Test 4K UHD / Cry Macho, réalisé par Clint Eastwood

CRY MACHO réalisé par Clint Eastwood, disponible en DVD, Blu-ray et 4K UHD le 16 mars 2022 chez Warner Bros.

Acteurs : Clint Eastwood, Dwight Yoakam, Daniel V. Graulau, Eduardo Minett, Natalia Traven, Horacio Garcia-Rojas, Fernanda Urrejola, Ana Rey…

Scénario : Nick Schenk, d’après le roman de N. Richard Nash

Photographie : Ben Davis

Musique : Mark Mancina

Durée : 1h44

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Mike Milo, ancienne star de rodéo, accepte la mission d’un de ses anciens patrons : aller chercher le jeune fils de ce dernier au Mexique pour le ramener aux États-Unis. Contraints d’emprunter des routes secondaires jusqu’au Texas, les deux hommes s’embarquent dans un périple dont ils n’ont pas mesuré les difficultés. Le dresseur de chevaux désabusé va trouver sa propre forme de rédemption.

Cela fait maintenant trente ans exactement, depuis Impitoyable Unforgiven précisément, que chaque long-métrage ou presque réalisé et interprété par Clint Eastwood est estampillé « crépusculaire » ou « film-testament », annoncé comme « un chant du cygne » ou « un dernier adieu ». La légende hollywoodienne a depuis mis en boite plus d’une vingtaine de films et que ces arguments ne tiennent donc plus la route. Ayant fait entendre à plusieurs reprises qu’on ne le reverrait plus devant la caméra, Clint Eastwood avait fait un premier comeback quatre ans après Million Dollar Baby, avec Gran Torino, son plus grand succès sur le sol français, mais aussi aux Etats-Unis, du moins pour un film où il tient lui-même l’affiche. Après le sympathique Une nouvelle chance Trouble with the Curve (2012) de Robert Lorenz, l’ami Clint attendra 2018 pour, surprise, annoncer son retour comme comédien dans La Mule, qui lui aussi triomphe chez l’Oncle Sam en dépassant la barre convoitée des cent millions de dollars de recette. Il n’aura pas attendu longtemps pour combiner à nouveau les deux casquettes, puisque le revoilà dans Cry Macho, mis en scène en 2021, soit cinquante ans après son premier film, Un frisson dans la nuit Play Misty for Me. Alors oui, autant dire le dire tout de suite, ce 39è film en tant que réalisateur de Clint Eastwood est mineur, dans le sens où il ne rivalise pas, il n’a d’ailleurs aucune prétention dans ce sens, avec ses précédents opus célébrés à travers le monde. Mais tout de même, ce n’est pas tous les jours que l’on pourra admirer un acteur, qui a très largement contribué à notre amour du cinéma et qui continue de nous bouleverser à 90 ans passés. Magnétique, puissant, émouvant, malicieux, drôle, romantique, Clint Eastwood crève évidemment l’écran cette petite récréation et road-movie quasi-statique, dans lequel on embarque pour passer 1h45 à côté de celui qui nous a tant fait rêver.

La silhouette longiligne a beau être sacrément voûtée désormais, Clint Eastwood promène encore son mètre 93 avec cette démarche reconnaissable entre mille. Et à l’instar de John Rambo dans sa dernière (?) aventure, à laquelle on pense étrangement tout du long, le voilà qui traverse la frontière mexicaine pour aller chercher le fils d’une vieille connaissance. Cry Macho, c’est comme qui dirait un mix entre Gran Torino et La Mule, où papy Clint grogne en plissant les yeux, avant de prendre le volant de sa vieille Chevrolet sur les routes poussiéreuses. Il interprète ici Mike, star déchue du rodéo, qui va se lier d’amitié avec un adolescent (quasiment 80 ans les séparent quand on y pense) turbulent (mais pas tant que ça), tandis qu’il le ramène au Texas. Mais le chemin du retour ne se passe pas comme prévu, puisque Mike se voit à la fois poursuivi par la pègre mexicaine, la police et par son propre passé. Nos amis québécois ont intitulé le film Cry Macho : Le Chemin de la rédemption, ce qui en dit long sur le parcours du personnage principal, qui en rencontrant Rafo (impeccable Eduardo Minett), va affronter ses démons qui le hantent.

Cry Macho est un projet de longue date pour Clint Eastwood, à qui l’on avait déjà proposé d’adapter le roman de N. Richard Nash (décédé en 2000), dès sa publication en 1975, qui avait été maintes et maintes fois reporté, l’acteur se trouvant alors trop jeune pour le rôle, qu’il envisageait Robert Mitchum. Le film avait failli se faire à la fin des années 1980, mais à nouveau remis à plus tard en raison du (mauvais) choix de l’acteur de reprendre le Smith & Wesson d’Harry Callahan dans le très mauvais La Dernière cible The Dead Pool (1988). Écrit par Nick Schenk, Cry Macho pourrait finalement se voir comme le dernier chapitre d’une (fausse) trilogie également constituée de Gran Torino et La Mule, qui ont d’ailleurs le même auteur, où chaque épisode donnerait une conclusion différente pour le personnage que s’est créé Clint Eastwood au fil de sa longue et prolifique carrière, un protagoniste lui-même nourri de tous les héros – et antihéros bien sûr – qu’il aura interprétés. Car forcément, comment ne pas penser au background du comédien (et cinéaste aussi, puisque l’ombre d’Un monde parfait plane sur Cry Macho) quand on l’observe, quand on l’admire même, dans Cry Macho, le visage parcheminé illuminé par un regard azur. Si le final de Gran Torino était particulièrement violent, et celui de La Mule annonçait une « retraite » forcée derrière les barbelés, celui de Cry Macho tend vers l’apaisement retrouvé. Quand Mike rencontre la douce Marta, incarnée par la belle Natalia Traven (vue il y a vingt ans dans Dommage collatéral d’Andrew Davis), celui-ci semble renaître, l’oeil redevient pétillant, le sourire, d’abord esquissé, s’élargit, la voix cassée est plus posée. Mike pourra mettre des mots sur ce qui l’a conduit à vivre en ermite depuis toutes ces années, apprendra à faire confiance à nouveau, à s’ouvrir aux autres, pour pouvoir profiter du temps qui lui reste à vivre.

