Test Blu-ray / Ce sacré grand-père, réalisé par Jacques Poitrenaud

CE SACRÉ GRAND-PÈRE réalisé par Jacques Poitrenaud, disponible en Édition Digibook Blu-ray + DVD + Livret le 14 octobre 2019 chez Coin de mire Cinéma

Acteurs : Michel Simon, Marie Dubois, Yves Lefebvre, Serge Gainsbourg, Mary Marquet, Thalie Fruges, Jenny Helia…

Scénario : Albert Cossery, Maria Suire, Jacques Poitrenaud d’après le roman de Catherine Paysan Je m’appelle Jericho

Photographie : Jean-Marc Ripert

Musique : Serge Gainsbourg, Michel Colombier

Durée : 1h26

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Jacques a quitté Marie depuis quelques semaines, lorsqu’arrive une lettre de grand-père Jéricho. C’est sur le ton d’un ultimatum que cet homme âgé invite ses petits-enfants à venir passer les vacances d’été auprès de lui, en Provence. Par amour pour le vieil homme, Jacques et Marie acceptent et décident de lui donner la comédie d’un couple toujours uni…

C’est un petit film complètement oublié aujourd’hui, une histoire pourtant délicate, à fleur de peau et merveilleusement interprétée. Il s’agit de Ce sacré grand-père, réalisé par le méconnu Jacques Poitrenaud (1922-2005), ancien monteur, assistant de Michel Boisrond (Cette sacrée gamine, Une Parisienne, Faibles femmes) et de Roger Vadim (Sait-on jamais…, Les Liaisons dangereuses 1960, Et mourir de plaisir), metteur en scène d’une douzaine de longs métrages, dont le plus célèbre reste Un drôle de caïd (1964), connu aussi sous le titre Une souris chez les hommes, avec Louis de Funès en tête d’affiche. Ce sacré grand-père est l’adaptation du roman Je m’appelle Jéricho de Catherine Paysan, lauréate du prix des libraires et du Goncourt de la nouvelle. Cette comédie-dramatique mélancolique fait penser au cinéma d’Eric Rohmer et de Jacques Rozier (Jacques Poitrenaud produira d’ailleurs Les Naufragés de l’île de la Tortue), et agit comme une bouffée d’air frais dans le contexte pourtant bouleversé de l’année 1968 (quand la Nouvelle vague imposait de nouvelles règles au cinéma), comme une échappatoire bienvenue et chaleureuse, bourrée de charme et de beaux sentiments.

Du fond de sa Provence où il partage les loisirs de sa retraite entre le soin de sa vigne, la chasse aux papillons et son violoncelle, le vieux Jéricho se tourmente : les nouvelles qu’il reçoit de Paris où vivent ses petite enfants, Jacques et Marie, sont un peu évasives et il lui tarde de les avoir près de lui pendant les prochaines vacances. Son invitation à passer trois semaines à « La Cagnotte » où le jeune ménage a vu se transformer en amour une camaraderie d’enfants, pose aux jeunes gens quelques problèmes. Ils adorent tous deux leur grand-père et ont jusqu’ici réussi, pensent-ils, à lui cacher leur mésentente. Ils vivent séparés et Jacques est amoureux de la jolie Agathe, une cover-girl que son métier de photographe de mode lui a fait connaître. Ils se mettent d’accord pour ne pas faire de peine à l’aïeul et lui jouant dès leur arrivée à Lourmarin la comédie du bonheur. Mais le vieux Jéricho n’est pas dupe : il sent Jacques gêné et Marie bien amère, trop fière pour avouer la ruine de leur amour. Mais s’il voit clair, il fait confiance aux souvenirs qui vont assaillir les deux jeunes gens. Sur ces collines qui sentent bon le romarin et où chantent les cigales, Marie ne résiste pas et avoue son échec, proposant de rester à « La Cagnotte » près du grand-père, ayant besoin de son affection pour oublier qu’elle aime Jacques et souffre qu’il ne l’aime plus. Mais le grand-père a son plan. Il fait des confidences à son petit-fils, lui parle de sa grand-mère qu’il regrette de n’avoir pas mieux aimée, déplore tristement de n’être pas déjà arrière grand-père. Jacques, un peu agacé par la tyrannie d’Agathe qui exige un coup de téléphone quotidien, s’aperçoit brusquement qu’il est jaloux d’un voisin trop empressé auprès de sa femme.

