Test Blu-ray / La Ferme de la terreur, réalisé par Wes Craven

LA FERME DE LA TERREUR (Deadly Blessing) réalisé par Wes Craven, disponible en DVD et combo Blu-ray/DVD le 12novembre 2019 chez Elephant Films

Acteurs : Maren Jensen, Sharon Stone, Susan Buckner, Jeff East, Colleen Riley, Douglas Barr, Lisa Hartman, Lois Nettleton, Ernest Borgnine…

Scénario : Glenn M. Benest, Matthew Barr, Wes Craven

Photographie : Robert C. Jessup

Musique : James Horner

Durée : 1h39

Date de sortie initiale : 1981

LE FILM

Après avoir perdu son mari dans des conditions très étranges, Martha Schmidt voit les phénomènes inexpliqués se multiplier autour d’elle. C’est à ce moment qu’elle découvre qu’une communauté religieuse, les Hittites, vit près de chez elle. Ils rejettent le monde moderne, voyant la technologie comme l’œuvre du diable…

Au début des années 1980, Wes Craven (1939-2015) compte déjà son actif La Dernière Maison sur la gaucheThe Last House on the Left (1972) et La Colline a des yeuxThe Hills Have Eyes (1977). Après un détour par la télévision avec L’Été de la peurStranger in Our House, diffusé à partir de 1978 sur CBS et NBC, succès qui sera finalement exploité dans les salles européennes, le réalisateur revient par la case cinéma avec La Ferme de la terreurDeadly Blessing. Projet initié par les mêmes producteurs que L’Été de la peur, ce nouvel opus agit comme la plupart des autres films de son auteur, à savoir comme un conte d’épouvante narré au coin du feu devant quelques spectateurs amateurs d’émotions fortes. S’il n’atteint pas la réussite de ses films précédents, Deadly Blessing n’en comporte pas moins son lot de scènes très efficaces et vaut surtout aujourd’hui pour sa mise en scène, ainsi que pour l’une des premières apparitions au cinéma de Sharon Stone après avoir joué les jolies silhouettes dans Stardust Memories de Woody Allen et Les Uns et les Autres de Claude Lelouch. Entrez donc, nous allons vous faire visiter cette petite ferme sympathique…

Avant d’épouser Martha et de cultiver avec elle ses terres, dans sa ferme de Pennsylvanie, Jim appartenait à la secte intransigeante des Hittites, dont il est resté le voisin. Sous la conduite d’Isaïe, un dangereux illuminé, les Hittites refusent tout contact avec le monde moderne. Jim n’a cure de leurs avertissements mais, une nuit, il meurt, mystérieusement écrasé par son tracteur. Sa veuve, secondée par une pléiade d’amies et par une sympathique voisine, décide de relever le gant. Elle ne cèdera pas devant les menaces. Même pas après la découverte du cadavre d’un Hittite poignardé, pendu dans sa grange…

Le gros atout de Wes Craven et ce qui a largement contribué à faire de lui l’un des plus grands réalisateurs d’épouvante de l’histoire du cinéma, c’est d’avoir fait des études de psychologie et d’avoir enseigné les sciences-humaines, avant de se lancer dans la réalisation et l’écriture. La Ferme de la terreur n’est pas le film le plus effrayant que vous verrez dans votre vie, loin de là, c’est d’ailleurs l’un des longs métrages de Wes Craven qui divise le plus le public. Pourtant, quelque chose d’hypnotique agit du début à la fin. Le spectateur se laisse entraîner grâce à l’art du storytelling du cinéaste, qui connaît les rouages de l’angoisse propre en chaque être humain, sur un rythme lent, mais très maîtrisé, distillant quelques effets inquiétants, de façon explicite ou suggérée. Dans les deux cas, cela fonctionne grâce à un montage élégant et une habile exploitation du décor et de l’espace, une spécialité de Wes Craven, qui n’a jamais recours aux sempiternels jump scares. C’est d’ailleurs grâce à ce temps dilaté que l’inquiétude sourde s’empare des personnages et des spectateurs.

