Test Blu-ray / Assa, réalisé par Sergueï Soloviov

ASSA (Acca) réalisé par Sergueï Soloviov, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 5 mai 2021 chez Extralucid Films.

Acteurs : Stanislav Govoroukhine, Tatiana Droubitch, Sergueï Bougaïev, Dmitri Chouminov, Alexandre Bachirov, Anatoli Slivnikov, Kirill Kozakov, Aleksander Domogarov, Dmitri Dolinine, Viktor Tsoi…

Scénario : Sergueï Soloviov & Sergueï Livnev

Photographie : Pavel Lebechev

Musique : Boris Grebenchtchikov

Durée : 2h30

Année de sortie : 1987

LE FILM

L’infirmière Alika arrive en hiver à Yalta avec son amant, le mafieux Krymov, mais s’éprend du pauvre musicien Bananan, qui, de jour, travaille comme gardien et de nuit, comme chanteur dans un restaurant. Krymov, fou de jalousie, ordonne de poignarder Bananan.

Un an avant L’Aiguille Igla réalisé par Rachid Nougmanov, évènement et phénomène qui attirera trente millions de spectateurs en URSS à sa sortie en février 1989, sortait sur les écrans le tout aussi important Assa, ou Acca en version originale, film russe mis en scène par Sergueï Soloviov (né en 1944), qui allait accompagner et représenter la fin de l’ère soviétique. Comme L’Aiguille, Assa a été tourné en pleine perestroïka et a su immédiatement toucher le coeur des jeunes soviétiques, même si le film de Rachid Nougmanov bénéficiera de l’interprétation principale du rockeur Viktor Tsoi, de tous les plans, représentant d’une génération en pleine ébullition. Ce dernier apparaît bel et bien dans Assa, mais à la toute fin, créant ainsi une passerelle entre les deux œuvres indéniablement liées, en scandant « Du changement ! Nous attendons du changement ! ». A la limite de l’expérimental, imprégné d’un spleen contagieux et une violence sous-jacente que l’on sent prête à exploser à n’importe quel moment, Assa mérite d’être découvert dans nos contrées.

Assa est un film-fleuve scindé en deux parties de 75 minutes. Honnêtement, le spectateur français risque d’être quelque peu perdu dans ce que Sergueï Soloviov souhaite nous dire ou dans le message qu’il désire faire passer, comme les divers épisodes relatant le coup d’état conduisant à l’assassinat de Paul 1er. Évidemment, surtout près de 35 ans après sa sortie, il est difficile, complexe, voire impossible de resituer Assa dans son contexte historique, social et politique. Mais on peut facilement se laisser porter par la beauté des images, par l’énergie qui se dégage de chaque scène, par le talent des comédiens, par les chansons qui parsèment le film durant 2h30, tout cela bien plus que l’histoire elle-même. De ce point de vue, on peut se sentir largué et même se sentir exclu de certaines séquences, qui, on n’en doute pas, ont eu une très large et instantanée résonance auprès du public russe, mais qui peut laisser froid l’audience étrangère.

Quand on regarde Assa, on peut néanmoins penser au cinéma de Rainer Werner Fassbinder, ce qui n’est pas un mince compliment, en ce qui concerne la mise en scène (Sergueï Soloviov venait de remporter le Grand prix du jury à la Mostra de Venise pour Tchoujaïa Belaïa i Riaboï La Blanche étrangère et l’Ondulé), marquée par quelques fabuleux plans-séquences, ainsi que par la photographie sensiblement éthérée du chef opérateur Pavel Lebeshev, célèbre pour son travail incroyable sur le merveilleux Barbier de Sibérie (1998) de Nikita Mikhalkov. Les couleurs hivernales, voire glacées, qui nimbent le récit, à l’instar de cette fameuse scène où Krymov emmène Bananan nager avec lui dans la Mer Noire gelée (« c’est la Mer Noire ! »), participent à la réussite d’Assa, à l’immersion des spectateurs. La jalousie qui s’empare de Krymov et qui le conduira à commettre l’irréparable, symbolise le conflit générationnel et idéologique, deux mondes que tout oppose, un qui s’accroche désespérément aux valeurs désormais caduques, un autre qui émerge par strates, sans pour autant savoir où il va et ce qu’il compte faire. Ces éléments apparaissent constamment en filigrane et s’imposent finalement, non pas d’emblée, mais en repensant au film.

