Test Blu-ray / Pendez-les haut et court, réalisé par Ted Post

PENDEZ-LES HAUT ET COURT (Hang’Em High) réalisé par Ted Post, disponible en DVD et Blu-ray chez Movinside le 17 octobre 2017

Avec :  Clint Eastwood, Inger Stevens, Ed Begley, Pat Hingle, Ben Johnson, Charles McGraw, Ruth White, Bruce Dern, Dennis Hopper…

Scénario : Leonard Freeman, Mel Goldberg

Photographie : Richard H. Kline

Musique : Dominic Frontiere

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1968

LE FILM

Sauvé de justesse après avoir été lynché par une bande d’aventuriers qui l’accusaient à tort de voler du bétail, Jed Cooper, reconnu innocent par le juge Fenton, devient marshal. Energique et habile, il remplit ses fonctions avec une redoutable efficacité et réussit à mettre sous les verrous les pires criminels de l’Oklahoma, espérant secrètement retrouver un jour les auteurs de sa pendaison manquée.

Rétrospectivement, Pendez-les haut et courtHang’Em High (1968) est le film du retour de Clint Eastwood sur la terre de l’Oncle Sam après son triomphe dans la trilogie de Sergio Leone Pour une poignée de dollars (1964) – Et pour quelques dollars de plus (1965) – Le Bon, la Brute et le Truand (1966). Auréolé de ces trois succès essentiellement européens, l’ancien comédien de la série Rawhide revient donc à Hollywood et lance sa maison de production Malpaso. Quelque peu réticent, il accepte tout de même la proposition – opportuniste – de la United Artists de retrouver le genre qui a fait de lui une star sur le Vieux Continent, en espérant ainsi surfer sur sa popularité. Libre de choisir le sujet de son choix, le réalisateur et le casting, Clint Eastwood propose alors à Sergio Leone de réaliser Pendez-les haut et court, sur un scénario de Mel Goldberg et Leonard Freeman, mais le cinéaste italien est pris sur Il était une fois dans l’Ouest. Clint Eastwood choisit alors Ted Post, ami et réalisateur qui l’avait dirigé sur Rawhide. Souvent oublié, Pendez-les haut et court est pourtant un film essentiel dans l’immense filmographie du comédien, mais aussi pour les futurs westerns qu’il réalisera lui-même.

En 1873, dans l’Oklahoma, sauvé de justesse par le marshal Dave Bliss, après avoir été lynché par une bande d’aventuriers qui l’accusaient à tort de voler du bétail, Jed Cooper, est reconnu innocent par le juge Fenton. Celui-ci le nomme marshal, afin de remplacer Bliss tué peu après en service commandé, mais aussi pour éviter que Jed ne se livre à des actes de vengeance personnelle contre les auteurs du méfait. Le juge le charge alors de ramener vivants les hommes responsables de son lynchage pour qu’ils soient jugés en bonne et due forme. Énergique et habile, Jed parcourt l’Oklahoma, et remplit ses fonctions avec une redoutable efficacité. Hormis l’un de ses accusateurs qu’il est contraint d’abattre, il réussit à les mettre presque tous sous les verrous ; seul le « chef » de la bande, le capitaine Wilson, court toujours. En parallèle, Jed se laisse prendre aux charmes d’une jeune et séduisante veuve qui examine chaque prisonnier avec une insistance qui l’intrigue. Elle lui apprend qu’elle cherche le bandit qui a tué son mari.

Alors que la trilogie de Sergio Leone était critiquée aux Etats-Unis, Pendez-les haut et court est étonnamment apprécié par la presse, notamment par le New York Post. Le film est également un gros succès au box-office et rentabilise son budget en moins de deux semaines. La légende de Clint Eastwood est définitivement lancée et ne s’éteindra jamais. Hang’Em High est une œuvre hybride, qui plagie ouvertement le style Leone à de très nombreuses reprises, tout en reprenant la figure de l’Homme sans nom que Clint Eastwood interprétait auparavant. Cependant, Ted Post et ses scénaristes mélangent cela au Nouvel Hollywood en y apportant une violence sèche et frontale, à l’instar des diverses pendaisons du film. De plus, le personnage principal est comme qui dirait le « préquel » de ceux que Clint Eastwood interprètera dans L’Homme des Hautes Plaines (1973), Josey Wales hors-la-loi (1976) et Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), tous les trois mis en scène par Eastwood lui-même. Un cowboy accompagné d’une aura mystérieuse, au corps marqué de cicatrices (dont celle autour du cou qu’il dissimule sous un foulard), presque à la lisière du fantastique où le personnage revient souvent d’entre les morts pour assouvir une vengeance personnelle.

Alors oui, la réalisation de Ted Post ne se prive pas pour reprendre certains partis pris chers à Sergio Leone et même la composition de Dominic Frontiere rappelle furieusement les compositions d’Ennio Morricone, mais Pendez-les haut et court reste un excellent et étrange western. La première partie quasi-muette, où l’on suit le personnage principal qui revient littéralement des enfers, pour finalement sortir du Purgatoire armé et l’étoile épinglée est un vrai modèle du genre. Le nouveau marshal en quête de vengeance profite de son nouveau statut, on apprend même qu’il avait été un homme de loi avant de devenir éleveur, pour aller à la recherche de ceux qui l’ont pendu sans preuves et sans ménagement. De ce fait, quelle forme de justice adopter ? Vous pensez à L’Inspecteur Harry ? Le dernier acte est plus classique, avec d’un côté Cooper qui compte fleurette à la belle actrice suédoise Inger Stevens, et de l’autre Cooper qui règle ses comptes une bonne fois pour toutes dans un affrontement sans véritables surprises.

Néanmoins, la réalisation, la photographie de Richard H. Kline, le montage nerveux, la performance des comédiens, dont Pat Hingle, véritable tronche de juge du Far West qui allait retrouver Clint Eastwood sur L’Epreuve de force et Le Retour de l’Inspecteur Harry, sans oublier un Bruce Dern hargneux et un Dennis Hopper frappadingue, contribuent à faire de Pendez-les haut et court un savoureux western qui a bien vieilli et que l’on a plaisir à revoir.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Pendez-les haut et court, disponible chez Movinside dans sa collection Western, repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. Visuel très beau et attractif. Le menu principal est animé sur la musique du film.

L’éditeur joint une présentation et une analyse du film qui nous intéresse par Mathieu Macheret, critique cinéma pour Le Monde (28’). L’intervenant décortique habilement le film de Ted Post en le replaçant également et surtout dans la carrière de Clint Eastwood. Mathieu Macheret passe donc en revue, sur le fond comme sur la forme, ce western de transition et à la croisée des genres et des influences. Les points communs avec le cinéma de Sergio Leone sont évoqués, tout comme la position du film réalisé à l’aube du Nouvel Hollywood.

L’Image et le son

Si Pendez-les haut et court ne bénéficie pas du même prestige que d’autres westerns de Clint Eastwood, ce master HD permet aux spectateurs de revoir le film de Ted Post dans de très bonnes conditions techniques. Les volontés artistiques du grand chef opérateur Richard H. Kline (Le Mystère Andromede, L’Etrangleur de Boston, Le Flingueur), sont respectées, tout comme le grain original heureusement conservé et élégant. Les noirs sont concis, la clarté étonnante, le piqué vif et acéré (plus probant sur les gros plans), la restauration appréciable (même si datée), tout comme les détails. Les contrastes sont pointus, y compris sur les séquences en intérieur. Les gammes chatoyantes sont harmonieuses, certaines couleurs comme le rouge sont ravivées (voir les credits en ouverture). Un beau lifting. Signalons tout de même que la scène du pique-nique suivi de l’orage est plus abîmée avec des couleurs fanées, un aspect plus grumeleux, ainsi que des griffures et des points qui n’ont pas été supprimés.

Les versions anglaise et française sont disponibles en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française (au doublage sympathique) dont l’écoute demeure correcte, mais qui ne vaut évidemment pas la piste originale riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique de Dominic Frontiere bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français (qui étaient absents sur le DVD jusqu’alors dispo chez MGM !) ne sont pas imposés sur la version originale. Plus anecdotique, l’éditeur joint également un remixage 5.1 qui n’apporte rien ou pas grand-chose par rapport à la Stéréo, si ce n’est quelques ambiances extérieures.

Crédits images : © MGM / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

 

 

Test Blu-ray / Les Oies sauvages, réalisé par Andrew V. McLaglen

LES OIES SAUVAGES (The Wild Geese) réalisé par Andrew V. McLaglen, disponible en DVD et Blu-ray chez Movinside le 10 octobre 2017

Avec :  Richard Burton, Roger Moore, Richard Harris, Hardy Krüger, Stewart Granger, Winston Ntshona, John Kani, Jack Watson, Frank Finlay…

Scénario : Reginald Rose d’après le roman de Daniel Carney

Photographie : Jack Hildyard

Musique : Roy Budd

Durée : 2h14

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

En Afrique du Sud, à la suite d’un coup d’état, le président Limbani est capturé par son rival, Ndofa. Sir Edward Matherson, un banquier londonien dont les intérêts financiers sont menacés, charge le colonel Faulkner d’aller délivrer Limbani. Faulkner s’adjoint deux amis, Shawn Fynn et Rafer Janders, et recrute une cinquantaine de mercenaires. L’opération est un succès. Limbani est libéré. Il ne reste plus qu’à le faire monter à bord d’un avion à destination de l’Europe. Mais, très vite, les choses se gâtent…

Si son nom n’est pas vraiment connu du grand public, le réalisateur anglo-américain Andrew V. McLaglen (1920-2014) a pourtant signé quelques pépites et classiques très prisés par les cinéphiles. Fils de Victor McLaglen, ancien boxeur poids lourd devenu comédien, Oscar du meilleur acteur pour Le Boxeur, chef d’oeuvre de John Ford dont il devient très proche, Andrew V. McLagen accompagne souvent son père sur les plateaux de cinéma et contracte très vite le virus du 7e art. Il grandit en côtoyant et en admirant John Ford et John Wayne, et décide très vite de devenir metteur en scène. Il est tout d’abord assistant-réalisateur, y compris sur L’Homme tranquille (1952) et passe enfin à la réalisation avec son premier long métrage, Légitime défenseGun the Man Down (1956), un western où il dirige James Arness et Angie Dickinson. Les séries télévisées Perry Mason et surtout Rawhide lui permettent de se perfectionner et de peaufiner son style. Il signe son retour au cinéma en 1963 avec le célèbre Le Grand McLintock avec John Wayne, Maureen O’Hara et Yvonne De Carlo. La consécration publique vient réellement en 1965 avec Les Prairies de l’honneurShenandoah et ce en dépit de critiques virulentes venues de la presse qui déclarent notamment que le réalisateur plagie le style de son modèle John Ford. Cela n’empêche pas le film d’être un grand succès (mérité), mais aussi de marquer le début d’une grande amitié et d’une collaboration fructueuse entre Andrew V. McLagen et le comédien James Stewart.