La violence et l’horreur sont sous-jacentes, palpables, on le sent, reste à savoir quand elles vont frapper. Ancien superviseur de documentaires, le réalisateur prend le temps d’installer ses protagonistes, en particulier cette étrange communauté, les Hittites, dont le « grand gourou » est incarné par l’immense Ernest Borgnine, en très grande forme, et injustement nommé aux Razzie pour sa prestation. Il n’y a rien de fondamentalement morbide dans La Ferme de la terreur. La peur provient de l’environnement, presque dépeint à la Norman Rockwell ou à la Grant Wood.

Les trois comédiennes qui tiennent le haut de l’affiche sont formidables. Outre Sharon Stone, sublime déjà à 23 ans, ses partenaires n’ont rien à lui envier. Maren Jensen (Martha) et Susan Buckner (Vicky), complètement méconnues et qui n’ont pas fait carrière au cinéma par la suite, sont pourtant excellentes, superbes et sexy, à la fois victimes et bad-ass. Elles crèvent toutes l’écran ici, même si Sharon Stone emportera finalement la mise et prêtera d’ailleurs ses traits à la mythique affiche française du film. Les fans de Wes Craven reconnaîtront également Michael Berryman, légendaire Pluto de La Colline a des yeux. Ils ne manqueront pas de remarquer la séquence de la baignoire qui annonce quasiment plan par plan celle des Griffes de la nuitA Nightmare on Elm Street, quand la main gantée de Freddy Krueger apparaît entre les cuisses d’Heather Langenkamp, un serpent étant glissé ici entre celles de Maren Jensen.

Toute cette retenue éclate durant le dernier quart d’heure. Certains ne se sont jamais remis du virage inattendu pris par le récit, comme ce sera d’ailleurs le cas pour L’Emprise des ténèbres. Jusqu’à l’épilogue aussi absurde qu’osé, mais qui avec le recul a tout à fait sa place dans cette histoire qui joue avec des éléments réalistes, pour finalement emporter une audience alors conquise et captivée dans les profondeurs des ténèbres. Wes Craven a donc encore le cul entre deux chaises, entre la violence frontale et réaliste de ses deux précédents films, et le fantastique onirique des Freddy à venir. La Ferme de la terreur est l’oeuvre de transition dans la filmographie d’un des plus grands maîtres du cinéma américain d’horreur et vaut donc largement le coup d’oeil.

LE BLU-RAY

La Ferme de la terreur débarque en HD chez Eléphant Films. Visuel soigné, même si nous préférons tout de même celui de l’affiche originale, par ailleurs disponible sur la jaquette réversible. Le menu principal est animé et musical.

Julien Comelli, journaliste en culture pop, est une fois de plus l’invité d’Eléphant Film, pour nous présenter La Ferme de la terreur (13’). Les spoilers sont de mise, faites attention. Le film est replacé dans la carrière de Wes Craven, avant d’être analysé, tant sur le fond que sur la forme, par Julien Comelli, qui insiste notamment sur le mélange des genres quelque peu foutraque de Deadly Blessing.

L’interactivité se clôt sur une galerie de photos et un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Ce nouveau master HD brille de mille feux. D’une propreté absolue (même si quelques points blancs qui ont échappé au Biactol numérique), l’image met en valeur la belle photo de Robert C. Jessup, surtout sur les séquences en extérieur. Si la définition n’est pas optimale avec quelques très légers fourmillements constatés ainsi que des visages tirant sensiblement sur le rosé dans les scènes diurnes, on apprécie le niveau des détails, l’affûtage du piqué, le grain cinéma respecté (parfois plus prononcé), la richesse des contrastes, la luminosité et l’aplomb de la compression numérique qui consolide les scènes plus agitées. Clair et net, ce Blu-ray au format 1080p offre une deuxième jeunesse bien méritée à ce film.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 Surround sont propres et distillent parfaitement la musique de James Horner. La piste anglaise est la plus équilibrée du lot avec une homogénéité entre les dialogues et les bruitages, ainsi qu’un niveau des dialogues plus plaisant.

Crédits images : © Elephant Films / Universal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.