Est-ce un dernier ride ? Une ultime chevauchée ? Clint Eastwood, qui n’était pas remonté sur un cheval depuis Impitoyable, se remet en selle dans Cry Macho, dissimulé sous un chapeau qui l’engloutit, comme si sous ce galurin, Mike pouvait échapper au regard de ceux qui croisent son chemin. Petit à petit, au fur et à mesure qu’il remonte la pente, Mike le retire et se montre à visage découvert, osant affronter le monde réel. Délicatement réalisé, superbement photographié par Ben Davis (Les Éternels, The King’s man : Première mission, 3 Billboards – Les panneaux de la vengeance), Cry Macho fait l’effet d’une ballade à la guitare acoustique portée par un spleen éthéré, où l’on se sent bien, pris par la main et rassuré. Une belle réussite donc.

LE 4K UHD

A l’instar de La Mule, mais contrairement à Richard Jewell, Cry Macho bénéficie d’une sortie en DVD, en Blu-ray, mais aussi en 4K Ultra HD + Blu-ray ! Les disques reposent dans un boîtier classique de couleur noire, la jaquette reprenant le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Le disque UHD est vierge de suppléments. Pour visionner ceux-ci, reportez-vous au Blu-ray.

On se délectera tout de même d’un bon making-of de 12 minutes, qui compile de très nombreuses images de tournage (où tout le monde arbore son masque anti-COVID) et des interviews de toute l’équipe. Clint Eastwood et ses partenaires à l’écran (Dwight Yoakam, Eduardo Minett, Natalia Traven, Horacio Garcia-Rojas, Fernanda Urrejola…), ainsi que divers collaborateurs artistiques (producteurs, chef opérateur, costumière, décorateur) prennent la parole pour évoquer les thèmes de Cry Macho, les personnages, même si l’ensemble des intervenants s’expriment plus généralement sur le travail avec le réalisateur, tout en dressant un très beau portrait de ce dernier.

Un autre module, durant lequel les participants précédents sont de retour, se focalise sur le tournage avec les chevaux du film (7’), ainsi que sur les dix coqs dressés qui « interprètent » Macho. L’occasion de voir Clint Eastwood se remettre en selle, lui qui n’avait pas monté depuis Impitoyable, trente ans auparavant.

Nous avons entre les mains l’édition Spéciale FNAC, qui dispose un Blu-ray supplémentaire et non des moindres, puisqu’il s’agit du documentaire fleuve intitulé Clint Eastwood : l’héritage cinématographiqueClint Eastwood: A Cinematic Legacy. D’une durée conséquente de 2h26, ce film écrit, produit et réalisé par Gary Leva en 2021, divisé en neuf chapitres (il s’agit en fait d’une mini-série documentaire découpée en neuf épisodes pour être exact), propose de couvrir toute l’étendue de la remarquable carrière de l’acteur, réalisateur et producteur, invitant à témoigner les comédiens et cinéastes qui ont travaillé à ses côtés : Steven Spielberg, Sean Penn, Tom Hanks, Bradley Cooper, Meryl Streep, Martin Scorsese, Morgan Freeman, Mel Gibson, Gene Hackman, Kevin Costner, Matt Damon, Kevin Bacon, Neal McDonough, Forest Whitaker, James Mangold, Leonardo DiCaprio, Hilary Swank et bien d’autres. Les collectionneurs des DVD-Blu-ray des films de Clint Eastwood constateront que moult archives ont été reprises des suppléments des éditions Warner. Mais heureusement, il y a aussi de très nombreuses images inédites de tournages divers et variés, l’ensemble se suit sans temps mort ni ennui. Les fans vont être ravis !

L’Image et le son

L’image élégante bénéficie d’un codec de haut niveau, renforçant les contrastes, ainsi que les détails aux quatre coins du cadre large. Voici typiquement le genre de film qui tire entièrement parti de cette élévation en Full Haute Définition grâce à l’étalonnage HDR10. Les visages des comédiens peuvent être analysés sous toutes les coutures, tout comme les costumes avec les matières palpables, les coiffures. Les couleurs sont flamboyantes, les contrastes dingues (mentions spéciale aux teintes grises, marrons, ocres et brunes), la photo du chef opérateur britannique Ben Davis (Layer Cake, Stardust, le mystère de l’étoile, Kick-Ass, Les Gardiens de la Galaxie) est resplendissante, le piqué aiguisé comme la lame d’un scalpel.

Ce n’est pas une surprise, chez Warner la version française doit se contenter d’un mixage Dolby Digital 5.1, nettement moins probante que la piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1, qui l’écrase à tout point de vue. La délicate musique de Mark Mancina se trouve sans cesse spatialisée, l’immersion est douce mais palpable. Les grognements de Clint Eastwood sont nettement plus convaincants en VO qu’en VF (au doublage médiocre) et le caisson de basses fait le mort.

Crédits images : © Warner Bros. / / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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