Dans les années 1970, le cinéaste persiste et signe dans le western avec Chisum, Le Dernier train pour Frisco, Rio Verde, Les Cordes de la potence et La Loi de la haine. Il se voit alors proposer Les Oies sauvagesThe Wild Geese, adapté de l’oeuvre de Daniel Carney par Reginald Rose, l’auteur de Douze hommes en colère, mais également scénariste de L’Homme de l’Ouest d’Anthony Mann en 1958. L’histoire est alors prétexte pour réunir quelques grands noms du cinéma pour un film d’aventures qui allait devenir alors une référence.

Le Colonel vétéran Allen Faulkner (Richard Burton), un mercenaire britannique, est embauché par Sir Edward Matherson (Stewart Granger) avec pour mission d’aller en Afrique centrale (dans un pays fictif proche du Burundi) libérer Julius Limbani, un homme censé pouvoir relever son pays. Faulkner recrute alors cinquante mercenaires, les « Oies sauvages », pour mener à bien sa mission. Parmi ces mercenaires : le pilote Shaun Fynn (Roger Moore), le Sud-Africain Pieter Coetzee (Hardy Krüger), et Rafer Janders (Richard Harris) un vieil ami de Faulkner qui prépare la mission. Avec l’accord tacite du gouvernement britannique, les mercenaires sont d’abord envoyés au Swaziland pour s’y entraîner. Ils se rendent ensuite dans leur pays de destination. Là, les Oies sauvages s’infiltrent dans la prison du Zembala et libèrent Limbani. Ils doivent ensuite s’emparer d’un aéroport pour rentrer à Londres. Pendant ce temps en Angleterre, Sir Edward Matherson négocie avec le gouvernement du Zembala et trahit les mercenaires. Ainsi l’avion qui devait les prendre est rappelé à la dernière minute, laissant les Oies sauvages seuls au milieu d’un territoire hostile.

Imaginez cette affiche ! Roger Moore cigare au bec, Richard Harris semblant crier Taïaut !, Hardy Krüger en pleine réflexion et Richard Burton prêt à défourailler ! Le quatuor star – sans compter leurs fabuleux partenaires – entouré d’explosions, de parachutistes et d’avion en fâcheuse posture ! Les aventures de ces Expendables des années 1970 restent encore jubilatoires quarante ans après. Assisté à la mise en scène par le monteur John Glen (réalisateur de cinq formidables James Bond dans les années 1980), Andrew V. McLagen signe un très bon film de guerre et d’action. Mené tambour battant durant plus de deux heures, interprété par des comédiens visiblement heureux de se donner la réplique qui ne manque pas de punchlines, Les Oies sauvages fait partie de ces films que l’on a plaisir à revoir.

S’il est évident que cette production n’est ni plus ni moins qu’une grosse série B de luxe, le casting phénoménal apporte toute la crédibilité nécessaire pour pardonner le caractère nawak de certaines séquences. Mention spéciale à Roger Moore qui campe tout de même un personnage plus « sérieux » et sombre que son James Bond plus pince-sans-rire et à qui le style sied à ravir. On en vient presque à regretter qu’il n’ait pas plus abordé cette face cachée pour l’agent 007. Roger Moore retrouvera le cinéaste pour le génial Les Loups de haute mer et Le Commando de Sa Majesté, tous deux sortis en 1980. L’alchimie avec ses partenaires est évidente, les paysages sont superbes, le récit rondement mené, les scènes d’action musclées, l’émotion et l’humour jamais oubliés, la chanson de Joan Armatrading et la musique de Roy Budd sont entêtantes, bref, Les Oies sauvages, très grand succès commercial de l’année 1978, reste un film culte au charme intact et toujours aussi divertissant. Ce ne sera pas le cas des Oies sauvages 2 réalisé sept ans plus tard, désastre artistique, mais c’est une autre histoire.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray des Oies sauvages, disponible chez Movinside, repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. Visuel très beau et attractif reprenant celui de l’affiche originale. Le menu principal est animé sur la chanson du film. Le film d’Andrew V. McLaglen était déjà sorti en Blu-ray chez Filmedia. Malheureusement, l’édition Movinside n’a pas repris l’intégralité des suppléments. Manquent à l’appel le commentaire audio d’Euan Lloyd, John Glen et Roger Moore, ainsi que le documentaire sur le producteur Euan Lloyd.

Nous retrouvons en revanche le documentaire d’époque (24’30), qui donne un bel aperçu du plateau, de l’ambiance et des conditions de tournage en Afrique (avec 300 techniciens et comédiens) et le travail du réalisateur avec les comédiens. Quelques propos du producteur Euan Lloyd et de Roger Moore (qui fêtait ses 50 ans avec l’équipe) s’entrecroisent avec des images filmées entre les prises.

S’ensuit un petit reportage sur la Première du film au cinéma de Leicester Square de Londres. Le gratin mondain et de têtes couronnées déambule sur le tapis rouge, tandis qu’une voix annonce les nouveaux arrivants. Le tout organisé au profit d’une association d’aide pour les enfants handicapés. Après la projection, tout ce beau monde (ou presque) se retrouve dans un grand hôtel de la ville pour s’empiffrer, boire comme des trous et danser en chemise à col pelle à tarte (7’).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Il semble que ce master soit le même que celui précédemment sorti chez Filmedia. Le titre indique que la copie provient d’une source allemande. Points positifs : la propreté est de mise, les couleurs sont plutôt belles et chaudes, l’image stable et la clarté éloquente sur toutes les séquences africaines. Points négatifs : le DNR est encore passé par là et le grain original est bien trop lissé à notre goût. Résultat, les visages manquent de naturel et d’aspérité, les détails sont pauvres.

Point de Haute-Définition pour le son avec deux mixages LPCM 2.0 anglais et français. Si la version originale est bien supérieure, la piste française convoque des géants du doublage avec Jean-Claude Michel pour Richard Burton, Claude Bertrand pour Roger Moore, William Sabatier pour Richard Harris et Marc Cassot pour Hardy Krüger. Dans les deux cas, le confort est assuré, mais sans esbroufe, ce qui est dommage pour les scènes d’action.

Crédits images : © Victory Films MMV. All Rights reserved / Movinside /  Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / Zardoz, réalisé par John Boorman

ZARDOZ réalisé par John Boorman, disponible en DVD et Blu-ray chez Movinside le 13 novembre 2017

Avec :  Sean Connery, Charlotte Rampling, John Alderton, Sara Kestelman, Sally Anne Newton, Niall Buggy, Bosco Hogan, Jessica Swift…

Scénario : John Boorman

Photographie : Geoffrey Unsworth

Musique : David Munrow

Durée : 1h45

Date de sortie initiale : 1974

LE FILM

2293. La Terre a été totalement dévastée et la société est divisée en plusieurs castes : les Brutes, les Exterminateurs et les Barbares qui vouent un culte sans limites au dieu Zardoz. Tous oeuvrent pour les Éternels, un groupe d’humains immortels. Ce nouvel équilibre social va être bouleversé lorsque Zed, un Exterminateur, décide de pénétrer chez les Éternels, défiant ainsi le dieu Zardoz…

Pour la plupart, Zardoz se résume à l’accoutrement de Sean Connery dans le film. En effet, difficile d’échapper aux photogrammes du comédien avec sa grosse moustache à la Burt Reynolds (à qui le rôle avait d’abord été proposé), son catogan, sa cartouchière placée sur son torse velu, son cache-sexe rouge bombé et ses cuissardes en vinyle. D’ailleurs, nombreux sont ceux à avoir classé Zardoz – sans l’avoir vu – dans la catégorie nanar, ce qu’il n’est absolument pas. Malgré tout, le sixième long métrage de John Boorman, réalisé deux ans après Délivrance, demeure une vraie curiosité, souvent hermétique, qui vaut essentiellement pour ses recherches plastiques. Mais quand si l’on creuse un peu, on se rend compte que Zardoz va bien plus loin.

