Test DVD / La Maison rouge, réalisé par Delmer Daves

LA MAISON ROUGE (The Red House) réalisé par Delmer Daves, disponible en DVD le 11 juillet 2017 chez Rimini Editions

Acteurs : Edward G. Robinson, Lon McCallister, Judith Anderson, Rory Calhoun, Allene Roberts, Julie London, Ona Munson…

Scénario : Delmer Daves d’après le roman de George Agnew Chamberlain

Photographie : Bert Glennon

Musique : Miklós Rózsa

Durée : 1h36

Date de sortie initiale : 1947

LE FILM

Pete vit dans une ferme isolée avec sa sœur Ellen et sa fille adoptive Meg. Les parents de Meg ont disparu il y a quelques années dans des conditions mystérieuses. Il embauche comme aide de ferme Nath, un jeune homme qui tombe bientôt amoureux de Meg. Nath et Meg tentent de savoir quel secret se cache derrière la maison rouge, une demeure enfouie dans la forêt. Mais Pete leur interdit formellement de s’y rendre, en leur expliquant que cette maison est hantée…

La Maison rougeThe Red House (1947) n’est que le cinquième long métrage de Delmer Daves (1904-1977), réalisateur souvent oublié et sous-estimé, qui a pourtant signé de nombreux classiques tels que Les Passagers de la nuit (1947) aka Dark Passage avec Humphrey Bogart, qui est resté célèbre pour son usage de la caméra subjective, La Flèche brisée (1950) le premier western pro-indien, et 3h10 pour Yuma (1957), superbe western adapté d’une nouvelle écrite par l’immense et prolifique écrivain Elmore Leonard parue en mars 1953. Adapté du roman de George Agnew Chamberlain, La Maison rouge demeure méconnu dans la grande filmographie de Delmer Daves qui compte une trentaine de longs métrages réalisés entre 1973 et 1965. Quatre ans après ses débuts derrière la caméra avec Destination Tokyo, Delmer Daves livre un film dramatique teinté de fantastique.

La Maison rouge est une oeuvre à part dans la carrière du réalisateur, même si l’on retrouve ce qui a toujours fait la force de son cinéma, son attachement aux personnages, masculins comme féminins, plutôt que le contexte et le genre, même s’il affectionnait tout particulièrement le western puisqu’il en a réalisé près d’une dizaine. Remarquablement photographié par Bert Glennon (La Chevauchée fantastique, Sur la piste des Mohawks) qui s’inspire de l’expressionnisme allemand, et souligné par la partition toujours inspirée de Miklós Rózsa (L’Espion noir, Le Voleur de Bagdad, Assurance sur la mort), La Maison rouge plonge le spectateur dans une atmosphère trouble. Le malaise s’installe rapidement après une ouverture pourtant lumineuse, qui présente le décor bucolique et quelques jeunes étudiants qui respirent la jeunesse et l’insouciance. Après ce prologue, nous rencontrons alors Pete Morgan, austère et invalide, qui vit dans une ferme située à l’écart de la ville et bordée d’une épaisse forêt, avec sa soeur Ellen (Judith Anderson, la gouvernante Mrs Denvers de Rebecca d’Alfred Hitchcock) et sa fille adoptive Meg dont les parents ont mystérieusement disparu quinze ans auparavant. Pour l’aider dans les tâches quotidiennes, le vieil homme loue les services d’un aide de ferme, Nath Storm (Lon McCallister), camarade de classe de Meg, et le met vivement en garde de ne pas aller fouiner dans les bois situés aux alentours, et surtout pas aux abords de la maison rouge qu’il prétend maudite. Mais la curiosité du jeune homme est trop forte, et accompagné de Meg, il s’aventure dans les bois pour découvrir quel horrible secret entoure cette maison rouge.