Sergueï Soloviov joue aussi sur la frontière entre la réalité et la fiction, Assa prenant parfois des allures de documentaire sur la condition des groupes de rock underground de Leningrad de la fin des années 1980, tout en surfant sur le genre du thriller mafieux, représenté par le personnage étrange et ambigu de Krymov, génialement interprété par l’impressionnant Stanislav Govorukhin. Du haut de ses 51 ans, le comédien représente l’ancienne discipline, centrée entre autres sur la bonne condition physique. Ainsi, on voit Krymov s’entraîner le matin, faire ses exercices et même réaliser une sorte de « parkour », avec une agilité assez dingue. De l’autre côté, les jeunes paraissent sans repères et semblent se demander ce qu’ils vont pouvoir faire de leur temps libre et même de leur vie. Attention tout de même, car la milice veille toujours à maintenir l’ordre public et n’hésite pas à arrêter celles et ceux « étrangement » vêtus ou arborant une boucle d’oreille, qui peuvent se retrouver au poste avec des individus en état d’arrestation pour avoir frappé leurs conjointes.

Il y a beaucoup de choses dans Assa, trop sans doute pour des spectateurs contemporains qui devront fouiner pour y découvrir des éléments auxquels se raccrocher. Il en résulte un témoignage sensible, un manifeste provocateur, à la fois réaliste et idéaliste, sombre et pourtant parcouru d’un optimisme attachant. Film culte et emblématique d’une génération, Assa connaîtra une suite tardive, 2-Assa-2, une fois de plus réalisée par Sergueï Soloviov, qui se penche sur certains protagonistes du premier film, vingt ans après le premier volet.

LE COMBO BLU-RAY + DVD

Et de six ! Assa est le sixième titre de la collection Extramonde disponible chez Extralucid Films. Le film, divisé en deux parties, a été réparti sur deux DVD et sur un Blu-ray dans son intégralité. Les disques reposent dans un boîtier de deux centimètres d’épaisseur, glissé dans un surétui cartonné au visuel élégant. Celui de la jaquette est aussi particulièrement intrigant. Le menu principal est animé et musical.

Nous l’avions déjà croisée dans les suppléments de l’édition Combo Blu-ray + DVD de L’Aiguille (chez Badlands) et c’est avec beaucoup de plaisir de la retrouver ici pour nous parler d’Assa, Eugénie Zvonkine est l’invitée d’Extralucid Films. Ne manquez pas l’excellente et passionnante présentation du film de Sergueï Soloviov (26’) réalisée par l’universitaire et spécialiste du cinéma russe, qui remet tout d’abord Assa dans son contexte, élément indispensable pour mieux appréhender le film. Les milieux artistiques underground de la fin de l’ère soviétique, le réalisateur Sergueï Soloviov, la présence de Viktor Tsoi, la genèse d’Assa, le casting, les thèmes du film, les liens d’Assa avec L’Aiguille, la bande-son, la popularité du long-métrage et son statut culte, ainsi que bien d’autres sujets sont finement abordés, analysés et disséqués par Eugénie Zvonkine. S’il y a évidemment quelques spoilers, nous ne saurons que trop vous conseiller d’écouter cette formidable présentation d’Assa, avant de vous plonger dans le film, histoire d’avoir quelques clés qui vous permettront de mieux comprendre le pourquoi du comment.

L’interactivité se clôt sur un karaoké amusant de la dernière chanson du film (4’).

L’Image et le son

Sensiblement ouatée, la photographie de Pavel Lebeshev est solidement restituée à travers cette édition Haute-Définition, aussi inattendue que culottée car très ambitieuse, du film de Sergueï Soloviov. Le master est très propre, immaculé même, le piqué doux, le grain original palpable. Si l’on devait être un peu chiant, on pourrait dire que les noirs ne sont pas autant profonds que nous l’aurions souhaité, mais ce serait faire la fine bouche, car ce Blu-ray d’Assa installe un très bon confort de visionnage.

Le film est proposé en langue russe DTS-HD Master Audio 2.0 avec les sous-titres français. L’écoute est dynamique (les plages musicales), les effets précis et le travail de la bande-son est restitué en respectant les volontés artistiques originales. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Extralucid Films / Mosfilm Cinema Concern 1987 / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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