D’entrée de jeu, nous voilà plongés en 2293. Ce que nous pouvons comprendre : 300 ans après l’effondrement de la civilisation industrielle, dans un futur post-apocalyptique, la population humaine est divisée entre les Éternels, des humains ayant atteint l’immortalité grâce à la technologie, et les Brutes. Ces derniers vivent sur une terre ravagée et fournissent de la nourriture aux Éternels, peuplés de savants et d’intellectuels, qui vivent dans des régions isolées du reste du monde par un mur invisible et appelées « Vortex » et passent une existence luxueuse mais apathique. Arthur Frayn (Niall Buggy), l’Éternel chargé de gérer les « terres extérieures », se fait passer auprès des Brutes pour un dieu nommé Zardoz, qui se manifeste sous la forme d’un énorme masque de pierre volant. Ayant sélectionné des brutes, il a constitué un groupe d’exterminateurs, chargé de réduire en esclavage les autres humains, et auxquels il fournit des armes en échange de la nourriture qu’ils collectent. Zed (Sean Connery) est un de ces exterminateurs. Il se cache à bord du masque de pierre lors d’un voyage. Arrivé au Vortex, Zed est étudié en tant que spécimen : les Éternels n’ayant pas eu de contact depuis des siècles avec l’extérieur, ils essaient de comprendre comment les Brutes ont évolué. Il se retrouve au cœur d’une dissension entre deux Éternelles, Consuella (Charlotte Rampling) et May (Sara Kestelman), et doit effectuer des tâches pour Friend (John Alderton).

Zed découvre au fur et à mesure que cette société en apparence lissée et idéale est en fait violente et désespérée. Les Éternels sont dirigés et protégés de la mort par une intelligence artificielle appelée « le Tabernacle », un gros cristal qui est relié à l’esprit de tous les Éternels et qui conserve leur mémoire dans ses réflexions lumineuses. Du fait de leur immortalité, les Éternels ont arrêté de procréer et les hommes sont devenus impuissants. Certains sont victimes d’une maladie, qui les plonge en catatonie. Les dissidents, ceux qui refusent le système ou bien introduisent la discorde, sont vieillis, voire sont exclus et sont délibérément rendus séniles.

Voilà, bienvenue dans Zardoz, dont le nom provient du livre L. Frank Baum, The WiZARD of OZ, que le personnage de Sean Connery découvre dans une bibliothèque en ruine à l’extérieur du Vortex. Cette révélation le met alors face aux réalités, tout n’est que supercherie, d’autant plus que Zed, contrairement à ce que pensent les Eternels, n’est pas non plus un être primitif. Analyser ainsi Zardoz permet de réévaluer le film de John Boorman. Des manipulations politiques destinées à voiler la réalité, afin d’engranger des ressources naturelles. Plus près de nous, cela rappelle furieusement l’invasion de l’Irak en 2003 sous l’administration W. Bush. Mais Zardoz est une œuvre tellement étrange, difficile d’accès et marquée par une esthétique kitsch, que chacun est en fait libre d’y voir et de ressentir ce qu’il a envie. Les personnages et divinités ne sont pas ce qu’ils paraissent être, tout n’est que faux-semblants et superstitions, ce qui permet à la société de demeurer au lieu de penser et de réfléchir.

Zed apparaît comme le grain de sable qui va faire enrayer une machine jusqu’alors trop bien huilée. Son apparition dans le Vortex va ainsi rendre leur mortalité aux Éternels. Du point de vue formel, John Boorman joue avec les moyens mis à sa disposition et des effets spéciaux certes désuets, mais qui n’en restent pas moins bourrés de charme. On s’amusera des scènes dans le Tabernacle ou des trips psychédéliques qui rappellent parfois le Barbarella de Roger Vadim. Magnifiquement photographié par l’immense chef opérateur Geoffrey Unsworth, Zardoz, écrit, produit et mis en scène par John Boorman, est une fable philosophique qui ne laisse pas indifférent avec ses images éthérées sur fond de 7e symphonie de Beethoven et Sean Connery qui court torse-poil au ralenti avec sa queue-de-cheval qui se balance sur ses épaules. Pas un chef d’oeuvre de la science-fiction certes, en aucun cas un navet et encore moins un nanar, mais un film culte assurément.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de Zardoz, disponible chez Movinside, repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. Visuel très beau et attractif. Le menu principal est un peu plus cheap, animé et muet…

Spécialiste du cinéma américain et notamment du Nouvel Hollywood, Jean-Baptiste Thoret replace le sixième long métrage de John Boorman dans son contexte cinématographique, en croisant habilement le fond et la forme. Toujours aussi didactique, spontané et captivant, notre interlocuteur explique que John Boorman a ouvert sa propre boîte de Pandore avec Zardoz. Jean-Baptiste Thoret trouve le film passionnant, dissèque les thèmes explorés par le cinéaste, détaille les conditions de production et l’implication de Sean Connery – dont le costume a longtemps été moqué et l’est d’ailleurs encore aujourd’hui – qui souhaitait s’éloigner encore et toujours du personnage de James Bond. Une formidable présentation (26’).

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Bon…en tant que puristes, nous ne pouvons pas laisser passer ça. Le bulldozer DNR est passé par là une fois de plus chez l’éditeur et la texture argentique de la merveilleuse photographie de l’immense Geoffrey Unsworth (Superman, Cabaret) a été lissée quasiment intégralement. C’est bien beau de proposer des films rares en Haute-Définition, mais pourquoi dénaturer les partis pris esthétiques et volontés artistiques ? Pour satisfaire certains consommateurs qui ne jurent que par une image sans aspérité ? Comme si le film avait été tourné en numérique ! Si la propreté de la copie est indéniable, on ne peut que tiquer tout du long face à l’aspect cireux des visages et sa définition chancelante. Certes, les photographies souvent éthérées du chef opérateur britannique ont toujours donné du fil à retordre aux éditeurs, mais là on frôle le blasphème. Les détails manquent à l’appel, la gestion des contrastes est aléatoire, tout comme le piqué. Un conseil pour Movinside, STOPPEZ le réducteur de bruit ! Le Blu-ray est néanmoins au format 1080p.

Les mixages anglais et français LPCM 2.0 distillent parfaitement la musique de David Munrow, ainsi que la 7e symphonie de Ludwig van Beethoven. Néanmoins, la piste française se focalise sans doute trop sur le report des voix (Jean-Claude Michel double Sean Connery), au détriment des ambiances annexes. La piste originale est très propre, sans souffle, dynamique et suffisamment riche pour instaurer un très bon confort acoustique.

Crédits images : © Twentieth Centyru Fox Home Entertainment / Movinside Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / Le Puits et le Pendule, réalisé par Stuart Gordon

LE PUITS ET LE PENDULE (The Pit and the Pendulum) réalisé par Stuart Gordon, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Lance Henriksen, Jeffrey Combs, Oliver Reed, Stephen Lee, William J. Norris, Mark Margolis, Carolyn Purdy-Gordon…

ScénarioDennis Paoli d’après la nouvelle “Le Puits et le Pendule” d’Edgar Allan Poe

Photographie : Adolfo Bartoli

Musique : Richard Band

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1991

LE FILM

Machiavélique, cruel, Torquemada règne sur la très catholique Espagne par l’intermédiaire de l’Inquisition, doctrine religieuse dont il fait un instrument de promotion personnelle. Ainsi, lorsque la très belle Maria se refuse à lui, Torquemada fait torturer son mari, un boulanger. A l’objet de sa convoitise, le Grand Inquisiteur inflige ensuite l’accusation de sorcellerie, soupçon qui ne peut que la conduire au bûcher…

Né en 1947, le réalisateur américain Stuart Gordon connaît le succès dès son premier long métrage, Re-Animator (1985), adapté d’une nouvelle de H.P. Lovecraft. Les films – aujourd’hui devenus cultes – s’enchaînent, From BeyondAux portes de l’au-delà (1986) autre adaptation de Lovecraft, Les PoupéesDolls (1987) et plus tard Fortress (1993) avec notre Christophe(r) – Hin Hin Hin – Lambert national. Mis en scène en 1991, Le Puits et le PenduleThe Pit and the Pendulum, directement sorti en VHS en France, est la transposition d’une nouvelle écrite par Edgar Allan Poe, publiée pour la première fois en 1842 dans la revue littéraire annuelle The Gift : A Christmas and New Year’s Present et en France dans le recueil Nouvelles histoires extraordinaires. Avant Stuart Gordon, cinq autres metteurs en scène avaient adapté ce court récit, la première en 1909 par Henri Desfontaines, en passant par le film La Chambre des tortures (1961) de Roger Corman, librement inspiré de la nouvelle de Poe et l’adaptation d’Alexandre Astruc avec Maurice Ronet, moyen métrage de 1964 considéré comme étant la plus respectueuse de l’oeuvre originale. A l’instar du film de Roger Corman, la scène de torture qui donne son titre à la nouvelle et au film de Stuart Gordon, n’apparaît que dans le dernier quart d’heure du film qui nous intéresse. Il fallait donc broder un scénario autour de cet élément central.

Nous voilà donc plongés en Espagne, en 1492. L’Inquisition a instauré un sanglant règne de terreur, tortures et meurtres au nom de la religion. Prise dans la tourmente, Maria, la femme du boulanger Antonio, est accusée de sorcellerie. Elle comparaît nue devant le grand inquisiteur Torquemada. Subjugué par sa beauté, au point d’en être troublé “physiquement”, Maria devient le jouet des tortures sadiques de Torquemada. De son côté, Antonio va tout tenter pour libérer celle qu’il aime. Ce qui intéresse Stuart Gordon ici, ce n’est pas tant de mettre en scène les supplices endurés par les prisonniers hérétiques lors de l’Inquisition espagnole, que raconter une histoire d’amour. Certes, le réalisateur n’y va pas de mainmorte en filmant des coups de fouet, des strangulations en gros plan, des cilices qui trouent la peau, des membres écartelés, des langues coupées, des sorcières qui explosent, mais Stuart Gordon montre aussi et avant tout le lien qui unit un homme et une femme, plus fort que toutes les tortures endurées.

