisfaisante. Master restauré 4K.

Le son a lui aussi subi une petite révision. La piste unique anglaise DTS-HD Master Audio 1.0. retrouve une dynamique qu’on ne soupçonnait pas. Sur l’ancien DVD, le mixage manquait de clarté, avec de nombreux échanges sourds et étouffés. Des parasites sonores s’invitaient aussi, ainsi qu’un bruit de fond et un souffle régulier qui devenait vite agaçant. Point de cela ici, les dialogues sont nettement mieux assurés et les bruitages plus équilibrés. Quelques saturations. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Potemkine Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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