
LES RATS DE MANHATTAN (Rats – Notte di terrore) réalisé par Bruno Mattei, disponible en Blu-ray chez Pulse Vidéo.
Acteurs : Ottaviano Dell’Acqua, Geretta Geretta, Massimo Vanni, Gianni Franco, Ann-Gisel Glass, Jean-Christophe Brétignière, Fausto Lombardi, Henry Luciani…
Scénario : Bruno Mattei, Claudio Fragasso & Hervé Piccini
Photographie : Franco Delli Colli
Musique : Luigi Ceccarelli
Durée : 1h37
Année de sortie : 1984
LE FILM
Deux cents ans après le lancement de la dernière bombe atomique, la planète n’est plus qu’un vaste champ de ruines. Guidé par la faim, un groupe de survivants s’est frayé un chemin vers la presqu’île de Manhattan. Cet ancien phare de la civilisation pourrait devenir leur ultime refuge. Mais ce qui les attend sur place dépasse l’entendement.

Quand on vous dit film d’horreur (ou pas d’ailleurs) avec des rats, vous pensez instantanément à Willard (1971) de Daniel Mann, sans doute moins à sa (minable) suite Ben (1972) de Phil Karlson, mais aussi aux très bons Soudain… les monstres – The Food of the Gods (1976) de Bert I. Gordon et Les Rats attaquent – Deadly Eyes (1982) de Robert Clouse. Mais alors, pourquoi pas aux Rats de Manhattan – Rats – Notte di terrore de Bruno Mattei ??? Tout simplement parce qu’on ne peut pas dire que cette référence ultime du nanar n’a rien d’effrayant et que dans notre inconscient de cinéphile/age cet opus demeure une comédie involontaire. Par ailleurs, Les Rats de Manhattan doit moins à Bruno Mattei (t’as beau être crédité Vincent Dawn, on sait que c’est toi!) qu’au co-scénariste Claudio Fragasso, qui de l’avis quasi-unanime (l’actrice Geretta Geretta prétend le contraire, mais elle est bien la seule) a été beaucoup plus présent sur le plateau que le premier et qui est « responsable » de la direction d’acteurs. Si le résultat n’a jamais été fameux et ce même à sa sortie en 1984, les années n’ont pas arrangé les choses, c’est le moins qu’on puisse dire. Enfin, dans un certain sens. Puisque cette Notte di terrore demeure tout de même un divertissement qui met à mal les zygomatiques et reste un sommet du mauvais film (ultra) sympathique post-nuke (le film sera exploité en Allemagne sous le titre Les Guerriers du Bronx 3!), dans lequel les « comédiens » n’ont absolument rien à défendre et passent tout le film à crier face caméra, à (sur)réagir au moindre bruit suspect, les yeux écarquillés, en hyper-ventilation. Rien, absolument rien ne fonctionne dans Les Rats de Manhattan et c’est pour cela qu’on prend un plaisir (ceux qui disent « coupable » n’ont rien à faire là) immense à visionner ce film « d’épouvante » qui a en plus l’outrecuidance d’avoir été tourné en partie dans les mêmes décors qu’Il était une fois en Amérique – Once Upon a Time in America de Sergio Leone ! Avouez que ce grand écart démembrerait même JCVD. Toujours est-il qu’on s’amuse follement à suivre les aventures de cette bande de bras cassés, plongés dans la pénombre durant 95 minutes (en dehors du générique, tout se déroule en pleine nuit), histoire de calfeutrer la misère des décors, des costumes et des accessoires…mais pas celle des coupes de cheveux, car même si le récit se déroule en l’an 225 « après la bombe », ce qui situe donc le film vers 2240, la nuque longue et la coupe choucroutée semblent être revenus à la mode…On en redemande !



Se déroulant 225 ans après un holocauste nucléaire survenu en 2015, dans le monde contemporain, les survivants sont divisés entre ceux qui vivent dans des cités souterraines et les « Nouveaux Primitifs » qui vivent à la lumière du jour. Un groupe de onze d’entre eux découvre une ville abandonnée (qui se résume à une seule rue, qui n’a rien d’américain) et mystérieuse. Malgré la présence de nombreux cadavres horriblement mutilés, les aventuriers décident de s’y installer après avoir découvert d’importantes réserves de nourriture, une serre avec divers arbres fruitiers et une réserve d’eau potable. La nuit suivante, des centaines de rats affamés, visiblement génétiquement modifiés, sont prêts à les attaquer un par un. Lucifer et Lilith, en plein ébats amoureux, sont chassés du groupe pour qu’ils aillent faire leurs petites affaires ailleurs. Après une dispute, Lucifer, ivre, est attaqué et jeté dans les égouts où il est dévoré. Ce n’est que le début d’une nuit qui s’annonce infernale…