Peu importe si Poe déformait la réalité historique, le scénariste Dennis Paoli (Re-Animator, Le Dentiste) parvient à trouver cet équilibre entre l’émotion et l’horreur. Toutefois, il est vrai que Le Puits et le Pendule vaut essentiellement pour ses séquences qui lorgnent sur le sous-genre du torture porn, qui rappelle le cinéma d’exploitation des années 70. Pure série B horrifique, étrange et anachronique dans le monde cinématographique du début des années 1990, Le Puits et le Pendule est une bizarrerie très plaisante où trône un Lance Henriksen complètement allumé, en transe et donc inquiétant dans son personnage de grand inquisiteur dégénéré. N’oublions pas la participation de Jeffrey Combs et même une apparition d’Oliver Reed. Rien à redire du point de vue technique. Les décors (bien que cheap) comme la photo et les costumes sont aussi soignés que possible en dépit d’un budget limité et parviennent à nous plonger dans un monde étouffant et poisseux, mais aussi outrancier et carnavalesque avec des personnages fardés, qui s’esclaffent à la vue du sang ou devant le corps nu d’une demoiselle aux belles miches (elle est boulangère rappelons-le) et qui s’amusent à fouetter des squelettes pour blasphème.

Le rythme est plutôt bien soutenu et on s’amuse souvent du jeu parfois exagéré de certains comédiens, tout comme devant certains partis pris gore ou au contraire naïfs (“l’évasion” des sorcières près d’une fontaine) qui font le charme indéniable et plus que sympathique de ce Puits et le Pendule.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray du Puits et le Pendule, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique et élégant de couleur noire. La jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de fantastique, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

L’éditeur propose la bande-annonce originale et une présentation de ce bon vieux Marc Toullec (9’). Toujours installé dans son canapé, le journaliste a visiblement enchaîné les introductions disponibles sur le DVD de Bates Motel et le Blu-ray/DVD de La Nuit de la grande chaleur puisqu’on le retrouve dans la même position, le visage tourné vers son écran. Même principe que pour les deux autres présentations, Marc Toullec semble découvrir son texte pour la première fois, butte sur certains noms, se reprend et bafouille. La technique est tellement pauvre – avec un nombre conséquent de coupes – qu’elle prend le pas sur ce qui est raconté sur la production du film et le casting. Marc Toullec revient également sur les diverses adaptations de la nouvelle de Poe. On espère sincèrement que l’éditeur veillera à la qualité des suppléments sur ses prochaines sorties.

L’Image et le son

Comme pour La Nuit de la grande chaleur, le Blu-ray du Puits et le Pendule est au format 1080i. Toutefois, le master est plus qu’honorable, très propre, avec des contrastes denses et des couleurs plaisantes. Jusqu’alors inédit en DVD dans nos contrées, le film de Stuart Gordon tire profit de cette élévation Haute-Définition avec une stabilité jamais prise en défaut, un piqué pointu et une restitution élégante des partis pris esthétiques originaux avec son grain respecté. Seuls les arrière-plans sombres s’accompagnent de fourmillements.

Point de remixage à l’horizon, mais pas de Haute-Définition non plus en ce qui concerne le son ! Les pistes anglaise et française sont présentées en LPCM 2.0 et instaurent toutes deux un bon confort acoustique, même si la piste française surpasse son homologue sur la délivrance des dialogues. L’excellente partition de Richard Band bénéficie d’une belle ouverture des canaux, le doublage français est amusant et les effets annexes riches. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © FULL MOON FEATURES. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Bates Motel, réalisé par Richard Rothstein

BATES MOTEL réalisé par Richard Rothstein, disponible en DVD le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Bud Cort, Lori Petty, Moses Gunn, Gregg Henry, Jason Bateman, Khrystyne Haje, Kerrie Keane, Robert Picardo…

ScénarioRichard Rothstein

Photographie : Bill Butler

Musique : J. Peter Robinson

Durée : 1h31

Date de sortie initiale : 1987

LE DVD

Alex West a été le compagnon de chambrée et d’infortune de Norman Bates à l’asile de fous pendant près de 20 ans. A la mort de ce dernier, Alex hérite du sinistre, et désormais délabré, Bates Motel. Avec l’aide de Willie, une adolescente sans attaches, il décide de rouvrir l’hôtel. Mais bien vite l’étrange refait surface…

En 1987, sous la houlette d’Universal, le scénariste et réalisateur Richard Rothstein (producteur de la série Le Voyageur et créateur d’Universal Soldier en 1992) écrit et met en scène Bates Motel, un téléfilm supposé devenir le pilote d’une série télévisée évidemment basée sur le chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock, Psychose (1960). Le principe est d’éluder Psychose 2, grand succès de l’année 1983 qui montrait un Norman Bates guéri retourner au Bates Motel, ainsi que Psychose 3, suite directe réalisée et interprétée par Anthony Perkins lui-même quatre ans plus tard, qui se solde cette fois par un échec commercial grave. Pour la série envisagée Bates Motel, le personnage de Norman Bates n’est plus au centre du récit, même s’il sert de point de départ.

En 1960, suite à son procès, le tueur en série Norman Bates est envoyé dans un asile psychiatrique. Là, il fait la connaissance du jeune Alex, interné pour avoir tué son beau-père qui le maltraitait. Norman tient vite un rôle de père de substitution pour Alex qui lui voue une véritable admiration. Au décès de Bates et conformément à son testament, Alex hérite du motel familial, lieu où ont été perpétrés les crimes de Norman, laissé à l’abandon depuis l’arrestation de l’ancien propriétaire. Avec l’aide de Willie, une jeune femme en fugue, il décide de remettre la propriété sur pied, et part habiter (avec sous le bras l’urne funéraire contenant les cendres de Norman) dans l’ancienne maison de la famille Bates. Tandis qu’Alex s’installe et s’adapte à la vie, des événements étranges se produisent.

La diffusion de ce téléfilm en juillet 1987 sur NBC a été suivie de critiques incendiaires, y compris de la part d’Anthony Perkins, qui avait refusé d’y apparaître, laissant la place à sa doublure Kurt Paul pour le prologue. Ajoutez à cela des audiences catastrophiques et il n’en fallait pas plus pour que la série meurt dans l’oeuf. Soyons honnêtes, nous étions loin d’imaginer un tel téléfilm nanardesque, interminable et qui s’apparente dans sa dernière partie à un épisode de Scooby-Doo ! Après une introduction en N&B qui montre Norman Bates à la sortie de son procès se diriger vers l’asile d’aliénés où il finira sa vie (exit Psychose 2 et Psychose 3 donc), l’histoire se focalise sur le personnage d’Alex interprété par l’étrange Bud Cort. Découvert dans M.A.S.H. de Robert Altman en 1970, il tient le rôle-titre dans le célèbre Harold et Maude d’Hal Ashby réalisé l’année suivante. Prometteur, nommé pour les prix les plus prestigieux du cinéma et même honoré à la Cinémathèque française à l’âge de 25 ans, il est victime d’un très grave accident de voiture en 1979. Tous ses membres sont brisés et son visage défiguré. C’est le début de la fin pour le comédien de 31 ans, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. A l’instar de Montgomery Clift, Bud Cort connaît de très nombreuses opérations de chirurgie réparatrices et plastiques, ainsi que des séances multiples de rééducation. Entre un procès perdu et les studios qui l’oublient rapidement, Bud Cort tente de reprendre sa carrière en main, sans succès. En 1987, il est relativement confiant dans le projet Bates Motel qui pourrait lui assurer un rôle récurrent à la télévision. Il va très vite déchanter.

Bates Motel est un téléfilm pauvrement écrit, sinistre dans sa mise en scène et au rythme lent. Si Bud Cort promène son charisme particulier en écarquillant continuellement les yeux, il est malgré tout attachant. Il donne la réplique à la piquante Lori Petty, vue dernièrement dans la série Orange Is the New Black (Lolly), qui fait ici ses débuts devant la caméra et dont le film le plus célèbre demeure Point Break – Extrême limite de Kathryn Bigelow (1991) dans lequel elle interprète Tyler. Le surjeu nerveux de la comédienne agace plus qu’autre chose, mais rajoute au côté nanar de l’entreprise. Il ne se passe pas grand-chose dans Bates Motel, que l’on pourrait considérer comme un spin-off au film original. Si revoir le motel en question et surtout la célèbre maison des Bates fait toujours son petit effet, l’histoire fait du surplace et il faut vraiment attendre le dernier quart d’heure pour que les enjeux du téléfilm (et donc de la série) soient enfin exposés, avec notamment l’apparition du jeune Jason Bateman.

En faisant de ce lieu maudit une sorte de brèche entre deux mondes (en gros des fantômes apparaissent), l’intention était plutôt originale, mais l’approche reste bien trop paresseuse. Bates Motel reste malgré tout une vraie curiosité teintée d’humour noire. Par la suite, Anthony Perkins reviendra une dernière fois dans la peau de Norman Bates dans Psychose 4, téléfilm préquelle réalisé par Mick Garris en 1990. Outre le remake plan par plan (ou presque) de Psychose par Gus Van Sant en 1998, le Bates Motel renaîtra vraiment de ses cendres à travers une série éponyme, cinq saisons réalisées de 2013 à 2017, centrée sur la jeunesse tourmentée du jeune Norman Bates auprès de sa mère Norma, avec Freddie Highmore et Vera Farmiga.

LE DVD

Le DVD de Bates Motel, disponible chez Movinside, repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette est très élégante et attractive. Cette collection « Trésors du fantastique », est dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy. Le menu principal est quant à lui animé et musical.

