Test Blu-ray / La Maison de la mort, réalisé par James Whale

LA MAISON DE LA MORT – UNE SOIRÉE ÉTRANGE (The Old Dark House) réalisé par James Whale, disponible en Blu-ray le 27 janvier 2021 chez Carlotta Films.

Acteurs : Boris Karloff, Gloria Stuart, Melvyn Douglas, Charles Laughton, Elspeth Dudgeon, Lilian Bond, Ernest Thesiger…

Scénario : Benn W. Levy d’après le roman de J.B. Priestley

Photographie : Arthur Edeson

Durée : 1h12

Date de sortie initiale : 1932

LE FILM

Surpris par un orage et une pluie diluvienne, des voyageurs égarés trouvent refuge dans une demeure lugubre, appartenant à l’étrange famille Femm. Ils y rencontrent d’inquiétants personnages : Horace, le blafard maître de maison, sa soeur Rebecca, sourde et religieuse obsessionnelle, ou encore Morgan, le domestique défiguré et muet, sujet à des crises de violence lorsqu’il boit. L’atmosphère est lourde et menaçante, la nuit s’annonce bien longue…

La Maison de la mort, également connu sous le titre Une soirée étrange, est un autre chef d’oeuvre de James Whale caché derrière son monument Frankenstein (1931). Réalisé juste avant L’Homme invisible (1933) et La Fiancée de Frankenstein (1935), The Old Dark House, sorti en 1932 et adapté du roman Dans la nuit de J. B. Priestley, réunit Melvyn Douglas, Charles Laughton, Ernest Thesiger et la superbe Gloria Stuart. Cette dernière est bien connue des spectateurs, même s’ils ne connaissent pas obligatoirement son nom, puisque l’actrice incarnera Rose âgée dans Titanic de James Cameron 65 ans plus tard ! Mais celui qui parvient à s’élever au-dessus du lot n’est autre que Boris Karloff, qui une fois de plus transcende un personnage en apparence limité grâce à son charisme hors-normes et son immense talent. Par ailleurs, le producteur Carl Laemmle Jr. a tenu à laisser une note d’intention à l’audience en avant-programme « Le Boris Karloff dans ce film est le même comédien qui a créé le monstre de Frankenstein. Cette explication vise à éviter tout litige éventuel, même si de tels litiges constituent un hommage à la grande versatilité de l’acteur ». Un message “nécessaire” si certains spectateurs auraient dans l’idée de se faire rembourser après la projection s’ils avaient vu le film sans reconnaître le comédien, il est vrai méconnaissable, mais sensationnel.

En raison d’un orage très violent, un couple et un ami, perdus dans les montagnes galloises, peinent à conduire sur la route de plus en plus impraticable. Alors qu’ils commencent à perdre patience et que l’eau s’infiltre à l’intérieur même du véhicule, ils aperçoivent une vieille bâtisse aux fenêtres allumées. Ils s’arrêtent et frappent à la porte. Un mystérieux majordome, au visage balafré (maquillage signé Jack Pierce), visiblement muet, leur ouvre. Très vite ils font la connaissance d’un des propriétaires des lieux, un certain Sir Horace Femm, vieil athée original, qui semble apeuré, sa sœur Rebecca, vieille fille, fanatique religieuse, sourde comme un pot, qui ne cesse de répéter que la maison est maudite. Alors qu’arrive un autre couple, également guidé par la lumière, l’atmosphère devient de plus en plus inquiétante. Le patriarche âgé de 102 ans est confiné dans sa chambre. Mais il se peut qu’un autre membre de la famille soit maintenu en captivité dans l’une des chambres situées au dernier étage de la baraque. Pour quel motif ? Les plus curieux vont tenter d’en savoir plus.