La Maison rouge joue avec les genres pour mieux déstabiliser les spectateurs. Ce drame psychologique et angoissant, mais également thriller sentimental et récit d’émancipation (!) traite à la fois du sentiment de culpabilité, de la folie amoureuse et surtout de la perte de la virginité ainsi que de l’éveil sexuel. Qui a peur du Grand Méchant Loup ? Si l’on devine rapidement ce qui s’est déroulé dans cette forêt interdite quinze ans avant, ce lieu est aussi avant tout une métaphore sur le premier rapport sexuel, un chemin que l’on convoite, que l’on redoute, que l’on souhaite franchir malgré les interdits. C’est ainsi que la douce et innocente Meg, superbe et lumineuse Allene Roberts, qui contraste avec la sulfureuse et plantureuse Tibby (Julie London), la copine de Nath, se sent de plus en plus « attirée » par cette étrange maison rouge, comme si elle « en faisait partie ». Elle décide de s’y rendre et désobéit donc pour la première fois à son père adoptif, Edward G. Robinson qui prouve une fois de plus qu’il reste l’un des plus grands acteurs de l’histoire du cinéma, qui de son côté commence sérieusement à perdre les pédales, en appelant Meg par le prénom Jeannie.

Difficile d’évoquer l’histoire plus longuement sans en révéler davantage. Mieux vaut en savoir le moins possible sur La Maison rouge, drame intense et anxiogène magnifiquement réalisé, écrit et interprété, qui rappelle parfois La Féline et Vaudou de Jacques Tourneur, et qui s’avère un véritable trésor caché pour qui s’intéresse – avec raison – au cinéma de Delmer Daves.

LE DVD

Le DVD de La Maison rouge, disponible chez Rimini Editions, repose dans un boîtier classique de couleur noire. La jaquette saura attirer les fans de films noirs et classiques. Le menu principal est élégant, animé et musical.

Juste avant le film, l’historien du cinéma Christophe Champclaux, fidèle à Rimini Editions, nous propose une introduction très rapide (30 secondes) de La Maison rouge en indiquant notamment que Martin Scorsese en rappelait l’existence dans son Voyage avec à travers le cinéma américain (1995). Christophe Champclaux explique également que le négatif original ayant été perdu, ce film méconnu ne circulait que dans une copie fortement dégradée. Celle proposée par Rimini Editions est un nouveau master Haute-Définition entièrement restauré.

Nous retrouvons l’historien pour un retour plus complet sur le film et sur son réalisateur dans un module de sept minutes. Sur quelques bandes-annonces et photographies, Christophe Champclaux propose une rapide mais pertinente analyse de La Maison rouge, en croisant habilement le fond avec la forme.

L’interactivité se clôt sur un montage qui présente l’image avant/après la restauration.

L’Image et le son

La Maison rouge avait bénéficié d’une édition DVD chez Bach Films en 2005. Le master était alors horrible, fait uniquement de scratchs, de rayures, de points et même d’images manquantes avec des sous-titres qui apparaissaient sur un écran noir. Autant dire que Rimini Editions propose une image diamétralement opposée avec ce nouveau master Haute-Définition. On ne s’attendait pas à un rendu aussi lisse pour un film qui fête cette année ses soixante-dix ans. Alors certes, quelques puristes risquent de crier au scandale devant la quasi-absence du grain original mais force est de constater que ce master 1.33 renaît littéralement de ses cendres. La copie est étincelante, stable, les noirs denses côtoient des blancs immaculés et la palette de gris est largement étendue, restituant ainsi les contrastes du directeur de la photographie Bert Glennon, sans la patine argentique malheureusement. La restauration a sans doute été trop poussée, aucune scorie n’a survécu au nettoyage numérique et le piqué est acceptable. Certes, il faut accepter des noirs bouchés et un aspect quelque peu artificiel, mais ce nouveau master surpasse celui de Bach en tout point, sans aucune commune mesure.

L’éditeur ne propose que la version originale de La Maison rouge. Dynamique, nettoyée, homogène et naturelle, sans souffle parasite, cette piste offre un confort acoustique solide et restitue admirablement la musique de Miklós Rózsa et les effets sonores. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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