Comme bonus, Marc Toullec présente Bates Motel (8’). Installé dans son canapé, de biais, le regard scotché à un texte qu’il a l’air de découvrir en même temps qu’il le récite comme une dictée, le journaliste peine à éveiller l’attention. Ce supplément donne vraiment la sensation qu’il a été réalisé dans l’urgence, sans aucun moyen (mention à la musique diffusée en boucle à côté de Toullec), au montage médiocre (que de coupes) et au procédé fatiguant. Marc Toullec bafouille, raconte parfois l’histoire, se reprend et échoue à donner un semblant de naturel à sa lecture. L’interactivité propose aussi le teaser original.

L’Image et le son

L’image ne peut cacher la facture télévisuelle de Bates Motel. Des points blancs, scratchs, griffures et tâches montrent que la restauration n’est pas récente, le N&B du prologue paraît bleuté et métallique. Les couleurs semblent fanées et brunâtres, la définition reste moyenne, l’image est floue et des moirages s’invitent à la partie. Ne cherchons pas de gestion des contrastes ici, elle est inexistante, tout comme le piqué émoussé. Le master est brut, marqué par ses trente ans d’âge et seule la stabilité est de rigueur ici.

Bien que le film ait été exploité en France en VHS sous l’égide de CIC Vidéo, nous ne trouvons pas de version française sur cette édition DVD. Le mixage anglais Dolby Digital 2.0 Mono instaure un bon confort acoustique avec des dialogues délivrés avec efficacité et clarté. La propreté est de mise, sans aucun souffle et les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © UNIVERSAL CITY STUDIOS.INC. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

 

Test Blu-ray / La Nuit de la grande chaleur, réalisé par Terence Fisher

LA NUIT DE LA GRANDE CHALEUR (Night of the Big Heat) réalisé par Terence Fisher, disponible en DVD et Blu-ray le 26 septembre 2017 chez Movinside

Acteurs :  Christopher Lee, Peter Cushing, Patrick Allen, Percy Herbert, Jane Merrow, Sarah Lawson, William Lucas, Kenneth Cope…

Scénario :  Ronald Liles d’après le roman de John Lymington

Photographie : Reginald H. Wyer

Musique : Malcolm Lockyer

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Une invraisemblable vague de chaleur touche en plein hiver l’île britannique de Fara. À l’auberge du “Cygne Blanc”, la tension monte en même temps que la température. Le mystérieux client Hanson finira par dévoiler la cause de cet étrange microclimat : des extraterrestres se préparent à envahir la Terre et la chaleur intense leur est indispensable pour survivre…

La Nuit de la grande chaleur, Night of the Big Heat en version originale et même Island of the Burning Damned pour son exploitation aux Etats-Unis, est l’un des derniers longs métrages du célèbre réalisateur Britannique Terence Fisher (1904-1980), grande figure de la Hammer Film Productions et metteur en scène de Frankenstein s’est échappé (1957), Le Cauchemar de Dracula (1958), La Revanche de Frankenstein (1958) et Le Chien des Baskerville (1959). Après avoir remis au goût du jour (et en couleur) les monstres qui avaient fait les belles heures des Studios Universal dans les années 1930-40, ainsi que Sherlock Holmes dans l’une des plus grandes adaptations de Sir Arthur Conan Doyle, le cinéaste s’engage pour deux films auprès de la Planet Film. Ce sera L’Île de la terreurIsland of Terror en 1966 et La Nuit de la grande chaleur (1967), d’après un roman de John Lymington. Disposant d’un budget restreint (euphémisme), Terence Fisher peut néanmoins compter sur la participation de deux monstres du genre, deux comédiens qu’il a très souvent fait tourner, Christopher Lee et surtout Peter Cushing qui collaborera près d’une quinzaine de fois avec le réalisateur. Malgré ce casting plus qu’attractif, La Nuit de la grande chaleur déçoit, ennuie souvent et le talent du cinéaste ne parvient pas à donner un souffle à son histoire limitée qui s’apparente souvent à du théâtre filmé.

Au mois de novembre, l’île de Fara située au large de l’Ecosse, est habituellement battue par les vents et la température y est hivernale. Cette année-là, il n’en est rien : une vague de chaleur inaccoutumée sévit sur la zone, perturbant animaux, végétaux et les habitants. Jeff Callum, un écrivain, propriétaire d’un hôtel, s’interroge sur les causes de ce bouleversement climatique. Il est également intrigué par le comportement d’un de ses clients, Godfrey Hanson. En forçant sa porte, il découvre dans sa chambre un véritable laboratoire. Hanson lui explique que des extraterrestres sont la cause directe de l’insupportable canicule. Malgré un excellent postulat de départ, une installation prenante et des effets paranormaux inquiétants, La Nuit de la grande chaleur ne tient pas longtemps la route. Si les comédiens sont évidemment excellents et font tout ce dont ils sont capables pour paraître inquiets et angoissés, le dispositif réduit le film à un quasi-huis clos, en réunissant les personnages principaux dans une auberge.

Terence Fisher distille une atmosphère moite très réussie. Le cinéaste y ajoute une touche sexy par la présence de la sensuelle Jane Merrow, dont le corps souvent exposé, caressé avec des glaçons ou tout simplement moulé dans un bikini du plus bel effet, fait tourner à la fois la tête du personnage interprété par Patrick Allen, mais aussi des spectateurs. Cette troisième tentative de science-fiction de Terence Fisher, après The Earth Dies Screaming (1965) et LÎle de la Terreur est plutôt banale et très bavarde. Le film emprunte beaucoup aux séries B de science-fiction qui envahissaient les cinémas américains dans les années 1950 et seules quelques scènes parviennent à vraiment à éveiller l’intérêt après la formidable exposition qui n’est pas sans rappeler l’album de Tintin, L’Étoile mystérieuse publié en 1942.

Terence Fisher parvient à restreindre les effets visuels en privilégiant le hors champ et les effets sonores à base d’acouphènes (très réussis par ailleurs), mais doit se résoudre à dévoiler les envahisseurs dans un final raté, involontairement drôle (quoique) et désuet. Profitant du titre « hot », le distributeur Empire Distribution, peu confiant sur la qualité du film, décide d’intégrer des scènes érotiques et de remanier le montage original, en misant uniquement sur le nom des deux actrices principales. Une arnaque qui a quand même attiré un demi-million de spectateurs dans les salles françaises en 1975 !

Revoir La Nuit de la grande chaleur dans son vrai montage n’apporte pas grand-chose, si ce n’est d’admirer le talent de deux grands comédiens, qui donnaient le meilleur d’eux-mêmes même dans les productions les plus fauchées. Pas désagréable, mais dispensable.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de La Nuit de la grande chaleur, disponible chez Movinside dans une collection dirigée par Marc Toullec et Jean-François Davy, repose dans un boîtier classique et élégant de couleur noire. La jaquette saura immédiatement taper dans l’oeil des cinéphiles passionnés de fantastique, et des autres, puisqu’elle reprend l’un des visuels originaux. Le menu principal est tout aussi classe, animé et musical.

Cette nouvelle vague Trésors du fantastique pèche par les présentations de Marc Toullec. S’il répond à l’appel, son introduction (7’) s’avère d’une pauvreté plutôt déconcertante. De biais, lisant un texte (sur un PC ?), bafouillant, se reprenant plusieurs fois, Marc Toullec se contente quasiment de faire une dictée, sans donner la moindre intonation à son texte, en se contentant d’énumérer des anecdotes de tournage, la sortie du film (dont la version agrémentée de scènes érotiques) et le casting de façon robotique. De plus, il semble que pour faire des économies en postproduction, Marc Toullec ait tout simplement mis une musique horripilante en fond pendant qu’il déclame son texte. A ce train-là, l’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies sera de dos lors de ses prochaines apparitions !

L’Image et le son

Le Blu-ray est au format 1080i. A cette bizarrerie s’ajoute un master défraîchi, aux couleurs complètement fanées à tendance jaunâtre. Le générique effraie quelque peu puisque l’image est constellée de points, de tâches et d’autres scories en tous genres. Si cela s’améliore après, la propreté n’est certainement pas le point fort de cette édition. D’ailleurs, l’ensemble demeure médiocre avec un piqué émoussé, un grain aléatoire et des contrastes du même acabit. La copie est néanmoins stable et diverses séquences tirent néanmoins leur épingle du jeu, même si la promotion HD n’est guère palpable sur ce titre.

Les versions originale et française bénéficient d’un mixage PCM 2.0. Pas de HD ici donc. Cependant, le confort acoustique est malgré tout assuré dans les deux cas. L’espace phonique se révèle probant et les dialogues sont clairs, nets, précis, même si l’ensemble manque de vivacité sur la piste française. Que vous ayez opté pour la langue de Shakespeare (conseillée) ou celle de Molière, aucun souffle ne vient parasiter votre projection et l’ensemble reste propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale.