Ce sacré grand-père c’est Michel Simon, 73 ans, un an après avoir interprété « Pépé » dans Le Vieil Homme et l’Enfant de Claude Berri. Loin du cabotinage (même si de génie) qui a pu souvent lui être reproché, le comédien apparaît ici doux et attentionné, entre son immense affection et son amour pour son petit-fils Jacques, sa complicité avec Marie et son amitié avec Rémy, quadra porté sur la boisson. Si Yves Lefebvre (Jacques), vu dans Le Clan des Siciliens d’Henri Verneuil, est un peu lisse, on ne peut pas en dire autant de sa partenaire, Marie Dubois (1937-2014). L’éternelle Juliette « la fille du Guignol » de La Grande vadrouille, qui aura aussi illuminé les films de François Truffaut (Tirez sur le pianiste, Jules et Jim), Georges Lautner (Le Monocle noir), Robert Enrico (Les Grandes gueules), Louis Malle (Le Voleur) et qui a dû ensuite espacer ses apparitions au cinéma en raison de la sclérose en plaques, est ici merveilleuse et crève l’écran de sa beauté et de sa sensibilité. Ami de Jacques Poitrenaud, Serge Gainsbourg, déjà apparu dans les précédents films du réalisateur (Strip-tease, L’Inconnue de Hong Kong, Carré de dames pour un as) est ici très bon dans le rôle de Rémy, l’ami et confident de Jéricho, avec lequel il partage quelques verres de vin sous un olivier, tous les deux poussant d’ailleurs la chansonnette. Serge Gainsbourg signe également la musique du film avec Michel Colombier.

Considéré comme le meilleur film de son auteur, Ce sacré grand-père témoigne de la finesse et de l’élégance de Jacques Poitrenaud à travers les portraits dressés de ses personnages submergés par l’amour, qui ont quelques soucis pour l’exprimer et communiquer, mais qui y parviennent tout de même à travers le regard, les gestes esquissés et les mots qui effleurent les lèvres dans quelques murmures. Une très belle découverte.

LE DIGIBOOK

Sixième et dernier titre de la troisième salve de l’éditeur Coin de Mire Cinéma. Pour en savoir plus sur la collection La Séance et sur la composition de chaque Digibook prestige numéroté et limité à 3000 exemplaires, nous décortiquons tout cela à travers nos chroniques précédentes. Le menu principal est fixe et musical.

La séance démarre par un petit magazine Pathé, à ne surtout pas rater puisqu’il relate essentiellement les évènements de mai 68 ! Ce flash-info de la 23ème semaine de l’année 1968 (6’) dévoile des images impressionnantes des manifestations dans les rues de Paris, de Georges Pompidou en grande discussion avec ses ministres, de François Mitterrand qui en profite pour déclarer qu’il sera candidat aux prochaines élections présidentielles, du Général de Gaulle qui dissout l’Assemblée Nationale et de l’occupation de la Sorbonne.

Les réclames publicitaires apparaissent donc plus légères (7’) et apportent un vent de fraîcheur, surtout grâce aux esquimaux Gervais, aux barres chocolatées Bounty, sans oublier le jus d’orange Sunkist et pour finir, un bon déca pour faire passer le tout !

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Un sacré défi pour Coin de Mire Cinéma puisque bien que méconnu, Ce sacré grand-père a bénéficié d’une très jolie restauration en 2K à partir du négatif original, pour sa sortie en Haute-Définition ! Le laboratoire Daems s’est chargé du nettoyage du négatif (rien à signaler, aucune poussière), Mikros a réalisé le scan image 2K du négatif original, de l’étalonnage numérique 2K, de la restauration numérique 2K et de la restauration audio. En résulte une image lumineuse, au grain doux et élégant, qui fait la part belle à la colorimétrie, notamment les yeux bleus lumineux de Marie Dubois. La belle photographie de Jean-Marc Ripert (Cran d’arrêt et Un Condé d’Yves Boisset) retrouve ses partis pris originaux avec des teintes chaleureuses. Un véritable exploit pour ce film rare et qui participe à sa (re)découverte.

Le confort acoustique est suffisamment assuré grâce à cette piste DTS-HD Master Audio mono 2.0. La musique est dynamique, aucun souffle n’est à déplorer, et les ambiances sont bien délivrées, même à volume peu élevé. L’ensemble est clair et distinct, la propreté est de mise. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © SND (Groupe M6) / Coin de Mire Cinéma / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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