Les Rats de Manhattan (connu aussi sous le titre Les Mutants de la seconde Humanité) a beau avoir été tourné avec trois francs six sous (convertissez en lires si vous le pouvez) et les comédiens payés 250 dollars par semaine (le tournage a duré moins d’un mois), certaines idées restent en mémoire. C’est le cas de ce rat qui sort de la bouche d’une des pauvres victimes. Rat qui avait réussi à s’infiltrer dans un sac de couchage, avant de s’engouffrer dans les parties intimes de la jeune donzelle alors nue dans son duvet…Autant dire que le rongeur a « voyagé » pour se retrouver entre les dents de son repas. Un effet spécial réalisé pour de vrai, à l’aide d’une tête de rat (la rumeur dit que ce serait une vraie), enveloppée dans une capote et placée dans la bouche de l’actrice, qui n’avait alors qu’à pousser l’astuce avec sa langue. Et du système D il y en a partout dans Les Rats de Manhattan. On se souviendra aussi longtemps de ce subterfuge, quand devant palier au manque de rats mis à disposition (qui étaient en fait tous morts, mais qui étaient utilisées tout de même, avec l’odeur que cela implique), l’équipe des effets mettent au point une bâche noire sur laquelle étaient collés des faux rongeurs en plastique (ou pas, on ne sait plus), qu’on déplaçait ensuite sur un tapis roulant, histoire de faire croire que toute la meute était en mouvement. Là-dessus, les réalisateurs devaient passer systématiquement sur la tronche effrayée des personnages.


Ceux ci sont « incarnés » par une douzaine d’acteurs venus d’horizons et de pays divers. Ottaviano Dell’Acqua (Zombi 3, Blastfighter, l’exécuteur),Geretta Geretta (Murderock, Démons), Massimo Vanni (Emmanuelle et Françoise, Magnum Cop, Un citoyen se rebelle), Gianni Franco (Le Masque de cire), Ann-Gisel Glass (Conseil de famille, Détective), Jean-Christophe Brétignière (120 battements par minute) et Fausto Lombardi (À 16 ans dans l’enfer d’Amsterdam), pour ne citer que ceux qui ont commis le plus de péchés en apparaissant à l’écran, viennent donc d’Italie, de France et des États-Unis. Tourné en anglais, Les Rats de Manhattan s’est exporté dans le monde entier, où il a rencontré un beau succès dans les salles, à l’exception de l’Italie, où les résultats ont été mitigés.


En fait, il ne se passe pas grand-chose dans Rats – Notte di terrore. On passe d’une séquence à l’autre sur un faux rythme, d’une scène où un des membres de la bande se fait bouffer, à celle où ses potes le découvrent, puis à une autre où ils décident d’affronter les bestioles, avant de repasser à un autre passage de vie à trépas, etc. Là-dessus, la musique électro sous Tranxène de Luigi Ceccarelli (Jours tranquilles à Clichy, Bianco Apache, Scalps), ou plutôt les deux ou trois mêmes accords qui reviennent en boucle, essayent de donner une impression de tension, de danger, ce qui rate systématiquement. Les protagonistes prennent l’air effrayé en beuglant « Il y en a partout !!! », alors que le cadre peine à être rempli par ces petits êtres qui n’avaient rien demandé, et qui avaient même été trempés dans un colorant noir (inoffensif on nous dit), pour leur donner un aspect agressif. Seule chose bien dans tout cela, les rats, ou plutôt les souris qui provenaient d’un laboratoire où elles devaient devenir des cobayes, ont été « sauvées » pour passer à la postérité autrement…sachant que certaines ont été réellement brûlées au lance-flammes pour les besoins de certaines séquences.


Le film hésite à copier Alien de Ridley Scott (pour ce qui est de l’affrontement avec créature, qui agit ici comme une seule entité), Mad Max de George Miller (pour le look et les véhicules), The Thing (pour le duel au lance-flammes face à une créature) et New York 1997 de John Carpenter, pour l’action située à Manhattan, même si cela n’est jamais mentionné. Au passage, le leader s’appelle, non pas Snake (encore heureux), mais Kurt. Attention subtilité. On notera aussi que le tandem Mattei/Fragasso a baptisé le personnage joué par Geretta Geretta « Chocolat »…Ils sont allés loin pour la trouver celle-ci.


Mais nous avons déjà dévoilé beaucoup trop du film, car vous êtes finalement encore nombreux à ne pas l’avoir vu. Le mieux est de le dégoter quelque part (le dernier master restauré en date a subi un lifting 4K de premier ordre) et de vous laissez porter par cette dystopie au « rat » des pâquerettes. On verra dans 215 ans si les auteurs avaient vu juste. Une chose est sûre, vous n’oublierez jamais le twist final…



LE BLU-RAY
Après l’immense succès rencontré sur notre site de la chronique consacrée à l’édition 4K UHD de 2019 après la chute de New York, nous nous penchons aujourd’hui sur le Blu-ray des Rats de Manhattan, là encore édité par Pulse Vidéo. Après la VHS UGC Vidéo, puis celle de Proserpine, VidéoFilms et enfin Film Office en France, le film du tandem Mattei/Fragasso débarque en Haute-Définition ! Le Blu-ray repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Mention spéciale à la jaquette réversible, qui reprend les visuels originaux d’époque. Nous préférons celui de l’exploitation française. Le menu principal est animé et musical.