Crédits images : © EUROLONDON FILMS LTD. ALL RIGHTS RESERVED / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / La Scandaleuse de Berlin, réalisé par Billy Wilder

LA SCANDALEUSE DE BERLIN (A Foreign Affair) réalisé par Billy Wilder, disponible en DVD et Blu-ray le 29 août 2017 chez Movinside

Acteurs :   Marlene Dietrich, Jean Arthur, John Lund, Millard Mitchell, Peter von Zerneck, Stanley Prager…

Scénario :   Robert Harari, Charles Brackett, Richard L. Breen, Billy Wilder d’après une histoire originale de David Shaw

Photographie : Charles Lang

Musique : Friedrich Hollaender

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 1948

LE FILM

La très austère Phoebe Frost est envoyée à Berlin en 1946 pour enquêter sur la moralité des troupes américaines d’occupation. Elle ne découvre que marché noir et relations amoureuses entre soldats et jeunes Allemandes. Pis, une chanteuse de cabaret, au passé nazi, est protégée par un officier américain, celui-là même qu’elle avait chargé de l’enquête au départ…

Avant de s’exiler à Hollywood suite à l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, Samuel Wilder dit Billy Wilder (1906-2002), scénariste austro-hongrois débarque à Paris où il tourne son premier long métrage en 1934, Mauvaise graine, avec Danielle Darrieux. Arrivé sur la terre de l’Oncle Sam et ne parlant quasiment pas anglais, il parvient tout de même à se faire engager à la Paramount Pictures comme scénariste et script-doctor. Il est très vite remarqué par Ernst Lubitsch, pour lequel Billy Wilder écrit La Huitième femme de Barbe-Bleue et Ninotchka. En 1942, il passe derrière la caméra pour Uniformes et jupons courtsThe Major and the Minor, comédie sur fond de guerre qu’il écrit avec son complice Charles Brackett. C’est un succès et la carrière de réalisateur de Billy Wilder est lancée. Mis en scène en 1948, La Scandaleuse de BerlinA Foreign Affair est déjà le huitième film de Billy Wilder (en comptant son documentaire Death Mills, sur la découverte des camps de concentration nazis par les Alliés en 1945) et fait suite au film noir Assurance sur la mortDouble Indemnity (1944) et le drame Le Poison (1945), récompensé par la Palme d’or au festival de Cannes, mais aussi par quatre Oscars, ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur acteur pour Ray Milland et du meilleur scénario adapté. Billy Wilder s’octroie ensuite une récréation avec la comédie musicale La Valse de l’empereur avec Bing Crosby et Joan Fontaine, avant de se consacrer à La Scandaleuse de Berlin.

C’est sans doute une phrase toute faite, mais tout Billy Wilder se trouve déjà dans A Foreign Affair : dialogues cocasses et tordants, comédie tendre, mélancolique et cynique sur l’amour, affrontements des sexes, le politiquement incorrect, la critique du puritanisme hypocrite, le mensonge, les faux-semblants, la complicité du réalisateur avec le spectateur alors en avance sur les personnages, qui renforce ainsi l’émotion et les éléments comiques. La mécanique Wilder fonctionne à plein régime, le ton insolent présent depuis Uniformes et jupons courts est encore plus féroce et même parfois grivois.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une commission parlementaire américaine arrive à Berlin pour enquêter sur les moeurs et les conditions de vie des 12.000 GI en Allemagne. Phoebe Frost, membre de la commission, puritaine et intransigeante, représentante républicaine de l’Iowa, découvre les dessous de la réalité berlinoise, le marché noir et la prostitution. Elle apprend notamment qu’une chanteuse de cabaret et ancienne membre du parti nazi, Erika von Schluetow, bénéficie de la protection d’un officier américain, le capitaine John Pringle. Celui-ci feint de tomber amoureux de la rigide Phoebe afin de l’amadouer. Tout d’abord scandalisée par la dépravation qu’elle découvre sur place, Phoebe est rapidement conquise et abandonne peu à peu sa cuirasse, tout en se laissant séduire.

La Scandaleuse de Berlin demeure encore aujourd’hui l’un des films de Billy Wilder les plus appréciés par les cinéphiles. Certes, les motifs et thèmes récurrents du maître incontesté de la comédie américaine explosent littéralement à l’écran, mais A Foreign Affair est également un modèle du genre du point de vue rythme, montage, cadre, mise en scène et direction d’acteurs. Redoutablement efficace, La Scandaleuse de Berlin possède encore cette Lubitsch’s touch, mais Billy Wilder s’émancipe bel et bien de son modèle, et livre une comédie sophistiquée plongée pourtant dans un décor réaliste et impressionnant, celui de Berlin en ruine (un spectaculaire plan aérien ouvre le film) suite aux 75.000 tonnes de bombes lâchées par les alliés. Seulement trois ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Billy Wilder plante son récit comique au milieu des bâtiments écroulés, qui contrastent avec la joie de vivre des soldats américains, qui ne pensent qu’à faire la fête en compagnie de jolies demoiselles allemandes qu’ils appâtent avec des barres de chocolat. C’est cet optimisme qui apparaît dès les premières scènes, qui irrigue le film du début à la fin et qui lui donne son rythme endiablé, comme un coeur qui bat à cent à l’heure et que l’horreur nazie n’a su arrêter.

Merveilleusement écrit, ce chef d’oeuvre comporte quelques répliques à se damner « Berlin, on dirait un vieux morceau de roquefort rongé par les rats ! », « Donner du pain à celui qui a faim, c’est de la démocratie. Mais le faire avec ostentation, c’est de l’impérialisme. », « Voici le balcon duquel Hitler a parié que son Reich durerait 1000 ans. Ça a fait mal aux bookmakers. », « Je me demande comment tient cette robe ! » « Avec la volonté allemande ! », « Allons chez moi, c’est à quelques ruines d’ici ! ». Billy Wilder « ose » jouer avec le décor de Berlin réduit alors à un tas de pierres et de cendres. Pourtant, parmi ces gravas (reconstitués en partie à Hollywood), les hommes et les femmes retrouvent le goût de vivre, de s’amuser, de boire et de chanter. Divinement interprété, La Scandaleuse de Berlin reste un des rares films emblématiques de Marlene Dietrich en dehors de sa longue collaboration avec Josef von Sternberg. Si la comédienne avait tout d’abord refusé ce rôle en raison de ses positions anti-nazies, Marlene Dietrich, qui avait été pourchassée par l’état-major allemand pour espionnage et qui avait ensuite soutenu le moral des troupes américaines en allant chanter sur le front, accepte surtout par amitié pour Billy Wilder. Malgré ses réticences, elle est une fois de plus formidable et semble même s’amuser à jouer un personnage alors à l’encontre de ses valeurs, tout en interprétant trois chansons restées célèbres, Black Market, Illusions, et Ruins of Berlin. Elle tournera à nouveau devant la caméra de Billy Wilder en 1957 pour Témoin à charge.

Mais la véritable star du film est bel et bien la méconnue et pourtant pétillante Jean Arthur (1900-1991). Après ses débuts dans le cinéma muet, on peut d’ailleurs l’apercevoir dans Les Fiancées en folieSeven Chances (1925) de Buster Keaton, cette ancienne mannequin devenue actrice a plus tard tourné pour Howard Hawks (L’Extravagant Mr. Deeds, Seuls les anges ont des ailes) et Frank Capra (Vous ne l’emporterez pas avec vous, Monsieur Smith au Sénat). La Scandaleuse de Berlin est son avant-dernier film. La comédienne fera ses adieux au cinéma cinq ans plus tard dans L’Homme des vallées perdues de Georges Stevens. Elle est tout simplement immense dans La Scandaleuse de Berlin et sa tonique prestation parvient même à éclipser celle de sa partenaire. A ses côtés, outre de fabuleux seconds rôles qui ont toujours fait la marque de Billy Wilder, le méconnu John Lund, dont la Paramount tentait de faire une star, fait pâle figure avec un manque de charisme certain, mais ses relations avec Marlene Dietrich d’un côté et Jean Arthur de l’autre, fonctionnent parfaitement bien, l’acteur étant bien sûr aidé par l’énergie et le charme contagieux des deux actrices.

Rétrospectivement, La Scandaleuse de Berlin reste un des films les plus audacieux et intelligents de Billy Wilder, ainsi que l’un de ses innombrables chefs d’oeuvre.

LE BLU-RAY

L’édition HD de La Scandaleuse de Berlin est disponible chez Movinside. Le disque repose dans un élégant boîtier classique de couleur noire. La jaquette est très belle et reprend l’un des visuels de la sortie du film. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition HD ne contient qu’un seul supplément, une présentation du film par le journaliste Marc Toullec (13’). L’ancien co-rédacteur en chef de Mad Movies ne manque pas d’inspiration et d’arguments pour défendre ce bijou qu’il situe dans son contexte. Toullec évoque la carrière, le style, le génie de Billy Wilder et rappelle que ce dernier considérait La Scandaleuse de Berlin comme l’un de ses films les plus réussis. La genèse, l’écriture du scénario, le casting, le tournage, tout y est abordé posément.

L’Image et le son

Le transfert HD (1080p, AVC) répond à toutes les exigences même si tout n’est pas parfait. Le N&B affiche une nouvelle jeunesse, les blancs sont lumineux et les noirs rutilants, le piqué n’a jamais été aussi affiné mais quelques séquences liées à la photo vaporeuse du chef opérateur Charles Lang (Certains l’aiment chaud, Les 7 mercenaires, Charade), apparaissent beaucoup plus douces et lisses. La définition n’est pas optimale, le grain tend à s’accentuer sur les scènes sombres, les gros plans manquent parfois de détails, cependant la profondeur du plein cadre est plaisante. La propreté est aléatoire, avec certaines bobines qui demeurent abîmées et marquées par de nombreuses rayures verticales, des points et tâches. L’image est stable et les contrastes soignés.

Les mixages anglais et français sont proposés en DTS-HD Master Audio Mono. La piste originale, est souvent exemplaire et limpide, contrairement à la version française qui s’accompagne d’un souffle qui tend à s’accentuer sur les trois chansons de Marlene Dietrich. Le niveau des dialogues est hasardeux sur cette piste, certains échanges sont un peu pincés et le mixage manque souvent d’harmonie. La version originale est évidemment à privilégier, notamment pour bénéficier de la « musicalité » des dialogues chers à Wilder, mais également du timbre particulier de Jean Arthur. C’est entre autres l’option acoustique la plus confortable avec un report des voix et des effets annexes plus solides. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Paramount Pictures / Universal Studios / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Chiens, à vous de créver !, réalisé par Frank Wisbar

CHIENS, À VOUS DE CREVER ! (Hunde, wollt ihr ewig leben) réalisé par Frank Wisbar, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Movinside

Acteurs : Joachim Hansen, Peter Carsten, Wolfgang Preiss, Horst Frank, Wilhelm Borchert, Carl Lange, Richard Münch, Günter Pfitzmann…

Scénario : Frank Wisbar, Frank Dimen, Fritz Wöss, Heinz Schröter

Photographie : Helmuth Ashley

Musique : Herbert Windt

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1959

LE FILM

Octobre 1942. Le général Friedrich Paulus qui commande la 6ème Armée obéit aveuglement à Hitler qui exige, coûte qui coûte, qu’il tienne Stalingrad et résiste par tous les moyens à l’encerclement des troupes soviétiques. Dans les rangs allemands, les soldats privés d’armes et de vivres commencent à prendre conscience de la folie mégalomane du Führer. Parmi eux, le lieutenant Wisse, le sergent Böse, le caporal Krämer et un aumônier, redécouvrent des valeurs humaines que la guerre avait annihilé.