James Whale n’est pas « que » le réalisateur des films de monstres nommés plus haut, c’est avant tout un génie de la mise en scène et à ce titre La Maison de la mort est un pur exercice de style. Sa maîtrise de l’espace, du découpage, du cadre laisse encore aujourd’hui pantois d’admiration. Avec une économie de moyens, y compris un usage limité de la musique « d’ambiance », la tension n’a de cesse de monter tout au long de ces 70 minutes. Pas un moment de répit. Les personnages entrent et sortent de la maison, montent et descendent des escaliers, tombent, se relèvent. Même la séquence de repas intrigue et installe un malaise palpable avec toujours ce majordome, prénommé Alfred, qui passe d’invité en invité, tandis que les membres de la famille s’agitent de plus en plus. Mais quel est donc le secret que renferme cette maison ? Pour le découvrir il vous faudra découvrir ce bijou méconnu, ce diamant noir, non dénué d’humour y compris dans ses scènes les plus angoissantes avec même quelques allusions coquines (« Alors tu t’es trempée les pieds ? » « Oui Bill, mais ce n’est pas tout ! » « Oui, je peux m’en douter ! »), qui mérite amplement d’être réhabilité.

LE BLU-RAY

Quatre ans, quasiment jour pour jour, après une première édition en DVD chez Elephant Films, La Maison de la mort refait surface dans les bacs. Cette fois, le film change de crèmerie et arrive dans l’escarcelle de Carlotta Films dans une nouvelle édition Standard et pour la première fois en Haute-Définition. Très beau visuel. Le menu principal est fixe et musical.

Exit la présentation du film par Jean-Pierre Dionnet de l’édition Elephant Films, place à un entretien inédit, et non des moindres, puisqu’il s’agit d’une interview de Sara Karloff, fille de Boris Karloff, qui revient sur l’exceptionnelle carrière de son père, immortalisé à jamais dans Frankenstein et ses nombreuses suites, et dont la performance dans La Maison de la mort la terrifie toujours autant. Durant un quart d’heure, Sara Karloff répond aux questions de Dean Otto, conservateur de films au Speed Art Museum. Si celui-ci en fait un peu trop dans le cirage de pompes, Sara Karloff, âgée de 79 ans au moment de la réalisation de ce module, répond doucement, avec beaucoup d’affection et une admiration sans bornes pour son père et son travail. Quelques photos de tournage dévoilent les coulisses de certains films, y compris des instantanés des longues séances de maquillage qui transformaient Boris Karloff en monstres ou personnages emblématiques du cinéma d’épouvante.

Le segment intitulé Sauvetage d’un classique (7’) donne la parole au réalisateur Curtis Harrington (décédé en 2007), admirateur de longue date de James Whale, qui raconte comment il est parvenu à sauver La Maison de la mort de l’oubli et à financer sa restauration. Il y évoque aussi sa rencontre avec James Whale (photo à l’appui) et les différentes étapes liées à la recherche du négatif original de La Maison de la mort.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce de la ressortie 2019.

L’Image et le son

Trois ans après sa première édition en DVD, La Maison de la mort fait déjà un retour inattendu, à travers un nouveau master restauré 4K (format 1.33 respecté – 4/3) chez Carlotta Films. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette copie rend caduque celle sortie chez Elephant films en DVD. Exit les poussières, raccords de montage, griffures, points et autres scories qui émaillaient l’ancien master, le film de James Whale retrouve ici une splendeur insoupçonnée avec des noirs denses, une définition remarquable, une gestion des contrastes solide comme un roc, tout comme celle du grain original.

Les dialogues de la seule piste anglaise DTS-HD Master Audio 1.0 sont nettement plus intelligibles que l’ancienne édition DVD et retrouvent une vraie clarté. La musique est rare, mais les ambiances demeurent notables, notamment la pluie et le tonnerre présents quasiment tout du long et qui participent à l’atmosphère inquiétante du film. Les sous-titres français ne sont pas verrouillés.

Crédits images : © Carlotta Films / Universal Pictures / Cohen Media Group / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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