Le gros supplément de cette édition, intitulé Mad Rats, The Making of a Cult (56’) est réalisé par Eugenio Ercolani et croise les interviews de Claudio Fragasso, coréalisateur et coscénariste, du compositeur Luigi Ceccarelli et des acteurs Ann-Gisel Glass (Myrna), Jean-Christophe Brétignère (Lucifer), Massimo Vanni (Taurus), Ottaviano Dell’Acqua (Kurt) et le photographe de plateau Giovanni Leacche. Chacun revient sur les conditions drastiques conditions de tournage, où Bruno Mattei venait de temps en temps sur le plateau, en laissant quasiment tout faire à Claudio Fragasso. Ce dernier est visiblement ravi de revenir sur ce film et surtout de parler ses collaborations avec Bruno Mattei, l’une des rencontres les plus importantes de sa vie et de sa carrière. Celui-ci indique comment ils se répartissaient souvent les tâches, Bruno Mattei prenant en charge la partie technique et la supervision du montage, tandis que lui s’occupait de la partie dite artistique et la direction des acteurs. Il aborde également le principe du « deux en un », ou quand deux films étaient tournés simultanément, en utilisant les mêmes techniciens et la même distribution, à l’instar des deux films Novices libertines et L’Autre enfer, sur lesquels les deux hommes ont commencé à collaborer. Tout cela dans un seul et unique but, économiser toujours plus. Les comédiens présents dans ce bonus partagent quelques souvenirs liés aux prises de vues avec les rats, avec Bruno Mattei et Claudio Fragasso aussi bien sûr, même s’il semble évident que recevoir plusieurs dizaines de rats (avec leurs déjections) sur la tête les a beaucoup plus marqué…





L’éditeur propose de revoir Les Rats de Manhattan en mode VHSVision, en français, dans une copie tirée de l’édition belge VDS.



Nous trouvons une autre interview, celle de l’actrice Geretta Geretta (12’30). Celle-ci est particulièrement heureuse de parler des Rats de Manhattan, mais aussi et surtout de Bruno Mattei, dont elle conserve un merveilleux souvenirs, qui allait lui offrir son premier rôle parlant à l’écran et qui avait répondu présent pour l’épauler pour sa première mise en scène. Geretta Geretta se souvient de la façon dont elle a été engagée pour 250 dollars par semaine sur ce film (après qu’une amie, pressentie, avait refusé le rôle qui allait lui revenir). Les conditions de prises de vues (dans les décors d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone !), ses partenaires, les « pauvres » souris teintes pour avoir l’air menaçant sont aussi les sujets abordés. Enfin, la comédienne dévoile un secret (attention spoilers) et indique que c’est elle qui apparaît grimée en rat-humain à la toute fin du film, étant la seule qui pouvait supporter les lentilles de contact prévues pour cet effet !







L’interactivité se clôt sur la bande-annonce du film (en italien et en anglais), mais aussi une sélection de bandes-annonces d’opus signés Fragasso/Mattei (Mission Suicide : Strike Commando 2 avec entre autres…Richard Harris, oui oui), Caligula et Messaline, Night Killer et Zombie : La Création.

L’Image et le son
Point de disque UHD contrairement à 2019 après la chute de New York, mais un fabuleux Blu-ray proposé par Pulse Vidéo. Mais il s’agit tout de même du dernier master restauré 4K des Rats de Manhattan, réalisée à partir du négatif original, qui d’après nos sources était pourtant en mauvais état. Oubliez la décomposition chimique et d’autres anomalies qui avaient pu causer d’importants dommages. Quand bien même certaines imperfections ont été minimisées et conservées, le reste de l’image est excellent. Impossible d’obtenir mieux que ce magnifique master. La netteté, la clarté, la profondeur et la reproduction des couleurs sont tout simplement dingues de beauté, la texture argentique préservée, organique, équilibrée, le piqué acéré, les matières palpables. Blu-ray au format 1080p.

Comme l’indique la jaquette, les sous-titres français ont été calés sur la langue italienne. Trois options acoustiques s’offrent à vous. En italien donc, mais aussi en français (attention, doublage d’anthologie) et en anglais (qui semble être la langue de tournage). Trois pistes forcément différentes dans leur « approche » et quitte à choisir, sélectionnez immédiatement la langue de Molière, où les doubleurs, paumés entre improvisations et lecture d’un texte minable, s’en donnent à coeur joie du début à la fin. Dans tous les cas, la dynamique est présente, les dialogues ressortent bien, ainsi que la (terrible) composition de Luigi Ceccarelli. Les sous-titres français ne sont pas imposés. Présence aussi de sous-titres anglais.






© Visuels : Studiocanal, Beatrice Films S.R.L. (Rome) / Captures du film et des suppléments : Franck Brissard (JamesDomb) pour Homepopcorn.fr