Hormis le film soviétique Stalingradskaja Bitva (The Battle of Stalingrad) réalisé en 1949 de Vladimir Petrov, restauré il y a une dizaine d’années par l’International Historique Films, Chiens, à vous de crever !Hunde, wollt ihr ewig leben ! de Frank Wisbar est le premier long métrage allemand à parler de la débâcle allemande lors de la bataille de Stalingrad. De son vrai nom Frank Wysbar (1899-1967), le cinéaste né à Tilsit alors en Prusse-Orientale livre un très grand film de guerre malheureusement et injustement oublié aujourd’hui. Il est donc grand temps de réhabiliter Chiens, à vous de crever ! qui aborde frontalement et avec objectivité l’une des batailles les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale, qui a opposé l’armée soviétique à l’armée allemande de juillet 1942 à février 1943.

Le film adopte le point de vue de l’armée allemande et montre comment les soldats et leurs supérieurs ont été tout simplement abandonnés par Adolf Hitler, qui promettait alors de les ravitailler en nourriture, en armes et en hommes. L’histoire s’attache à une poignée de personnages livrés à eux-mêmes, affamés, démunis, rongés par le froid (on brûle les photos encadrées du Führer pour se réchauffer) et la maladie, tandis que les cadavres s’amoncellent sur leur chemin, avant de se retrouver encerclés dans la ville de Stalingrad alors à feu et à sang. Dès la première séquence, Frank Wisbar montre une armée triomphante qui défile sous les yeux brillants du Führer, tandis qu’une voix-off vient couper court à cette parade en commentant des images du front dévasté, des soldats allemands morts au combat : « Jusqu’à ce que la neige et le vent recouvrent les cadavres et fassent oublier l’entrée triomphale. Le soldat mort n’a que faire de l’issue victorieuse ou non de la guerre ». Sur un montage percutant et fluide, Chiens, à vous de crever ! intègre d’incroyables et impressionnants stockshots, parfois très difficiles et violents, qui rend compte des tensions et des divisions au sein de la 6e armée envoyée sur le front de l’Est.

Avec des moyens plutôt conséquents, Frank Wisbar rend compte de la situation sur le front qui n’a de cesse de se dégrader (un soldat allemand meurt toutes les 7 secondes), tandis que les russes mieux équipés, resserrent leurs unités jusqu’à étouffer littéralement leurs adversaires. Adolf Hitler apparaît de dos principalement, tandis que sa voix exprime clairement son désintérêt pour ces hommes qui seraient très vite remplacés s’ils devaient tous tomber. De leur côté, Goebbels déclare déjà la victoire allemande sur Stalingrad et Göring s’époumone à la radio pour célébrer le dixième anniversaire de la prise du pouvoir. Jusqu’à la reddition des troupes allemandes après plus de six mois de combats, plus de 800.000 pertes soviétiques (civils et soldats) et 400 000 militaires allemands, roumains, italiens, hongrois et croates.

S’il démarre comme un documentaire, Chiens, à vous de crever ! s’avère un film maîtrisé et épatant, aussi passionnant sur le fond que sur la forme, porté par de remarquables comédiens et qui s’avère un témoignage sans concession ni faux héroïsme, qui colle au plus près de la vérité. C’est le cas de la séquence où durant une courte trêve demandée entre les deux armées afin d’aller récupérer leurs soldats décédés sur le front, un officier allemand trouve un piano dans les décombres recouvertes de neige et commence à jouer une sonate de Beethoven.

Sorti en France en 1960, le film de Frank Wisbar attire plus d’1,2 million de spectateurs dans les salles, et se voit récompenser par de nombreux prix en Allemagne, dont le meilleur réalisateur et le Deuxième meilleur film aux Prix du film allemand. Il faudra attendre 1989 et le film russe Stalingrad de Youri Ozerov pour que le cinéma s’intéresse à nouveau à cet épisode clé de la Seconde Guerre mondiale.

LE DVD

Chiens, à vous de crever ! intègre la collection Grands films de guerre disponible chez Movinside. Aucun supplément ni de chapitrage, le menu principal, animé et musical, ne propose que le choix des langues avant le lancement du film. Si l’éditeur aurait pu proposer une présentation de Chiens, à vous de crever ! par un historien du cinéma, la grande rareté du film l’emporte sur l’absence des suppléments.

L’Image et le son

La restauration est impressionnante ! Movinside a pu mettre la main sur un master qui permet de (re)découvrir Chiens, à vous de crever ! dans de très bonnes conditions. Certes, les stockshots n’ont évidemment pas été restaurés et détonnent avec les images filmées par Frank Wisbar, mais la copie s’avère propre, stable, les contrastes sont bien gérés, les noirs sont denses et certaines séquences s’avèrent lumineuses. Quelques points blancs et rayures verticales ont pu échapper au nettoyage, mais dans l’ensemble l’image est de fort bon acabit.

La version originale est proposée dans son intégralité avec des sous-titres français non imposés. La piste est étonnamment propre, ne serait-ce que deux ou trois craquements, sans souffle parasite et sans bruits de fond. Le confort acoustique est donc assuré. Une piste française est également au programme, un peu plus sourde, mais qui ne démérite pas.

Crédits images : © BETA FILM. / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test DVD / Les Chiens sont lâchés, réalisé par Falk Harnack

LES CHIENS SONT LÂCHÉS (Unruhige Nacht) réalisé par Falk Harnack, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Movinside

Acteurs : Bernhard Wicki, Ulla Jacobsson, Hansjörg Felmy, Anneli Sauli, Erik Schumann, Werner Hinz, Richard Münch…

Scénario : Horst Budjuhn, Albrecht Goes

Photographie : Friedl Behn-Grund

Musique : Hans-Martin Majewski

Durée : 1h35

Date de sortie initiale : 1958

LE FILM

En Russie, pendant la Deuxième Guerre mondiale, un pasteur est désigné pour assister un soldat condamné à mort pour désertion. Ce soldat est un très jeune homme, presque encore un adolescent, tendre, doux et buté… Il doit être exécuté le lendemain matin. Le pasteur, en possession du dossier de Boranovski, compte passer la nuit à l’étudier, ignorant encore qu’il ne sera pas seul dans sa chambre d’auberge : un jeune capitaine. Von Arnim, doit la partager avec lui. Celui-ci lui dit qu’il vient d’être désigné pour Stalingrad, d’où on ne revient pas, et qu’il a demandé à sa fiancée, infirmière, de venir passer avec lui cette nuit-là, qui sera bien vraisemblablement leur première et aussi leur dernière nuit…

Grand succès du box-office allemand, Les Chiens sont lâchésUnruhige Nacht est l’oeuvre du réalisateur Falk Harnack (1913-1991), qui fut très actif dans la résistance allemande durant la période nazie. Il est issu d’une famille de savants, d’artistes et de scientifiques, dont plusieurs ont payé de leur vie leur résistance antinazie. En 1943, il déserte pour rejoindre la Grèce où il s’allie au Greek People’s Liberation Army, avant de cofonder plus tard et de diriger le “comité antifasciste pour une Allemagne libre”. Les Chiens sont lâchés, réalisé en 1958, est symbolique de son combat et de son cinéma. Poignant, ce drame de guerre est une véritable révélation. Falk Harnack met en scène une poignée de soldats allemands, plongés en plein coeur de la Seconde Guerre mondiale, au cours de la bataille de Stalingrad. Un pasteur militaire parcourt le dossier d’un soldat allemand condamné à mort pour désertion après être tombé amoureux d’une jeune ukrainienne.

L’aumônier Brunner est interprété par le grand acteur allemand Bernhard Wicki, vu dans La Nuit de Michelangelo Antonioni et Paris, Texas de Wim Wenders. Il est également réalisateur et on lui doit entre autres les parties allemandes du Jour le plus long ou bien encore le célèbre film Le Pont, mis en scène en 1959. Dans Les Chiens sont lâchés, sa prestation tout en colère rentrée et immense délicatesse foudroie le spectateur. Son empathie et son amour pour ce jeune homme prénommé Fedor Boranovski (Hansjörg Felmy), dont le recours en grâce a été rejeté une dernière fois, sont traités avec finesse et intelligence. Malgré l’apparente austérité des décors et la sécheresse du montage, la mise en scène est très inspirée (très beaux mouvements de caméra) et l’émotion affleure progressivement, au fur et à mesure que le pasteur découvre l’histoire de celui qu’il doit informer de son exécution, en essayant de lui apporter une tranquillité d’esprit. L’aumônier arrive sur place en fin d’après-midi et découvre que Boranovski, accusé d’avoir déserté (plus de 200.000 jeunes soldats allemands avaient déserté) en ayant profité de la confusion d’une attaque aérienne, doit se faire fusiller le lendemain matin à l’aube.

Durant la nuit, alors qu’il partage sa chambre avec un capitaine sur le point d’être envoyé sur le champ de bataille à Stalingrad et sa fiancée Melanie, Brunner découvre l’histoire de Boranovski. Falk Harnack use alors de récents flashbacks qui dressent le portrait d’un jeune homme qui n’inspirait qu’à vivre comme n’importe quel être humain, qui a rencontré l’amour auprès d’une jeune mère et veuve ukrainienne. Un petit homme moustachu à frange en a décidé autrement. Par ailleurs, ce dernier apparaît seulement en fond sonore pendant un discours, comme si sa présence, ou plutôt son omniprésence était tellement devenue banale qu’on ne faisait même plus attention à lui. Tandis qu’il s’époumone sur la victoire qu’il sent “imminente”, les soldats vaquent à leurs occupations, laissant ce chien aboyer dans le vide. Falk Harnack livre un film pacifiste, antimilitariste et antinazi, fortement engagé, beau et très attachant.

LE DVD

Les Chiens sont lâchés intègre la collection Grands films de guerre disponible chez Movinside. Aucun supplément ni de chapitrage, le menu principal, animé et musical, ne propose que le choix des langues (version originale avec ou sans sous-titres français) avant le lancement du film. Si l’éditeur aurait pu proposer une présentation des Chiens sont lâchés par un historien du cinéma, la grande rareté du film l’emporte sur l’absence des suppléments.

L’Image et le son

Movinside propose Les Chiens sont lâchés dans son format original 1.33 (4/3). Le grain original a été lissé quasiment entièrement, la copie a subi un certain dépoussiérage, même si des rayures verticales, points noirs, tâches et raccords de montages demeurent visibles. L’image est stable, divers moirages sont constatés, notamment sur les galons des officiers, sans oublier les décrochages sur les fondus enchaînés. Le N&B est lumineux, la gestion des contrastes équilibrée. Malgré les défauts énumérés, découvrir le film de Falk Harnack est une chance inespérée et nous ne pouvons que saluer l’éditeur pour cette ambitieuse sortie dans les bacs.

Seule la version originale est proposée avec des sous-titres français non imposés. La piste est étonnamment propre, ne serait-ce que deux ou trois craquements, sans souffle parasite et sans bruits de fond. Le confort acoustique est donc assuré.

Crédits images : © BETA FILM. / Movinside / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Test Blu-ray / The Hit : le tueur était presque parfait, réalisé par Stephen Frears

THE HIT : LE TUEUR ÉTAIT PRESQUE PARFAIT (The Hit) réalisé par Stephen Frears, disponible en DVD et Blu-ray le 27 juin 2017 chez Movinside

Acteurs : John Hurt, Tim Roth, Terence Stamp, Jim Broadbent, Laura del Sol, Bill Hunter, Fernando Rey

Scénario : Peter Prince

Photographie : Mike Molloy

Musique : Paco de Lucía, Eric Clapton, Roger Waters

Durée : 1h38

Date de sortie initiale : 1984

LE FILM

Willie Parker, un truand anglais, dénonce ses complices en échange de la liberté. Il vit incognito en Espagne, sous la surveillance d’un policier du coin. Dix ans plus tard, ses ex-complices sortent de prison ; ils engagent deux « professionnels », Braddock, le vétéran, et Myron, dont c’est la première mission. Ceux-ci enlèvent Parker et traversent l’Espagne en direction de Paris, poursuivis par la police. Parker, qui s’est préparé depuis dix ans à ce dénouement, reste d’un calme olympien et s’amuse à pousser ses ravisseurs à l’erreur.

Avant d’être révélé en 1985 par My Beautiful Laundrette, le réalisateur britannique Stephen Frears avait déjà mis en scène deux longs métrages, Gumshoe avec Albert Finney (1971) et The Hit (1984). Ce dernier, sorti en France sous le titre The Hit : Le Tueur était presque parfait, est un formidable road-movie existentiel, teinté d’humour noir et marqué par une violence sèche. Méconnu, The Hit ne manque pourtant pas de qualités, loin de là.

Devant un tribunal londonien, Willie Parker (Terence Stamp) témoigne contre ses complices dans un hold-up. En quittant la salle d’audience, il sait qu’au bout des dix ans d’incarcération dont ils ont écopé à cause de sa trahison, la vengeance sera terrible. Dix ans plus tard, deux tueurs à gages retrouvent sa trace en Espagne, où Parker, pensant ainsi leur échapper, s’était exilé. Ses bourreaux ont les traits de Braddock (John Hurt), un tueur chevronné et taciturne, et de Myron (Tim Roth), son jeune acolyte nerveux et impulsif. Une longue traversée de la péninsule ibérique commence en Mercedes Euro W111 blanche, car la mission des deux hommes consiste à rapatrier Willie en France. Le repenti attend, le sourire aux lèvres, une fin qu’il sait inéluctable.

Quel étrange film que The Hit ! Mais c’est justement cette singularité dans la filmographie dense et éclectique de Stephen Frears qui en fait sa rareté. Le casting quatre étoiles emporte déjà l’adhésion. A l’écran, Terence Stamp est aussi impérial que magnifique, John Hurt flippant dans le rôle du tueur quasi-mutique, Tim Roth, tout juste révélé par l’exceptionnel Made in Britain d’Alan Clarke, crève l’écran en petite frappe pas si éloignée de son rôle précédent (qui avait été proposé à Joe Strummer de The Clash), sans oublier la présence de la pulpeuse Laura del Sol dans le rôle de Maggie, otage récupéré sur la route et qui va se battre pour rester en vie, et celle de Fernando Rey, l’inspecteur qui mène l’enquête sur l’enlèvement de Parker, et dont nous n’entendrons jamais la voix. Présenté au Festival de Cannes en 1984 dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, The Hit foudroie par la virtuosité de la mise en scène (jeux à foison sur la profondeur, les focales, les angles), l’élégance de la photographie et par ses partis pris. Atypique, le film s’avère une profonde réflexion sur la mort, sur la façon dont l’individu l’appréhende et l’affronte le moment venu. Ainsi, Parker agace ses ravisseurs à cause de sa nonchalance et du sourire qu’il affiche sur le chemin qui le mène vers son exécution programmée. Derrière ses lunettes de soleil, Braddock semble déstabilisé par l’attitude de Parker, tandis que Myron, jeune chien fou, perd son sang-froid et s’exprime par la violence.

Pendant une dizaine d’années, Stephen Frears a essentiellement oeuvré à la BBC. Pourtant sa mise en scène est exceptionnelle et le cinéaste semble lui-même trouver sa propre voie en réalisant The Hit. Les mouvements de caméra sont sublimes et sophistiqués, et donnent un côté aérien à cette histoire pourtant terrible avec ces hommes qui tentent de mourir de la meilleure façon possible. Stephen Frears ne s’en cache pas, pour lui The Hit est une véritable comédie humaine, où tout le monde est logé à la même enseigne puisque personne n’échappera à la mort. Aux hommes de se préparer à l’inévitable. Comme il l’indique lui-même, Parker a eu une dizaine d’années pour se faire à l’idée, sachant que ses anciens complices feraient tout pour le retrouver et lui rendre la monnaie de sa pièce. Dans un sens, ses airs décontractés bouleversent Myron et Braddock qui ont fait du crime leur métier. Tout d’abord impitoyables, les deux tueurs vont peu à peu dévoiler quelques fissures. S’ils ne peuvent plus inspirer la peur, alors c’est toute leur raison d’être qui est remise en question.

Outre ce scénario intelligent écrit par le dramaturge et romancier Peter Prince et cette virtuosité formelle, n’oublions pas la musique traditionnelle de Paco de Lucía et sa guitare flamenco, y compris le générique signé Eric Clapton et Roger Waters, ainsi que la photo aride et lumineuse de Mike Molloy (Le Cri du sorcier) qui donne aux paysages espagnols un aspect désolé proche du western. Mystérieux, presque inclassable, passionnant, métaphysique, languissant, The Hit est loin d’être un simple polar et s’avère une immense réussite, une de plus, dans l’oeuvre de Stephen Frears.

LE BLU-RAY

Le Blu-ray de The Hit est édité chez Movinside qui pour l’occasion inaugure une nouvelle collection Suspense/Polar avec également les titres Don Angelo est mort de Richard Fleischer et Le Flic se rebiffe de Burt Lancaster et Roland Kibbee (déjà chroniqués). La jaquette reprend un des visuels originaux du film et s’avère très élégante. Le menu principal est animé et musical. Aucun chapitrage et aucun supplément malheureusement.

L’Image et le son

Nous ne sommes pas déçus ! C’est avec un plaisir immense que nous découvrons ce film de Stephen Frears dans de pareilles conditions ! La colorimétrie s’impose par sa luminosité, le relief est très appréciable. Malgré un piqué émoussé, ainsi qu’un grain aléatoire et plus prononcé sur les séquences sombres, la photo riche et ouatée du chef-opérateur Mike Molloy est souvent excellemment restituée. La profondeur de champ est indéniable, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise, les contrastes probants, la copie stable (merci au codec AVC), sans oublier la restauration impeccable. Le master est débarrassé de toutes les scories possibles et imaginables. Ce Blu-ray est en format 1080p.

Les mixages anglais et français DTS-HD Master Audio 2.0 instaurent un confort acoustique satisfaisant. Malgré des dialogues clairs et ardents, la piste française manque d’ampleur et en oublie parfois certaines ambiances annexes. C’est un peu mieux pour la version originale, plus homogène et équilibrée, même si les dialogues auraient mérité d’être revus à la hausse. Dans les deux cas, la propreté est là et aucun souffle n’a été constaté. L’éditeur joint également une piste anglaise DTS-HD Master Audio 5.1 complètement anecdotique, avec une spatialisation décevante et des effets latéraux quasi-inexistants.

Crédits images : © Universal Pictures / Movinside / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr